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Chapitre XXVII — De l’amendement et de la réforme de l’état de vie

Tous ceux qui sont admis aux exercices du troisième degré ne doïvent pas tous faire choix d'un état de vie. Il en est qui ont déjà choisi leur état et cet état est immuable, tels sont ceux qui sont engagés dans le mariage. D'autres, bien qu'établis dans un état qu'ils pourraient changer contre un autre plus parfait, n'ont pas de sage motif de faire ce changement : tels sont ceux chez qui la possession et l'usage de leurs richesses et dignités n'excitent pas une affection tell: qu'ils la considèrent comme un obstacle pour trouver Dieu dans la paix et se sauver.

À ceux-ci il faut ajouter les retraitants du premier et du deuxième Binaire, qui, même après avoir fait les exercices des huit derniers jours de la deuxième semaïne, ne se sentent pas une

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volonté assez décidée, comme dit S. Ignace, pour bien faire l'élection, car il faut remarquer que, pour l'élection, S. Ignace exige non seulement la volonté décidée, mais très décidée,

Nous avons vu quelques exemples d'élections faites, comme à la remorque, pour aïnsi dire, par compromis, pour plaire au directeur, mais sans une volonté bien sérieuse, ni très prompte. Quel est le fruit de telles élections ? Ou bien c'est que l'on imagine des motifs, trés puissants, à ce qu'on prétend, de rester dans le premier état, et l'on fait ce choix ; ou bien l'on choisit effectivement de passer au second état, mais à l'imitation du premier binaïre, l'on diffère jusquà l'heure de la mort, quand il n'est plus possible de faire le changement.

S. Ignace veut donc que tous ces retraitants, au lieu de faire une élection, fassent ce qu'il appelle l'amendement et la réforme de la vie propre et de l'état. À ces hommes il sera utile de proposer, en place de l'élection, ” une forme et une méthode pour amender et réformer chacun sa manière de vivre en son état, ”

Il propose deux points sur lesquels il Yaït porter l'amendement et la réforme : le premier vise le train de maison et le nombre de domestiques ; le second, les revenus. Sur le premier, il veut que l'on détermine : 1) quel doit être le train de maison et le nombre de domestiques; 2) comment on ésit les conduire et les gouver-

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ner : 3) comment on doit les instruire en paroles et en exemples. Relativement au second, il fait déterminer : 1) quelle part des revenus il faut appliquer à l'entretien de sa maison et des siens; 2) quelle part attribuer aux pauvres ; 3) et à d'autres bonnes œuvres: en sorte, ajoute-t-il, * qu'on ne veuille et ne cherche en tout que la plus grande louange et gloire de Dieu Notre- Seigneur. Car chacun doit songer qu'en tout ce qui est de la vie spirituelle, il avancera en proportion du zèle qu'il mettra à se dégager de son amour propre, de sa volonté et intérêt propre. ‘

S. Ignace a voulu aïder le retraitant à faire d'une manière ordonnée la distribution de sa fortune et il a tracé les règles à suivre dans ce qu'il nomme le ‘* ministère de la distribution des aumônes. ” [1 lui rappelle qu’ ‘il est toujours meilleur et plus sûr de se restreindre autant que possible, et de diminuer la part que l'on donne à sa propre personne et à l'état de sa maison.

De même pour l'aider à déterminer la quantité de revenus qu'il doit se réserver, S. Ignace lui propose le second mode de faire l'élection dans le troisième temps.

De cette réforme de vie, Don Guttierre G. Carvajal, évêque de Plasencia, nous fournit un exemple. Le P. Villanueva, l’un des quatre Pères, qui, au jugement d'Ignace, donnait le mieux les Exercices, lui avait fait comprendre quil devrait se mettre en retraite pendant quelques jours pour

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faire les Exercices. D, Guttierre lui répondit qu'il les avait déjà faits avec le P. Laïnez, (à Trente). Villanueva remarqua qu'autre chose était de faire les méditations, quand on est submergé par le tumulte des affaires, autre chose de les faires dans la retraite de la cellule, uniquement occupé de l'affaire du salut : il émettait donc le désir de l'emmener avec lui, l'espace de vingt ou trente jours, dans un lieu solitaire, et là, de lui exposer les Exercices tout à l'aise.

Le Prélat accepta et s'y retira avec Villanueva ; le fruit qu'il recueillit de sa retraite fut que ” non content de remplir ses obligations substantielles, il résolut de s'accomoder d’une vie modeste et exemplaire, Il modéra tant qu'il put les frais de son entretien personnel et de sa domesticité, il fit autant de pénitences que son âge et ses infirmités le lui permettaient, distribua d'abondantes aumônes aux pauvres, etc. ” (1)

L'élection et la réforme de vie mettent fin à la deuxième semaine et aux exercices proprement destinés à faire connaître la volonté de Dieu dans le choix d'un état de vie, lorsque cette volonté ne peut être connue par aucune autre voie, Et aïnsi se trouve expliqué ce qui est vraiment la caractéristique de cette troisième Partie (Exercice du troisième degré) et comment elle prépare et dispose directement le retraitant à faire

(1) Astraïn, ibid. p. 431.

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une bonne et saine élection : cette préparation se réduit uniquement à enlever du cœur l'amour désordonné des richesses et des honneurs, de manière à le rendre indifférent à la pauvreté ou à la richesse, à l'honneur ou au mépris.

Parce que ‘ comme un des fruits principaux de cette deuxième semaine est le choix d'un état de vie, pour ceux qui n’en ont pas encore choisi, et que rien n'écarte davantage de l'état de perfection évangélique que ces deux amours de la richesse et du vain honneur, il a fallu tous les efforts possibles pour les déraciner du cœur, afin d'écarter le trouble et l'aveuglement dans lesquels ils jetteraient au temps de la délibération, et qui empêcheraient le choix le plus convenable. ” (2)

S. Ignace s'efforce très énergiquement d'extirper du cœur du retraitant ces deux amours ; on le voit par sa constance à déployer contre eux ses batteries dès le seuil même des Exercices jusqu'au moment de l'élection.

1) Dans l'annotation cinquième, il amène le retraitant à offrir sincèrement à Dieu, non seulement sa personne, mais aussi “ tout ce qu'il à

2} Dans le Principe et Fondement il suppose que le retraitant, désirant effectivement * progresser en tout ce qui est possible ”, (et c'est à cette condition qu'il l'a admis aux Exercices),

(2) De la Palma S. J., Via spiritualis, lib. If, cap. II.

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