DÉCLINAISON
La seconde déclinaison du dialecte tzaconien forme le pluriel des masculins, tantôt en ot, tantôt en oy. La première de ces désinences est celle de l'ancien nominatif grec, la seconde celle de l'accusatif en ou? ou oup (on peut comparer l'espagnol os, as). Or, dans nombre de mots ou s'allonge en ouvt par l'addition d'un « que Deville appelle proagogique (?) et d'un v qu'il désigne par l'épithète d'eu-
(1) DeviUe, p. 83, 84.
phonique. Nous citerons, d'après lui, irérpowc les rochers,
xiQTrouve leS jardins, errouve (caroç) leS toileS, rpaouvc (rpôyoç)
les boucs, x«<««wv« les porcs, aôouve (de «W) les frères, etc, Pour nous, cette syllabe ve n'est que la forme légèrement affaiblie de la désinence plurielle d'un grand nombre de substantifs du dialecte guègue parlé dans l'Albanie du Nord. Dans ce dialecte qui, à tout prendre, parait le plus ancien de la langue shkipe, Yn de cette désinence tient lieu de Yr dont se servent de préférence les Tosques qui conQnent au territoire de la Grèce. C'est ainsi que nous trouvons dans la grammaire du consul Dozon (1) kohéna les temps (tosque kohéra)y perendina les parents (tosque perendira), spiriina les esprits (tosque 5;)irtera), ouyena les eaux (tosque ouyera)^ velhazen les frères (Posque velhazer) ipouvvelhazeiie, velhazere, mfcretena les rois (tosque mbretera) krene les chefs (tosque krere), etc. Nous avons vu ailleurs que la désinence plurielle ra des Tosques se rencontrait encore dans le roumain (juguri, diiguri), et dans plusieurs dialectes italiens, notamment dans celui de la Sicile (par exemple voscura, ramurUy noniira, loghira, etc.).
Ce résultat obtenu, nous n'hésitons pas à faire un pas de plus. Les masculins en « périspomène et en >3 qui, dans le dialecte tzaconien, suivent la première déclinaison, forment, d'après Deville, leur pluriel en a*e, ainsi :
ô 7r/>KpiaTeux^,
plur. 01 TTjOaptTJuTdtâi (xtj pour t*?).
(TSptlfxhy
— ol o-SjOtTTaSe.
— oi ^ItOL^S*
^apâ,
— 01 ^(Kpà^e,
6 /ïîdTVJ, 1 • '
— ol hiTCfk^e.
(1) Manuel de la langue shkipe ou albanaise^ par le consul Dozon, Paris, 1878, p. 331.
Les masculins en otpn le forment en «^c, par exemple :
ô nsp^okipr] jardinier, ol nspfiokipth,
ô éikwnSLprn le balteur sur Taire, ol (xkmipth,
Deville semble voir dans ces formes des métaplasmes, et il pense que a^c, i^c ont dû être abrégés de a^cp, i^cp.
Passe pour le métaplasme; mais on ne comprendrait pas que les descendants des anciens lacones eussent choisi expressément une désinence qui désigne le pluriel de substantifs féminins (-«;, A^oç; ^ç, Woç).
Nous ne croyons pas nous tromper en reconnaissant dans ces formes étranges la terminaison plurielle de la déclinaison déterminée des Albanais^ par exemple mbreterete les rois, babalarite les parents, pashalarite les pashas, fikite les figuiers, zogkite les oiseaux. Aux pluriels grecs en -a^e répondent des pluriels albanais comme : trimate les pallicares, bourhate les hommes, ouyerate les eaux, gràte les femmes, Gegate les Guègues. 11 est vrai que le passage de la ténue t à la moyenne <î n'a lieu en général qu'après des nasales. Mais il ne faut pas oublier que des formes empruntées à un idiome étranger, qui ne sont pas comprises, sont sujettes à des déformations plus considérables.