PHONÉTIQUE
On connaît la prédilection de l'albanais pour la nasalation dans les syllabes initiales. M. Miklosich en a suivi les traces dans le roumain, par exemple norke =* latin vipera, ne^iire = latin venemim, mimeru = latin humérus; et jusque dans le roman de Choire, par exemple nuvigl, nuvill = latin ovile» Le grec moderne fournit à son tour quelques exemples, comme vocxoxuptç pour cUoxupt?, voupa pour oOpa, vw^ç pour wpç, Navarin pour Apapîvoç, puis v/Çcpoç et vou|3opoç venant des mots slaves jezero, obor (1). Mais c'est dans les formes pronominales du dialecte tzaconien que cette nasalation se fait remarquer d'une manière fort étrange. C'est ainsi que pour i5fi«v, y/fxaç on y dit vafiou, vo(|ji9ùvavc, au Ucu de ^oû ffé, vrt et vre^ enfin au lieu de v/i«v vfAuç, vujiAoo, vioufwv (daus le dialecte béotien on disait oûjji/«v) (2).
C'est ici le cas de se demander si les différentes formes du pronom tzaconien h^e^i qui a le sens de ouroç (3) ne
(1) Miklosich, U, p. 82.
(2) Deville, p. 108, 109.
(3) La déclinaison de ce pronom est la suivante, au masculin et au
féminin : Nom. maso, hhpi, fém. evSaV. Gén. masc. «vSoO, fém. Mâpu Accus, masc. evSîwe, fém. èv5«vvt ; plur. masc. evSit, fém. cvSaiï.
sont paS) elles aussi, nées sous rinfluence d'anciens pronominaux albanais. On connaît [l'antique forme lacédémonienne et cypriote âv^a pour aur» que M. Camarda a déjà rapprochée de l'albanais âv^sc, àv^ai, tosque moderne mta}€ de Vautre côté, là-bas. Dans les mots latins inde, unie {\)j et peut-être dans l'archaïque endoj la première voyelle est significative ; reste à savoir si dans ces mots Vn est autre chose qu'une consonne parasite, comme il parait l'être dans les formes albanaises &^rj( à côté de oTfjf, v(iajo et vJaty à côté de dalt frère de la mère, et rfa«y (chez les Guégues) je partage, etc.
Souvent la nasale triomphe alors de la dentale et l'élimine, par exemple vdav tc maintenant, chez les Guègues vaa'ri. C'cst ainsi que les Guègues disent viyjocy pour vdiyjoiy . f écoule, viciy pour v^tety je pardonne, etc. Dans le dialecte napolitain aussi, nd peut devenir mi, par exemple nnillo pour in dicto, nnutto pour indu^clum, cannela pour candela, mennella ou bennetta pour vindicta. Miklosich rappelle l'assimilation curieuse de l'osque opsannam pour aperandam, et il est frappé, comme nous le sommes nousmême, de la coïncidence de ces particularités dans l'albanais et dans les dialectes de l'Italie méridionale.
On n'ignore pas qu'une foule de mots albanais commencent par (^, fiir. Cet ^ se justifie qudquefois par l'éty. mologie ; alors il est le reste des prépositions iv ou <xvà- La même chose arrive en tzaconien, par exemple fi^ovou
pour dt/JtPovou =: àvajSaXXco, fjipacvou pour dip|3a/vou =r dcvo^a^/vcii, ôvotPa^cCu; fAirX/yyou pour ôfAirXcyyou = dtvairXiSaaw. — Mais
(1) Que l'on compare pour la voyelle initiale les formes parallèles ibi, uhi.
d'autres fois il ne faut y voir qu'un affaiblissement du ir initial^ par exemple f*iropTij«î pour wiuxn pin, furowAi poing (comp. iroupfia cité par Hesychius, et le grec moderne ^trouvea coup de poing, latin pugnm). Nous ajouterons pirpou pour irpcv et tfiwoota parfait de :rotS je fais. — C'est ainsi que dans le dialecte néapolitain on trouve ntiso = tntensum, mbiso == impensum; mais aussi mbresto = prœsto, mbé pour bene, net pour ci, mperà pour perd (1). On sait que l'albanais aime à introduire un i parasite après les consonnes ly n, x, g, ^ 6/ z. Il y a des exemples du même usage dans le dialecte tzaconien ; nous citerons dcXXt^ pour le dorien ôXX^ ailleurs, xt^ = troû où? xxtaflta
pour oxtotyt^a = <TTafi$(x raisiu sec, xxtaouXa =. TeoyovXa goutte (comp. (rraywv), xxcouXe = arxtXoç COlonUC, xcoupc pour Tupt fromage, vcourra = vuxra nuit, yptouyou = xpu|3ei>, xpuirrcD
je cache, y»ouxxoupi£ve = ^uoxo/icvo;, ffioupou = avpai je tire,
ortouatouptCou = a^upcÇco, avpéÇco je sifQe. Dans Xeouraacvou =
oXtoôatW l'o initial est tombé, tj est mis pour oO par inversion, et cou est pour c.
Peut-être même faut-il attribuer à l'action de l'albanais le phénomène du tsitacisme, c'est-à-dire la substitution du son T<7 au <y, au t et à des groupes tels que acx, tt, ox, Ç, ^ (2). Deville y voit un fait tout moderne et qui ne serait pas renfermé seulement dans les limites de la Tzaconie. On le rencontre, en effet, dans les diminutifs grecs en -«Tffc, tT<ra et dans les désinences en -^^a pour -a<ra du dialecte de Skarpathos : ôaXaraa, paacXtTaa, etc. Dans le tzaconien on trouve T<7e pour tt, par exemple xatrMw pour
(1) Miklûsich a réuni un grand nombre d'exemples analogues tirés du roumain.
(2) Deville, p. 83, 84.
TCTatvw, irciTant pour rfrocoç, TaepjSouXc pOUr le CrétOÎS
dtp^ih chaussure grossière, etc., etc:
On pourrait mentionner aussi Tépaississement du <t et du X prenant souvent un son chuintant. Deville pense que le son du x s'est transformé alors sous Vinfluence d'un t ou d'un 6 inséré après la consonne, par exemple rplxe cheveux (prononcez tchiché)^ x'^^'^^ bélier sans cornes, de X>îTcw manquer (prononcez chouté), etc. (1). Il ne pense pas que cette tradition soit bien ancienne; elle pourrait bien dater de l'invasion des Slaves. — Quant au sigma qui prend un son chuintant dans <nrnrt (prononcez chpiti) (t'xôxj foie pour wxotc (prononcez chkoti)^ oxouyyoupa taon (prononcez choungoura), etc., il ne serait autre que le San des Doriens, et pourrait réclamer par conséquent pour lui une haute antiquité. Dans la plupart des cas, toutefois, cette prononciation aurait été amenée par un e ou un c voisin, comme dans (roim = Suyarup (prononcez chati)f (jTva = 0tç (prononcez shina)^ traac beaucoup, de wSç (prononcez paché), etc.