Voy. s
Losetii. — Tristan. 27
qui puisse l'accompagner. Elle dit être partie de Norhonberlande pour la cour d'Arthur, afin d'y voir son frère malade.
610. Un chevalier les rencontre et dispute la demoiselle à Dinadan. Après avoir vainement décliné la joute, celui-ci laisse courir son cheval contre le nouveau venu, qui n'est autre que Brehus : tu li livre que de l'istoire don .s. Graal pareille font mansiont de lui, ...et por la grant vilonie de lui an parolle tu li livre qui de la halte istoire don .s. Graal sont entrait. Ils se désarçonnent l'un l'autre, puis chamaillent; tous les deux sont aike d'une force et voudraient bien cesser de se battre. Brehus se retire peu à peu vers son cheval pour y monter et attaquer ensuite Dinadan, qui, comprenant ce manège, court monter lui-même : « "Vous savez plus que pain manger, lui dit-il; mais cette fois-ci vous ne m'attraperez point. » Brehus renonce alors à la demoiselle. Dinadan, apprenant le nom de son adversaire : « Quel diable , s'écrie-t-il , vous fait donc vivre aussi longtemps? Je regrette bien, ainsi que tout le monde, que vous ne soyez pas mort !» Et il veut reprendre le combat pour venger tos le monde. Brehus lui fait dire son nom et l'accable d'injures en lui renvoyant sa question : « Quel diable vous fait vivre? Vos fust tos j or, Dyn., dotant, chaiti, noiant, couart, jengleir, madisant, maparlier! Onque, voir, n'oiy si honie langue com la vostrel Les prud'hommes meurent, et vous, le mauvais, survivez toujours ; ce est damage por tos le monde, grignor qu'.il n'est de moi! » Dinadan, très en colère, exige un combat, mais Brehus refuse : « Bats-toi avec ton écuyer, si tu veux; moi, j'en ai assez ! »
611. Survient une dame avec une grande suite; elle désire savoir pourquoi les deux chevaliers se sont battus, leurs noms, etc. Dinadan lui explique tout. La dame salue avec joie Brehus : c'est Morgain, qui l'aime, parce qu'il hait Lancelot. Elle le prend à part et se plaint de n'avoir pu trouver un chevalier assez courageux pour avertir Arthur de sa honte, tous craignant Lancelot; « mais, ajoute-t-elle, il me vient une idée : si je chargeais Dinadan, qui s'en va à la cour,d'apporterauroi, de ma part, une lettre dans laquelle j'ai tout révélé? » Brehus l'approuve, et elle donne à Dinadan la lettre, qui, dit-elle, lui a été remise par un chevalier de Norgalles pour qu'elle la fit parvenir au roi Arthur. Elle ne veut pas se nommer et part avec Brehus , qui refuse définitivement de se battre avec Dinadan. Mais la demoiselle fait savoir à celui-ci que cette dame est Morgain, et, arrivé à une vieille maison déserte, Dinadan, qui se plaint à son écuyer de se sentir indisposé, descend et lit la lettre : A toy, roi Artu, qui signour Es de Bretaigne la grignour, etc.
