‹ ANALYSE DE L'ENTENDEMENT HUMAINChapitre 9 sur 29 · SENTIMENT D'AFFECTION, AMITIÉ, INSTINCT SOCIAL · texte numérisé non relu

SENTIMENT D'AFFECTION, AMITIÉ, INSTINCT SOCIAL

Aimer, c^est le commencement de la morale.

— L*horome se dénature en se dépouillant de ses qualités aireclires.

Jusques à quand resterez-vous dans l'enfance et serai-je obligé de vous donner Id loi d'activité de vos propres énergies? Que faites-vous de votre intelligence? Ne peut-elle vous servir à analyser les différents pouvoirs que vous tenez de ma bonté et à ordonner votre vie conformément à ma sagesse et à mes libéralités ? Chose incroyable! vous vous imaginez toucher aux dernières limites du perfectionnement de votre espèce, et après six mille ans d'existence vous ne savez encore ni le nom, ni le nombre de vos facultés, et vous n'en connaissez, non plus, ni les attributs, ni les sphères d'activité, ni l'emploi. Marchez donc enfin au rayon de ma lumière, et faites éclater dans vos œuvres la puissance de ma création.

Parmi les facultés que j'ai données pour assise fondamentale à votre constitution, il en est

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une surtout dont tous ne paraissez avoir en rien mesuré la force et l'étendue, ni apprécié les plaisirs élevés et délicieui. Cest la disposition que vous avez à vous attacher à vos semblables, à avoir pour eux de Tafifection. Sachez-le bien, car il faut tout vous apprendre : Le besoin d'ai* mer suppose des objets à aimer, et de cette force affectueuse innée résulte la grande et sainte loi de la réciprocité, de la solidarité mutuelle. Je vous l'ai déjà fait dire, des êtres doués de cette faculté d'amour sont tous nécessairement dépen* dants les uns des autres, et responsables les uns envers les autres. Vie de famille, esprit social, droit de cité, patriotisme, fraternité, hérédité, quelque nom que vous vouliez donner à cette solidarité, elle natt de la force affectueuse qui lie votre sort à celui de vos semblables. Jamais aucun état prétendu de nature n'a précédé l'état de société. L'histoire ne vous a montré et ne peut vous montrer que des hommes réunis, que des sociétés déjà toutes formées. Je n'ai point créé de sauvages, comme vous le croyez dans l'orgueil de votre misérable civilisation et partout j'ai fait de la vie sociale une nécessité de votre nature.

La raison, la science, le calcul ne vous por-^

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tent point par eux-mêmes à vous associer, c'est un penchant inné qui vous y contraint et l'homme n'est un être social que parce qu'il est un être affectueux. La famille est à la base de la société. La société n'est que la famille agrandie, épanouie. Il était inévitable dès lors que la constitution de la famille décidât de celle de la société et que les principes adoptés pour régir les relations, les forces, les intérêts du foyer domestique fussent appliqués plus en grand aux af* faires de la cité, le foyer domestique de tous.

Ignares présomptueux, sans la force affectueuse, sans le levier puissant de l'association qui en est la conséquence immédiate, que deviendriezvous dans ce vaste univers? Comment auriez-vous, à vous seuls, aplani les montagnes, détourné le cours des fleuves, dominé l'Océan, élevé des monuments gigantesques et régné sur la nature entière? Conunent, sans cette force, vous sericzvous établi des rapports sur presque tous les points du globe à la fois et auriez-vous servi d'un bout du monde à l'autre la communauté de vos grands intérêts? Voilà, eu égard au large emploi de vos penchants inférieurs, de vos instincts de conservation, et de vos aptitudes pour l'industrie, le commerce, la mécanique et les beaux-arts.

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voilà le but et Tutilit^ de la faculté dont vous avez jusqu*à présent méconnu Fimportance et les précieux attributs.

Ce n'est pas tout, enfants qui n'avez réfléchi en quoi que ce soit sur la grandeur et la félicité que vous devez à ma bienveillance ; ce penchant qui vous porte à vous rapprocher de vos semblables, à vivre dans eux et pour eux ; croyezvous que son influence se borne à cimenter votre union dans le seul intérêt de votre puissance et de votre bien-être matériel ici-bas. Non, c'est également lui qui sert d'assise à votre vie supérieure, c'est lui qui produit la satisfaction directe de vos sentiments moraux et de vos facultés intellectuelles, et sa sphère d'activité s'étend à toutes les sphères d'activité propres à chacun de tous ces grands pouvoirs de votre espèce.

Compuenez bien ce que je vous dis : si cette force affectueuse ne présidait à tout, si ce besoin d'aimer, de vous attacher à ce qui vous entoure faisait défaut à votre constitution, sur qui, sur quoi déverseriea^vous les trésors de votre intelligence et de votre âme ? A quoi servirait le caractère auguste que je vous ai donné et qui vous distingue de la bête? Qui serait le témoin de votre dignité, qui applaudirait aux susceptibilités

n BESOIN D'ArrAGHBMEMT.

honorables de votre conscience, à qui feriez-vous du bien, devant qui manifesteriez-vous la persévérance de vos vues , la fermeté de vos détermi-nations? Et la vénération, ce sentiment qui vous porte à vous abaisser devant moi et à vous incliner devant la science ou la vertu, dans quel but vous en aurais-je donc gratifié?

Sans la force affectueuse qui vous relie à tous vos semblables, vos facultés intellectuelles, non plus, n'auraient pas de signification, et vous les auriez reçues en pure perte et elles s'éteindraient bientôt par le manque d*eiercice. Si je ne vous avais constitués pour vivre en société, que feriezvous de la parole, de l'écriture, du calcul ? Pour qui les méditations et les découvertes du génie, dans quelle intention écririez-vous l'histoire et comment pourriez -vous produire ces chefsd'œuvre de la statuaire et de la peinture que vous livrez avec tant de bonheur à l'admiration de vos contemporains et de la postérité ? Allez, servez-vousdemes dons, et tous ensemble réunis, célébrez ma gloire dans l'enceinte de mes temples ; appuyez-vous en toutes circonstancessur votre esprit de sociabilité; utilisez cette force que vous aviez à peine entrevue, qui vous donne le secret et l'emploi de toutes les autres forces

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de votre constitution, et accomplissez par elles vos brillantes destinéesw

L'homme n'est point fait pour vivre, solitaire : la vie solitaire sape à sa base tout l'édifice hu« main , ma plus belle création sur la terre ; dans la solitude la force afiectueuse disparaît , ou , si elle subsiste encore , elle reste sans application et entraine dans son silence ou sa mort le silence ou la mort de vos sentiments , le silence ou la mort de vos facultés intellectuelles. Direz-vous que vous épuisez cette force d'amour dans mon culte exclusif, et que vous, vous abîmez devant moi dans une adoration perpétuelle? Oh! alors, je vous dis anathème I car, si je vous ai commandé de m'aimer de tout votre cœur, je vous ai en même temps conunandé d'aimer votre prochain comme vous-mêmes. En m'adorant de toutes les puissances de votre âme, il est bien de vous con^ server tels que je vous ai faits ; rien ne peut vpus affranchir de vos obligations sociales , et je ne vous ai pomt donné la vie pour mourir au monde et vous ensevelir tout vivants^

Vivez donc, cessez de vous mutiler, ne restez pas au-dessous de vous-mêmes ; et , comme le brjn d'herbe et l'insecte, comme tous les êtres de la nature , vivez dans l'ordre de votre constitu-

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