‹ ANALYSE DE L'ENTENDEMENT HUMAINChapitre 17 sur 29 · RUSE, FINESSE · texte numérisé non relu

RUSE, FINESSE

sâvoir-fâire, penchant a être clandestin,

sécrétivité.

Ne marches ptt en des voies tortiieoMt, el qoe Totre parole loit lonfouri Traie.

Combien de fois serai-je obligé d'expliquer ma création, et quand cesserez- vous de confondre Tabus que vous faites incessamment de vos facultés avec l'emploi intelligent et moral que vous devez en faire ?

Quel rapport, par exemple, y a-*t-il entre celte pénétration fine et déliée que j'ai faite inhérente à votre caractère, entre cet esprit d'habileté, ce tact, ce savoir-faire, cette discrétion clairvoyante dont j'ai voulu protéger tous les calculs de votre tête et tous les mou*

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vements de votre âme, et ces subterfuges misérables, ces arguties sans croyance et sans dignité, ces ruses grossières et ces hypocrisies profondes dont vous vous servez tour à tour pour couvrir, ou la stérilité de votre esprit, ou la bassesse de votre âme?Ne saurez-vous donc jamais utiliser en hommes vos pouvoirs inférieurs? Tantôt vous restez en deçà de leur activité propre, tantôt vous allez au delà de leur application légitime, et le plus ordinairement vous ne les employez qu'à mal faire. Pourquoi ne pas éclairer vos différentes facultés les unes par les autres? Pourquoi ne leur faitesvous pas se prêter un mutuel appui , et ne les vois-je pas conspirer ensemble au but moral que vous devez toujours vous proposer d'atteindre? Vous les scindez, vous les divisez, vous les morcelez, vous brisez Tharmonie de leurs rapports. Les inférieures ne sont point soumises au contrôle des supérieures, et tous les dons que vous tenez de ma bonté se trouvent viciés par le fait même de votre indifférence à connaître les plus simples lois de votre constitution cérébrale. Grands philosophes, vraiment, qui possèdent toutes les sciences, excepté celle de leur propre vie.

RUfiS, FDICSSE, UVOm^AIRE. 217

VOUS n'étiez pas les premiers des êtres, si je n'avais ajouté à vos instincts de conserva*tion une belle intelligence et de nobles seotimentSy je m'expliquerais et vous pardonnerais cette ignorance et ces désordres : vous ne ser riez que des brutes ; et que voudriez-vous que je demandasse à des brutes ? Mais puisque , indépendamment de tous les pouvoirs que j'ai inégalement répartis sur la tête des animaux et que j'ai rassemblé» sur la vôtre y vous brillez encore par des facultés qui vous sont propres et qui vous donnent le gouvernement de vousmêmes et du monde extérieur, soyez au moins par vos actes ce que vous êtes en réalité ; ren* dez ce que vous avez reçu, ayez la conscience de vos attributs et de vos privilèges, et, dans le sentiment de vos forces et de votre grandeur, ne laissez pas s'effacer davantage en vous le caractère de l'humanité.

Pénétrez-^vous bien de cette idée t les sen* timents moraux et les hautes facultés de l'in** telligence embrassent toute la race humaine dans leur activité et dans les résultats de leur application , tandis que les penchants ne s'exercent que pour la conservation de l'in* dividu et de sa famille, et comme le premier

de ces deux mobiles est d'un ordre ' plus élevé que l'autre , c'est son autorité qui est suprême. Telle est l'indication qui ressort en toute évidence de l'arrangement admirable qui a présidé à la formation de la tète humaine^ et tel est mon commandement.

' Ouvrez les livres des philosophes et des moralistesy et vous n'y trouverez rien qui approche de cette révélation scientifique , et qui vous donne mieux les motifs supérieurs de vos déterminations. Ne violez donc plus la loi de hiérarchie qui doit régner entre vos différents pouvoirs, et agissez dans la direction de la suprématie qui appartient à vos qualités d'hommes. Tout est là, voilà le code invariable de la morale et de la religion établi par moi-même et inscrit en gros caractères dans votre constitution. Voilà ce qui doit en faire un jour l'universalité et ce qui doit en constituer l'éternelle durée. Vous concevez maintenant comment tous les législateurs qui n'ont point eu cette connaissance n'ont entrevu qu'une partie des vérités positives, quand ils ne se sont pas égarés et perdus dans les imperfections de leur propre esprit.

