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DESTRUCTIVITÉ

La mort violente, on vous Ta dît, est une institution de la nature, et je ne sais d'où vient rétonnement que vous manifestez à la simple promulgation de cette loi, lorsque vous en avez tant de fois et de tant de façons diverses dépassé la mesure et Tapplication. Non, ce n'est point un paradoxe, la mort violente est une de mes institutions , et j'ai voulu qu'il en fût ainsi pour assurer la nourriture et l'existence organique de tous les <îtres de ma création. J'ai fait plus : j'ai voulu que, dans cette même faculté, vous trouvassiez arme et secours contre le monde extérieur; elle vous était nécessaire pour y assurer votre existence et votre empire : il fallait détruire pour ne pas être détruit. Apprenez donc encore, à ce point de vue, à apprécier l'excellence de mes dons ; et, sur cette terre dont je vous ai faits les administrateurs et les gérants, détruisez tout ce qui peut mettre obstacle à la liberté de vos mouvements et à votre domination légitime, disputez-

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lui sa puissance, trànsformez-la sous vos pouvoirs supérieurs, et qu'en un mot tout porte sur elle Tempreinte de votre passage ici-bas.

Quant à la première et à la plus indispensable nécessité d'application de cet instinct, ne dirait-on pas que vos sens sont restés constamment fermés aux impressions des faits les plus vulgaires et les plus matériels de la nature? Ouvrez enfin ces portes de votre entendement, et partout vous ne constaterez que des scènes de carnage et de destruction; partout, à la surface de la terre, dans les plaines de Tair, dans les fleuves, dans les mers, dans les entrailles du globe, vous n'apercevrez que des sacrifices d'êtres vivants faits chaque jour et à chaque instant, par millions et millions, à d'autres êtres vivants.

Je vous le répète, c'est ainsi que j'ai ordonné les choses de votre monde; et, pour atteindre ce but de destruction dont j'ai fait la source inépuisable de la vie, j'ai, comme dans le reste de mes œuvres, tout profondément et tout largement institué.

Chez les grands carnassiers, chez tous ces animaux qui se nourrissent exclusivement de chair et de sang, vous pouvez plus particulièrement admirer le luxe et la richesse que j'ai

déployés dans la fabrication de mes instruments de mort; la^ plus que partout ailleurs, j'ai montré la puissance et l'étendue de mes ressources, en même temps que la simplicité de mes appareils. Voyez comme tout se tient dans leur oi^^anisa-* tion, comme tout conspire au but cpie j'ai voulu leur faire atteindre. Indépendamment de l'impatience et de l'énergie de l'instinct destructeur qui les porte à l'action, considérez la forme élancée de leur corps, remarquez la ^souplesse et la force de leurs muscles , regardez leurs armes terribles, leur gueule, leurs dents et leurs griffes; écoutez ces rugissements et ces cris qui glacent déjà d'effroi la victime; suivez-les lorsqu'ils se précipitent sur elle et qu'ils la dévorent, et dites-moi s'il est possible, pour multiplier en un clin d'œil la mort autour d'eux, d'ajouter quelque chose à la puissance de destruction que je leur ai donnée.

Et dans cet ordre de faits , pour continuer k ne mettre en relief, devant vous, que les principales figures de ma création , vous n'avez donc étudié non plus ni l'organisation, ni les habitudes, ni les mœurs des grands oiseaux de proie? Quelle perfection, cependant, dans les armes meurtrières que j'ai également fabriquées pour

eux tous! Leur instinct carnassier, la subtilité de leur odorat, la portée immense de leur vue, rénorme envergure de leurs ailes, Tobliquité et la rapidité de leur vol, la vigueur de leurs serres, la forme recourbée et tranchante de leur bec , j'ai tout ordonné chez ces dominateurs habitants de Fair pour Faccomplissement de ma loi de destruction ; tout est disposé chez eux pour qu'ils donnent une mort de surprise, une mort prompte et sans agonie. N'oubliez pas ce fait important, créatures on ne peut plus sensibles, car avant de tuer vos semblables, vous vous êtes bien souvent fatigué l'esprit à trouver des moyens de destruction qui prolongeassent leurs tourments et qui vous missent à même de les voir plusieurs fois horriblement et lentement mourir. Dans les lacs et les fleuves, et dans toute l'étendue des mers, comment n'avez-vous donc pas été frappés également de l'extermination prodigieuse et perpétuelle des êtres innombrables qui se meuvent dans ces immensités? Comment n'avez-vous point été étonnés de l'art inouï avec lequel, pour le milieu qu'ils habitent, j'ai varié la structure et la forme de leurs instruments destructeurs? Mangez et soyez mangés! Telle est la loi générale de leur existence; et cette loi qui

VOUS explique Tintensité de leurs fonctions génératives est tout à Tavantage de ceux qui échappent à cette énorme consommation journalière : la vie des uns est dans la mort des autres. Têtes aussi faibles qu*orgueilleuses, pouvez-YOUs nier plus longtemps ces destructions incessantes? Ne sont- ce pas des faits incontestables; et vous entendrai-je encore crier au paradoxe?

