CHAPITRE vu
Le zodiaque n'a pas fait partie de la sphère primitive des Grecs.— Pçeuves diverses de cette assertion. — Cest aux Ghaidéens que les Grecs ont emprunté l*idéc de la division du zodiaque en dodécatémories. — Ge qui appartient aux Grecs, c'est l'invention des noms et des figures des constellations zodiacales.
L'analyse détaillée que nous avons faite de la sphère grecque nous ramène à la question de Torigine du zodiaque, qui est Voh jet principal de nos recherches. Il résulte en effet de cette analyse, où nous avons suivi Tordre des tems,non seulement que la sphère grecque est originale^ et quelle s'est formée successivement ^ mais encore que lé zodiaque, en tant que contenant les digressions dé la lune et des pianèies, i^sta étranger à la composition primitive de cette sphère. La plupart des constellations qui, plus tardf devinrent zodiacales^ y furent placées d'abord comme des coûstellations quelconques f ainsi, de ce que quelques-unes seraient nommées dans des auteurs antériL'urs au ô"" siècle, il n'en faudrait pas conclure que, dès cette époque, il existât une division de Téclip* tique on dodécatémories ou douze parties égales ; pas plus que , de
la présente d'une figure de lion ou de bœuf sur tel ou tel mondHneiit pharaonique , on ne doit conclure que les Egypirens ont connu et employé de (oute antiquité la division duodécimale de récliptique.
L'absence du zodiaque dans la sphère primitive des<}recs s'explique parfaitement par son inutilité. En effet, on convient généralement que les anciens ont commencé par rapporter à Téquateur la position de tons les astres ^^ et que cette manière de compter les longitudes a été employée par tous les peuples. Les levers comparatifs d'étoiles étaient obseiirés avec précision chez les tarées : plusieurs passages d'Hésiode en fournissent la preuve '. L'astronomie primitive des Égyptiens était aussi fondée sur dés levers comparatifs d'étoiles à l'horizon , ainsi que le témoigne le monument astrologique trouvé par GhampoUion dans Tun des tombeaux de fiiban-el-Molouk. Cet usage, de rapporter à l'équateur la position des astres, s'est maintenu longtenis chez les Grecs, de l'aveu même' de ceux qui, comme Bailly, font remonter jusqu'à l'an ^4600 la division du zodiaque en douze signes-
Il faut descendre jusqu'à Ëudoxe pour trouver une mention claire et positive du zodiaque. Et méme^ « tout prouve qu'au » tems d'Eudoxeie zodiaque ne servait encore qu'aux asirono.y» nomes. Celte invention nouvelle n'entra dans le cercle dt s opi- » nions vulgaires ni à cette époque ni dans le siècle suivant; la » religion ne sVn empara point*, le langage poétique y demeura » étranger. Dans les nombreux passages où les poètes et les pro- » sateurs, antérieurement au 2® ou même au l""'* siècle avant noue M ère, font des allusions , des comparaisons ou des rapptoclie- » mens tirés des astres, on ne reconnaît aucune trace des conslel- » lations zodiacales ; les images qu'ils emploient sont analogues w à celles d'Homère et d'Hésiode : on peut en dire autant de
• Bailly, Hist, de Castr» anc» Eclairciss. astr.y liv. vi, § xi, p. 4'-*8. ^ Voyez notamment dans les Travaux et les Jours^ 38 1 et , snivans le passage où il est question du lever héliaqne des PléïaHes. ' Bailly, Hist» de Vastr. ahc, p. 428.
Tari ' . » Bien qu'il ne soit pas facile d'assigner avec précision l'époque à laquelle le zodiaque fut introduit dans la sphère grecque, il n'en est pas moins certain que la plupart des constellations qui s'étendirent plus tard sur le contour delà bande zodiacale existèrent et furent placées successivement dans cette sphère, bien avant que celte zone y eût été tracée et servit aux observations astronomiques ; c'est-à-dire que le zodiaque n'a pas été formé tout d'une pièce, ainsi que l'ont soutenu Bailly, Dupuis. et beaucoup d'autres après eux. Deux argumens suffiront pour dissiper tous les doutes. Le premier est tiré de l'inégalité qui existe dans l'étendue des constellations zodiacales. Six d'entre elles occupent des arcs
» Letronne, Sur Jt origine grecque des zodiaques prétendus égyptiens, p. 90. — Les scholiastes , qui écrivaient loi*sque toutes les notions étaient confondues, induisent souvent en erreur sur le vrai sens de cer-^ tains passages. Je n'en citerai qu'un exemple. Au premier vers des Phéniciennes d* Euripide, Jocaste, s^adressani au Soleil, dit : &» rrt» èv a(TTpoiç cùpavcû T2t/.vto"» o^ôv... ÔXis : « ô Soleil! toi qui te fraies une route parmi les astres (ou les constellât ions fà^ ciel. » Il est évident que ce passage ne renferme aucune allusion au zodiaque ; néanmoins, le Scholiaste, qui écrit avec les idées de son tems, commente ainsi le th i^' adTpci; é'^ôv • 8 eotI tyiv «apà tcTç cucciç t&w l^cii^ioacu y.uxXoo. On "^àp aorpR çinal 7CÙ; cu&u; tgu J^co^iaxGÛ xuxXcu. Et il cite en preuve un passage d*Aratus, qui^ comme on le sait , a mis eu vers la sphère d*Eudoxc. Yakkenaër a suivi, bien à tort j je crois ^Texplication du .Scholiaste. Eustathe (a^f Iliad.ùi. v. 75, cité par M. Botlie, p. 446, sur le i**' vers des Phéniciennes) en I end comme le Scholiaste le passage d'Euripide : Eùpiiçi^r.; tov r>iv* Tïiv 8v àaTpctç cùpavcû ts[aviiv Î^% g^sv, t]^jV ^là tûv ^w^iwv gîÎtw xîvr^nv cppflêliuv. — On trouve dans Euripide, By-psipyle^ fragment 4% (ap. Boissonadc, t.v, p. 358) l'expression singulière de ^û>^£jca[ji.r'x,avcv àcrpGv (Il y a variété <Ic leclure. M, Boissonade lit àvrpcv. Voyez sa note sur le vers i556 des Grenouilles, où le passage d'Euripide est psrodiépar Aristophane)- ^Oa » doit entendre celte expression du soleil qui parcourt les \i mois (non » les douze signes du zodiaque)^ ou bien plutôt delà lune, qui renouft velle 12 fois pendant Tannée la période de ses phases. » (Voy. M. Letronne, Lettre à V. Friedrich Jacobs^ i857, p. 19 et 2 o).
RÉFUTATIOIf DE DUPUIS. 109
compris entre 35*" et 4S** ; les six autres couvretU des arcs beaucoup plus petits, qui varient de 19^ à 27°. Le second est fondé sur ce que ces constellations sont distribuées sans aucune symétrie sur Técliptique. Ainsi , les unes (le Bélier , les Poissons, la Yierge) sont presque tout entières an nord de cette ligne ; les au* très, comme le Taureau, le Sagittaire, le Scorpion, sont presque entièrement au sud ; trois seulement (les Géyneaux, lé Cancer et le Capricorne) sont coupées en deux parties égales par Técliptique. En outre^ il y a beaucoup d'irrégularité dans leur situation relative. Les* unes se pénètrent, comme le Bélier et le Taureau^ le Verseau et le Capricorne ; d'autres sont séparées par des espaces plus ou moins grands ; quelquefois des constellations e:(tra-zodiacales vont de l'une à l'autre; ainsi, entre les Gémeaux et le Taureau, s'étendent les constellations de la Chèvre et du Cocher. Or, si l'on admet que le zodiaque est aussi ancien que la sphère , et qu'il n'a point été étranger à la composition primitive, comment rendre compte de ces inégalités ' et de celte irré^larité que nous venons de signaler ? Les groupes d'étoiles vus de la terre ne présentant pas des figures assez bien déterminées j>our que l'on ne puisse les composer à peu près arbitrairement , rien n'aurait été plus facile que de donner aux constellations du zodiaque une étendue égale, de les séparer par des intervalles égaux, et enfin, de les disposer symétriquement par rapport à l'écliptique, si la divisioa de l'écliptique en dodécatémories s'était faite en même tems que l'on formait ces constellations, ou plutôt, si ces constellations avaient été destinées primitivement à entourer la bande zodiacale. Il faut donc reconnaître que ces constellations ont été d'à-
> (( Il y a lieu de croire, dit Bailly^ qae quand les anciens ont divisé lu ty zodiaque, c*est relativement à Téquateur , et qa ils ne se sont pas cm- » barrasses que les divisions du zodiaque fussent inégales , pourvu » qu elles répondissent à des parties égales de l'éqnateur. C'est sans » doute une des raisons pourquoi Tétendne des constellations est si iné » gale sur l'écliptique.» {UisU de Fastr. anc, p. 485). — Celte assertion nest nullement prouvée; les détails historiques dans lesquels nou^ entrons plus basj prouvent Tinsuffisance de cette explication.
