‹ ANALYSE DE L'ENTENDEMENT HUMAINChapitre 11 sur 29 · SENTIMENT D'AFFECTION, AMITIÉ, IPÎSTINCT SOCIAL · texte numérisé non relu

SENTIMENT D'AFFECTION, AMITIÉ, IPÎSTINCT SOCIAL

donc? Votre édifice, construit sur le terrain mouTant des intérêts matériels, devait s'écrouler au souille du moindre vent défavorable. Allez , . vous êtes quittes les uns envers les autres ; votre trafic était infâme, mais je vous ai fait sentir par ces mécomptes mêmes que mes lois sont immuables , que la . bassesse de caractère entraine inévitablement après elle la souffrance et le malheur, et que , par cette espèce de fatalité à laquelle vous ne pouvez vous soustraire, je maintiens éternellement parmi ^vous ma puissance et ma gloire.

Voici sur l'emploi de cette faculté le sommaire de ma loi :

N'oubliez jamais ce que vous devez d'attachement à Ja femme qui a embelli les jours de votre jeunesse, et à qui vous devez les joies de la paternité.

Cultivez les douceurs de l'amitié, ne la subordonnez point aux calculs des intérêts matériels , elle n'est solide, elle n'est respectable qu'autant qu'en vous laissant entraîner à son charme, vous ne cédez au besoin d'aimer que pour le bonheur d'aimer, et que vous déversez sur les objets de votre affection toutes les libéralités de vos sentiments supérieurs.

Aimez votre pajs et parUculièrement les lieui où Yon a pris soin de votre enfance ; mais qu'aucun homme, de quelque pays qu^il soit, ne perde son litre d'homme à vos veux.

Le moment est venu d'étendre le cercle de vos affections. Vous n*étes plus d*Athènes ni de Rome, de Paris ni de Londres, de Saint-Pétersbourg ni de Constantinople ; les distances qui vous séparaient autrefois n existent plus aujourd'hui : l'univers est votre ville natale. Suivez donc vos impulsions naturelles : vous ne vous plaignez du vide de votre âme que parce que vous ne savez pas le remplir. Multipliez de plus en plus les liens qui vous unissent à tous les autres peuples; associez-vous à leurs intérêts^ à leurs plaisirs, à leurs peines ; vivez dans eux et pour eux ; formez la grande société du Christ, et sortez à tout jamais de cet égoïsme de famille ou de nation qui fait honte à votre espèce et s'oppose à tous ces progrès.

Prenez garde seulement aux entraînements de la force affectueuse, et n'en faites point de honteuses applications. Certes, et ici le sentiment s'accorde avec la raison, vous faites bien de prendre soin des animaux : ils sont, comme vous, les hôtes de ce vaste univers, et plusieurs d'entre

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eyx partagent d'ailleurs avec vous les douceurs de la yie domestique ; mais pourquoi, dans cette circonstance encore, dépasser toute mesure?

Pourquoi négligez-vous, pour ces créatures inférieures, les premières obligations sociales que vous avez à remplir ? Vos femmes , vos enfants , vos amis, vos parents, votre pays méritent seuls vos profonds attachements, et les attentions délicates qui en sont la conséquence. Respectez Texcellence de mes dons ; craignez de m'offenser par des passions ridicules, et réservez les trésors de votre âme pour tout ce qui porte le caractère sacré de l'humanité.

Même avec vos semblables, subordonnez toujours votre sensibilité au contrôle de Fintelligence; aimez-les, attachez-vous k eux, mais ne vous perdez pas dans des affections exclusives qui rompraient l'harmonie morale de votre constitution et vous feraient oublier vos devoirs et votre dignité. Soyez toujours les maîtres de vousmêmes.

Songez d'ailleurs que tout est muable et périssable en ce monde, et que tout ce que vous y possédez n'est qu'un prêt que je vous ai fait. Vous êtes ici, non pour donner la loi, mais pour la recevoir. Préparez-vous donc à tout événe-

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ment, et si les personnes que vous aimez vous abandonnent, ou si la mort vous les enlève, quand enfin , par une raison ou par une autre , elles ne seront plus là pour charmer votre vie , dites , non que vous les avez perdues , mais que vous les avez rendues : noble et touchante résignation, qui vous attirera mes grâces et qui vous sauvera du désespoir, du suicide ou de la folie*

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