Pour dissiper votre aveuglement et reconnaître ma loi^ ne vous suflisait-il pas d'ailleurs de jeter les yeux sur vous-mêmes ? Votre organisation ne tient-elle pas tout à la fois de celle des carnivores et des herbivores? Par ce fait même, vos appétences pour les substances du règne animal et du règne végétal ne sont-elles pas également prononcées, et la digestion des unes et des autres ne vous est-elle pas également facile et également nécessaire? Pour subvenir à ces exigences de votre alimentation, la force destructive vous a-t-elle aussi jamais fait défaut? Ne pourrais-je pas au contraire vous accuser d'en avoir fait bien souvent l'abus le plus condamnable? L'eau, l'air, la terre et le feu ont à peine suffi, sous ce rapport, à votre activité meurtrière. Oh sont les êtres qui, pour leur simple nourriture, aient exercé plus de ravages autour d'eux? Quels sont les points du

globe que vous n'ayez explorés dans ce but? Ne dirait-on pas que je vous ai donné le n\onde en pâture?

Même chez les ruminants, chez tous ces animaux que vous considérez dans vos pastorales comme les êtres les plus innocents de la nature, la force destructive se déploie sur une immense échelle. Dans ces prairies où vous les voyez paître avec tant de bonheur et de tranquillité, vous vous imaginez qu'ils n'opèrent de destruction sur aucune espèce vivante , et lorsque ensuite , sur un point quelconque de la localité, ils vont étancher leur soif, vous croyez aussi qu'ils n'introduisent dans leur estomac que l'eau limpide des fontaines ou des ruisseaux qui murmurent dans la vallée... Romanciers insipides! Dans les herbes de la prairie, et sur les feuilles des arbres, et dans les eaux stagnantes ou rapides, se trouvent des myriades d'animalcules auxquels ces ruminants voraces ne font nulle attention, et dont je suis seul à constater la destruction lorsqu'ils les broient sous leurs dents ou qu'ils les avalent d'un seul trait.

Abaissez donc encore ici votre orgueil devant ma sagesse! Je vous le dis, en vérité, pour la conservation des espèces comme pour celle des

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individus, la mort violente est une de mes insti* tutionSy et j'en ai fait la source inépuisable de la vie.

Hommes de peu de réflexion, vous portez sur toute ma création une main destructive; vous détruisez à tout moment, vous détruisez sans cesse ; ce n'est même que par la destruction que vous avez pu changer et embellir la surface du globe que vous habitez , et vous semblez douter que la destructivité soit inhérente à votre consti-tutioni Partout cependant vous faites violence à la nature. Quelle est votre œuvre lorsque vous abattez des forêts, lorsque vous desséchez et faites disparaître des marais immenses, lorsque vous brûlez de vastes plateaux de landes improductives? Votre œuvre est une œuvre de destruction, et vous ne la faites que pour vivre; et il ne fallait rien moins que la virtualité puissante dont je vous ai gratifiés pour que vous ayez pu arriver à vos fins. Sans la destructivité, vous n'auriez jamais pu disputer la terre à tout ce qui menace de l'envahir; vous n'auriez jamais pu la livrer à l'agriculture, la débarrasser de ses herbes parasites, la couvrir de vos céréales, de vos arbres fruitiers, de vos plantes pota* gères, et la mettre en état de compléter votre

alimentation et d'en augmenter les ressources.

Voyez où conduit l'ignorance I Tout à l'heure vous vous révoltiez presque à l'idée d'admettre un instinct de destruction au nombre de vos facultés fondamentales ; et voilà que par les faits dont je viens de frapper vos esprits, je vous amène, à l'occasion du rôle et de l'exercice de cette faculté même, à me bénir dans chacun dé mes dons, et à m'admirer dans l'ensemble de ma création I

Qu'eût-ce été, si vous vous fussiez appliqués davantage à vous connaître vous-mêmes? Les secrets de ma puissance vous auraient moins souvent échappé, et jusque dans leurs manifestations les plus délicates et les plus profondes, vous auriez saisi le mouvement et l'influence de toutes les forces radicales de votre constitution. C'est ainsi que, dans l'expression énergique de votre caractère comme dans la tournure incisive et caustique de votre esprit, vous eussiez remarqué bien des fois que j'employais moralement la destnictivité à la défense de vos plus précieux intérêts.