Non , vous ne savez, ni dans l'ensemble, ni

dans les détails, ordonner votre vie confor*mément à votre nature supérieure. Que vous sert-il d'être hommes, si vous ne marchez que sous l'impulsion de vos penchants et ne vous vous agitez que dans l'intérêt de votre égoïsme? On dirait que le discernement vous manque , et que les sentiments élevés vous font défaut. Pour ne vous parler que de la faculté dont je veux bien ici vous formuler la loi d'application, là où vous devriez apporter le plus de sécrétivité possible, on vous voit incessamment occupés à fixer sur vous les regards du public ; vous affichez jusqu'à vos désordres , et lors même que vous suivez l'impulsion de vos plus hautes facultés, vous ne savez non plus ni vous gouverner ni vous taire.

Vous ouvrez quelquefois votre âme à la pitié, et vous soulagez Tinfortune. Mais en obéissant à ce sentiment si naturel et si délicieux , suivez- vous mes recommandations? Votre main droite ignore-t-elle ce que donne votre main gauche, et ne vous voit-on pas cherchant la satisfaction ailleurs que dahs le bien même, étaler à tous les yeux la plus misérable vanité, etmendier pour cet acte d'obligation naturelle

TapprobatioD de yob semblables? Ignorants qui Youlez le bonheur et qui ne courez qu'après les faux biens, ne devriez-vous pas savoir

que dès ce monde même, je récompense par les plus douces voluptés Texercice modeste et désintéressé des sentiments moraux.

Et lorsque vous me rendez le culte qui m*est dû, vous ai-je dit aussi d'y mettre de TafTec-» tation et d*en faire en quelque sorte métier et marchandise ? Loin de là, je vous ai recom^ mandé de fuir le bruit et l'ostentation, de fer^ mer votre porte et de prier en secret. J'ai fait plus pour votre dignité. Je vous ai suivis jusque dans les détails de votre vie privée, et lorsque je vous ai imposé des abstinences, soit pour vous accoutumera l'obéissance, soit pour vous aider à affaiblir et à combattre la violence de vos passions , je vous ai expressément enjoint de dérober au public la sainteté de vos occupations, et dans ce but, de vous parfumer les jours de vos jeûnes. Oh I que vous êtes loin encore du terme de votre perfectionnement I et quand goûterez-vous enfln, dégagés de tout motif inférieur, les plaisirs ineffables et secrets de mon adoration I

Dans le commerce ordinaire delà vie, main-

tenez daos une juste mesure votre esprit de réserve et de discrétion ; conservez, sous ses pressentiments nombreux, Tacuitédevos sens; ayez l'œil et Toreille à tout. Montrez du taot, de Thabilelé, du savoir-faire ; évitez les em*^ bûches; défendez vos personnes et vos biens, et jouissez en silence des faveurs de votre in^ stinct. Mais que cette faculté précieuse de con«* servation soit plutôt dans vos mains un mojeo de défense qu'un moyen d'attaque, et restez toujours hommes en vous en servant. La dissimulation, l'hypocrisie, le mensonge, révèlent la faiblesse de l'intelligence et la pauvreté du caractère : sous ces vices de l'esprit et du cœur se cachent, bien fréquemment d'ailleurs, des intentions criminelles. Riches comme vous l'êtes de tant de qualités supérieures, qu'avez-vous besoin de recourir aux subterfuges, h l'astuce, aux traîtrises, à mille infamies, pour accomplir vos desseins ? L'intelligence, la droiture et la noblesse de l'âme, secondées par l'activité modérée delà sécrétivité suffisent pour déjouer les calculs des méchants. Ne renversez pas les institutions de ma sagesse. N'oubliez jamais que votre supériorité ne relève que de vos facultés supérieures. Vos in-

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stincts protègent et défendent votre existence. C'est une force énergique que j'ai mise à votre disposition, mais vos instincts dépouillés de lumières et de moralilé ne peuvent que vous conduire à l'asservissement, à la honte, au ridicule, au crime et à tous les malheurs : c'est ainsi que jusqu'à présent vous avez presque toujours manqué le but élevé de votre existence.

