‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 68 sur 362 · Mots du rédacteur · texte numérisé non relu

Mots du rédacteur

4. Ici il y a une excuse de la singulière brièveté de cette épisode : (fo 193 c) Et (1. en) tout ce qe je vous ai conté (en toutes ces choses, 335, qui délaie un peu, et 94) avroit moût a devise?* qi tout le voldroit conter mot a mot. Mes [por] ce q'il me convient entendre a autre matière, vous ai je laissié (laisse ge 750, tairai je 776) icest(u)i conte; (750, f° 181 a, ajoute ici : et quiveoir le velt et savoir, siprengne la grant hystorie de Tr., celé méimes que mesires Luces dou chastel dou Cant ftst ; celui livre en dira tôt alertement totes ces choses que ge vos ai orendroit trespassees; — 335 ajoute après conte : fors tant que je l'ai dit au plus briefment

105. Tristan reste douze jours (750, une fois onze; 103, Départ de Tnstrois) à la cour, désespéré de ne pouvoir parler à Iseut, qu'on garde soigneusement. Andret conseille au roi de faire tuer Tristan, qui, dit-il, pourrait bien lui faire la guerre avec l'aide du roi Arthur. Marc, cependant, ne cède pas à la tentation et fait construire une nef pour le départ de son neveu. Gouvernai, qui s'était logé chez Dinas, et qui avait cherché en vain Tristan pendant sa folie, s'embarque avec lui. Le roi, avec tous ses barons, accompagne Tristan jusqu'à la mer : l'embarcadère de Tintagel est à une lieue englesche largement du château. Un chevalier qui survient s'informe auprès d'un valet de ce qui se passe, et le prie d'aller dire à Tristan qu'il est venu en Cornouaille pour voir sa chevalerie et jouter avec lui. Il est désarçonné. Tristan annonce qu'il va se rendre à l'hôtel d'Arthur ; et, comme son adversaire l'en conjure par la foi qu'il doit à la personne qu'il aime le mieux, il lui permet de l'accompagner en Logres (f° 194). Us s'embarquent avec le bon cheval Passebreuii; et, du haut du vaisseau, Tristan rappelle aux barons de Gornouaille tous ses exploits : la mort du Morhout, — son combat victorieux contre le roi de Norgales devant la porte de Tintagel, quand ce prince fut entré en Cornouaille pour venger son fils, tué vilainement par Marc, et qu'il eut subjugué tout le pays, — sa victoire sur le roi des Cent Chevaliers, qui, venu en Cornouaille en guise de

que je puis) . Car assez me peus (var. puis) déporter, ce m'est avis, puis que je vous ai la matière devisee (cela n'est pas dans 750, 335). Car je [Helys de Dorron, ajoute 750), endroit moi vueill repairierama matière, que je n'en puis lessier, et dirai en telle manière. — 94, 99, 776 =756 ; aussi 104 (mais m'en despartir p. me déporter). 334 s'arrête à mot a mot; 97, 102 ne donnent rien (mes a tant se taist ore le compte), de même 100 (mais a tant laisse or li contes a parler de ceste chose tant que lieux en soit, et retorne a parler de Tr.). Dans 103 il n'y a rien du tout. La Tav. Bit. donne plus de détails (p. 256 88.). Tristan, qui, en entrant à Tintagel, a déjà montré sa force prodigieuse en tuant un bastagio avec son mulet, est enfermé par Marc à cause de sa violence. Un jour il s'échappe; il est reconnu par son cheval et par son chien. Plus tard Marc lui-même le reconnaît à un signe qu'il porte au bras gauche : il fait venir Iseut, qui guérit Tristan. Brangain explique que tout le malheur est, dû à Kahedin, et les amants réconciliés continuent leurs entrevues jusqu'à ce que Tristan soit exilé par son oncle. Iseut

lui < ï e une bague. Il part avec Dinadan, qui était déjà en Gornouaille

depuis quelque temps, et avec Alcardo, fratello cugino d'Iseut, arrivé d'Irlande pour être armé chevalier par Tristan. (Gouvernai avait été fait roi de Léonois, p. 235.)

chevalier errant, avait défié les chevaliers de Marc, en avait abattu dix et enfin le roi lui-même : Tristan l'avait délivré deux fois de la prison où Marc l'avait enfermé ; plus tard le roi des Cent Chevaliers, ayant envahi le pays pour se venger, en avait retiré son armée pour l'amour de Tristan, dès qu'il l'eut reconnu, pendant qu'ils se battaient à la Fontaine de l'Ombre1; — enfin la mort du géant Taulas. C'est par l'exil, ajoute Tristan, qu'on récompense celui qui a rendu de si grands services à la Cornouaille.