Mais si j'ai voulu que, pour fournir aux frais de votre alimentation, vous portassiez sans scru« pale et même avec un certain attrait le fer et le

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feu de la destruction sur presque toute la nature; si j'ai voulu que, pour votre propre défense, l'énergie violente de la destructivité se reflétât dans vos traits et vos gestes, et intimidât vos ennemis, et vous portât même à les sacrifier quand ils veulent attenter à vos jours, et si, indépendamment encore de ces deux buts légitimes d'action, j'ai voulu, par la puissance de cette faculté, vous soumettre les forces de la nature extérieure et vous établir maitres absolus sur la terre, comment avez-vous pu vous imaginer que, pour la satisfaction de vos plus misérables passions, comme aussi pour obéir à l'entraînement irréfléchi de vos meilleurs sentiments, vous aviez droit non seulement de vie et de mort sur vos semblables, mais encore que vous pouviez les faire mourir en détail et vous extasier dans leur lente agonie ? G)mment toute votre nature d'homme ne s'estelle pas soulevée devant tant de douleurs et de larmes? Comment surtout, dans quelques circonstances où il ne s'agissait que de questions futiles, et où ma pause, mise en jeu, n'était qu'un prétexte d'action , comment avez-vous eu l'audace, comment avez-vous conçu la monstrueuse idée de déclarer et de publier partout que vos

méraits, que les abominations atroces dont vous vous rendiez coupables étaient et devaient être commises à la plus grande gloire de mon nom?

Barbares ! si le fanatisme et la superstition ne vous ont pas mis la torche et le poignard à la main; et si, par suite de ces surexcitations morales, vous n'êtes pas devenus innocemment homicides, voyez à quelle hypocrisie et à quelle inhumanité conduit Fintelligence asservie par Torgueil et la soif du pouvoir et des honneurs ! Vous ne pouvez pas vous le dissimuler : ici rinstinct destructeur est en pleine déviation; il agit en dehors de ses applications droites, honnêtes, légitimes ; il ne protège plus Thumanité, il Topprime et la dévore. Aberration, aliénation, crime, infamie : tous ces mots se présentent presque indifféremment à l'esprit pour en stigmatiser les horreurs.

Ecoutez bien cette révélation dernière; je ne l'ai point faite à vos aïeux, mais je ne veux pas aujourd'hui qu'un seul enseignement vous manque sur la destination et l'emploi de vos différentes facultés.

Ne tenant aucun compte des faits qui se sont accomplis, ou ne sachant en rien les interpréter, vous demandez si l'homme a droit sur la

Yie de l'homme; si, quand il tient dans ses mains le pouvoir, il a autorité morale pour mettre la nation qu'il gouverne sur le pied de guerre, et l'entraîner en masse à la destruction en masse de ses semblables ? Vous demandez si mes attributs sont toujours les mômes ; si, malgré les progrès que vous avez faits et l'adoucissement qui s'est opéré dans vos mœurs, je suis et dois être toujours le Dieu exterminateur et vengeur, le Dieu jaloux, le Dieu des armées; et par conséquent vous demandez si, à ce dernier titre surtout, je réponds aux prières de vos prêtres, si je bénis les étendards des guerriers, et si je consacre, en un mot, les mouvements terribles de la destructivité sur l'homme?

Non, mes attributs ne sont pas changés, et mes commandements sbnt aussi invariables que ma nature.

Je vous l'ai déjà dit : Vous ne tuerez point votre frère. Cette défense est expresse; elle est de tous les temps, de tous les lieux, et j'ai marqué du sceau de ma réprobation celui qui le premier osa l'enfreindre devant moi. L'homme n'a donc pas droit sur la vie de l'homme, et quiconque se sert de l'épée périra par l'épée. La réaction est fatale ; elle est nécessaire, elle tient

au soulèvement de la conscience humaine, elle est une punition ; elle est en définitive Taccomplissement de ma justice : j'ai donné à Thomme Tamour de la vie, et tout son être s'insurge contre Tanéantissement de sa personnalité.

