‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 341 sur 362 · Huit 97, 101, 349. Dix-huit · texte numérisé non relu

Huit 97, 101, 349. Dix-huit

10. « C'est arrivé, non pas par ma chevalerie, mais par mon pechié » 97, 349, 101 ; — 758 : par mescheance, qui tourna plus sur moi que sur mes compagnons.

l'univers? — Le meilleur, c'est Galaad. — Bah! ce n'est pas l'avis de 24^00 tQUt je mon(je ; il y en a qui assurent qu'il y en eut un de la même valeur.

— Et qui est-ce donc? — Je ne vous le dirai pas encore; nommez-moi les deux autres ! — Après Galaad , c'est Lancelot du lac. — En non Dex, humai allez vous fors de voie ! Ne vous souvient-il point du tournoi de Louvezerp? Qui en fut le vainqueur? » Bohort avoue que c'est Tristan. « Eh bien ! dit le vavasseur, Tristan se montra à cette occasion supérieur à Lancelot; il est meilleur chevalier que lui, et pourquoi alors ne le nommez-vous pas avant Lancelot? » Bohort donne raison à son hôte, qui prétend ensuite que Lancelot est inférieur aussi à Palamède, ce dont on aurait eu la preuve dans ce même tournoi. Cette fois Bohort contredit énergiquement : « Il n'y a que trois chevaliers que on doit an hal pris monteir : Galaad , Tristan et Lancelot,.. et de tos atre vous taisiez ! Palamède n'approche pas de ceux-là. » L'hôte lui demande son nom en disant qu'il est sûr de l'avoir déjà vu quelque part. Bohort se nomme, et le vavasseur lui dit en pleurant qu'il trouvera la maison d'Arthur bien changée et plongée dans le deuil; on y pleure la mort de Tristan, annoncée par Sagremor : tous sont vêtus en noir, a tu

personne qu'il ri est des .III. meilleurs qui en la queste soient mors * . » Fin de la quête

Geste parole dist le roy Artus du roy Bandemagus de Gorre, dont messire du Graal.

Gauv. fut asscs plus a malaise que devant 2. Si se taist ore le conte a tant

des aventures du saint Graal, que plus rien parole, pour ce que bien les

avons menées affin, ne il n'est nulz qui après cest conte em pe'ùst aultre

chose dire, s'il ne vouloit mentir 3. (336 4 ajoute l'épilogue d'Helie, voy.

au § 570.) Fin des mss. 336, 97, 349, 101.

1. Empir. de la mort de lui que des trois, etc., 758-, car ilamoit tnoy et les miens de boine amour ajoutent 97, 349, 101.

2. Ici 758 continue ainsi : Et li roy s, pource qu'il veoit que les aventure» du royalme de Logrvi estoienl si menées afpn qu'il n'en y avoit mais se petit non, fist crier ung tournoie-

meni en la praerie de Guucestre (1. Guincestre) , et ce ms. termine en donnant, comme

34400, toute la Mort Artu, représentée essentiellement comme dans P. Paris , Rom. d. I. T. R.,

. et l'imprimé; on trouve même ajouté l'épilogue sur Gautier Map. :;. Pour ce qu'elles sont cy menées a fin que après ce conte n'en pourrait nulz riens dire qu'il ne mentis! 07, 349; 101 {mentist. et cetera). 4. De m. le ms. du Musée Drit., Egerton 989, cf. Ward, Catal. of Romanees, I, 363.

mainguënt antre piet 1 . com cit qui anraige de duelz; chaque jour, à L'heure de prime, ils font apporter l'épée et l'écu de Tristan, devant lesquels ils se livrent à leur douleur. Bohort se lamente de cette mort, fait, avec son hôte, de grands éloges de Tristan, et part le lendemain, sans vouloir consentir à rester quelques jours de plus avec le vavasseur.

572. Entor houre de vespre il rencontre un chevalier quittant un château qui est situé sur une montagne. Ils se saluent. « Qui est le seigneur de ce château? demande Bohort. Le chevalier répond en pleurant : « Le roi Bademagu, » et lui recommande de ne pas y entrer, parce que les chevaliers errants y sont maltraités depuis la mort du roi. Bohort se dit qu'il li seroit atorneit a mavistiez à la cour d'Arthur, s'il reculait. Il y va donc, malgré son écuyer et malgré un autre chevalier qui le rencontre tout près du château. On sonne du cor; trente chevaliers sortent et marchent sur Bohort, qui a pris sa position contre une église, le dos appuyé au mur. Il refuse de rendre ses armes, et la mêlée s'engage. Bohort se signale tellement que ses adversaires se voient dans la nécessité de tuer son cheval. Il est fait prisonnier, mais on ne veut pas le mettre à mort avant de savoir son nom ; il le dit en exprimant ses regrets de la mort de Bademagu. Alors on lui fait des excuses, et on le soigne; étant resté dans ce château plus de quinze jours, il se remet en chemin et arrive à une fontaine qui est à deux journées de Camaaloth.