Quand il est parti, Iseut monte avec Brangain au haut de sa tour et regarde, désolée, le vaisseau qui s'éloigne.

106. Nos voyageurs abordent près de Camaaloth. Tristan déclare qu'il neveujt plus aller à la cour d'Arthur : il n'est pas assez renommé ponr y paraître. Cette modestie plaît beaucoup au chevalier qui l'accompagne. Tristan, ayant chargé les marins d'annoncer sa vengeance à ses ennemis de Cornouaille et de dire à Iseut que son bonheur dépend de son amour pour lui, se livre pendant quelque temps à son chagrin. En recevant le message de son amant, Iseut reprend courage, et le roi Marc regrette de n'avoir pas suivi le conseil d'Andret. Tristan, ayant perdu de vue le vaisseau, se met en chemin avec le chevalier inconnu. Celui-ci lui raconte qu'il a été récemment fait chevalier par Arthur. Le roi a tellement loué la prouesse de Tristan qu'il est parti, avec douze autres chevaliers nouveaux, pour trouver le héros et l'amener à la cour. Son frère, le chevalier à la cotte mal taillée, lui a conseillé d'aller chercher Tristan en Cornouaille. Lui-même se nomme Dinadan. Dinadan 2.

1 . Les exploits de Tristan contre les rois de Norgales et des Cent Chevaliers n'ont pas été racontés auparavant dans notre roman.

2. Var. Dynadam, Dynadant . — Ici le rédacteur nous avertit d'une suppression (f° 197) : Celui jor lor avint aventures aucunes qe je ne vueill mie deviser en mon livre, par ce qe [mesire Luces dou Gant, dit 750, f« 186 a-b., le devise en la grant hystoire de T., et ce que je sai qu'il devise en son livre ne voill ge mie deviser ou mien, por que ge m'en puisse garder. Ainz vos voill deviser totes les autres choses qu'il ne dist en son livre qui couvienent a ma matere) trop grant ennui me sambleroit de (var. a) deviser totes les aventures qi avindrent a chascun chevalier, car je ne vous ai cure de conter aloignes, ainz vous vorrai conter tôt plainement les aventures qi aparliennent a ma droite matire et au plus briefment qe jeporrai, et vous dirai comment il avint a T. et a Din. — 103 supprime toute cette explication.

La première aventure de Tristan et Dinadan dans la Tav. Rit. (p.

— soio?. Les deux compagnons rencontrent, près d'un pont, Discours de Bohort et Hector. Ce dernier abat Dinadan, à qui Tristan a Tristan, permis de se battre le premier; mais il refuse de jouter avec rnVgresen °" Tristan, qu'il reconnaît, à la forme de son écu, pour un chevalier de Cornouaille, et s'enfuit devant lui. Bohort fait de même : Tristan le rattrape et lui donne un grand coup, sans néanmoins l'abattre. Bohort jette son écu par terre : Tristan

l'invite à escrimer ; l'autre refuse. « Alors , dit Tristan , que Joutes avec Bo- , , . . ^ hort et Hec-

cela amuse beaucoup, vous vous reconnaissez pour vaincu par tor.

un chevalier de Cornouaille? — Très volontiers; j'aime mieux m'avouer vaincu quarante fois, si vous voulez, que de jouter avec vous. » Bohort explique qu'il a jeté son écu, conformément à la coutume établie par Lamorat de ne plus porter les armes dont on s'est servi contre un chevalier de Cornouaille ; or, les traces du coup de Tristan y paraissent toujours. Tristan le prie, au nom de ce qu'il aime par dessus tout, de lui dire son nom ; quand il l'a appris, il offre son écu à Bohort, à la place du sien : « Mon écu est tout neuf, dit-il ; aucun coup n'y paraît encore. — Aucun n'y paraîtra de cette année, riposte Bohort, pourvu qu'on vous connaisse aussi bien que je vous connais, moi. » Tristan insiste : « Or laissiez tôt ce ester ; vous ne pourrez vous en aller sans écu : prenez le mien, et moi, je porterai le vôtre. » Bohort persiste, en ricanant, dans son refus : Tristan promet de faire changer les couleurs de son écu, dit qu'il n'est pas de Cornouaille, couvre l'écu de sa housse vermeille et propose encore à Bohort de jouter ; mais celui-ci répond toujours : « Je ne veux pas, puisque je vous connais. »