bord placées dans la sphère comme toutes les autres, iodependam ment de toute id^e relative au zodiaque ^ que, dans la suite , quand on voulut en faire des constellations zodiacales , leurs figures» leur étend ue> l^urs distances réciproques etleut^positkms e'taient déterminées depuis longtems.
Ces considérations à priori sont fortifiées par des preuves historiques. Nous savons, en effet, que Cléostrate de Ténédos» qui vivait dans le 6^ siècle avant notre ère, introduisit dans le zodiaque plusieurs signes, et d'abord le Bélier et le Sagittaire '. Ainsi) au tems de Cléostrale , les conslcllations qui , plus tard , devinrent zodiacales n'existaient pas encore toutes dans la sphère ; il en manquait au moins trois ; le Bélier , je Sagittaire et la Balance. Le zodiaque n'était donc pas constitué quand cet astronome plaça dans la sphère les deux constellations dont parle Pltue, et d'au^tres encore qui ne sont pas désignées. Dès i\^Q Técliptique eut été divisée en dodécatémories , on voulut affecter une consteliaiion à chacune de ces douze portions égales, et on s'empressa de porter à douze le nombre des astérismes distribués sur cette ligne. Ceux qui, par hasard, ne s'éloignaient pas beaucoup de la bande zodiacale, ou qui étaient traversés par elle, furent const'rvés ; on en ajouta d'autres pour compléter ce nonibre de douze (et c'est pro» bablement dans ce but que Gléostrati* introduisit ceux dont il est l'inventeur) ; enfin, on dédoubla le Scorpion , et d'une seule figure on fit deux astérismes. Le zodiaque grec, dans Les premiers tems, renfermait donc douze constellations y mais onze figures seulement : c'est ce zodiaque qu'a counu Eudoxe^ et qu'a décrit Âratus^. Plus tard, on voulut avoir autant de configurations que de dodécatémories, et on introduisit une nouvelle figure , celle de la Balance, qui devint le signe équinoxial d'automne. Cette
' Pline, II, 6. — Voyez le passage de historien dans le chapitre précédent, p. 90, note 6. — Bailly, citant ce passage de- Pline, l'entend à* observations faites par Cléostrate sur les signes du zodfaque, et surtout sur le Bélier et le Sagittaire {Uist, de fastr, anc. p. 45o). Le sens de ce passage est entièrement dénaturé par cette interprétation.
* Phœnom , 546 : llapôgvoç- at ^' èui oi XHAAÎ »aî 2xopmoç aÙTOç.
innovation date du tems d'Hipparque, si toutefois elle n'est pas due à ce gr.and astronome.
Cette apparition tardive de la Balance dans le zodiaque est un des argumens les plus .forts que l'on puise opposer au système de Dupuis; et oet auteur l'avait si bien senti, qu'il s'est donné un mal infini pour établir l'ancienneté de la Balance *. Les preuves qu'il en donne sont non avenues'; car il se borne à produire» à
' Nous en avons déjà dit quelques mots dans un des chapitres précédens, pages 2^ et 24 > où nous avons cité ce passage du Mémoire sur les constellations : « Il était important de bien constater l'antiquité » de la Balance, parce que ce symbole est un des plus expressifs : l'image ^ d*nne Balance , mise précisément à trois signes dé TEcrevisse , est un » des argumens les plus forts de notre système sur la position primitive )) du zodiaque. » Cet argument n'a plus maintenant aucune force.
* Voici, par exemple, ce que Dupais répond h, Tabbé Testa : aM. Testa » fait un argument qu^il est facile de réfuter. Le zodiaque de Dendra, M dit-il, est moderne ; car on j voit la Balance, qui est un symbole mo- » derne. Je lui réponds : la Balance est un symbole ancien ; car elle se » trouve nommée dans des livres qui ne sont pas modernes, et sculptée » $ur des monumens qui ne sont pas modernes ; tels que ceux d'Esné et » de Dendra, » {Me'moire explicatif du zodiaque ehronplàgique et my^ thologique, Paris, 1806^ p. 112, note..;). Dupuis veut absolument que la Balance ait été placée dans le zodiaque pour caractériser VEquinoxe de printems; c'est faire remonter jusquà i5,ooo ans avant Hipparque Tinsertion de ce signe dans le zodiaque. Il est bien entendu que dans ce Mémoire explicatif du Zodiaque (voyez les pages 27, 69, 87 et îi5), il n*e8t plus question de la chronologie mitigée qu'il avait proposée, en 1781 , dans le Mémoire sur V origine des constellations Q). 3o et 3i. — Cf. notre 2' chapitre, pages 18 et 19; il avait déjà retire cette concession dans la 2® édition de ce dernier mémoire publié à la suite de X Origine des cultes, — Voyez le t. m, r« partie, p. 567. édit. in-4*- — On trouvera toutes les preuves de Dupuis disséminées dans son Mémoire explicatif du Zodiaque ^ p. la, 42, 94,note^; III, notem; lia et suivantes, note s, — Voyez aussi ïeMém. sur l'Orig. des Const. dans fOrig. de tous les Cuit,, t. ui, partie rs p. 357 et suivantes; et les Obscrtf, sur le Zodiaque de Dendra^ dans la Hevue pHilosoph, , Mai i8o6«
1 '\ 2 ETUDE DES MONUMENS ASTROf^OMlQUES ;
r.appui de son assertion, des sphères orientales dont l'époque est inconnue, et dontrauihenticilé, déjà attaquée par Goguet', avait été mal défendue par Bailly *. Quand on citera des bas-reliefs égyptiens où la Balance est figurée, on n^aura pas avancé la question ; car les Égyptiens ont très bien pu se servir de la Balance dans les uss^es ordinaires de la vie, sans la placer dans lé zodiaque. Il est hors de doute que, du tenis d'Eudoxe, d'Aratus,la Balance n'existait pas encore ; les Serres du Scorpion en tenaient lieu ; elles comptaient pour un signe, et le corps de, l'animal ep formait un autre. Vers le commencement du T siècle avant notre ère, peu de tems après qu'Hipparque eut changé la graduation des signes, on voulut avoir autant de configurations et de dénominations que de divisions, et on restreignit l'étendue du Scorpion, en substituant aux Serres le signe expressif de là Balance. Cependant longtems encore les àSerrc5 demeurèrent, dans le zodiaque, unies à la Balance; oneut,pour ainsi dire, un double signe, composé à la foisdes Serres et de la Balance : aussi se servait-on indifféremment des mots //|Aai et C^yoc, libra ou jugum et chelœ , pour nommer ce signe. Enfin, les Serres furent ramenées près du corps du Scor* pion ^j et la Balance occupa seule alors la 12« dodécatémorie.
^ Dissertation sur les nonis et les figures des Constellations ^ dans l'Origine des Lois, t. ii. p. 376, note a; édit. i8ao.
^ Uist, de VAstr. anc., p. SgS, 487 et 5oo-5or.
3 Ipse tibi jam brachia con trahit ardens
Scorpios, et cœli jnsta plas parte reliquit. Géorg,, i, 34 et J5.
