LES MOTS TURCS DANS L' ALBANAIS
Les emprunts les plus récents sont incontestablement les mots turcs ; ils ne datent que de la conquête. Leur
nombre n'en est pas moins très-considérable ; ce qui a lieu d'étonner surtout, c'est que des suffixes formatirs de la grammaire turque aient pu trouver place dans la grammaire albanaise. Tel est le suffixe lek ou lak, qui donne naissance à des noms abstraits. On y trouve même des traces de la déclinaison turque, comme babalar-et parents, pashalar-et les pachas ; de même austalar-et les maîtres, agalar-et les agas. Ce n'est pas tout : l'albanais a pris au turc un certain nombre de verbes à l'aoriste, puis il y a ajouté la désinence is, comme s'ils dérivaient de l'aoriste de verbes grecs en tÇw, par exemple braktis j'abandonne, du turc brakmaq; aoriste braktim. Comme on voit, la finale turque ym a été retranchée et remplacée par la désinence grecque tç de Wa. Sont formés de la même manière : alest-is j'ai coutume, A'alyS'dym ; bezdis je trouble, de besdym; boyaldis je m'évanouis, de boyaldym ; gesiise je me promène, de gesdym ; kondis je m'installe; puis: ogradis je moleste, vidis je range, ts'altis je fatigue, hazdis-em (verbe déponent) j'augmente, haberdis j'avertis, qui tous viennent de verbes turcs. Lamparis est formé comme s'il y avait eu un verbe htUTrapiÇùi, au lieu de XàpTrw. Beffardis dérive de l'italien beffarcy auquel on a ajouté le d de l'aoriste turc, puis l'^^ de l'aoriste grec.
§ 3. — LES MOTS SLAVES DANS l'ALBANAIS.
Après les mots turcs, c'est l'élément slave qui se dégage avec le plus de facilité du fond de la langue albanaise. Quoique les Skipétars se soient mêlés, et sur beaucoup de points
ressemblent aux différentes populations appartenant à la race slave, telles que Serbes, Bulgares, Croates, etc., il est aisé de voir que leurs langues sont^établies sur une autre base que l'idiome albanais. Miklosich compte dans ce dernier plus de trois cents mots d'origine slave. Il cite en outre six suffixes slaves qui y ont pareillement pénétré. Ce sont :
1» iça^ par exemple furculitse petite fourche.
2<> ishte, par exemple rapishte forêt de platanes.
3° ynji, par exemple ulkônyc louve.
¥ 0, par exemple Cato Catharine.
5® nik, par exemple bes-nik digne de foi; los-nik, toge, robe.
6® aftshy par exemple pordaftsh « petardo, d Rossi.
Enfin le même linguiste signale un certain nombre de verbes slaves qui sont entrés dans l'albanais en gardant la forme de l'infinitif, devenu thème du présent; tels sont gerdit j'évite, de gerdiii ; gobit j'impose une amende, du serbe globiti; gostit j'héberge, du serbe gostili (allemand gasty latin hostis, hospes) ; grabit je dépouille, du serbe grabiii. Il en est de même de kosii je fauche, merzit je hais, p^rzit je fais rôtir, porosit j'ordonne (serbe poruciti), tshudit j'étonne, iotschit je verse. Ce procédé rappelle celui de la langue allemande, ajoutant à l'infinitif des verbes français en er et ir les désinences du verbe défini : ich marschirey ich marschirte, etc.