OBSERVATIONS SUR LES ARTICLES
On aura remarqué que les adjectifs ne prennent les articles iy e qu'au nominatif singulier; que dans tous les autres cas du singulier et du pluriel des masculins Yi est remplacé par le pronominal të. Il en est de même pour les féminins, si ce n'est que là les génitifs et les datifs adoucissent le / en s. Si les génitifs ont deux articles, c'est que le premier appartient, non pas à l'adjectif, mais au nom. On comprend mieux maintenant pourquoi le génitif du nom soit le seul cas précédé du pronominal të. Ce cas donne souvent au substantif la valeur presque d'un adjectif, TeXotf*wv«e waT étant à pcu près la même chose que irar
C'est précisément à cause de cette parenté qui existe entre le génitif d'un nom et l'adjectif. qui serait dérivé de
celui-ci, qu'au cas où un substantif au nominatif se trouve suivi d'un autre au génitif, le tè ou $è indiquant ce cas peut être remplacé par les articles i et e^ par exemple : calj-i i trim-i'-t V aberesh, le cheval du guerrier albanais, mot à mot : o Tinroç h tou vtotvcou aX|î«v(T(xou, ou : Me shcurtoi eer' e schembet, Tair des montagnes m'a dévasté (ônp h Twv &pcjv.) C'est une construction entièrement grecque, mais qui pourrait bien avoir une origine pelasgique. On sait qu'en grec, lorsque le substantif, dont le génitif dépend, est sous-entendu, l'article peut fort bien
le remplacer ; h t^ç Ouyarcpoç, i TÎfe ©•jyorcpoç, xh xriç GuyoT^poç.
C'est ainsi que l'on peut dire en albanais i se biljës, e se biljës, tè se biljës (1). — Le të du substantif placé au génitif reparaît, lorsque ce substantif est séparé par un adjectif du nominatif qui le régit, par exemple : Urtoria e tè mierit
ZOt, i "Kiartç vi tou dciroGocyévTOÇ xupcov.
Si le génitif est le complément d'un nominatif pluriel oa d'un accusatif, le pronominal e est adopté pour tous les genres, par exemple : Njêra mbrenta monashtirin e Pati" Ht e keltin, jusque derrière le monastère de Pierre ils la portèrent (2). En effet, e est considéré comme l'équivalent de atté ou tè (lui, le) et de attè ou tè (elle, la) (3).
Cette règle nous ramène aux adjectifs qui suivent leur nom, lorsqu'il est fléchi d'après la déclinaison définie. Le tê qui les précède peut être changé en e à l'accusatif et au locatif singulier, au nominatif, à l'accusatif et au locatif pluriel. Enfin, au génitif et au datif des deux nombres, le tè peut complètement disparaître, en sorte que la
(1) De Rada, p. 27.
(2) Id., ibid.
(3) Id., p. 32.
déclinaison du nom albanais suivi de son adjectif dans ees deux cas se rapproche des procédés de notre propre grammaire.
Déclinaison définie rapide. (Le nom précède.)
MASCULINS
Singulier. Pluriel.
Nom. Rrushi i etnbelj la douce Rrusht e ou f embelj. grappe.
Génit. Të rrushr4't embelj. Tèrnuhvetemheljoutëoneembeli.
Datif. Rrushit embelj. Rrushvet embelj ou të ou $ embelj.
Ace. Rruihin eouf embelj, Rrusht eouf embelj.
Locat. Rru$ht eo\xf embelj.
Ablat Prêt rrushit e ou f Cà rrusht e embelj. embelj ou cà rrushi i embelj.
FÉMININS
Singulier. Pluriel.
Nom. Dâr^a e embelj la douce DârZai T ou ^ embelja, poire.
Génit. Të dârUs embelj. Të dâr^avet embelja ouf on e embelja.
Datif. Dardés embelj. Dât^avet embelja ou f ou « embelja.
Ace. Dâr^en eoxxf embelj. Dâr^at t oue embelja,
Locat. Dàrht e o\if embelj.
Ablat. Prei dâr^ës f embelj Dâr^ashit f embelja ou cà dâr^at f
ou cà dâr^a e embelj. ou e embelja.
