Pas d'épithète dans
2. Cf. l'épisode du Chevalier couard dans le Perceval de Manessier.
tués ou blesses ; les autres sont mis en fuite, sans que Bohort et ses trois compagnons, qui observent tout de leur cachette, trouvent nécessaire d'intervenir. Les vingt fuyards, que Tristan ne daigne pas poursuivre, se sauvent chez Morgain. Elle séjourne, avec douze dames, daus un des châteaux qu'elle a fait construire dans la forêt; car elle craint toujours le roi Arthur, qui pourrait bien la faire prendre. En apprenant la triste issue de la bataille, elle est furieuse et forme de nouveaux projets de vengeance contre Lancelot, avec qui les chevaliers s'imaginent qu'ils se sont battus.
109. Dinadan, brisé de fatigue, est fort maussade et veut même abandonner la compagnie de Tristan, qui s'amuse de sa colère. Ils s'accordent enfin à aller prendre leur logis ensemble, pour se séparer le lendemain. — Ils rencontrent Bohort et ses trois compagnons : Blioberis prie vainement Tristan de se nommer. Prétextant une affaire pressante, Tristan refuse également de se loger avec eux. Plus loin, il trouve dix bergers, et se fait indiquer par l'un d'eux un beau château où Dinadan et lui pourront être hébergés. Seulement, il y a une coutume désagréable au sujet de laquelle le berger ne sait rien de précis.
110. Devant la porte du château, Tristan et Dinadan aperçoivent un bloc de marbre et, tout auprès, un grand et bel arbre, où sont suspendus deux écus blancs avec une bande noire en travers et auquel sont appuyés dix glaives. Un valet ouvre le guichet et leur dit que, s'ils veulent être hébergés, ils doivent jouter avec deux chevaliers et les désarçonner. De plus, si des chevaliers viennent demander l'hospitalité du château, ils devront combattre avec eux pour avoir le droit de rester dans la place. Dinadan s'excuse longtemps sur sa lassitude ; mais Tristan dit au valet qu'ils sont prêts à tenter le combat. Dinadan se plaint de Tristan, qui le force encore à se battre, et dit qu'il en a assez de sa compagnie. Cependant deux chevaliers sortent du château; Dinadan, très en colère, après avoir envoyé Tristan et les autres au diable, galope vers son adversaire et l'abat; Tristan en fait autant du sien et complimente Dinadan, qui exprime le vif désir de pouvoir quelque jour le gaber à son tour. Ils sont bien accueillis au château ; leurs hôtes leur disent qu'ils maintiennent la coutume pour l'amour de leur père, qui l'avait établie. Dinadan s'en déclarant fort peu satisfait, l'un des chevaliers répond par un calembour :
Tristan et Dinadan se logent
ensemble, après avoir abattu leurs hôtes.
riet.
» Notre maison n'est pas une auberge, mais un ostieus, car il oste sovent et menu ses hostes. » Dinadan affirme qu'il s'en ira le lendemain matin et ne reviendra plus jamais à un pareil hôtel : ses hôtes se fâchent et lui font savoir qu'il pour- Joutes avec Pala- ia^ ^ien être obligé de s'en aller avant le lendemain. En effet, mède et Gahe- il arrive deux chevaliers : Palamède et Gaheriet. Dinadan, rompu de fatigue et de très mauvaise humeur, refuse de jouter : il ne veut pas, dit-il, assez de bien à ce détestable hôtel pour payer d'un seul coup de lance l'avantage d'y rester ; il parle de s'en aller tout désarmé. Tristan lui représente qu'il passerait ainsi pour chevalier recréant et le décide à se faire armer. Ils sortent : « Lequel voulez-vous? » dit Tristan. — « Ni l'un ni l'autre, répond Dinadan ; prenez les deux, vous. » — Il soutient qu'il a le droit de se dispenser de la bataille, s'il abandonne l'hôtel ; mais Tristan s'adresse aux nouveaux venus et les invite à commencer sans que Dinadan ose le contredire. Palamède permet à Gaheriet de jouter avec Tristan et se tourne lui-même vers Dinadan : c'est un jeu qi n'est mie bien partis. Palamède et Tristan ayant abattu leurs adversaires, ce dernier propose à Dinadan de recommencer la bataille ; Dinadan ne fera que le premier coup, et Tristan se charge des deux chevaliers. Dinadan pense qu'il aura là une occasion de se venger de Tristan, qui ne saurait assurément sortir avec honneur de cette lutte : il accepte et assène un grand coup d'épée sur le heaume de Gaheriet. Tristan lui crie alors de cesser, qu'il viendra tout seul à bout du reste de la besogne. Palamède le juge bien orgueilleux d'assumer ainsi le combat contre deux chevaliers qu'il ne connaît point, mais Tristan assure qu'il le trouvera voir disant et refuse de rappeler Dinadan à son aide. Gaheriet objecte qu'ils ne peuvent l'assaillir comme cela, deux contre un. « Que celui qui voudra s'avance donc le premier, «dit Tristan. Palamède se présente ; la bataille est rude, mais Tristan gagne du terrain sur son adversaire, qui en est tout émerveillé, pareille chose ne lui étant pas encore arrivée en Logres. Gaheriet demande inutilement à Dinadan le nom de son compagnon. La nuit étant survenue sans que les deux champions cessent de lutter, Gaheriet les sépare. On demande aux habitants du château quels sont les deux chevaliers qui doivent s'éloigner ; mais Dinadan leur défend de le comprendre dans le jugement qu'ils vont porter : il ne veut à aucun prix rester dans ce maudit hôtel. Tristan ne veut pas quitter Dinadan, qui n'est pas trop
enchanté de cette résolution, et prie ses hôtes de leur donner
un valet qui puisse leur indiquer un autre hôtel. Palamède
voudrait décider les gens du château à les héberger tous les
quatre ; mais Tristan refuse décidément de se séparer de
Dinadan. Palamède s'adresse alors à ce dernier, qui persiste
dans son intention. Ils partent, sans que Tristan ait voulu Tristan et Dina-
dire son nom à Palamède, et sont hébergés par un des cheva- fhôteiquittent
liers d'Arthur dans une petite ville voisine, située sur une
rivière.