Dinadan mortel- 612. Pendant qu'il maudit la méchante femme, Agravain et Mordret ement blessé. arriVent; ce sont les deux ennemis mortels de Dinadan, non pas qu'il eût mérité leur haine, maix por la grant fellonie qu'il avaient herbergiet an lor cuer. Apprenant son nom, ils se retirent et se consultent : « Voilà une belle occasion de nous venger, dit Agravain ; la cour le croit en Cornouaille; nous pourrons donc enfin punir celui qui nous a si souvent déshonorés. » Et, malgré les instances de son frère, qui craint la bravoure de Dinadan, il défie leur ennemi. « Qui êtes-vous? » demande Dinadan, cachant son inquiétude. « Al cop resevoir le savereit
vos, réplique Agravain; montez! ou je vous frappe sur-le-champ. » Dinadan se sent gagner par la colère, monte et désarçonne d'abord Agravain, puis, en rompant son glaive, Mordret, après quoi il part avec la demoiselle. Lorsqu'ils sont arrivés en vue de Gamaaloth, Dinadan, repris de son malaise, descend pour se reposer. La demoiselle ne veut pas le quitter; elle tient à la main la lettre que Dinadan avait laissée pour jouter. En ce moment, les deux frères reparaissent. Dinadan, averti par son écuyer, monte à cheval. Fatigué comme il l'est, par suite de son combat avec Brehus, il ne peut longtemps soutenir les coups que lui portent à la fois ses ennemis mortels. La l'amoiselle et l'écuyer regardent en pleurant ce combat inégal. Dinadan commence à reculer; les agresseurs, se disant qu'il est allez, l'assaillent de plus belle. Mordret le surprend enfin a la traverce, le tire par le heaume et le fait tomber de cheval tout étourdi. Agravain saute à terre, alor soulievea Dyn., après lui avoir arraché le heaume, lepant dont haber, a li boute l'espee on vantre. Le blessé jette un cri , se recommande à la merci du ciel et étend ses membres. Les meurtriers partent en disant que désormais Dinadan ne leur fera plus jamais honte, et vont prendre leur logis dans un château dont Arthur a fait cadeau à Ivain, fils d'Urien.
613. Ils rencontrent Hector des Mares, qui vient de ce château. Il ne reconnaît pas les frères, qui ont changé leurs armes; eux, de leur côté, désirent l'éviter, étant en mauvais termes avec lui, et quittent le grand chemin. Hector s'en étonne, soupçonne qu'ils ont peur et envoie un écuyer leur demander qui ils sont et pourquoi ils se sont écartés de la route. Ils disent être des chevaliers de Norhonberlande, qui ont voulu se soustraire pour cette fois à la joute, et Hector reprend sa marche. Agravain et Mordret arrivent chez Ivain et lui racontent les amours de Lancelot , inconnues à leur hôte , qui en est très fâché , et déclare qu'à moins d'y être forcé, il n'aidera point son seigneur lige en cette a lia ire.
Hector, attiré par les pleurs de la demoiselle et de l'écuyer, vient à Mort de Dinadan, qui se meurt. A sa prière , on lui raconte ce qui s est passé , el il se reproche d'avoir laissé échapper les deux chevaliers ; apprenant le nom du blessé, il éprouve une vive douleur et se lamente : « Petit de tant aveit dureit après le voslre chier ami monsignor T! » Quant Dyn. ot par kir de Tr., il oevre les eulz et exprime sa joie de voir Hector assister à sa mort; puis il dénonce les deux frères et prie son ami de le faire ] Muter à la Table Ronde ; s'il succombe avant d'y arriver, Hector priera Arthur de l'enterrer à côté de Palamède, son ancien compagnon. Hector le l'ait conduire sur une bière chevaleresce. A la nouvelle de l'arrivée d'un nouveau mort, le roi Arthur est affligé. Lancelot descend, et Bector lui dit que c'est Dinadan, que Lancelot embrasse en pleurant. Grand chagrin à la cour. Hector dit les noms des meurtriers, porte Dinadan a la Table Ronde et lui dit qu'il est là où il avait désiré venir. Dinadan regarde faiblement les assistants et dit qu'il a maintenant ce qu'il vent. Il recommande son âme à la grâce de Dieu, engage les compagnons à prier pour lui , demande qu'on le mette à coté de Palamède, se signe, se recommande à Dieu, en pleurant, et meurt dans les
Dinadan.
bras de Lancelot, qui le maintenait dans ce moment suprême 4 . Grand deuil. Le lendemain, à midi, Dinadan est enterré à côté de Palamède. La nouvelle arrive au château d'Ivain; Agravain et Mordrain prétendent être les victimes du mensonge et de la calomnie.