Mais si Thomme n'a pas droit sur la vie de rhomme, rhomme, dans toute Tacception du mot homme , l'homme a droit sur la vie de l'homme animal ; et c'est sous l'inspiration des sentiments les plus élevés, et sous le contrôle sévère de Tintelligence la mieux ordonnée que, depuis Moïse jusqu'à l'époque actuelle, tous les novateurs, tous les réformateurs, sous peine d'être détruits, ont été destructeurs. Aucune idée grande , sainte et désintéressée n'a pu descendre du ciel, s'incarner dans la tête humaine et s'implanter dans l'espèce sans exiger ces sacrifices douloureux.

Tous les grands principes qui ont fait avancer l'humanité, toutes les grandes révélations qui l'ont transformée, ont fait couler du sang. Dans mes vues, dont vous ne sondez gas toujours les profondeurs, j'ai quelquefois laissé sacrifier l'homme juste et généreux ; et son sang, que j'ai fait retomber sur la tête des oppresseurs, vous a servi plus que vous ne pensez. Mais néanmoins

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je n*ai pas toujours voulu que les révélateurs et propagateurs de mes lois, que les bienfaîteurs des nations, que les hommes vraiment hommes tombassent sous les coups des barbares. Souvent j'ai disputé, j'ai arraché Thomme à la bête, et j'ai fait impitoyablement porter sur elle le poids de ma colère. J'ai été, je suis donc et je dois être toujours le Dieu jaloux, le Dieu exterminateur et vengeur, et le Dieu des armées.

Toujours je vous gouverne, toujours ma providence est là ; mais loin de vous rendre compte, en créatures intelligentes, de son influence continue, vous donnez carrière à votre imagination superstitieuse, ou vous vous arrêtez à des causes secondaires lorsque vous ne me prêtez pas un rôle au niveau de vos misères, et que, pour le service de vos plus vils intérêts, vous me faites impudemment intervenir pour en assurer au moins le succès éphémère.

L'action de ma providence ne s'exerce point ainsi, et mes châtiments atteignent tôt ou tard celui qui blasphème en mon nom. Il n'est donné à aucun individu ni à aucun peuple d'échapper aux principes de ma création.

Voici comment je vous tenferme et vous maintiens dans mon cercle éternel :

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Il est des conditions d'existence auxquelles \ous ne pouvez vous soustraire. Je vous ai créés pour vouloir et sentir tout ce qui est bien, tout ce qui est beau, tout ce qui est de justice, de vénération, de bienveillance et de dignité; je vous ai créés pour l'intelligence et l'ordre; je vous ai faits hommes, en un mot. Vos passions inférieures, il est vrai, ne s'opposent que trop fréquemment à vos progrès; mais, en dépit de la tyrannie qu'elles exercent, elles ne brisent pas néanmoins cette loi de votre nature, et elles ne vous enlèvent pas aux destinées que je vous ai réservées. Sachez-le bien, vous ne pouvez pas plus renverser les lois de votre constitution intellectuelle et morale, qu'il ne vous est possible de rien changer aux lois physiques qui gouvernent les mondes. Je vous le disais bien, que vous ne co/inaissiez pas l'histoire, ou que vous n'aviez jamais réfléchi sur ses principaux événements. Relisez-la donc, et voyez si je n'ai pas toujours été fidèle en mes menaces. Aujourd'hui comme autrefois, du moment que vous luttez contre vos propres tendances et vos aspirations, du moment que vous substituez la vie de l'animal à la vie de l'homme, que vous méconnaissez vos premiers devoirs et vos plus grands intérêts, et

que les douleurs et les mécomptes que vous en ressentez ne suffisent pas pour vous éclairer et vous rendre à vous-mêmes, j*étends encore sur vous la main de ma miséricorde, et je vais vous chercher au fond des précipices.

C'est là que ma providence, dont vous n'avez jamais su vous expliquer les miracles, apparaît dans tout son jour et sa simplicité.