A ce point de vue donc, défiez-vous de vousmêmes : ces instincts de conservation sont puissants et nombreux; ils ne recherchent en général que des satisfactions personnelles et grossières. Au sein de vos occupations journalières ou au milieu des distractions du monde, ils pèsent incessamment sur vous et forment en secret le fond de vos pensées. Défiez-vous de leurs sollicitations, car l'attention que vous y portez entretient et renforce leur énergie natiVe, et vous expose à tout moment à subir leur empire. Les causes premières de vos mauvaises actions se trouvent là tout entières. Défiez-vous, faites violence à leur égoïsme, commandez à la bête. Soyez hommes, ne rompez point le faisceau des forces diverses que je vous ai départies, et sous le contrôle de votre

belle intelligeDce, n'écoutez en secret que là voix de vos sentiments supérieurs : c'est là que toutes les vertus ont leur origine , et c'est là que repose aussi l'avenir de l'humanité.

Vous demandez maintenant si, dans l'état encore si imparfait de votre civilisation et au milieu des mouvements égoïstes et cachés d'un grand nombre de Vos semblables , il vous est permis de réagir à l'aide de cette faculté contre les abus de cette faculté même. intelligences sans les plus simples concepts I 6 têtes créées pour la vérité, et cependant presque toujours abîmées dans l'erreur ! comment me faites-vous cette question? Ne vous ai-je pas fait hommes? Pourquoi ne pas engager la bataille? C'est à l'être intellectuel et moral, c'est à celui que j'ai enrichi de magnifiques pouvoirs que l'empire appartient. Je vous ai déjà promulgué cette loi. L'homme homme a tous les droits sur l'homme animal. J'ai arrangé de cette manière les choses de votre monde. Que Vhomme homme abuse de sa position, qu'il s'enivre de ses succès et de sa grandeur, qu'il ne se maintienne pas dans les conditions de sa propre nature, qu'il retombe dans l'animalité, à

ttft RUSB» FIRESSB, SATOm-FAIRB.

riDstant même il yoit s'évanouir son prestige et son influence, et perd ce qui faisait sa force et son droit. Toutes ces choses sont fatales. Ne demandez donc pas si vous devez faire servir à votre propre défense la sécrétivité que je vous ai donnée, et dont à votre égard on dépasse la mesure et l'emploi. On peut ennoblir ses facultés les plus inférieures parTusage qu'on en fait. Tous vos instincts de conser* vation doivent se soulever contre les méchants. Conservez-vous, car j'ai voulu que vous fussiez ; conservez-vous pour révéler l'homme à la terre; conservez-vous pour Tordre, pour faire le bien, pour rendre justice h qui de droit, pour pratiquer mon culte et vénérer en même temps tout ce qui est vénérable, la vieillesse, le talent, la vertu ; conservez-vous pour briller par rintelligence et le génie. Et s'il arrive que des passions inférieures s'agitent secrètement contre vous; si l'astuce, le mensonge, l'hypocrisie, vous dressent des embûches, et que vous vous trouviez menacés dans votre vie, dans votre liberté, dans l'exécution de vos nobles desseins ou la satisfaction légitime de vos plus chers intérêts, oh 1 alors ne négli* gez pour vous défendre aucune des puissances

BUSE, Pir9È$lâE» SAVOm-FAltlE. 2ii

qui sont en vous. Utilisez^es toutes à totre

plus grand avantage comme à celui du bien public. Les têtes d'élite, les cœurs généreux, doivent commander et régner parmi vous. Ne mourez pas d'infamie ; c'est le cas de paralyser l'action d'une faculté inférieure mal em^ployée par l'action de la même faculté mo-* ralement employée. Voilà ce qui est de de^ voir, d'intérêt y de politique, d'intelligence et de conscience bien éclairéeé Voilà ce qui est de Thomme, et comment, pour l'ordre social et le bonheur de votre espèce, doi^ vent s'associer et marcher vos différentes fa^ cultes.

On ne protège ni soi, ni sa famille, ni la société, avec des utopies. Du particulier au général, c'est toujours la même chose : à moins d'être un niais sentimental, il faut être de son temps, savoir à qui l'on ft affaire, et agir en toutes circonstances suivant k nature des ani« maux ou des gens qui vous enveloppent et vous enserrent. L'homme vraiment homme se meut par l'intelligence, la morale et la loi ; l'homme animal ne connaît que la ruse et la force : il est renard, il est tigre, il est lion. C'est à vous de juger vos adversaires et de choisir en con<«

Daissance de cause et dans vos bonnes intentions les armes du combat.