M. Letronne fait remarquer qne le mot ^u'fo; n est employé nulle part dans le commentaire d^Hipparqne sar Aratus, si ce n*est dans un passage altéré par un copiste. Les plus anciens auteurs qui ont parlé de la Balance comme astérisme zodiacal sont Varron et Géminus. Voir- r Origine du Zodiaque grec, p. ao et suivantes, où Ton trouvei*a cette question, à la fois philologique et archéologique, traitée avec de longs dévoloppemcns, et résolue définitivement. — Les passages grecs et latins où ces mots sont employés abondent; j*en citerai seulement quelques uns. Virgile, Géorg» i, 33 :
« Qua locus Erigonem inter Chelasque sequentes Panditur, » et la
REFUTATION DE DUPUlS. I I 3
Les'zodiaqu€s trouviSs en Egypte contiennent la Balance ^ ec elle y est parfaitement séparée des Serres du Scorpion, Cette circonstance fut tout d'abord signalée par Yisconti et Tabbc Testa , et alléguée par eux comme une preuve que ces zodiaques étaient d'une époque fort récente. On n'y a jamais opposé que des subtilités; je n'excepte pas même l'argumentation spécieuse de Buttmann , qui , dit M. Letronne^ « a cherché à écarter cette grave » difficulté par des tours de force étymologiq'ues qui prouvent » l'impossibilité de la résoudre. )> Buttmann pense que les Grecs, qui étaient si curieux de la, symétrie, n'ont pu admettre à l'origine un zodiaque renfermant douze signes et onze figures seule-» ■ment. Il suppose donc que> d'abord, le mot yr^hii désigna les pla • teauxde laJlalànce; ce sens primitif ayant vieilli, on appliqua le mot x^i^tt^' ftux Serres du Scorpion^ qui remplacèrent pour un tem» la Balance f enfin, lorsque le malentendu eut cessé, on remit la Balance à son ancienne place. On peut opposer à Buttmann que jamais le mot yy\koLi n'a désigné des plateaux de balance : on n^en pourrait citer aucun exemple, et ce grand helléniste eu convient lui-même. « D'ailleurs, die M. Letronne^^ la grande » difficulté n'est pas encore là ; car ceci est plus qu'uce » questio^n de grammaire, c'est une* question de bon sens. » Buttmann ne voulait pas concevoir que les Grecs ont >> pu n'admettre que onze figures zodiacales dans Voriglne , er » coupant l'une d'elles en deux, ce qui est si vraisemblable d V » près la formation successive de la sphère grecque ; et il se trousuite. — Servius a tort de dire, à propos de ce passage, que Virgile a parlé secundumCha^dœos en ne comptant que pour un signe le Scorpion et la Balance» 11 a parlé plutôt 'suivant les Grecs, On connaît le passage d'Ovide, Métam.y ii, igS, où il est dit que le Scorpion « Pprrigii in spatium slgnorum membra duorum. » Lucain parle aussi des Cheiœ {Phars.j I, 659, etii, 691) j Manilius (m, 3o4), place dans la dodécaténioriequi suit la Vierge le double symbole, celui'de la Balance et celui des Serres. Le même, (i 609) emploie simultanément les deux mots jugum et chela : a Etjuga ckelarum roedio volitantia cœlo. »
• Sur rO'igine du Zodiaque grec j p. 21.
114 ihUDE DKS dlOr^UMLIXâ A6TKOX^0MIQUEi>;
» vait iiéanuioios forcé, par sa propre hypoiLèse, d'admeitre que » let douze figures primitives ayaient poslérieuremeat été ré- » duitcs à onze y et cela, pendant toute la période florissante de w i*astronoinie ancienne entre Eudoxe et Géminus, puisque alors, » il en convient , la figure connue sous le nom de Balance avait. » fait place aux Serres. Il est pourtant bien clair qu'une fois les » douze figures formées, elles n'oint pu être réduites à onze. Au- » tant il est facile*de comprendre que d'une seule figure on en >» aura fait deux , que les serres du Scorpion auront été reinpla- » cées par une figure séparée et distincte, autant il est imposssible » d'admettre que de deux on en aura fait une seule: que la Ba- » lance, le signe le plus expressif du zodiaque, aura été remplacée . » par les Serres. On peut dpnc affirmer, au contraire,. qu'une fois w la Balance introduite dans le zodiaque, elle n'en est plus sortie\« C'est maintenant qu'il convient d'aborder la question astro^ nomique , et de rechercher à quel peuple appartient la division
' Il existe un passage de Ptolémée d*oii on a voulu conclure que, dès le milieu du 3* siècle avant notre ère, la Balance servait aui obsemalions des Ghaldcens. On s*est prévalu de ce passage pour nier riuserlioa tardive de la Balance dans le zodiaque. « L'an jS^ selon les Chaldéena » (xarà XaX^aiouç)« le i4 Dius au matin, Mercure était'd*une demi-coa- » dée au-dessus de la Balance australe (èiroévw i^v tcû voxiou Cu^oD); en. » sorte qup, relativement à nos points initiaux (xarà ràç ri^uxi^aç àpx^c, — » Delambre traduit: n Suivant nos principes y n ce qui est obscur. Traité » ifjéstron.t t. I, p. 478)» il occupait alors i4* V* des Serres.n Ptolémée, Almûgeste, is, 7-, 1. 11, p. 170. Halma. — Cette année 76 de Fère chaidéenoe correspond à Tannée julienne 237 avant J.-C. Cette observation, si toutefois elle a été faite par des Chaldéens, ne Ta pas été à Babylone. Elle aura été rédigée lorsque déjà la Balance avait pris place dans le zodiaque grec, et lorsque les astrologues chaldéens^ pour donner quelque consistance à leors rêveries, feignaient de les appuyer sur des observations sérieuses, quMls expriinaient dans le langage des astronomes grecs d'Alexandrie. — Voyez Tezamen approfondi de ce passage de Ptolémée dans les recherches de M. Letronne^ sur l'Origine du Modiaçue grec, p. S^-S'j»
KÉFOTATION OK DUPlilS. 115
de récliptique en dodécatémories. Diipuis admet sans difficulté c]ue les Égyptiens ont les pi^miers inventé la division de la roule annuelle du soleil en 1^ parties égales appelées signes, et en 12 tems égaux a]>pelés moe5; que les premiers ils ont figuré les 12 images qui comprennent les principales étoiles de cbaque division; et la raison qu'il en donne, c'est que ces images n'ont de Taleur significative que chez eux , et dans un tems très reculé (12 à 13 mille ans avant Jésus-rChrist). Bailly, plus modéré dans ses calculs, ne donne pas plus de 4600 ans d'antiquité ' à ces inventions qui sont dues, cela va sans dire, a ses chers Atlantes. Sextus Empiricus attribue aux Ghaldéens la première division de l'écliptique en 12 parties égales^ et même il indique le moyen grossier dont ils se soïit servis. Macrobe, suivi en cela par Dupais, contesteaux Ghaldéens Thonneur d'avoir exécuté cette division, et il le reporte dMX Egyptiens. Mais ces témoignages n'ont • pas le sens qu'on y attache ; car il est tout au moins infiniment pri^able que, soiis le nom de Ghaldéens^ Sextus Empiricus a voulu désigner ceux qui cultivaient l'astrologie généthliaque inventée et pratiquée en Ghaldée ; et il est aussi à présumer que Macrobe aura attribué aux Égyptiens une découverte et un procédé qui appartenaient aux Grecs, établis à Alexandrie, qui se li-. ▼raient à un genre de divination différent de l'astrologie chaidëenne *. Les noms de Ghaldéens et à^ Egyptiens devinrent d'assez
' Hist, de Paslr, a/zc.,p« 74* Lettres sur V origine des sciences, p. i44* ^ Il né faut pas oublier que rastrologie généthliaque (^EvtdXioXo^ia, àorpoXo'yta àfroTftXeafAanxKi, à(rTpo{ji.avT&îa ) a pris naissance en Onent, et était particulière aux Ghaldéens. Elle ne s'introduisit qu assez tard dans rOccideiit. Les anciens philosophes grecs qui en eurent connaissance la méprisèrent; et Tun d'eux, Eudoxe, prit même la peine de prouver que cette prétendue scienc^e, qui se vantait de prédire les cvénemens de la vie d'après les circonstances astronomiques de la nativité, n'était qu'un tissu de rêveries absurdes. Longtems les Occidentaux ne cultivèrent que la science des pronostics, fondée sur l'observation des phénomènes naturels. — Sur ce aujet, auquel nous reviendrons, voyez M. Lelronne, E clair cissemens historiques faisant suite aux œuvres de JRollin; i825, n« viii.
