ESPRIT DE LOTTE ET DE RÉACTION , COURAGE, COMBATIVITÉ
LMnslincl de sa propre défense est-il aussi une de nos virtualités fondamentales ? est-ce une assise de notre être? est-ce encore là une des forces vives de l'économie^ une fonction cérébrale dont on puisse sérieusement faire un objet d*étude? Cette faculté est-elle soumise aux lois générales de Torganismc? Peut- on en fovoriser le développement par Texercice et en diminuer l'activité par l'inertie? Soit par vice d'organisation, soit par l'influence d'une mauvaise éducation première, cette foculté n'est-elle pas quelquefois trop prononcée ou ne fait-elle pas, au contraire, quelquefois défout à la constitution? et dans l'une ou dans l'autre de ces circonstances particulières, ne possédons-nous pas aussi les moyens de la modifier, de la ramener à la juste mesure de son emploi et de la faire répondre ainsi aux intentions bienveillantes de la nature?
La science a résolu toutes ces questions par l'affirmative. Cette faculté est inhérente à notre être, elle relève de noire organisation cérébrale et elle s'exalte et se fortifie, ou elle s'affoiblit et disparatt
en quelque sorte, suivant la nature des impressions soutenues et répétées du monde extérieur.
Cette £aculté fondamentale innée n avait point échappé au génie observateur des anciens. L'éducation mâle et guerrière qu'ils donnaient à leurs enfants, leurs institutions, leurs mœurs, le soin particulier qu*ils apportaient à honorer publiquement tous les actes de courage, Tordonnance de leurs fêtes et môme quelques principes de leurs religions tendaient de toutes parts et de mille manières à exalter dans les &mes ce penchant primitif, et à en faire par cela même tout à la fois la première vertu du cifoycn et le palladium de TÉlat.
Dans les temps modernes cette faculté a été également reconnue, constatée et acceptée par tous les observateurs. Hommes politiques, ordres religieux, médecins, tous l'ont inscrite au nombre des pouvoirs de Torganisation, et à leurs différents points de vue ils se sont appliqués à en stimuler Taction, ou, con- Iradictoirement à ce but, à en neutraliser la puissance; je dis en neutraliser la puissance. Le fait est vrai, Thomme a porté la main sur presque toutes les fecultés de son être, et cela, non pas toujours pour en régler l'exercice, en ennoblir Texpression, mais bien quelquefois pour en détruire la spontanéité ou en empêcher autant que possible la manifestation.
Avant la réforme qui s'est opérée dans les mœurs
générales de TEurope^ savez-vous, par exemple, quelle espèce de courage on recommandait aux peuples : c'était le courage de tout supporter sans se plaindre ; sans protester, sans revendiquer la justice et les lois. Le courage ne devait point être ce qu'il doit être, il ne devait point s^employer à réagir, par la lutte et le combat, contre la violence et la tyrannie, il ne devait point se proposer de sou» tenir vaillamment les saintes causes des libertés publiques et de la vertu ; il ne nous avait point été donné pour la satisfection de nos espérances les plus légitimes, pour assurer en définitive le triomphe de tout ce qui est juste, de tout ce qui est noble, de tout ce qui est bien : un courage de cette sorte aurait changé, et trop vile, et trop têt, Tordre de choses établi. Un courage de résignation, d'immolation, était le seul qui convenait alors. On le possédait quand on faisait taire en soi tous les mouvements d'opposition, quand on prenait en bonne part le mal qu'on nous faisait, et surtout quand on considérait qu'on pouvait nous en feire davantage. On le possédait quand, au lieu de se défendre contre des oppresseurs ou des bourreaux, on tendait ses mains pour qu'ils les chargeassent de chaînes^ ou sa gorge pour qu'ils vous tuassent «ans résistance. On le possédait enfin, lorsque, vicié dans son naturel, feussé dans son intelligence, on arrivait, comme le musulman, à envisager les cvénemcnls, quels qu'ils
IM I5STI5CT DE SA PROPBE DÉFElNSe.
fusseoty comme an résultai de la falalîlé ou de la ToloDté de Dieu, et à n'aToir, par conséquent, de force que pour souffrir, se taire et mourir.
Voici donc encore ici une puissance précieuse de consenration dont les princes actuels de la médecine voudront bien sans doute me permettre de dire quelques mots à titre de leur humble confrère, et sans que je puisse encore, dans cette circonstance, m'exposera encourir le reproche de perdre mon temps à traiter d'une force étrangère à notre organisation.
J*ai rhabitude, ou du moins je crois en avoir fiiit preuve, de ne parler que de choses positives et bien démontrées. C'est ce qui établit mon avantage et mon droit en ces matières jusqu'alors abandonnées à l'esprit systématique ou à l'imaginalion déréglée de chaque écrivain. D'autre part, les hommes illustres qui nous ont précédé dans la carrière ne connaissaient pas scientifiquement Fhomme. Aussi, en dehors de quelques considérations, particulières d'ailleurs, d'un grand intérêt et revêtues de l'éclat d'un beau style, n'ont-ils pu saisir Tensemble et les détails de la tète humaine, en distinguer les différents compartiments, en énumérer les nombreux pou* voirs, en signaler les indépendances respectives, en faire ressortir, avec tout cela, Tharmonie, la pondération et l'arrangement hiérarchique, ni formuler, par conséquent, les principes à l'aide desquels nous avons la prétention de mettre en activité, de diriger
OU de perfectionner chacune de nos dispositions innées, lorsque nous ne les employons pas à en entraveri à en ralentir ou à en modifier d'une manière quelconque la trop grande énergie.