Je viens de vous le faire entendre, au sein de votre dégradation, qui n'est d'ailleurs jamais complète, et où il y a plus d'ignorance que de mauvais vouloir, se trouvent des esprits positifs, des âmes droites, des caractères énergiques qui n'acceptent ni ne partagent vos dissolutions et vos crimes. Ces hommes sont forts de ma force, c'est-à-dire de toutes les qualités instinctives, morales et intellectuelles que je leur ai départies, et qu'ils n'ont cessé d'employer dans l'ordre voulu par ma sagesse. Ce sont eux que je suscite et que j'ai toujours suscités parmi les n*ations; et soit qu'ils le sachent, soit qu'ils l'ignorent, ils ne sont que les instruments de ma volonté. Ce qu'ils aperçoivent les froisse et les révolte, et mon indignation les saisit ; ils mesurent la profondeur de l'abîme dans lequel vous allez tomber, et mon génie les guide; ils sentent le

danger de leur mission^ mais toujours inspirés par moi-même, toujours inspirés à la source de letirs puissantes et bonnes facultés, rien n*abat leur couragg : leur ascendant, c*est le mien ; il est le produit des plus hautes virtualités de Fentendément humain. L'homme, en effet, ne peut agir sur l'homme que par les facultés de l'homme; et moi-même, qui vous fais mouvoir à mon gré, je ne le fais qu'autant que je me mets à votre faible portée, car vous ne pouvez me comprendre que dans la, mesure de vos propres pouvoirs.

Eh bien , c'est en mon nom, que vous avez tant de fois outragé; c'est au nom de la raison, de la morale, de la religion, de la vertu, de l'ordre et de la vérité ; c'est au nom de tout ce qui vous différencie des espèces inférieures ; c'est au nom de tout ce qui forme le caractère sacré de l'humanité que ces hommes forts s'avancent parmi vous et viennent enfin, dans leur courroux, vous faire sentir violemment ma présence.

Dans ces circonstances critiques et déplorables où la cause de la civilisation tout entière est en jeu, où il ne s'agit de rien moins que de voir périr ou subsister mon œuvre, la multitude du peuple elle-même voit jour dans sa bassesse

et ses hontes : dépossédée qu'elle est de sa grandeur morale, elle n'a plus en elle de motifs élevés d'action ; elle tremble, implore ma pitié, et fuit épouvantée. Mais le jugement est prononcé, ma bonté s'est lassée et ma justice commence.

C'est alors que je suis le Dieu des armées, que j'écoute la voix des prêtres et des guerriers, que je bénis leurs drapeaux et que j'efface de la terre tout ce qui a violé indignement ma loi.

Mais, remarquez-le bien , ce n'est point sur l'homme que je fais tomber le glaive exterminateur, l'homme est le chef-d'œuvre de ma création; c'est sur un être vicié dans sa nature et perdu dans l'anarchie ; c'est sur un être qui ne comprend ni les choses de l'intelligence, ni celles des sentiments moraux, et qui ne marche que sous le fer ou le bâton; c'est sur l'homme animal. Et je dois l'immoler, si je ne veux pas que l'homme lui-même devienne infailliblement son esclave, sa victime et sa proie.

Enfants de la terre, je vous l'avais déjà fait dire : L'homme s'agite, et Dieu le mène. Mais vous ne compreniez point le sens et la profondeur de ces paroles, et votre sentiment du merveilleux seul en acceptait confusément la vérité.

Vous savez maintenant par quels moyens j'agis sur vous, et par quels moyens vous agissez sur vos semblables : c'est par Fintermédiaire et Faction de vos facultés. Voilà comment les hommes de ma prédilection vous ont ramenés et vous ramènent constamment dans mes sentiers. C'est en se retrempant dans moi-même, c'est-à-dire dans tous les attributs qu'ils tiennent de ma bonté; c'est en s'élevant vers moi par la vénération ; c'est en suivant l'impulsion de leurs sentiments moraux et en en déversant la libéralité sur leurs frères; c'est par le feu de leur intelligence; c'est en s'appuyant sur Finfatigable énergie de leurs instincts; c'est en se dessinant noblement comme hommes ; enfin, c'est en déployant toutes leurs forces, qui sont les miennes, puisque je les leur ai données, qu'ils sont toujours parvenus et qu'ils parviendront toujours à établir leur empire sur Fhomme animal, à le faire rentrer dans les conditions de l'existence humaine et à justifier ma providence.

Dans tout cela, le surnaturel, le merveilleux de la chose ne disparait pas , mais il s'éclaire et se modifie; vous pénétrez de plus en plus dans les mystères de votre organisation , je vous en fais toucher au doigt l'étonnant mécanisme ;

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et les mille autres merveilles que j'accomplis d'ailleurs perpétuellement sous vos yeux viennent, indépendamment de Témotion de vos sentiments^ vous contraindre, par l'appréciation intellectuelle que vous en faites, à reconnaître et à proclamer qu'il existe ai»-dessus de vous tous une puissance qui déGe votre oipieil et vos révoltes , et qui ne vous permet pas d'échapper à ses lois. Je suis le Dieu jaloux et le Dieu des années.

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