116 ETUDE DES MONUMENS ASXAOMOMlQUES;
bonne heure synonymes à^ Astrologues^ et il y a souvent iucer* titude sur le sens de ces deux noms, quand les passages où on les trouve ne sont pas explicites. Màcrobe aura fait dans remploi du mot Mgypiii l,a même confusion que l'on voit déjà dans Censorin, où le mot j^gyptU désigne tantôt les Egyptiens et tantôt les Alexandrins^ comme lorsqu'il attribue aux Egyptiens Tusagc de Tannée de Nabonassar, et celle de Philippe ^ Il n'y a point d'auteur antérieur à l'ère chrétienne qui parle du zodiaque égyptien. Porphyre» qui écrivait vers la fin du 3^ siècle de notre ère, est le premier qui en fasse mention; puis viennent Macrobe, Servius, Théon d'Alexandrie. Mais il est facile de voir que ces auteurs ayant écrit quand dépuis longteins l'usage du zodiaque grec s'était répandu en Egypte , leurs témoignagnes n'ont pas d'autorité. Bien moins encore faut-il alléguer ceux de ManéthoUi de Pétosiris, et autres auteurs, qui sont bien innocens des ouvragés astrologiques qu'on a fait passer sous leurs nomSyOuvrages dans lesquels le zodiaque occupe une grande place» Quelle preuve donc reste-t-il à produire en faveur de l'an* cienneté du zodiaque égyptien? Les monumens de Dendérah et d'Esné? Mais il est démontré surabondamment qu'ils sont de l'époque romaine. Gomment n'a-t-on pas voulu voir que, par cela seulement qu'ils contiennent la Balance , ces* zodiaques ont écé calqués sur celui des Grecs? Si le zodiaque en. 12 signes était ancien chez les Egyptiens, si les Grecs le leur avaient emprunté, il serait inconcevable que ceux-ci se fussent bornés à prendre 11 figures dans un zodiaque qui en renfermait IS, et qu'ils eussent attendu, jusqu'à Hipparque pour le compléter. Tout s^ex« plique naturellement, au contraire, en disant que les zodiaques d'Egypte ne sont qu'une copie de celui des Grecs, faite lorsque celui-ci avait autant de figures distinctes que de dodécatémories. D'ailleurs (et cette dernière preuve suffirait seule), dans les zodiaques égyptiens, le Capricorne est représenté sous la figure d'une chèvre terminée en queue de poisson ; celte figure nouvelle ne paraît pas sur les monumens avant le règne d'Auguste ;
^ De die natali, chap. xxi, p. 1 14 ci t i5é
d'abord, le Gapiicome était un ^gipan, moitié homme, moitié boac; il avait une queue et des cornes de chèvre (AtY^Jxepwç). Ces sortes de représentations n'étaient pas rares ; on sait que chez les Egyptiens la déesse Isis, comme lo chez les Grecs, était réprésentée avec d«s cornes de génisse '. Quant au Sagittaire^ dont le nom est toÇeuti^ç, to^oti^ç, archer, comme on le voit dans les Caias^ femmes du faux Ëratosthène^ c'était primitivement un homme debout, tenant un arc et ayant deux pieds de cheval. Plus tard, on en fit un centaure, décochant une flèche du côté du Scorpion '• C'est sous cette forme qu'on le voit dans Us zodiaques égyptiens. Or le centaure est teut-à-fait étranger à l'art et à la religion des Egyptiens. M. Ideler a établi du reste une distinction importante entre la sphère grecque et les sphères orientales, qu'il est bon de faire connaître. Non seulement il croit que les figures zodiacales sont une invention des Grecs, mais encore que leur sphère seule admettait des figures^ tandis que dans les sphères des Hindous, des Chinois, des Arabes, des Mongols, des Egyptiens et des Chaldéens , les constellations n'étaient désignées que par des jwmSy sauf quelques rares exceptions qui ne restreignent point la généralité de son assertion. C'est précisément l'inverse de ce que dit Dupuis, dans son Mémoire explicatif du zodiaque *.
Si l'on refuse aux Egyptiens l'usage d'un zodiaque quelconque, il ne reste 'plus que les Chaldéens de Baby loue auxquels les Grecs ont pu emprunter la notion du zodiaque» On sait que c'est des Chaldéens de Babylone qu'ils ont pris le cadran solaire et la division du jour en douze heures; c'est à eux aussi qu'ils doivent
» Tô 'yàf vÂi ï<Jio? a-^aXw-a lov -pvaix'iiîïov, Pouxspwv èan, xarairsp ExXYiVS; tviv îcvv •j'pa'fouct (Hérodot., u, 40* ' Lucain, Pharsalcy vi, 393, 3g4 :
tt Teque, senex Chirou, gelido qui sidère fulgéns » Impetis iEmoDio majorem Scorpion aveu. »
^ P. 10 1 : « Lorsqu'on groupa les étoiles en constellations^ on leur » imposa, non pas des noms, mais des images symboliques... Les noms » ne vinrent qu'après, et ils vinrent, parce que les mêmes choses étaient » aussi représentées par des sons, etc. » •
1 1 8 ÉTUDE DBS MOiyUMENS ASTRONOMfQUBS ;
les nom.t difins de quatre planètes (Jupiter, Mars, Yémis et Mercure) , la connaissance de Saturne comme planète , et le nom. de ^a(vu>v qu'ils lui donnèrent ; la distinction qu'ils établissaient entre les cinq planètes et le soleil et la lune '. Il n'y aurait donc rien d'étonnant qu'ils eussent tiré de la Chaldée la notion du zodiaque. Or, des témcHgnages historiques, dont l'authenticité ne peut êtreattaqjilde, déposent de l'existence d^un zodiaque ckaidéen, partagé endodécatémories. Nous voulons parler du célèbre Excursus de Diodorede Sicile, sur les Ghaldëens de Babylone. Les comnaentateurs s'accordent à penser que l'historien a puisé à des sources anciennes et originales, et qu'il ne peut s'agu* ici des astrologues chaldéens qui se répandirent en Occident après les conquêtes d'Alexaudre. Tandis que le zodiaque n'avait aucun rôle à jouer dans l'astronomie des Grecs et des Egyptiens fondée tout entière sur des levers comparatifs d'étoiles, il avait au contraire .une grande importance dans celle des Chaldéens. Ceux-ci en effet cultivèrent de très bonne heure la divination apotélesmatique* qui reposait essentiellement sur l'observation des mouvemens propres du soleil , de la lune et des cinq planètes. On conçoit très bien dès-lors que le zodiaque divisé en dodécatémories ait été connu et employé de bonne heure par les Chaldéens auxquels il était indispensable. Nous savons par Dtodore que, dans le système uranographique des Chaldéens, la bande zodiacsile coupait obliquement la sphère ; elle comprenait le cours -du soleil, de la lune et des cinq planètes connues, elle était divisée en 12 parties ou signes dont les noms ne nous sont point parvenue. Un dieu présidait à chaque signe. Outre cette division en dodécatémories 9 il y en avait une autre en 36 parties , à chacune desquelles présidait un dieu conseiller (ce sont ces génies que les Grecs nommaient Deçans). Au-dessus et au dessous de la bande zodiacale il y avait
' Sur tous ces points , que nous nous bornons à indiquer , voyez M . Letronne, Sur Vorig. du zod, grec, Ç iv, v et vi.