Et maintenant vous avez réponse à la question : si des trames odieuses sont ourdies contre vous , si vous avez épuisé devant les fauteurs de ces lâchetés toutes les ressources que donnent une belle intelligence et de grands sentiments y servez-vous à votre tour et par nécessité de la sécrétivité. Ce n'est pas pour la laisser inactive que je Tai mise au nombre des forces de votre constitution. Laissez là vos habitudes et votre caractère, descendez des hauteurs de votre tète et de votre âme ; attirez à vous la bête, jouez le rôle qui convient à son imperfection, prenez-la dans ses propres filets, muselez-la, mettez-la dans l'impossibilité de mal faire, et montrez-lui que c'était volontairement et par grandeur que vous aviez jusqu'alors dédaigné de recourir à la puissance de l'instinct inférieur que vous avez comme elle reçu pour vous défendre.

En dehors de ces situations exceptionnelles où la raison, la nécessité et la morale même, puisque vous n'agissez que pour bien faire, vous imposent l'obligation de vous défendre, la sécrétivité.ne vous est point donnée pour

fausser votre esprit et votre caractère; et vous faire vivre dans la dissimulation. Tous avez reçu cette faculté de conseiTation , comme toutes celles du même ordre , dans une moyenne de développement de force et d'activité ; c'est vous dire que vous ne devez pas forcer sa nature, et qu'elle a seulement pour but de vous faire apporter de la réserve et de la mesure dans vos actes, de vous tenir en éveil au milieu de vos semblables, et de vous aider à deviner, pressentir et déjouer les mouvements obliques qui se font contre vous. En un mot, ce n'est point une force majeure, ni une force d'homme dans l'économie. Il ne lui est point donné d'imposer silence à toutes les autres facultés, d'en détruire les spontanéités, d'en fausser les applications, pas plus qu'elle ne peut se substituer à leur place, et faire de votre vie tout entière une vie de bassesse, de mensonge et de perfidie.

Les duplicités épouvantables dont on trouve le récit dans la vieille histoire de l'humanité, et qui se sont particulièrement passées dans les degrés élevés de la hiérarchie intellectuelle (1) , démontrent avec quelle lenteur

(1) L'homme est d'autant plus dangereux, qu'il est plus

«'opère votre évolution morale. Elle» font voir avec quelle in4ocUîté on a reçu la parole de paix» d'amour, de vérité, de conciliation et de vie 9 que je «uis déjà venu apporter parmi vous ; mais elles ne prouvent rien contre les dispositions générales de votre espèce, et par conséquent contre la niasse des nations; et elles ne peuvent ni ne doivent servir, comme on Ta fait, à imprimer sur elles le oachet du mensonge et de Tignominie. Le mot vous est connu : Omnis homo mendçLx.

éclairé, lorsque les sentiments élevés de sa nature ne font pas coatret-poids à ses indtaiioDS égoïstes et ne l'emportent pas sur elles. A moins de quelques exceptions qui coofirment la r^gb générale , tout homme instruit , dont on n'a pas cultivé les sentiments moraux , n'est pas fait pour l'ordre et la vertu. Il n'a pas en lui de principe faunuBltaire d'action , et il prostitue presque toujours son ioteliigence quand il n'est pas prêt k deveoir l'agent ou le serviteur des passions les plus basses et les plus criminelles. Au point de vue social , qui est celui de la création , le caractère auguste de l'humanité tient autant à son âme qu'à son génie. Voulez-vous des hommes dont la teou^t la conduite, rbooneur at la dignité, la morale et la religion, soient à la hauteur de l'intelligence, soignez leur éducation comme vous soignez leur instruc-* tlon; mais une fois pour toutes, n'oubliez pas que les moyens propres à développer r^telligence n'ont aucune espèce de rapport avec les moyens propres à donner une âme au corps. Les lettres, les sciences et les beaux-arts, à quelque degré de perfectionnement qu'ils soient parvenus, ne font toujours voir qu'un des côtés brillants de l'homme, et il faut bien le dire, puisque au-

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Vous avez été mal observés. On a pris pour des manifestations caractéristiques , habituelles de votre espèce, des réaction!

suprêmes qui vous étaient imposées par des nécessités impérieuses et exceptionnelles , et dont l'indignité ne retombe point sur vous.