111. Bohort et ses trois compagnons, restés seuls après le départ de Tristan et de Dinadan, sont très vexés de ce que Tristan n'a pas voulu se faire connaître. Driant propose de le poursuivre pour le forcer à dire son nom : Hector et Blioberis y sont disposés, mais Bohort leur représente la honte qu'il y aurait à attaquer un seul chevalier. Ils restent donc à attendre Lancelot, qui n'arrive qu'au moment où, désespérant Bohort, Bliobede sa venue, ils songeaient à partir. Lancelot a déjà eu des ™s: Htect<?r et nouvelles de la bataille contre les chevaliers de Morgain par vent Lancelot. une demoiselle qui avait assisté aux exploits de Tristan (f° 208 d). On va chez Galogrinant, à qui, dix jours auparavant, Lancelot avait promis de venir et dont la maison est un cadeau du roi Arthur.
112. Lancelot, persuadé que le merveilleux chevalier inconnu est Tristan, reste six jours au château de Galogrinant pour y faire faire vingt-deux écus de la môme forme que Les vingt-deux celui de Tristan, et garnis des mêmes enseignes. La forme est ^JU- ^thscelle des écus de Gornouaille : le fond en est vermeil avec deux tan. couronnes d'or. Puisque Tristan a daigné porter ces armes méprisées, Lancelot veut qu'elles soient portées également, pendant deux ou trois mois, par lui-môme et par les autres chevaliers de la lignée du roi Ban, si redoutée de Marc. Le but est défaire compagnie à Tristan, car celui qui a rendu à Lancelot un si grand service ne doit pas être seul à porter des armes si compromettantes. Arthur lui-même et tous les compagnons de la Table Ronde s'engagent, par admiration pour Tristan, à porter des écus semblables pendant tout un demi an. Désormais on ne gabe plus tant les chevaliers de Gornouaille; l'un d'eux, revenu de Logres, raconte tout cela au roi Marc.
linor.
113. Tristan refuse de dire son nom à son hôte Pelinor1, qui s'est déjà vainement adressé à l'un des écuyers pour le savoir. Pelinor reconnaît cependant, à la forme de l'écu, que Tristan est de Cornouaille, et lui adresse à ce sujet de durs reproches (f°210 c). Tristan, ayant prié Dinadan de ne rien dire, le quitte le lendemain ; car Dinadan se sent trop fatigué pour partir et n'accepte point l'offre de Tristan de rester jusqu'à ce qu'il soit rétabli ; même, il prie Dieu de le garder de la compagnie de Tristan. Celui-ci part, en refusant encore de dire son nom à Pelinor, qui le poursuit, le somme encore une fois
Tristan abat Pe- de se nommer et l'attaque. Pelinor est renversé et blessé ; on le transporte chez lui.
114. Tristan rencontre un valet envoyé par le roi Arthur pour annoncer le grand tournoi qui doit avoir lieu, dix jours plus tard, devant le chastel aux Pucelles, à douze lieues de Londres 2. Le roi Caradoc Bref Bras y combattra contre le roi de Norgales, assisté du roi des Cent Chevaliers, du roi d'Ecosse et du roi de la Marche. Il fait appel à tous les chevaliers errants, notamment à ceux de la lignée de Ban, pour qu'ils viennent se ranger de son côté (f° 212).
115. Tristan trouve Keu et Sagremor, qui se reposent près d'une fontaine. Sagremor remarque l'écu de Tristan : ils le prennent pour un chevalier de Cornouaille. Keu s'amuse à lui faire peur et le défie : Tristan refuse d'abord de combattre ; mais comme le sénéchal persiste, il accepte enfin. Alors c'est le tour de Keu de refuser : il ne veut pas jouter avec un chevalier de Cornouaille ni même se défendre contre lui, s'il est attaqué. Tristan, qi n'entendi mie bien ceste parole, s'élance contre lui, le renverse et s'éloigne ; Sagremor, qui le poursuit pour venger Keu, est désarçonné à son tour. Une demoiselle survient et demande à Tristan, qui lui cache son nom, la tête de Sagremor ; ce chevalier, dit-elle, a tué son frère il y a trois jours. Comme Tristan refuse, elle le défie de la suivre ; Tristan chevauche après elle, sans que Gouvernai parvienne à l'en détourner. Cette demoiselle a été envoyée, avec neuf autres,