614. Au bout de quinze jours, Arthur est décidé par ses chevaliers
à aller chasser. Lancelot, que Guenièvre a vainement tâché de consoler,
est chagrin et distrait à cause de la mort de Tristan et des autres. A la
chasse, le roi s'écarte en poursuivant un cerf, et rencontre un écuyer
saignant et fuyant un chevalier; il le retient, en promettant de le
protéger contre celui qui le poursuit et qui arrive aussitôt; c'est Brehus ,
qui vient de tuer le frère de l'écuyer, un chevalier qui était son ennemi,
Arthur apprend Après une joute indécise, Brehus apprend au roi que la reine le trompe.
les amours de Arthur se loge ensuite chez un vavasseur qui , sans le connaître , lui
Guenièvre. raconte les amours de Lancelot. Le roi rentre à Camaaloth, où les
chevaliers de Sorelois et de la Terre gaste envoient lui proposer un
tournoi contre ceux de Norgalles et de Northumberlande. Lancelot
refuse d'y aller; le roi fait venir Gauvain, qui lui conseille de ne pas
provoquer la lignée de Ban.
La fontaine qui 615. Lancelot part secrètement pour le tournoi, et trouve à une fonne guérit plus taine Segurades avec une demoiselle. Celui-ci lui raconte, à propos de anrès^la^mort lafontamei qu'un roi païen de Camaaloth, Gamaalis — de là le nom de de Tristan. la cité — avait jadis défait l'armée chrétienne de Joseph et de Nascien et chassé les chrétiens devant la Tour aux Géants, située près de la fontaine, où l'on voit aujourd'hui une autre tour. Un combat singulier entre Camaalis et Nascien fut fixé. Une voix dit à ce dernier d'enfoncer son glaive dans la terre : une fontaine jaillirait, qui guérirait les blessures jusqu'à la fin du Roi aventureux, mais cette vertu, la fontaine l'a perdue, dit-on, depuis la mort de Tristan; c'est une des merveilleuses aventures du saint Graal. Cependant Lancelot tient l'engendrement de la beste glatissant pour plus merveilleux encore, et Segurades le lui raconte, à sa prière :
L'histoire de la La fille du roi Ypomenes aime son frère, qui la repousse, voulant îaa/SpSc/nC? /^6 garder sa chasteté pour plaire à Dieu. Elle va se tuer, lorsque le diable, sant. sous la forme d'un bel homme, lui promet de l'aider si elle veut lui
accorder son pucelage; elle y consent, aime désormais le diable et hait son frère, qu'elle veut mettre à mort. Le diable lui conseille de trouver moyen d'accuser son frère d'avoir voulu la prendre de force. Elle réussit, et le roi emprisonne son fils. Les barons le condamnent -à mort, et la demoiselle exige qu'il soit livré à des chiens effamez de. VII. jour. Cela est exécuté, après que l'inculpé a prédit que sa sœur mettra au monde une bête dans le ventre de laquelle glapiront toujours des chiens pour rappeler la honteuse mort qu'elle lui fait subir. La demoiselle accouche de la bête; ses dames en meurent d'épouvante. Le roi la force enfin de tout avouer et la fait mourir. — Segurades est blessé; c'est pourquoi il était venu à la fontaine. Les deux chevaliers passent la nuit dans la tour et se séparent le lendemain.
1. Cette mort de Dinadan, de la main d'Agravain et de Mordret, annoncée dans les mss. de la ▼ersion cyclique (voy. § 258), est racontée seulement dans 21400.
616. Lancelot trouve une demoiselle qui se plaint de la couardise d'un dos chevaliers de la maison d'Arthur : il devait l'épouser, et elle s'était brouillée avec son père pour l'amour de lui. Elle se rendait au tournoi avec son fiancé, quand un chevalier les rencontra et réclama la demoiselle, qui fut lâchement abandonnée par son compagnon. Le nouveau venu se voyant repoussé par la dame, lui avait permis de s'en aller. — Lancelot lui dit son nom. Peu après, ils rejoignent1 le chevalier qui venait d'être refusé; c'est Lucan le boutillier, qui a changé Lancelot, Lucan ses armes. Il dispute la demoiselle à Lancelot et joute avec lui. Lan- f0rt e celot enlève Lucan hors de la selle, le jette par terre et s'en va avec la
belle, qui lui dit que l'autre chevalier s'appelle Erdoant le fort. « Oui, dit Lancelot, c'est un chevalier bien couard. » Bientôt ils l'atteignent. Erdoant, voyant que la demoiselle est maintenant avec un autre , a le courage de la réclamer. Lancelot feint d'avoir peur, refuse de jouter et propose de la placer entre eux afin qu'elle choisisse. Erdoant accepte, se croyant toujours aimé. Elle choisit Lancelot et s'éloigne avec lui. Erdoant les poursuit : Lancelot refuse toujours de se battre et laisse Erdoant emmener la demoiselle, tout en ne les quittant pas et en s'amusant de cette petite comédie. Survient Lucan, qui, ayant appris par Erdoant ce qui s'est passé , se désole d'avoir été désarçonné par un chevalier aussi poltron. Il réclame la demoiselle ; cette fois, Erdoant refuse , mais il est renversé. Lancelot intervient et abat Lucan.
