var-jak ils l'attendent
Dans la langue des Ossètes, il y a très-peu de rapports entre les pronoms personnels et les désinences du verbe ; dans celle des Suano-Colques il n'y en a pas du tout (2). Faut-il croire que ces langues avaient deux ordres de pronoms, l'un destiné à indiquer les personnes d'une manière absolue, l'autre à desservir, pour ainsi dire, le verbe? Faudra-t-il admettre quelque chose de semblable pour l'albanais? En attendant que d'autres fassent connaître leur avis sur cette question, nous allons ouvrir le nôtre,, qui n'est encore qu'une conjecture. A l'origine, les Skipétars ne semblent pas avoir éprouvé le besoin de donner des désinences aux verbes et avoir préféré exprimer la notion de la personne par les pronoms personnels indépendants. Mais lorsque, plus tard, ils commencèrent à subir l'influence de la grammaire indo-européenne, ils auront introduit la flexion même dans les temps qu'ils ne lui em-
(1) Ujfalvy, p. 43.
(2) Rosen, Ueber dos Mingrelische, etc., p. 61 et 65.
pruntèrent pas ; seulement cette flexion devait avoir un caractère original. Ils auront eu recours à la fois à l'apophonie dont se servent les langues teutoniques généralement, le grec et le latin fréquemment, — et à des suffixes nouveaux qui devaient désigner — au pluriel au moins — la notion du verbe aussi bien que celle de la personne. Ces suffixes, ils pourraient bien les avoir choisis parmi les particules qui marquent le lieu (et même le temps), en raison du lien intime qui unit ces petits mots aux pronoms primitifs. C'est ainsi que nu veut dire là, mi juste au moment, vjouv et vJ€v là, voici, n et vavc maintenant, vjo et vjoTTa ecco! Anni a le même sens (1). On peut y ajouter ja certainement, ou encore ja, jajSova voilà (2); enfin l'interjection i, ii qu'il ne faut pas séparer absolument, croyons-nous, du pronom de la troisième personne ou de l'article masculin.
On comprend fort bien que cet t, avec sa vertu démonstrative bien connue, uni à Xn adverbial (s'il est permis de s'exprimer ainsi), ait pu désigner la seconde personne du pluriel, surtout au présent, comme p pourrait servir à indiquer la première. On comprend aussi que Vi se soit affaibli en e à la troisième personne du pluriel, les individus ou objets n'étant pas désignés du doigt. Puis la particule ja, réduite à un simple j, a pu donner du relief à la première personne du singulier dans les thèmes vocaliques qu'on avait fortifiés par la liquide n. Enfin cette liquide elle-même, qui servait à la formation d'un si grand nombre
0) Girolamo de Rada, Poe$i alhanesi, p. 7!2, Anni Vi veite^ traduit ora ora ecco parti»
(2) Gamarda, p. 311 et 324.
de présents, ne marquait-elle pas d'abord la durée, n'étaitelle pas une forme mobile et variable sans doute, abrégée assurément de l'adverbe ni, nani, dont le sens est maintenant? (Comparez encore ta-ni, vjifu, etc., etc.)