573. Là il trouve un chevalier perdu dans sa rêverie. Il est pâle et maigre, vêtu d'une robe noire tote désir ie, nu-pieds, sans cheval et sans unies, sauf l'épée; ses larmes tombent dans la fontaine. Bohort descend de cheval et va le saluer : « Sire chevalier, Dex vos sal! — Je ne suis pins chevalier. — Oh! si, vous êtes toujours chevalier; tout votre chagrin ne peut vous empêcher de l'être, puis que vos fust [es] chevalier. — Dex ai/de, sire vessal ! com avez ore parlez saigement ! Pour noieant fut or si Salemont pour dire une si saige parolle. Avez vos ore tant panecit pour mettre avant ycestui dit? Le roi de Norgalles a perdu son royaume. : le tenez-vous toujours pour roi malgré cela? Roi abaitu a dechessiet n'est

Bohort devant le château de Bademagu.

Bohort trouve

un chevalier qui

se désole.

. pour cette expression, la note de M. Fôrster sur Aiol et Mirabel, v. 1139.

Conversation, mie roi, ne home mort n'est pait home, ne falz donnier n'est pait donier ; de même un chevalier sans honneur n'est pas chevalier; et moi je suis déshonoré etplusvif(= vil,), plus honit, plus failit , plus recréant et plus mouvait que ne fut onque chevalier. Vous-même , pensez-vous être chevalier en vertu des armes que vous portez? Vous êtes aussi hien déshonoré que moi, et se je voloie bien dire voir de vostre estre, je diroie toz plainemant que vos esteit dez chevalier Dangueneit \ a je cuise, se Dex me consant (1. consaut), que mesire Danguenez soit vostre muedre compaint et que vos porleit arme por anvie de lui a por gaiaingnier si hal pris com il ait gaiaingniez par le roiame de Logre; » à ces mots, il se tait et continue à se livrer à son chagrin. Bohort, désireux de savoir qui c'est, lui demande pourquoi il pleure. « Dant chevalier, je ploure pour mai meire que n'est pucele; je ploure pour ce que li folz an ligne parlemant a qu'il me vigne si veoir, car se je or ne ploresse, vos qui esteit compaint dez fols ne fusiez pait si aresteit. Et que diroie je? Je ploure pour vos faire muzeir. Vos ai je or bien responduit? — Vous pourriez parler plus courtoisement; apparemment, vous êtes un chevalier gaibeour. — Serte, gaibeour fu je ja très boin, tozli muedre qui fut az monde, un temp fut ja; bien savoie gaibeir sant doute a folz a saige, mais desormaix est li mient fait a ce venus que li gaibeir est gaibeitplus que nul aire, car j'ai été gabé par celui contre qui je ne saurais me défendre , » et il prie Bohort de passer son chemin, « car bien saiche par vérité que je ains tant tai compagnie que je te vodroie muelz or endroit .11. jornee ansuj de moi que ce que tu demoresse cit une soulle houre de jor . — Dites-moi votre nom, et je m'en irai. » L'autre répond qu'il a nom honit, recréant a mauvait : « le gais qui m'a gabé a déshonoré tous : tu li boin an sont devenus mauvait , et je voudrais hien gaber à mon tour celui qui nous a gabés ainsi; il est vrai que pour lui le dommage ne serait point aussi grand que le mal qu'il m'a fait. — Vous n'êtes pas sage de blâmer ainsi Dieu. — Pensez de moi tout ce que vous voudrez ! De vostre pris ne de vostre lot amanderoie je or mon petiz ! » et il répète ses griefs contre Dieu , en pleurant fort. Bohort demeure longtemps sans parler, écoutant les plaintes du chevalier; enfin il dit : « Je vos prie por Dex que vos me dites celle perde don vos vos plaingniez si duremant. — Kant vos por Dex me recairez, or feroie je moin por vos que je ne feïsse devant;.. Dieu m'a perdu; je ne veux plus être des siens; je n'ai plus cure de lui. » Bohort le conjure alors, par ce qu'il aime le plus, de lui dire la cause de son chagrin , en lui promettant de l'aider de son mieux. « Mais vous n'y pourrez rien, est la réponse, à moins que vous ne possédiez le secret de ressusciter un mort. Dieu, devenu homme, ressuscita bien Lazare, mais il n'était mort que depuis quatre jours ; comment alors pourriez-vous rendre la vie à celui que je pleure, qui a cessé de vivre il y a déjà longtemps? — Au moins, dites-moi qui est ce niort. — Vos m'aiveiz tant conjureiz que je vos an dirait partie. » Il fait asseoir Bohort et continue : « Dieu créa un homme qui fut la lumière du monde ; il était de lignée royale de tote part, plus beau que les anges, bon, courtois, chevalier parfait, remportant le prix d'armes partout. Je me mis en quête de lui et eus le bonheur de le trouver; nous étions ensemble jusqu'à la malle keste du saint Graal, par suite de laquelle une dame, aimée de ce chevalier, fut enlevée. Il la rejoignit, mais Dieu, por destruire tos le

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