‹ Analyse de la langue albanaiseChapitre 13 sur 109 · ACCENT TONIQUE · texte numérisé non relu

ACCENT TONIQUE

11 ne faudrait pas croire néanmoins que l'albanais soit une langue sonore, harmonieuse, où la voyelle domine.

(1) Miklosich, il, p. 80.

(2) Toutefois, x/ooua source; houik paysan, sont des mots bisyllabiques.

(3) Hahn, p. U.

(4) Miklosich, II, 81.

G. de Rada a fait le relevé des lettres se trouvant sur sept pages d'albanais; il y a trouvé 1,796 consonnes contre 1,446 voyelles. Sur ce nombre 624 appartiennent aux trois nuances de Te, 372 sont des e, 224 des a, 141 des u (ou) et 128 des o, ce qui revient à dire que les sons minces et ténus de Te et de Vi sont deux fois plus fréquents que ceux de l'a, de Yo et ie Vu réunis. L'a, qui comme on sait tient une si large place dans les mots sanscrits, ne vient ici qu'au troisième rang. C'est la force de l'accent tonique qui en albanais, comme dans beaucoup d'autres langues modernes, a affaibli toujours et anéanti souvent les voyelles appartenant à des syllabes dépourvues d'accent. Ces syllabes ont péri quelquefois entièrement. Lorsqu'en français on est arrivé à dire compte pour œmputum^ forge pour fabrica, miége (vieux français) pour medicuSy piège pour pedica, dé pour digitale, il ne faut point s'étonner si les Albanais abrègent caballus en kaly cantare en kenduem, puis en knmm, christianus en krsten et même en ksten, presbyter en prift, quadragesima en hresmCy sanitatosus en senôSj etc. (1).

Miklosich fait remarquer que Ye remplace quelquefois l'a, même dans les syllabes accentuées, notamment devant m et n, et il est frappé de la circonstance que le même fait se reproduit dans la phonétique roumaine. C'est ainsi qu'en albanais le latin amita devient emte-a, camba kembea (dialecte tosque). De même en roumain fentene pour jmtanay lene pour lana, etc. (2). Le même linguiste signale la métathèse de Ye se plaçant avant les consonnes

(1) Miklosich, II, 79» 80.

(2) Id., ibid., 77.

l et r, au lieu de les suivre. C'est ainsi que le latin fricare devient ferk-uem et fajk-uem en albanais, frek et fetsuesk en roumain; frigere, ferg-uem; grœciis, grek et gerk; turbare, treb-uem et terb-uem, etc. Cette métathèse de Ve se retrouve aussi dans le bulgare, tandis que l'ancien slave la repousse ; on trouve en effet dans le bulgare bredo à côté de berdo, belhe à côté de blehe. Cette particularité du bulgare pourrait s'expliquer par la parenté qui unissait la population primitive de ces contrées aux lllyriens, aïeux des Albanais actuels (1).

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