Pendant cette conversation surviennent Blioberis et Driant, le frère de Lamorat. Tristan ne les connaît pas encore ; il les défie, les abat et s'éloigne, suivi de Dinadan. Hector prie ce ^f1?.11- alJat dernier de nommer son compagnon , mais Dinadan répond Driant. seulement qu'il n'y a pas de meilleur chevalier en Logres pour le moment, et les quatre chevaliers restent seuls. Hector, qui

2G8-271) est le combat contre le géant Lucan le grand, qui est tué par Tr. : (huis nos mss. cette aventure est racontée plus loin par Trist. luimême, v. § 542 ss. Puis la Tav. BU. fait loger nos chevaliers chez Spinogrcs ; Tristan plaisante Dinadan, qui vient de professer un mépris absolu pour l'amour; ensuite Tr. tue Oris, qui l'attaque pour venger la mort de son frère. Suit la rencontre avec la demoiselle, telle qu'elle est racontée, après l'emprisonnement par Daras, dans 757, voy. plus loin, §185.

est un peu plus empariez que les autres, leur demande ce qu'ils veulent faire : ils décident de se rendre ensemble à un château voisin où Blioberis doit trouver Lancelot; celui-ci lui a promis, il y a six jours, d'y venir ce soir-là. Dans la foret, les chevaliers rencontrent une demoiselle éplorée. Elle se refuse d'abord à parler ; mais Blioberis l'y force en mettant la main à son épée. Elle raconte qu'elle va, de la part de Morgain, dire à un chevalier qui hait Lancelot de venir le lendemain chez la fée pour y voir son ennemi mort. Deux mois auparavant, Lancelot a tué un chevalier à qui Morgain voulait du bien (f° 200 a), et, pour se venger, elle a mis trente cheva- L'einJ?uscade de liers en embuscade pour l'assassiner. La demoiselle ajoute qu'elle aime beaucoup Lancelot, qui lui a jadis rendu un service. Nos quatre héros la quittent et passent devant les trente chevaliers, qui se gardent de les attaquer de peur que le bruit de la mêlée n'avertisse Lancelot. Bohort, Hector, Blioberis et Driant s'embusquent un peu plus loin.

108. Tristan, en quête d'aventures avec Dinadan, rencontre également la demoiselle. Il parvient à lui faire répéter ce qu'elle a déjà raconté aux quatre, et prend la résolution de soutenir le combat contre les trente. Peu après ils rencontrent un vieux * chevalier, accompagné d'une demoiselle ; il prend Tristan pour Lancelot et l'avertit du danger. Dinadan, qui jusque-là s'était fait une idée fausse de la situation parce qu'il n'avoit

Poltronnerie de entendu des trente chevaliers qe trois, ne se sent point le courage de combattre contre trente adversaires. En vain Tristan le supplie de ne pas le quitter; en vain il l'accuse de poltronnerie; furieux, il s'apprête à courir sur Dinadan, l'épée à la main ; alors seulement le jeune chevalier se rend à sa volonté2. Toutefois, craignant qu'on ne le prenne pour Lancelot, il échange son écu contre celui de Tristan, qui lui dit que cet écu est un présent de la plus belle dame du monde et qu'il doublera ses forces. Alors Dinadan le lui rend en promettant de combattre de son mieux, et Tristan dit, en souriant, que maintenant il a fait un brave d'un couard. — Ils arrivent au fond de la vallée où se tiennent les trente chevaliers, qui les auraient volontiers laissés passer. Tristan menace encore une

Défaite des tren- fois Dinadan de la mort, s'il fait mauvestié, et ouvre la

te chevaliers bataille. Les trente sont vaincus : dix restent sur la place,

de Morgain. L

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