ACCENT TONIQUE
Il ne faudrait pas croire néanmoins que l'albanais soit une langue sonore, harmonieuse, où la voyelle domine.
(1) Miklosich, II, p. 80.
(2) Toutefois, xjooua source; bouîk paysan, sont des mots bisyllabiques.
(3) Hahn, p. 24.
(4) Miklosich, II, 81.
G, de Rada a fait le relevé des lettres se trouvant sur sept pages d'albanais; il y a trouvé 1,796 consonnes contre 1,446 voyelles. Sur ce nombre 624 appartiennent aux trois nuances de Te, 372 sont des i, 224 des a, 141 des u (ou) et 128 des o, ce qui revient à dire que les sons minces et ténus de Ve et de Vi sont deux fois plus fréquents que ceux de Ta, de Vo et de Vu réunis. L'a, qui comme on sait tient une si large place dans les mots sanscrits, ne vient ici qu'au troisième rang. C'est la force de l'accent tonique qui en albanais, comme dans beaucoup d'autres langues modernes, a affaibli toujours et anéanti souvent les voyelles appartenant à des syllabes dépourvues d'accent. Ces syllabes ont péri quelquefois entièrement. Lorsqu'en français on est arrivé à dire œmpte pour computum, forge pour fabrica, miége (vieux français) pour medicus, piège pour pedica, dé pour digitale, il ne faut point s'étonner si les Albanais abrègent caballus en kal, cantare en kenduem, puis en knuem, christianus en krsten et même en kstetiy presbyter en prift, quadragesima en kresme, sanitatosus en senôs, etc. (1).
Miklosich fait remarquer que Ve remplace quelquefois l'a, même dans les syllabes accentuées, notamment devant m et n, et il est frappé de la circonstance que le même fait se reproduit dans la phonétique roumaine, C'est ainsi qu'en albanais le latin amita devient emte-ay camba kembea (dialecte tosque). De même en roumain fentene pour fontana, lene pour lana, etc. (2). Le même linguiste signale la métalhèse de Ve se plaçant avant les consonnes
(1) Miklosich, II, 79, 80.
(2) Jd., ibid., 77.
l et r, au lieu de les suivre. C'est ainsi que le Isiiin fricare devient f&i^k^aem et fajk-uem en albanais, frek et fetsuesk en roumain; frigere, ferg-uem; grœcuSy grek et gerk; turbare, ireb-uem et terb-uem, etc. Cette métathèse de Ye se retrouve aussi dans le bulgare, tandis que l'ancien slave la repousse ; on trouve en effet dans le bulgare bredo à côté de berdo, belhe à côté de blehe. Cette particularité du bulgare pourrait s'expliquer par la parenté qui unissait la population primitive de ces contrées aux Illyriens, aïeux des Albanais actuels (1).