Non, aux époques même les plus tristes de votre existence comme nations, vous n'avez jamais échappé ni aux spontanéités de votre organisation , ni aux vues de ma provi** dence : les hommes forts , qui à tour de

jourd'hui même od ne s'entend pas sur le sens du mot civilisation , la civilisation ne sera complète que du jour où la partie supérieure du cerveau entrera en exercice; qoeda jour où U bienveillance, la vénération, la conscience, Teslime de soi, la persévérance et l'idéalité parleront dans notre tête, en seront un des besoins et déverseront leur activité dans le monde extérieur. VmHi comment nous dépouillerons le vieil homme et ferons ap* paraître le nouveau ; jusque-là, notre traQsformation n'est point opérée, notre civilisation n'existe pas, ou du moins elle n'est que partielle, et nous n'avons ni titres ni droits pour réclamer et obtenir rindépendance et la liberté. V homme homme [leat régler et ennoblir sa vie, et ne relever qne de lui-même. V homme ani^ mal, quelque intelligence qu'il montre, qu'il soit artiste, philosoplic, jurisconsulte, prêtre, médecin, banquier, diplomate ou commerçant, n'est toujours qu'un être incomplet et méchant ; il a besoin de conducteurs énet^iquës » ou d'institutions fortement établies qui le tiennent en échec, le surveillent et le châtient au besoin , car il est très puissant pour mal faire et très habile à mal faire.

SaO RUSE, FINESSE, SAVOIR-FAIRE.

rôle oDt dominé les événements des siècles, ont toujours calculé, et cela avec une précision presque mathématique, sur les dispositions générales 9 nettes, positives, chaleureuses, des grands troupeaux humains. Suivant les idées ou les intérêts du moment, ils en ont touché les fibres les plus sensibles ; et ces troupeaux vibratiles, passionnés et sincères, loin de dissimuler leurs émotions, n'ont cessé de répondre aux prévisions et aux espérances de leurs agitateurs.

L'homme, pris et considéré en masse et dans l'ensemble de son espèce, n'est point menteur, et chacune de vos facultés, ou par ellemême, ou par l'excitation multipliée des choses du dehors, donne h*eu à des manifestations particulières, et qui ne sont pas mensongères; manifestations qui ne sont autre chose que le jeu naturel de vos passions, et qui constituent et qui forment ce tableau si positif, si dramatique et si vrai, que vous présentez sur tous les points de l'univers.

Je n'ai point à justifier mes œuvres.

L'homme ne ment pas, lorsque sur le théâtre où je l'ai placé, il tient ferme cofitre l'adversité, et témoigne à chaque instant de la force«

IIUSE, FINFSSE, SAVOIR-FAIUE. 231

(le rinslincl qui rattache à la vie; il ne ment pas, lorsque je Tappelle à la reproduction de son espèce et qu-'il fait ses serments d'amour; il ne ment pas, quand il caresse ses enfants et qu'il témoigne de raiTeclion à leur mère. H est dans l'ordre vrai de son espèce , quand il cultive les douceurs de l'attachement et qu'il sauve à ses risques et périls la fortune ou la vie de son ami; il ne ment pas, lorsque par son courage il aplanit les difficultés de sa propre position, ou qu'au prix de son sang^ il défend sa patrie; il ne ment pas, lorsque pour assurer l'ordre social, il tient de ses deux mains contre les méchants le glaive de la justice ou l'épée de la guerre et de l'extermination. Dans ie cercle que je lui ai tracé, l'homme fie se meut pas pour donner à ses semblables un faux simulacre de ses puissances d'action. Il détruit ouvertement tout ce qui dans le règne animal ou végétal peut s'opposer ou nuire h son établissement et à sa prospérité sur ce globe. Il travaille pour son bonheur et son plaisir, pour acquérir de l'aisance, pour assurer son existence et celle de sa famille, pour dérouler ses activités de tout ordre, relever de lui-même et sentir noblement sa vie. Sa

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cîrcoDspection donne ostensiblement à ses actes le cachet de la prudence. Sa sécrétivité même, quelque forte qu'elle soit, le fait remarquer de ses semblables, et suivant remploi qu'il en fait, elle le fait inscrire parmi les politiques à haute vue ou les misérables aigrefins de son époque. Il construit pour se donner un abri et montre à tous les yeux le goût fini de son architecture; enfin, il mange pour se nourrir, et il trouve la bonne alimentation d'autant plus excellente qu'il en apprécie les saveurs et les avantages au milieu de ses semblables.

Au point de vue de vos facultés supérieures, de vos sentiments moraux , mêmes faits éclatants, même existence mise au grand jour de la publicité.