Voilà l'œuvre que j'entreprends loin de toute intrigue et de toute coterie. J*étndie l'anatomie et la physiologie du cerveau et du système nerveux, je m'applique à en bien connaître les fonctions; et à surprendre , par cela même, les opérations les plus délicates de lesprit humain. Je suis les penchants, les sentiments, les fecultés intellectuelles dans leurs mouvements les plus intimes, les plus profonds et les plus secrets. Je sais ce qui les met en jeu, j'en tiens dans mes mains les ressorts, et fort de l'exactitude de mes observations et des résultats heureux de ma pratique, je persiste toujours comme médecin, comme homme qui tient à l'honneur de sa posi* Uon , à me placer, au moins sous le rapport de la dette que je m'efforce de payer à la science, à côté de tous ces grands hommes qui se sont fait de grands noms en s'occupant de l'homme machine et de ses fonctions grossières.
A l'occasion même de la feculté dont nous allons tout à l'heure promulguer la loi d'activité, avons-nous su jusqu'alors en diriger dignement et intelligemment l'emploi? Avons-nous fait servir nos pouvoirs
supérieurs à ses applications? Non, c'est par virtualité fondamentale, complètement abandonnée à elle-
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mêmC; c'est par énergie brute que nous nous montrons courageux. Dans la presque universalité des cas, nous sommes courageux comme le sont quelques espèces inférieures , comme le sont certains ani-* maux ; presque jamais nous ne manifestons un courage d'hommes. Ni Tintelligence, ni les sentiments moraux ne viennent inspirer, éclairer, ennoblir en nous la combalivité. Nous nous battons pour des riens, des misèrejs, des feux points d'honneur, Qu pour couvrir des infamies, et avec cette bravoure si bruyante nous ne soutenons point au péril de nos jours les choses de bienveillance» de vénération, de justice et de dignité ; nous n'avons de cœur que pour feire respecter nos intérêts matériels.
Ëtonnez-vous après cela du peu de considération qu'ont pour vous les conducteurs des peuples, éton* nez-vous du bon marché qu'ils font de vos personnes, et voyez, par conséquent, si, sous ce rapport encore, vous n'aviez pas besoin que la nouvelle loi vînt vous aider à sortir de cet état d'abjection, en vous traçant le devoir, en vous éclairant sur remploi que vous devez faire, à titre d'hommes, d*une feculté purement instinctive.
On a souvent demandé et Ton demande encore tous les jours quel est le courage qui mérite le mieux Tapprobalion publique. D'abord , ou devrait savoir que le courage est un, qu'il est identique, qu'il ne change pas de nature par la diversité des circon-
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stances exléricures qui le font entrer en action, et que, par conséquent, dans un sens absolu, il n'y a aucune espèce de distinction à établir entre les di^ férents courages, entre le courage à tenter les entreprises les plus lointaines et les plus périlleuses, ou celui que Ton met à soutenir des opinions qui heurtent les préjugés du peuple ou des savants, ou qui mettent à jour les vices d*un gouvernement; le courage est toujours le courage, en tout et pour tout.
Il aurait feUu poser autrement la question. Glieis rhomme une feculté ne marche jamais seule ; elle agit sous de bonnes ou de mauvaises inspirations, elle prend sa couleur et son caractère de ce qu'on appelait autrefois l'association des idées. Expression vague et générale qui disait bien quelque chose, mais qui ne faisait pas connaître par leur nom et leur influence particulière les éléments divers qui entrent dans chacunede nos déterminations.
Cette virtualité est de Tordre inférieur, et comme telle, elle n'est en elle-même et par elle-même qu'un mouvement instinctif, aveugle, plus ou moins violent et plus ou moins bien ou mal appliqué. Son mérite ou son éclat ne relève pomt d'elle-même ; il se tire de l'excellence des motifs, c'est-à-dire de la noblesse des idées ou des sentiments qui viennent la mettre en activité.
Le courage est toujours admirable , quand il agit dans l'ordre de notre constitution et qu'il protège
les intérêts sacrés de la conservation, soit chez l'individu, soit dans la famille, soit dans la nation.
La vie, la liberté, la propriété, les femmes et les enfants, les vieillards, le sol natal, tous les amours qui nous attachent à ces personnes et à ces choses sont, par la divinité même, confiés à l'énergie de cette faculté tulélaire.