^ Propria est Chaldœorum genethliologiœ ratio, ut possint an te facta » et fatura ex rationibus astrorum explicare. » (Vitruve, de ArckiL,
dans la sphère chaldéenne, connue clans celle des Grecs, les deux
régions du nord et du niitli, et cliacunc d'elle était co»|)ée par 12 cercles horaires, répondant^ aux signes du zodiaque et déterminant la position des paranatellons de ces signes. En sorte que la sphère chaldéenne, ttlle qu'on peut la conclure du passage de Diodore, était absolument semblable à celle qui résulterait du parapêgme ou du calendrier de Gémînus , ouïe zodiaque tient la place principale, où le lever et le coucher des astres paranatellons sont rapportés à chacun des jours solaires.
Il semble donc qu'il* n'y a plus de doute à conserver sur l'origine chaldéenne de la division en dodécatémories. C'est de la caste sacerdotale de Babylone que les astronomes grecs l'ont prise. Il a pu s'écouler quelque temps depuis Tépoque où ils ont acquis cette notion jusqu'à celle où ils l'ont admise dans leur sphère , car il n'était pas absolument nécessaire de l'y introduire. Aussi, n'est-il pas fecile d'assigner avec précision celte dernière époque. Quoi qu'il en' soit, dès que cette notion étrangère y eut trouvé place, on dut prendre une certaine largeur au-dessus et au-dessous de la ligne qui marquait la route annuelle *du soleil ; on eut alors la ceinture zodiacale, comprenant les orbites des cinq planètes connues et de la lune. Il paraît que c^est OEnopide de Chic qui l'inventa, et lui donna 12° (elle en a maintenant 18) de largeur. On s'occupa aussi de compléter le nombre des astërismes qui devaient répondre aux douze divisions ; et c'est probablement dans ce but, ainsi que nous l'avons dit, que Gléostrate de Ténédos inventa les constellations du B'Iier et du Sagittaire. Ces deux innovations , devenues nécessaires désormais , sont attestées par des témoignages historiques , qui en fixent approximativement •l'époque, du 6« au 6' siècle avant notre ère. Quand le zodiaque eut été constitué dans la sphère grecque, les astronomes n*en tipas immédiatement au grand usage. Aristote est le premier qui le cite fréquemment' ; de son tems on commençait à s'en
* Le mot de l^fa^iaxoçy pour le dire en passant, n*est pas fort ancien ; il est douteux qu'Eudoxe Tait employé. On le trouve pour ta première fois dans £nclide et dans le Commentaire d'Htpparque sur Aratus. On
120 ^TODB DES MONOMBNS ASTRONOMIQUES;
servir beaucoup ; mais, quoique très souvent employé des astronomes, il ne pénétra pas facilement dans le langage des arts et de la poésie ; il fallut pour cela que Fastrologie clialdéenne, d*où il était sorti, vint le populariser, en se répandant elle-même dans rOccident, vers le premier siècle de notre ère.
Avant de parler de cette prétendue science , dont les progrès multiplièrent les usages du zodiaque et le firent entrer d^ns les idées populaires , disons quelques mots d^un point délicat, sur lequel M. Letronne ne s'accorde pas avec M. Ideler , dont l'autorité est si considérable dans toutes ces questions. L'un et l'autre pensent que les Grecs ont emprunté aux Clialdéens l'idée de la division en dodécatémories ; ils pensent aussi que les figures sont de Tinvention des Grecs ; mais les noms des dodécatémories, d'où viennent-ils? M. Ideler croit qu'ils viennent de la Chaldée> et que les Grecs les y ont pris en même tems que la division en dodécatémories ; M. Letronne croit, au contraire, que les noms des signes sont de l'invention des Grecs, aussi bien que les Jigurei, La question ne peut être résolue par des témoignages histoiiques car nous ignorons les noms que les Ghaldéens donnent aux signes de leur zodiaque ; seulement, comme chacun de ces signes était consacré , ainsi que le mois correspondant, à un dieu supérieur, on peut conjecturer que les noms affectés aux signes étaient ceux-mêmes des divinités babyloniennes auxquelles ils étaient départis. « La question de savoir si le zodiaque cbal- » décn contenait les noms du Bélier, du Taureau, desGc- » maux, etc., ne semble pas douteuse. Elle le serait, si les signes » du zodiaque portaient deux noms, dont l'un seulement répon- M dit à la figure de chaque dodécatcmorie , comme la grande » Ourse, par exemple, qui s'appelait aussi le Chariot et l'Hélice, » Alors, en effet , on comprendrait que des figures déjà formées V auraient pu recevoir d'autres noms, lorsqu'elles seraient deve* M nues zodiacales. Mais ce n'est pas ici le cas; au contraire, tou- » tes les figures répondent aux noms ; on ne peut les en distin-
disait plutôt : (oî^io; (xuxXo;), (cào^opoçi é t&v Co^tttv xuxXoç, h ^\% {isacov twv ^,„^u,)v. — Le nom d'éclipttque, IxXeiTtnxoç, est aussi fort récent.
REFUTATION DE DU!^UiS« 121
» g«er; et puisqu'il est constant que' les Jigures ^ da moins la » plupart d'entre elles, existaient dans la sphère grecque, avant » de devenir zodiacales , les noms y existaient en même tems, et M n'ont pu élre empruntés au peuple qui aura fourni ensuite » l'idée du zodiaque. Ajoutons que si les Grecs avaient pris les » douze noms chez ce même peuple , en ajoutant seulement les » figures que ces noms expriment, ils n'auraient jamais eu l'idée » de ne faire qu'une figure ^ur deux noms, de dessiner, par » exemple, les Serres du Scorpion là où il était si simple de des* M siner une Balance , puisque la balance était un de ces douze » noms. YoUà donc ce qui me fait croire que les noms ainsi que » les figures du zodiaque appartiennent aux Grecs'.*» Il serait difficile, après une argumentation si claire et si péremptoire, de ne passe ranger à l'avis de M. Letronne.
M. Leironne, Sur Voviglne du zodiaque grec^ p. 17.
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CHAPITBE VIll
De Tastrologie chez les Chaldéens, chez les Égyptiens , chez les Grecs et les Romains. — C'est par suite des progrès de rastronomie dans Técole d'Alexandrie, et du développement de Tastrologie, que le zodiaque gfec passa en Egypte, dans Tïnde, la Perse, et jusqu'en Chine. — Résumé général.
C'est en Egypte et en Clialdée que prit naissance Tastrologie judiciaire, qui consistait à prédire les ëvéneniens de la vie, legenr» de mort, d'après les circonstances astronomiques de la nativité, et même, ce qui est plus absurde encore, de la conception *. Presque tous les auteurs s'accordent à placer dans ces deux pays le berceau de cette science mensongcre, fille folle d^une mère sage '.
' Vitruve {ArchiL^ ix, 6, 2) parle d'un astrologue, « Qui etiam non è tiascentiay sed è conceptione rationes explicatas reliquit. » ,
• Kepler , Prœfat. ad Tabul. Rudolphin. — Il y a bien des restrictions à faire à l'opinion selon laquelle Tastrologie aurait puissamment contribué aux progrès de l'astronomie. D'abord, il est certain que si Tastronomie n'eût pas été perfectionnée par les savans de l'école d'Alexandrie , l'astrologie n'aurait jamais exercé autant d'empire sur les
RÉFUTA^TiON DK DUPUIS. 123
Il paraît que la méthode employée par les Ghaldéens dan» lettre recherches astrologiques n'était pas absolument la même que celle des Égyptiens ; car les auteurs les distinguent soigneusement. Mais en quoi consistait la difTérence, c^est ce qu'il est peut-être impossible de dire avec précision ^ Quoi qu^il en soit, l'usage de cette prétendue science était répandu en Egypte dès la plus haute antiquité * : Hérodote Ty trouva florissante , et jouissant d'une grande faveur ^
Lçs anciens parlent souvent de deux astrologues égyptiens , Pétosiris et Nécepsos, qui avaient composé des ouvrages où était décrite et employée la méthode astrologique des Éf^ypliens. Ces ouvrages, probablement pseudonymes, ne nous sont connus que par des citations éparses dans divers auteurs récents ; mais, quoique ces fragmens ne suffisent pas pour donner de la méthode une idée exacte et complète, il en résulte cependant que les ou* vrages attribués à ces astrologues contenaient le Thème natal du monde , et la Théorie des Décans. Est-ce à dire pour cela que les Egyptiens aient eu de tout tems l'habitude de représenter dans
esprits. Les astrologues ont mis à profit les travaux des astronomes, ils ont appelé en témoignage de leurs rêveries une science qu'ils n'avaient pas faite, et qui s^était développée en dehors de leurs combinaisons fantastiques. Tant qu'a duré l'alliance de l'astrologie et de l'astronomie, par exemple, de Ptoléméé aux Arabes , l'astronomie n'a fait aucun progrès sensible.
