‹ Analyse des exercices spirituels de S. Ignace de LoyolaChapitre 132 sur 216 · QU · texte numérisé non relu

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plaindre, si Dieu veut se montrer libéral envers les uns, et juste envers les autres. Il est le maître de ses biens et peut en faire l'usage qui lui plaît davantage. À mon égard. il lui a-plu d’user de miséricorde et de libéralité, et non de justice, et à qui dois-je cet insigne bienfait 7 S. Ignace me l'apprend dans le colloque. Représentez-vous, me dit-il, Notre-Seigneur Jésus-Christ attaché à la croix. De Créateur qu'il est, il en est venu à se faire homme, à passer d'une vie éternelle à une mort temporelle, et à mourir de la sorte pour vos péchés : il a pris sur lui les châtiments que vous méritiez ; il vous a fait une application particulière du prix de son sang : vous aviez beau vous obstiner à vous perdre, son amour de prédilection pour vous ne l’a pas permis, alors qu'il avait permis que tant d'autres, moins coupables que vous, se perdissent.

Puis, reportant les yeux sur moi-même, je me demanderai : “ Qu'ai-je fait pour Jésus-Christ, jusqu'à présent ; que fais-je actuellement ? "

Je trouvera ici un autre motif très puissant de honte et de confusion, non plus à la vue des châtiments mérités par mes péchés, et que d’autres moins coupables que moi subissent déjà : mais à cause de l'ingratitude que j'ai témoignée à mon insigne bienfaiteur dont je n'ai reconnu les bienfaits singuliers, que par des injures et par des offenses. Que dois-je faire à l'avenir

pour le Christ ? Que dois-je faire pour un Dieu fait homme paur moi, pour un Dieu qui a donné son sang pour moi; pour moi, en me donnant la préférence sur tant d'autres, sur tous ceux qui ont été condamnés pour un seul péché ou pour des péchés moins nombreux que les miens ?

La reconnaissance incline l'obligé à faire pour le bienfaiteur plus que celui-ci n'a fait pour lui. À l'égard de Dieu, cela n'est pas possible. Au moins, l'obligé, s'il ne peut rendre au bienfaiteur avec excès, s'efforce-t-il de répondre avec égalité ; mais je ne puis pas davantage répondre à Dieu par voie d'égalité, comme le demande Ia gratitude. Ni l'excès, ni l'égalité n'étant possibles, il ne reste plus à l'obligé qu'à offrir au bienfaiteur fout ce qu'il est, fout ce quil a, fout ce qu'il peut. Ün cœur généreux et reconfaissant ne peut faire moins. Aussi S- Ignace conclut-il et dit : Et c'est ainsi que le voyant en cet état, suspendu à une croix, je donnerai un libre cours aux sentiments de mon

cœur. ‘ Tel est, dans ce premier exercice, le “fruit qu'il faut désirer plus efficacement, conior-

mément à la loi du colloque. La honte et la confusion qu'on se propose dans le préambule, doit monter d'un degré dans le colloque, et préparer le chemin à l'élan généreux qui excite à faire et à souffrir pour le Christ autant que le comportent les forces humaines, avec le secours de la

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