Dans un pays où l'on vient d'échapper comme par miracle à la barbarie, le moment ne me paraît pas venu de trancher la question morale, de savoir à quelle espèce de courage il faut donner la préférence. 11 faut bien le dire à toutes ces têtes incomplètes qui voulaient aborder, sans expérience et sans documents positif^, les plus hauts sujets de l'économie sociale et politique, elles se sont étrangement abusées sur le degré de civilisation auquel notre espèce est parvenue. Certes, la tête humaine est plus puissante qu'autrefois. Son intelligence est plus belle et plus déliée, mais son caractère ne s'est point développé dans la même proportion ; il ne s'est point placé à la hauteur de ses lumières, la moralité lui feit défaut. On ne peut se le dissimuler, l'homme moral n'existe point encore dans notre société si vantée, nous n'y apercevons que Thomme animal et intellectuel. Les sentiments élevés de notre constitution n'apparaissent point aujourd'hui dans la vie de l'humanité. Allez observer par vousmêmes, recueillez des faits, touchez vos semblables.
fendez leur écorce trompeuse, expérimenlez, montrez-moi ceux qui manifestent de la bienveillance, du désintéressement, delà vénération, delà justice et de la dignité. Nous en ferons ensemble le dénombrement. Que peut-on établir avec de pareils éléments? quelles libertés peut-on donner et mériter? Et vous, lecteurs, qui vous croyez si supérieurs au peuple, ne vous apercevez-vous pas que ce langage a de la nouveauté pour vous-mêmes, et ne vous a-t-il pas effectivement semblé j usqu'à présent que toutes ces vertus n'étaient faites que pour des sots ou des niais ?
Voilà les faits tels qu'ils sont, puisque vous ne savez pas les rassembler vous-mêmes. Les voilà, ils sont de tous les jours, de tous les lieux et de tous les instants, vous pouvez en opérer aisément la vérification ; partout, à vos côtés, derrière vous, devant vous , des brutes dépouillées d'intelligence et le plus souvent de moralité, ou des aigrefins, qui exploitent au bénéfice de leur égolsme le peu d'idées libérales ou de sentiments généreux qui peuvent encore rester dans le fond du cœur humain.
Ce qui est vrai pour les individus est vrai pour les nations, elles se ressemblent toutes; prises en masse , aucune d'elles ne possède et ne reflète les grandeurs propres de son espèce. Où est le lien vraiment humanitaire qui les unisse ? Elles n'ont ni les mêmes principes politiques, ni les mêmes
prÎDcipcs religieux. Leurs mœurs, leurs préjugés, leurs intérêts, leur orgueil, leur ignorance, tout les divise. Ce ne sont point , comme on le croit , des nations de frères et d'amis; cela pourra venir, mais cela nVst point encore. Elles n'entendent rien à celle rhétorique, et au premier signal et sous les plus simples prélestes , ou sous Timpulsion do la plus frivole vanité, vous les verriez comme autrefois, j'allais dire comme hier, se livrer entre elles des batailles d'eiterminalion et se disputer, en sauvages, les dépouilles des vaincus.
Dans CCS tristes situations où la bêle est toujours dans la nécessité de se préserver des agressions de la béte, le premier îles courages est le courage militaire. C'est le cas de mesurer son estime sur Timporlance de ses intérêts.
En effet, lorsqu'il peut être à tout moment question d'être ou de n'être pas, il est de première politique, de première intelligence, d'éveiller, d'entretenir et de récompenser le counige qui porte une nation à se faire égorger pour sa défense, ou à égor- <;er la nation qui vient pour l'égorger ou la soumettre. Il y a bien là quelque chose d'humiliant pour la dignité de la nature humaine, mais qu'y faire? les temps de l'homme viendront. En attendant, honorons les guerriers, plaçons haut dans Topinion tous ceux qui veulent bien tuer ou se faire tuer pour nous : imitons en cela les barbares auxquels nous ressemblons encore par tant de points à la fois. C'est
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en plaçant sur des pavois tous ceux qui défendaient avec le plus de bravoure et de talent leur nationalité, qu'ils assuraient leur indépendance et qu'ils multipliaient les héros. Imitons-les, donnons des prix à la valeur. Qui que nous soyons, obéissons nous-mêmes à l'instinct de notre propre défense, el si Ton vient contre nous le fer et le feu dans la. main , n'opposons pas à la fureur des loups la douceur des agneaux ; réagissons, vivons, conservons-nous , rendons guerre pour guerre, rugissons comme des lions : si la victoiro nous reste, il sera temps alors de montrer notre civilisation, notre amour de la paix , notre désintéressement et notro humanité.
Il me reste actuellement à promulguer la loi d'activité relative à la combalivité. Par la suprématie que j*accorde toujours à rintelligence el aux sentiments moraux sur nos facultés inférieures, et par le contrôle sévère auquel, sous ce rapport, je les sou-r mets dans leur emploi, je crois avoir bien saisi l'arrangement admirable et hiérarchique que la nature a déployé dans la multiplicité de ses dons, et mis h jour ses intentions formelles. Heureux si, dans la mosare de mes foibles pouvoirs, je suis Tinterprète exact, honnête et vénérant des volontés du Créateur ! Heureux si j'ai bien lu dans son œuvre divine, et si je n'ai rien dit qui puisse soulever contre moi la conscience éclairée d'un homme de bien!