' Serait-ce que les Égyptiens avaient égard seulement ou plus particulièrement aux influences des étoiles fixes , comme on pourrait le conjecturer à r inspection du plafond sculpté dans le tombeau de Rha roses IV, tandis que les Ghaldéens tiraient exclusivement leurs pronostics de la position des planètes dans le zodiaque ?
• Cicér., De Divin, ^ i, i : <« Eamdem artem eiiam E^yptii longinqui" tate temporum innumerabilibus pêne sœcuUs consecuii ptUantur* »
' Hérodot., ii, 82 : Kal rà^c àXXa A.îpffrtoiat ivz\ ^|«upy]^a^va.... vm rj &aaTo; i^(A^f t) ^evo{i.6voc ÔT^otat s'pcjpii<ret , xai ^xuç TtXiuTviact , xal ckcIcç ti(
l(TT«U
les tombeaux et dans les temples les thèmes gënélLliaques? Les monumens anciens de l'Égyple n'en fournissent aucune preuve , quoi qu'on en ait dit: la plupart des scènes auxquelles on adonné une signification astronomique ne sont que des scènes à la fois religieuses et funéraires, dont le sens est inconnu. Pour trouver des exemples de représentations astrologiques sur les monumens, il faut descendre jusqu'au V siècle de notre ère ; ni l'Egypte pharaonique, ni l'Égjpte ptole'maïque ne les ont employées: l'Egypte romaine seule ks a connues et multipliées sur les tombeaux et sur les édifices religieux.
Ge ne sont pas, assurément, les Grecs du tems d'Alexandre qui ont introduit en Egypte Tusage des horoscopes figurés sur les monumens ; car, s'il y a quelque chose de certain , c'est que , avant d'avoir conquis l'Orient par les armes d'Alexandre, la Grèceétaît à peu près étrangère à toutes les superstitions astrologiques dont la Chaldée et l'Egypte étaient infatuées ; la nécromancie et la magie nous apparaissent, il est vrai, au berceau de la société hellénique, comme le témoignent la descente d'Ulysse aux enfers ', les mythes de Médce-et de Circé ; mais ces superstitions, qui faisaient fureur en Grèce', au tems des guerres médiques, ne doivent pas être confondues avec l'astrologie judiciaire. La seule astrologie, dont parlent les auteurs antérieurs à Alexandre, est l'astrologie qu'on pourrait appeller naturelle^ et qui consistait à observer l'influence que le coucher et le lever des astres pouvaient exercer sur la température, sur les changemcns de l'atmosphère et des saisons, etc. Après. la réforme de Méton, on prit Thabitude d'exposer dans les villes grecques des tables des levers et des couchers des astres, pour chacun des jours de la période de lOaus (IvveaxatSsxttsTvipic ) ; on y consignait aussi, pour chaque jour, les pro-
* Odjrfs,f XT. — Les femmes de la Thessalie étaient fort anciennement célèbres par leur habileté dans la 'magie; elles exerçaient, disait-on, leur pouvoir sur la lune , et pouvaient , par leurs encliantemcas , la faire descendre sur la terre. Voy. Aristophane, Nub,^ 740-743 j Boissonade. Cf. Platon, 601^., S 68 ; Virgile, Eciog., viiit 69; Lucain, Fhars,^ ti, 45a.
' Pline, XXX, a, .'4 : Rabiemj non aviditatem.
uostics météorologiques qu'on en lirait : ces tables 8*appelaienfr parapegmes (7c«pa7n^Yu.aîa). Les observations d'après lesquelles on dressa, depuis Métoii, ces catalogues des phétioniènes naturels remontent aux tems les plus anciens, puisque déjà, dans Hésiode', on trouve l'éniimcration des influences exercées sur les' travaux agricoles, et sur plusieurs opérations de la vie, par les différens jours de la lune : cette éuuuiération , qui rèûfenne les élémens d'une doctrine météorologique, présuppose une longue . suite d'observations antérieures à ce poète. Tous les philosophes grecs ont connu et plus ou moins pratiqué cette astrologie usuelle qui fournissait des pronostics pour les phénomènes atmosphéri-^ ques. Mais aucun d'eux n'a donné dans les rêveries de l'astrologie généthlîaque. Ceux qui, comme Eudoxe, en avaient pris connais"^ sance dans leurs voyages en Orient, n'en ont exposé les principes que pour les réfuter et leur ôter tout crédit.
Il semblerait» au premier abord, que les Grecs durent, aussitôt après leur établissement en Egypte et en Chaldée^ s'éprendre de l'astrologie judiciaire, qui y était si répandue et si estimée. Il n'en est rien pourtant. Aucun des ouTragés qui sortirent de l'école d'Alexandrie, depuis sa fondation jusqu'à la conquête romaine , n'y fait.allusion ; et cependant, que d'occasions n'eut-on pas d'en parler, d'en faire des applications à la décoration des monumens réparés ou érigés sous les Ptolémées ! Sans doute, on ne peut soutenir que, vivant au milieu de peuples qui étaient entichés de l'astrologie judiciaire, les Grecs y soient restés absolument étran-** ^jOTs; mais ce qui est certain, c'est que si quelques individus crédules et ignorants se laissèrent éblouir pnr l'appareil scientifique qu'étalaient les astrologues, la contagion ne devint générale que vers la fin de la dynastie ptolémaïque, quand les Romains succédèrent aux Grecs. A cette époque, un grand changement s^opéra. . L'astrologie, qui avait fait son chemin à petit bruit, se répandit dans toutes les dasses de la société. Les astronomes et les philosophes essayèrent encore, il est vrai, d'opposer une barrière aux
' Opet\ et dieSj sub fia.
126 £TUDB DES MOJSÎUIIEMS ASTllONOMIQUES;
anvaliisseineDS de cette superstition. Vains efforts! l'infatuation était au comble, l'astrologie avait tourné toutes les tétcs, elle régnait souverainement sur les meilleurs esprits, en dépit de la science et du bon sens qui la réprouvent également. Dès-lors, rien n'échappe à Tinfluénce de cet art mensonger , ni les productions littéraires', ni la philosophie *, ni l'histoire % ni l'astrologie *; elle se laisse apercevoir jusque sur les ipédaillcs et sur les édifices tant religieux que civils.
A quoi peut tenir cette brusque irruption de Fastrologie dans l'empire romain ? Probablement à l'absence de croyances positives; pi dégoût invincible qu'excitaient les absurdités du paganisme , battu en brèche de toute part ; à la stérilité des doctrines philosophiques qui se disputaient la faveur publique, sans pouvoir la conquérir. Le scepticisme avait pénétré jusque dans les profondeurs du corps social,et ce n'était pas seulement les hommes les plus distingués qui avaient rejeté avec mépris ce qui faisait le fond de la religion populaire. On cherchait donc à se prendie à quelques superstitions nouvelles; on accueillait avec enthousiasme en Grèce et en Italie le culte dç Mithra, celui d'Isis et de Sérapis. L'astrologie trouva les esprits merveilleusement disposés , et elle fut adoptée avec le même empressement que toutes les superstitions venues de l'Orient. La mystérieuse obscurité dont elle s'enveloppait avait une puissance de fascination dangereuse , à laquelle ne résbtaient guère des esprits épuisés et malades; plutôt que de ne rien croire, on aimait mieux se perdre dans la région des chimères. C'est surtout aux époques de doute et de dissolution sociale que toutes les folies intellectuelles sont contagieuses»
' Horace» u^ Od, xvn, stroph. 5 et 6; voyez les hymnes faussement attribués à Orphée, hymne vu.
