‹ Analyse critique du Roman de Tristan en prose françaiseChapitre 93 sur 362 · Et, ajoute 756, plus i troverent de pitié · texte numérisé non relu

Et, ajoute 756, plus i troverent de pitié

Losetii. — Tristan. 9

bon cœur la demoiselle au chevalier, en promettant de ne

plus jamais se battre pour elle . mais le chevalier en avait

assez : elle lui avait trop fait voir qu'elle n'était pas estable,

La demoiselle et cet amour ne lui avait valu que de Yencombrier; il la

et par °Dinas repoussa donc lui aussi en s' écriant : « Ce solement qe ge la

et par le che- voi m'anoie ! » La demoiselle, pleine de honte et de dépit,

resta enmi le chemin, regardant partir ses deux amants l.

179. Dinas, rentré, raconta cette aventureà ses hôtes, qui la trouvèrent fort belle et, à leur tour, lui racontèrent la défaite de Marc, qu'apprit bientôt toute la Cornon aille. Deux jours

Gaheriet et Keu après, ils s'en vont en Logres et se logent par hasard chez Daras, à qui ils parlent de la quête du chevalier noir, dont ils louent les hautes qualités. Le lendemain, ils quittent Daras, qui est très content d'avoir entre ses mains le meilleur che-

Ils rencontrent valier du monde , et rencontrent Lancelot avec la demoiselle demoiselle d'L d'Iseut ; ils ne le reconnaissent pas, son écu étant couvert seut. d'une housse bloe. Lancelot refuse la joute proposée, malgré

Gaheriet, par Keu, qui parvient pourtant à lui faire dire son nom. On échange des nouvelles. Lancelot hait lui aussi le roi Marc; s'il l'attrape, il ne le tuera pas, parce qu'il est roi, mais il lui fera « tant qHl li en souviendroit tout son aage. » Il encourage les deux compagnons à maintenir la quête de Tristan, qui n'a pas encore duré aussi longtemps que celle qu'on avait faite jadis pour le retrouver lui-même, la quête de Sorelois, comme la nomme Keu. — La demoiselle abandonne la compagnie de Lancelot, qui la charge de présenter

La demoiselle ses salutations à Iseut, à Marc et à Dinas. Elle retourne en

retourne enfin Gornouaille 2.

Cornouaille.

180. Lancelot trouve probable que Tristan, qu'on a tant Lancelot va cherché inutilement en Logres , est passé en Sorelois , pays en Sorelois. affectionné par les chevaliers, parce qu'il est delitable et aaisié

de toutes choses. On se détermine donc à y aller, et directement, en passant par le royaume de Norgales.

181. Tristan, Dinadan et Palamède emprisonnés ont peur d'avoir la tête tranchée. Ils sont rassurés par une demoiselle qui, au soir, vient leur dire que le seigneur du château ne les

1. Cette historiette se retrouve dans le Chevalier a l'espee et dans Gauvain; un ancien lai en aura fourni le fond.

î. Plus question de retour auprès de la reine Guenièvre; cf. § 154.

mettra pas à mort. Tristan fait plus belle chiere que les autres ;

si riavoit il pas le cueur meins [ a malaise, mais plus bel se

savoit reconforter. Le lendemain la demoiselle reparaît et leur

dit que Daras leur veut moins de mal qu'elle n'avait cru ; nos

trois prisonniers s'en réjouissent, et Dinadan recommence ses

plaisanteries : « Avez- vous, dit-il à Palamède, jamais vu Conversation de

4 t j u t • t i s. ' » •■! ■ 4 Tristan et de

mètre en un lieudeus b estes qi naturelment s entrevousissent Dinadan avec

mal, ai longuement se tenissent en pez ? — Non. — Et Palamède,

■ , , %- ; . , r , , dans la prison

Palamède et Tristan, pourrait-on les mettre ensemble sans que de Daras. rancune nH sorvenist? — Oh! non, ils se haïssent trop pour cela. — Moult a ore, poursuit Dinadan, greingnor descorde entre le leu et la brebiz que il n'a entre Pal. et Tr. Et cependant j'ai vu, dans une fosse profonde, le loup et la brebis, et le loup, emprisonné, était devenu si couard qu'il ne forfist de riens a la brebis, qui aurait bien pu tuer le loup, si elle avait eu assez de force. » Palamède n'a pas de peine à croire cela : « La prison, dit-il, est une chose qi admoneste félon et abesse cuer orgueilleux 2. » Alors Dinadan lui dit enfin qu'il est à côté de Tristan lui-même 3 et lui demande lequel des deux commencera la bataille. Palamède confus ne répond pas. « Je répondrai pour nous deux, » dit Tristan : il est d'avis qu'il ne peut être question de se battre comme cela en prison au Tristan «t Palamoment où leur vie est en aventure; celui qui les tient en son tent leur bapouvoir leur a fourni trop de guerre pour qu'il leur en faille lailleencore plus, — et Palamède est parfaitement d'accord. « Vous voilà devenus très bons amis! dit Dinadan. Dieu veuille que votre amitié dure moins longtemps que celle de Galehout et de Lancelot ! » Tristan rit, mais Palamède se courrouce, sans oser montrer son dépit. Tristan lui demande ce qu'il dit de la rancune qui a régné si longtemps entre eux, et Palamède se plaint de tout le mal que Tristan lui a fait : il croit avoir le droit de le haïr, tandis que Tristan n'a aucune raison de lui porter mauvaise volonté. Tristan trouve que c'est vrai ; il répond cependant que Palamède lui a souvent « fait le cuer triste que Ghafamède P&~ je fusse liez et joiant » ; quoi qu'il en soit, il vaut mieux pour le moment oublier tout cela et se consoler comme on peut, en recordant leur bonnes et belles aventures et en pen-

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