LES MOTS LATINS DANS L'ALBANAIS
Quant aux mots albanais d'origine Idtine, M. Miklosich en a relevé neuf cent trente appartenant à tous les âges
des idiomes multiples parlés par les Romains, les Italiotes et leurs descendants, les Italiens. 11 y en a peut-être dans le nombre qui datent de Tépoque pélasgique et qui pourraient avoir été empruntés par les Latins eux-mêmes aux plus anciens habitants de la presqu'île du Balkan. Cette observation s'applique d'ailleurs aussi à quelques mots considérés par Miklosich comme faisant partie du trésor des langues slaves. Il y a toujours présomption qu^un mot tire son origine de Tidiome où il ne se trouve pas isolé, où il a pour ainsi dire sa famille, c'est-à-dire où il est défendu par tout un groupe de mots qui en dérivent ou avec lesquels il est apparenté.
Il est aisé de voir que les Albanais ont disposé du vocabulaire latin un peu comme de leur « chose » ; ils en ont usé et abusé. La plupart des mots latins sont sortis de leur bouche singulièrement changés et déformés; ils n'ont pas été beaucoup mieux traités par les Celtes et les Valaques ; toutefois, il y a plus de violence et de gaucherie dans l'assimilation albanaise, et c'est là un des motifs qui nous font hésiter à considérer les Skipétars comme des Gréco-Latins, dans le sens étroit du mot. En effet, la grammaire albanaise a peu d'affinités avec la grammaire latine. Même en ce qui concerne les suffixes, on n'en trouve guère que trois ou quatre que les Skipétars semblent avoir empruntés aux Latins plutôt qu'aux Grecs ; tels sont :
4° -me, -sine, -rme, dans poustousme puissant (de potestatem); marrisme honteux, lartsim supérieur, pos- ^^me Ê postérieur (latin postremus). Ce suffixe rappelle les -timuSy -simusy -tremus des Latins.
2o ouïe (latin ulu$)y dans akouk froid mordant, glace;
tjegoula tuile, trouboule trouble, sakkoule outre, maskoule mâle, etc.
3<> -orCy -are, -ar, qu'on peut rapprocher du latin ariuSy par exemple chaidiar caressant, margaritar blanc comme une perle, Z;eirm)?iar compatissant (grec è>6>îf«wrûv>7) , diplar double, koupetore intelligent.
4° /^e^ reste du latin ica, icum, par exemple klotske poule couveuse ; petkou l'avoir, lodskc testicule, etc.
On peut y ajouter les suffixes augmentatifs en ou7ie et atse qui paraissent se rattacher directement aux suffixes italiens one et accio.