§ 4. — OBSERVATIONS SUR LES PRONOMINAUX €, i, U ET a.
Dans tous les cas cités au paragraphe 4, e doit être considéré comme abrégé de te. Nous voyons en efifet (1) atté remplacé par té au locatif (nde të pour nd' atte), puis
(1) De Rada, p. 32.
à raccusatif masculin et féminin, puis dans ce dernier cas të à son tour remplacé par e. Quant à i, il figure comme Tabrégé des datifs singuliers et jgluriels (attejy assai, attirive) et des accusatifs pluriels {attà et alto). Lorsqu'il est substitué au datif pluriel {attirive)^ on l'allonge quelquefois en tu. La traduction de la Bible le remplace même par un simple u, ce qui a l'inconvénient de jeter de l'obscurité dans le texte. Car u veut dire aussi moi, et à l'aoriste il sert d'exposant au passif ou au moyen. Enfin lorsque ju (vous) et iu (leur, à eux) sont suivis de i ou de e, ces deux derniers se transforment en a, par exemple : Mbai dialjin e iuaSa pour iu e ia : tenez l'enfanty et il le leur donna. Puis, lorsque Yi représentant le datif se trouve accompagné d'un autre i représentant l'accusatif pluriel du pronom de la troisième personne ou d'un e représentant l'accusatif singulier, les deux petits mots se réunissent et font ja (1).
On voit que la langue albanaise jongle, comme à plaisir, avec ces petits mots të, i, e, u, a, iu, et les sens multiples qu'elle attribue à chacun d'eux ne contribuent pas peu à rendre difficile la lecture des livres qu'elle publie.
Comme i remplace le datif masculin du pronom de la troisième personne, il peut donner naissance à une nouvelle forme de déclinaison. En effet, jati (pour i .ai-i) veut dire le père à lui ou à elle, c'est-à-dire son père; të j-at'it de son père; të -jatin ou tèjaan son père (à l'accusatif); të jaterat leurs pères, etc. De même : j-em-a la mère à lui ou à elle, c'est-à-dire sa mère ; se jemes à sa mère; tëjemat leurs mères, etc.
(1) HaliD, p. 33.
La déclinaison du nom ati le père, donne lieu à deux observations. Au génitif, au lieu de dire te atit, on pourrait dire têt ou même (abusivement?) tè têt^ au datif têt, mais à l'accusatif t'aan. Ce faan se dit manifestement pour tatin, comme moon le temps, pour mo/tn, mot'n; Kjoon le maître, pour Co/m, ^otn (de là aussi ^onje maîtresse) (1). Hahn cite encore arpovc, ôpyovc, (3ou>/a(vc, puvc, /^cve, comme étant les accusatifs de crrpaT lit, «pyor laboureur, PovApr graisse, pur boue, f«|3pcT roi.
L'a qui accompagne ces accusatifs, comme celui qui venait jadis chez tous les Albanais à la suite du t désinence du pluriel défini, se prononce encore aujourd'hui chez les Tosques ; mais les Skipétars de l'Italie l'ont laissé tomber. Hahn pouvait donc citer des formes doubles comme xopPcvc et xopTrvc (latin corvum). Il faut seulement remarquer qu'au cas où le thème se termine par une liquide, ce n'est pas celle-ci, mais l'n de l'accusatif qui finit par succomber (2). Btpc fils fait Pcpvc, puis ^tp-c, pwup mur,
fMvpve fAOupc, xaXj chcval, xaAJve xaXj-t, /utaXXj mOUtagUe, fMtXXjvc
fMxXXjc, etc. On voit par ces faits fort instructifs que les Albanais traitent parfois leur langue avec assez de négligence, que tantôt ils mettent la flexion en péril, en mutilant le suffixe, tantôt ils endommagent le thème en sauvegardant la désinence de la flexion. Au fond de tout cela, il n'y a peut-être que de la paresse de prononciation. Les efiets n'en sont pas moins fâcheux ; la langue flotte au hasard et n'arrive à aucune fixité.
(1) Hahn, p. 32.
(2) Id.,ibid.