617. La demoiselle arrive avec son protecteur, au Chastel gai, qu'Arthur avait donné au roi d'Irlande, nommé le Morhout. Lancelot y a été déjà, et on s'y loge. Arrivent aussi Erdoant et Lucan. Lancelot prie ce dernier, dès qu'ils se sont reconnus, de ne pas le faire connaître au tournoi. Lucan le lui promet et dit à Erdoant qu'ils ont été désarçonnés parle plus grand poltron du royaume de Logres : Leriadus le couart. Erdoant a entendu raconter comment ce Leriadus avait été dechevauché par la demoiselle chenue dans une grande fête célébrée à Camaaloth, et il promet à Lucan de les venger tous les deux.
La demoiselle raconte à Lancelot que le roi Arthur s'était logé ches son père, qui, ne le connaissant pas encore, lui avait dit la vérité sur les amours de la reine, Lancelot déclare que la perspective d'une guerre avec le roi ne lui fait point peur. Le lendemain, ils partent, suivis de Lucan et d 'Erdoant, qui provoque Lancelot et est renversé par lui. Au soir, ils arrivent à l'endroit du tournoi, où Lancelot réconcilie la demoi* selle avec son père, qui était également venu,
618. Lancelot ne prend pas part auz vespres du tournoi. Le lendemain, il se range du côté des gens de Sorelois, et Arthur en fait autant; les adversaires ayant d'abord résisté avec succès, furent complètement vaincus le lendomain, grâce aux compagnons de la Table Ronde et au roi Arthur.
619. Le tournoi uni, on retourne à Camaaloth, et quant li roit Arlus Retour à fut venus a Camaaloc, a il se fut reposeit une pièce dont temp, il fist crier Camaaloth
J, loi deux feuillets d'une écriture différente.
unz tornoiemant an la plainne de Vincestre. Maix atant se taisse or li conte de cest chose, a commancê a retorneir a parleir commant mesire Boor contait a cort lez avanture qu'il avoit veùz an la keste don .s. Greal ', a commant Agrevainl escnsait mesire Lanc. az roi Artu dont fait de la royne Guenuevre , a quant Agrevaint ot rancuzeit la royne, li roi lez fit gaitiet par Agr. , etAgr. les apiait tant qu'il lez trovait ansanble. . . et ainsi , succinctement, tout le reste de la Mort Artu est annexé2, jusqu'au passage où Lancelot trouve à l'ermitage Blioberis, qui demorait leant totesavie. Et l'arrangeur du ms. 24400 termine en renvoyant, pour tout ce qu'il a raconté ici, au livre où la mort du roi Arthur est écrite3.
1. Raconté deux fois déjà -, voy. §§ 575 et 60 S. — Il est possible que 24400 reprenne ici, en l'abrégeant, le texte de 758. où la Mort Artu suit immédiatement les reproches adressés par Arthur à Gauvain ; voy. § 571, fin, note.
2. Comme dans P. Paris, Rom. cf. I. T. Ii., V, 332 ss., et l'imprimé. — La Mort Artu se trouve ajoutée aussi dans 758 (voy. § 571, fin, note;, où elle parait moins abrégée que dans 24400, etdanslal'aroto Ritowla (voy. § 574 note).
3. Il y a toute apparence que la version cyclique donnait aussi la mort du roi Marc , soit avant la Mort Artu, comme dans la Tàv. Rit. (cf. § 574, note), soit après, comme dans le ms. 340 (cf. § 575 a) et dans le Merlin (éd. G. Paris, p. LXI, LI).