^ Séiièqoe, Consolai, ad Marc, ^ xviiii 2.
' Varron s*y laisse prendre comme tout le monde; voy. Plutarqae» In BomuL, § ii.
* Ptolémée lui-même composa des tables manuelles à Tasage des astrologues ; il est l'auteur présumé. du Tttrabiblos^ qui traite des secrets de Tastrologie.
RÉFUTVriOït DE DUPUIS. 127
Au dernier siècle, ceux qui ne croyaient plus ni à la religion ni à Tirréligion, se jetaient dans les bras de CagUostra, ou faisaient cercle autour du baquet de Mesmer.
Les astrologues étaient en mesure d'entretenir longtems l'illusion qu'ils cherchaient à produire: l'asti ouomie avait fait de grands progrès sous les auspices des Alexandrins ; elle devint la très humble servante de l'astrologie. Souvent^ pour dresser des thèmes généthliaques, les astrologues avaient à faire des calculs fort compliqués; l'astronomie perfectionnée des Alexandrins leur fournissant les moyens de les exécuter sûrement, ils la firent servir habilement au succès de leur charlatanisme. Ainsi , tandis que, d'un côté, le scepticisme universel leur laissait libre carrière, et aidait à la popularité de leur art trompeur, de l'autre, l'astronomie leur prétait le secours de ses méthodes, leur gagnait même les savans , et consacrait , pour ainsi dire, de son autorité re»pectée, leurs jongleries ridicules ' .
L'histoire nous apprend que les empereurs romains , depuis Auguste jusqu'à Antonin, furent presque tous plus ou moins favorables à l'astrologie. Les médailles qu'ils firent frapper en Egypte en témoignent sufiisammeut. L'abbé Barthélémy en a décrit quelques-unes ' qui sont de l'an vm d'Antonin (Ann. 1^5 et 146 de notre ère) et qui contiennent le thème natal du monde, c'est-à-dire qui indiquent la place que les planètes occupaient dans le zodiaque, aa moment de la création de l'univers. Chose remarquable ! il n'y a que les médailles zodiacales frappées en
' Nous serions entraînés bien au-delà des limites que nous devons nous imposer dans cette analyse des leçons àe M. Letronne, si nous voulions citer tons les faits sur lesquels sont fondées les considérations générales que nous venons d'exprimer sur la marche et les progrès de Tastrologie. Les preuves qui justifient Texactitude de cette rapide exposition sont développées au long dans les Observations critiques et archéologiques sur Vobjet des repre'sentations zodiacales (i* partie), d'où nous avons tiré tout ce qui précède.
* Acad, des Inscript,', t. xli, p. Soi -523. *
Egypte qui offrent cette particularité curieuse. Il en résulte, nonseulement que Tastrologie éiait cultivée et pratiquée en Egypte, au 2« siècle de notre ère, mais encore que Tusage de figurer des thèmes génélfaliaques sur les monumens y était alors très-ré* pandn. C^est en parlant de celte donnée certaine que nous pouvons prononcer sur le vrai caraclère des zodiaques égyptiens, et de presque tous les zodiaques connus. Entre les médailles dont nous venons de parler, et ces représentations , il y a une liaison évidente; l'époque en est à peu près la même ; elles ont été exécutées dans le même pays, sous l'empire de la même superstition dominante ; ces représentations doivent donc être à la fois religieuses et astronomiques. Le caractère astronomique, le seul qu*ôn ait voulu y voir, n'est qu^apparent. Sans doute , la première idée qui a dû s'offrir, à la vue du planispkèrede Dendérab, c'est qu'il représente le ciel égyptien , c'est-à-dire toutes les constellations visibles sur l'horison de l'Egypte, à la latitude de quelque grande ville, comme Tlièbes, M empliis, ou Héliopolis. Reste à savoir de quelle manière il les représente. Comme le zodiaque n'est pas exactement au centre, et qu'il est plus avancé d'un côté que de l'autre, on a pen$é que cette représentation du ciel égyptien était projetée sur un plan tangent. Cette conjecture ne serait admissible que dans le cas où le planisphère de Dendérah serait bien effectivement une image de la sphère égyptienne. Or, c est là précisément, ce qui est en question. M. Ideler, nous Ta* vons déjà dit, est d'avis que les constellations des Cbaldéens, des Egyptiens, et en général de tous les peuples orientaux, n'étaient primitivement que desimpies nomsj sans figures en rapport avec ces noms*. C'est dire qu'il ne voit point des constellations dans les figures qui accompagnent les signes du zodiaque dans le pla* nisphère de Dendcrak. « Et , en effet, rien ne prouve qu'elles » représentent des constellations; tout annonce, au contraire, » qu'elles sont des images purenient symboliques, liées avec les >» signes du zodiaque qu'elles entourent ou accompagi^eat , et
• Voy. ci-dessus, p. 117.
» mises dans un rapport religieux avec les scènes funéraires où M elles jouent un rôle qui nous est, quant à présent, parfaitement » inconnu; ces figures changeaient ou restaient les mêmes, selon » les jcérémonies qu'on voulait peindre ou les rapports qu'on M voulait exprimer *• «>
Les deux zodiaques de Dendérah, le circ^aire et le rectangulaire;^ se ressemblent quant à la disposition et à la configuration des signes; cela ne doit point étonner^ puisque ces deux monumens figurés sont de la même époque. Si, comme on Ta cru, le rectangulaire est un tableau de la sphère paranatellontique^ c'est-à-dire représentant, outre les rîgnes du zodiaque, les diverses constella* tions qui se lèvent ou se couchent en aspect avec ces signes, il faut que , sur ce zodiaque et ceux d'Esneh, il y ait identité entre les figures qui sont censées représenter les mêmes constellations ; or celte identité n'existe pas> comme x>n peut s'en convaincre à la première inspection, les zodiaques rectangulaires de Dendérah et d'Ësneh, n'ayant presque aucun rapport entre eux, du moins quant aux figures accessoires. Si les figures communes aux deux zodiaques de Dendérah sont des constellations, comment n'occupent-elles pas la même position relative ? La comparaison attentive de ces monumens prétendus astronomiques prouve que les figures qui sont en dehors et en dedans de la bande zodiacale ne sont pas des constellations : 1** celles qui bordent le planisphère étaient au nombre de plus de 36, et irrégulièrement disposées, ne sont pas les Décans, qui marquaient des intervalles de 10 degrés ou de 1/3 de signe. 2° La grande figure typhonienne appuyée sur un coutelas^ au pôle du planisphère , n'est pas la Grande- Ourse ; le chacal, qui marche sur un instrument aratoire, n'est pas la Petite-Ourse. 3*^ De toutes les figures extra-zodiacales du planisphère de Dendérah, il n'y en a pas une seule qui soit dans le grand zodiaque d'Esneh , et quatre seulement se retrouvent dans le petit.
