RAPPROCHEMENTS ET COMPARAISONS
Rappelons encore quelques témoignages en faveur de l'origine caucasique des Albanais. Insufflsanls par eux-
(1) Go remarquera entre autres les traits suivants: dans Tabchase, la coujugaison a lieu surtout à i'aicTe de préfixes, les désinences restant à peu près invariables au singulier et au pluriel ; dans le suanocolque, ou ou w est souvent le caractère de la première personne du singulier (comparez l'albanais ou, aune moi); enfin, dans le mingrélieo^ le présent de l'indicatif peut ou non introduire un n dans ses désinences, et cet n pénètre ensuite dans l'imparfait, qui est formé du présent (Bosen, ibid., p. 6i, 65). ~ On se souvient de l'importance de la nasale dans la conjugaison faible de l'albanais.
mêmes, ils peuvent, ajoutés aux considérations que nous venons de présenter, donner plus de vraisemblance à notre opinion.
On sait que TAlbanie est appelée Arbenia par les Guègues. Arba ou Arva était le nom d'une île de Tlllyrie qui s'appelle encore aujourd'hui Arbe. La montagne qui séparait les Liburniens de la Pannonie est appelée aX^ovov 5poç par Ptolémée. Non seulement le nom des Alpes si répandu en Europe, mais aussi ceux d'Arben, des Aptiva Spi7, de la peuplade des ApPecç dans la Gédrosie, enfin celui d'Armenia et d'Armengh — (c'est ce dernier que se donnent les Vlaques (1) du Pinde), nous conduisent des confins de la Gaule jusqu'au pied du Caucase et au-delà. La rivière Arzèn, qui coule à trois lieues de Tyranna, rappelle l'Arsanias des Arméniens, qui s'écrit aussi ApC^îv. Encore aujourd'hui un affluent de l'Euphrate porte le nom d'Arsên (2). Faut-il rapprocher ce nom du mot tshoude ars'in mesure de longueur, suédois arshin, russe arsHn, et albanais «p^'cv mesure de trois aunes (3)? Que nos lecteurs comparent et jugent.
Dans l'Arménie aussi bien que dans l'Albanie, nous rencontrons un lac Lychnitis. Il y a dans le dernier de ces deux pays un canton Bolbene, et il y a un lac Bolbe dans la partie de la Macédoine occupée par les Bisaltes. Le nom d'un canton arménien Otene ou Hotene ne diffère guère de celui des Ghotti habitant près de Scodra.
Comparons encore les Manavot de la Médie appelés
(1) Hahn, p. 231.
(2) Id., p. 304.
(3) Essai de Grammaire vêpse ou tshoude, dans la Revue de philologie et d'ethnographie, p. i.
MaTtyjvoi par Hérodotc, et le nom de la rivière Mati qui coule dans l'Albanie du milieu, puis celui du canton Mati, ainsi que celui de ses habitants : MaTJavt. — Le lac Van qui, comme on sait, est situé dans TArménie, s'appelait MavTtavYî X(fxv>2, et le scus de l'adjectif, d'après Strabon, aurait été vert de mer. — On connaît une province de la Médie qui porte le nom à'Elymdis, qui est identique à celui de YElymeia de la Macédoine, où se trouvait une ville Elyma, et à celui des Elymi qui, d'après la légende, auraient quitté Troie avant sa chute pour émigrer en Sicile. Hahn signale une ville médique du nom de Gaza dont le sens est « trésor », et il fait remarquer que gasti en albanais signifie « joie 3>, yc^otvj je réjouis. En turc aussi chàsi signifie joie et chasiné trésor. — Enfin il existe dans la Médie une ville Sapaxcx, dans l'Arménie un canton SypaxTfîvyj, dans THircanie un district StpaxtvYÎ, dans la Sarmatie asiatique une peuplade 2tpax«ç ou Stpaxvîvot. On connaît le lac Svpaxw dont Syracuse tire son nom. Suppaxo est un chef-lieu des Vlaques du Pinde; un nom de village Sapaxtvtxo sc rcucontre dans l'Albanie méridionale et sur la côte orientale de l'Eubée. Hahn (1), à qui nous empruntons cette nomenclature, a, pour expliquer un n.om si répandu, pensé à aoppsa corneille, d'où aoppaxou méprisable, honteux. A Bérat, le mot aoppea est employé comme sobriquet. Ne vaudrait-il pas mieux rattacher tous les noms propres cités par nous plus haut^ et qui pourraient bien avoir la même racine, à un autre mot albanais? Nous voulons parler de qi^i génération, espèce.
Terminons cette' longue liste par le nom des Kipxirw,
(1) Hahn, p. 304.
peuplade du Caucase qui rappelle celui de nos Tsberkesses et qui se répète, ou à peu près, dans les Cerceti Montes qui bordent au nord le cours du Pénée. En albanais xjotpxou signifie le cercle, d'où le pluriel xjopxiTf. Rondeur et montagne sont des notions presque corrélatives. Habn cite k l'appui le nom même du Caucase, qu'il rapproche du lith. kiausia charpente osseuse de la tête, et du scr. kauças bouton, paume.
L'énumération de tous ces noms de peuples, de villes, de cantons, de lacs et de montagnes, qui se reproduisent à la distance qui sépare la mer Caspienne de celle de l'Ionie, a assurément son importance. Elle ne donne pas la certitude que Ton obtient à l'aide des inscriptions, de l'histoire ou seulement de traditions pieusement conservées par une longue série de générations ; — mais de toutes les opinions que l'on pourra mettre en avant sur l'origine des Albanais, celle que nous venons d'exposer paraîtra probablement encore la plus plausible.
(1) Hahn, p. 329.