L'homme ne ment pas, lorsque foulant a ses pieds les suggestions de l'animal, il montre par sa dignité l'estime qu'il a pour lui-même et pour ses semblables. Son ambition et son désir de plaire trahissent sa candeur et sa simplicité ; il ne ment pas, lorsque pour l'accomplissement de ses desseins, il dévoile la teneur et la persévérance de son caractère ; Jl ne ment pas, lorsqu'il pardonne à des ingrats, et qu'il

RUSE, FINËSSli:, SAVOIR-FAIHE. 233

fait voir, par ses bienfaits, Tinépuisable bienveillance de son âme. A quels regards dérobet-il son esprit prodigieux d'imitation? il ne mentpasy lorsque par sentiment de reconnais sance et d'admiration il honore la mémoire des grands hommes, et qu'il leur élève des statues. Combien de fois le cri de sa conscience n'a-t-il pas divulgué les secrets de sa vie? Quelle que soii la diversité des cultes, des rites, des formes de l'adoration , l'homme ne ment pas non plus, lorsqu'il m'implore dans sa détresse, ou qu'il me bénit dans ses joies. La terre entière est sincèrement à genoux devant moi, son Seigneur et son Dieu ; sous ce rapport je n'y vois point d'hétérodoxes. Son idéalité le porte à «nnoblir l'expression de chacune de ses forces virtuelles^ et elle prouve par ses délicatesses et ses grâces qu'il n'est pas fait pour s'absorber dans la matière et la boue.

L'espérance le berce de ses rêves et ranime incessamment ses forces abattues. La gaieté contagieuse de son caractère éclaircit les visages les plus sombres et leur arrache un sou« rire, et sa merveillosité, non moins excentrique, en lui faisant entrevoir et soupçonner des mondes et des espaces sans (imite et sans

23^ RUSE, FIMilSSE, SAVOIIUFAIUE.

nombre, le signale comme le seul être qui s'agile ouvertement dans votre monde pour sonder la profondeur et les mystères de mon immensité.

Eu égard à vos facultés perceptives et intellecluelles, ce n'est point également par dissimulation qu'on le voit s'appliquer à connaître ce qui est, ce qui le circonscrit dans le monde extérieur, à apprécier par conséquent la forme et retendue des objets, leur pesanteur^ leur résistance, leur coloris, leur arrangement ad« mirable, et à en opérer le dénombrement im« mense. Ce n'est point non plus pour jouer un autre rôle que le sien, qu'on le voit prendre possession de son domaine, parcourir des terres lointaines, sillonner les mers d'un bout d*un hémisphère à l'autre, et se poser en ha* bitant de l'univers ; c'est avec le plus vif intérêt, et sans vouloir détourner Tattçntion de personne, qu'il observe ce qui se passe dans les faits, qu'il assiste aux événements qui ont marqué la vie des ses aïeux et qui donnent un caractère à la sienne, et c'est enfin, pour exprimer ses sentiments et ses idées, pour échanger le plus rapidement possible ses rapports avec ses seinblables, qu'il étudie les

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signes arlificielsdu langage et qu'il les met en dépôt dans sa mémoire.

Tous ces modes d'action, tous ces faits, s'accomplissent sans effort, sans calcul, sans (inesse, sans hypocrisie. L'homme les manifesle par nécessité de nature, par obéissance instinctive à des lois dont personne jusqu'alors ne lui avait donné la haute révélation.

C'est ce groupe de facultés perceptives qui le fixe et l'arrête devant le spectacle imposant que lui présentent la terre et les cieux ; et c'est parsuite des grandes émotions qu'il cnéprouve, que les hautes facultés de son intelligence s'éveillent à la vie et qu'on le voit occupé à rechercher les causes des choses et à pénétrer les secrets de ma puissance ; et s'il s'élève en outre au premier rang des élres par ses chefs-d'œuvre dans les sciences, les lettres et les beaux-arts ; si, sous ce nouvel ensemble de pouvoirs, il se déploie avec tant Je vigueur et d'éclat sur le théâtre où je l'ai placé, c'est qu'il est, comme la création tout entière, l'instrument de ma volonté, et qu'en se dessinant largement et en plein soleil pendant tous les siècles devant lui-même et devant ses semblables, il ne fait tout simplement qu'accomplir les destinées

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que je lui ai réservées. Enfants encore aujourd'hui , tout enveloppés de ténèbres, vous brillez de tous mes dons, et vous reflétez une ombre de ma grandeur; je ne vous ai point faits pour le mensonge, je vous ai faits pour la vérité.

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