Les signes mêmes ne sont pas dans leur vraie position : V La Yierge, qui, dans le ciel, est le plus étendu des signes, et y oc-
' L'etronne, Sur Forig, duzod, grec, p. id*
439 JiTUDË DU JUMniMEffS ÀSTROMOMIQUES ;
iSwpA À% Regret, a Sort peu d*éte&èae <sur le phnisphère ; pour les Mitres aigne», les rafiports de grandeur et de distance ne sont IMS plus fidèiemeoi observés. ^^ Le Guscer n'est point placé dans la série } il a été mis exactement au-dessus du Lion. Ce déiplacement du Cancer est un fait analogue à celui que nous avons remarqué, en parlant du sodiaque peint sur la caisse de la momie de Fétéinenopliis '. Dans celui-ci le Gapticorne a été retiré de la série des signes, pour être .placé au-dessus de la tête de la grande figure de déesse, & droite et à gauche de laquelle les autres signes sont disposés. La présence d'un zodiaque dans cette caisse de momie , ia disposUion des signes autour de la grande figure qui occupe le fond de la caisse, enfin^ et surtout, le déplacement da Capricorne; isolé et mis à part , comme pour domiaer toute la scène, sont autant de traits frappants et décisife qui indiquent que ce Pétëméuopbis était né sous TinQuepce du Capricorne* L'inscription grecque qui existe au milieu des hiéroglyphes permet de faire une vérification. Elle nous apprend que Pétéménophis mourut le 9 payni de Tan xix de Trajan, après avoir vécu 21 ans 4 mois et 2i jours, ce qui donne, le 12 janvier de l'an 95, pour le jour de sa naissance. Or, le 12 janvier 95, le soleil était vers le IG* degré de la constellation du Capricorne. Cette vérification achève de démontrer que le zodiaque de la caisse exprime le thème natal du personnage ; d'où Ton peut conclure, par induction, que les zodiaques de Dendérah et d'Esneh sont des représeutatiops dont l'objet est astrologique, et qu'il y faut voir aussi des thèmes généthliaques destinés à marquer, soit l'époque de la fondation des temples où ils furent placés, soit celle de la naissance de l'empereur sous lequel ces temples ont été construits ou achevés , soit enfin l'époque de la naissance des divinités auxquelles ces temples furent consacrés. Les zodiaques de Dendérah ressemblent iout*à-fait à celui de la caisse de momie dont le sens et l'objet sont clairement indiqués; d'autre parti plusieurs autres repréaentations zckliacales du même iems,. comme le planisphère de Biauchini, celle du propyloii d'Ad^inim vue par Pocodte, celle du
' Voyez le ch. v, ci-dessus, p. 74» aote 4*
temple dta SoUi àr Palmyre^ cdle» des nwWrilliw itapénalo^, otet des caracièfes éviàgmm^ntt asIrdogîqHes ; il en xésiike doM le» plus HdiIcs y»8oii9 de croire que les xùdiaques deBendéràh ei (TEsnêh sont avant tout des momaaens a$tr9logiques. C'est èm ce pcâ^at de vue qu'il faut les étttdier> si Ton veut pénétrer le; sens encore inconna de toales les figures symboliques qui acr compagnent les signes ; les caractères astronomiques n*f sont que secondaires^ et ils sont certainement subordonnés, dans leur ee^ ploiy à l'inteotion astrologique qui a présidé à Teiécution de ces» moBumens»
En ?ain ob)^terait-on la présence de quelques figures qu'oa prend pour des signes du zodiaque sur des monumens de Fépoque pharaonique ; car ces représentations n'ont nullement le caractère zodiifcaL On n'y voit) en effet, ni la succession de pbisdeurs signes, ni l'une de ces figures qui sont exclusivement zo* Aiacales, savoir s le Capricorne et le Sagittaire. Par exemple, dans le plafond du Ramesséum de Tb^es, la scène que l'on a ei*ue astrononûque, parce qu'on y voit les figures d'un tauteau, d'un lion, d'un crocodile et d'un scorpion, mises en rapport avec des figures symboliques, celte scène, disons-nous, est reUr gîeuse et funéraire; tel était en effet le double caractère da Ramesséum ; il était cpasacré au< grand dieu Âmon-Ra, et seiH vaiten,ouire à la sépulture des rois '• Ce qui prouve qu'elle n'est point zodiacale, et qa'ou n'en peut tirer aucune inducticn chronologique sur l'époque ou elle a été sculptée, c'est qu'on ht retrouve dans d'autres tombes royales, et quelapoie du Taair * reau et du Lion diffère absolument de celle qu'ils Qnt dans lea zodiaques égyptiens (ainsi, le Lion du Ramesséum nemardM^ pas, et se termine en queue de crocodile, tandis que celui des zodiaques marche). Il y a aussi des scènes de ce genre dans les caisses de momies (par exemple, dans uae de céUes qui sont coti^ servées au Musée Britannique); et on ne. concevrait pas que l'on eût placé dans des tombeau;^ où personne ne pouvait les vutr, des tableaux astronomiques, indiquant uniquement l'état du eiel
' Letronne, Sur le tombeau d" Osymandpmâ^ t^ ï^
132 BTUDB DES MONUMMS ASTBIHIOMIQUES ;
à l'époque de la neineace ou de le mort d'tto pefaoïmage* U sérail bien plus nalHrel de Toîr dane cet tafeleam fiimémires Vintention de marquer riaflueficc astrologique sous laquelle œ personnage était né; mais^ comme nous Tavons déjà dit, il est peu probable que les Egyptiens aient eu , de tout tems , Thdiitttde de figurer sur les monumens des thèmes génélhliaques.
Après avoir épuisé tous les argumens qui étsblissent l'origine grecque du zodiaque égyptien, il nous reste à examiner bsièrement Torigine du zodiaque solaire des Indiens, des'Ghmois et des Persans. En démontrant que ces peuples l'ont emprunté mmu aux occidentaux, qu'il est étranger à leur sphère primili?e^ nous lèverons les dernières objections qu*on a opposées à la théorie nouvelle que nous avons développée.
Dès la pins haute antiquité , il a existé dans l'Inde un zodiaque lunaire, divisé en 27 constellations, appelées naksehatras (qui, dans lé 8* siècle de notre ère, ont passé anx Arabes). Les plus anciens monumens écrits de l'Inde y font allusion, et les noms des douze mois indiens sont pris d'autant de naksehaitas. Mai» le zodiaque solaire en douze constellations^ avec les mêmes noms et les mêmes figures que chez les Grecs, est, au contraire, fort récent. Il n'en est question ni dans les Yédas, ni dans le code de Manou, ni dans leRamayana, ni dans le Bhagavadgita ; quelqaes indianistes ^ pensent, en effet , que les passages où se montre la notion d'un zodiaque solaire ont été interpolés. Les trois zodiaques solaires que l'on a trouvés dans des pagodes indiennes , et', il faut le remarquer , au midi de la péninsule , n'infirment point nos assertions. Le plus célèbre est celui qu'a décrit John Gall dans une lettre à MaskeUne \ Les douze signes s*y succèdent dans le
' Dans un mémoire récent Sur l'origine grecque du zodiaque (cité d^s le Journal des saisons, 1841 , p. 755; Cf. Letronne, Recueil des inscript, grecques et latines de lEgypu^ 1. 1, Intrcd., p. m ), M. Adolf Holtzmann explique tous ces textes dans un sens fiivorable à la nowelle théorie.
* JYansaet, philosoph. Ann. 177a*
REFUTATIOir DE MPUK*
même ordre que sur notre zodiaque; seukinent, oa remarque de légère* différences dans la coafignration de quelques signes. Ainsi, le Taureau est remplacé par un Zébu ; au lieu du Yerseaui U y a un vase à deux anses , là Vierge est une jeune fille nue, portant la main à sa tête, et assise à la manière indienne ; iine chèvre et un poisson, fermant deux figures séparées, tiennent la place du Capricorne ; un arc et une flèche, celle du Sagittaire. Ces difiérences, comme on le Toît, ne portent sur rien d'essentiel ; c'est donc bien à tort que Bailly ^ en a conclu que ce zodiaque était original, et que, loin d*étre une copie altérée de celui des Grecs, il avait servi de modèle à celui des Egyptiens. Il insiste bieaocoup sur ce que, les Brachmanes ont trop d'orgueil pour adopter rien de ce qui est étranger ; mais comment douter qu'ils aient fait des emprunts aux Occidentaux, quand on voit les astrolc^ues indiens se servir de dénominations étrangères à la langue sanscrite pour désigner les constdlations du zodiaque solaire, et pour indiquer certaines particularités du cours des planètes. De la simple com* paraison des termes ressortira évidemment l'origine grecque de ces dénominations.