‹ Analyse et synthése (volume 2)Chapitre 19 sur 30 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Depuis Mérovée écrasant Attila, Sigebert ballant les Avars, et Charlemagne les anéantissant en Hongrie même, de 451 à 826, près de quatre siècles se sont écoulés durant lesquels, en Gaule, le pouvoir fut occupé par la famille mérovingienne et finit par échoir aux Carolingiens. Pendant la première de ces dynasties aucune grande donnée politique ne reste à l'histoire des progrès de l'humanité. Il se fit simplement dans ce pays une sorte de fusion enlre la race conquérante des Francs et les anciennes populations des invasions précédentes qui, après avoir admirablement lutté contre les Romains, finirent par adopter d'une façon très intéressante leur grande civilisation. Cet avantage, cette source de bien-être que les Gaulois eussent bien voulu garder, disparurent sous les coups terribles et l'administration méprisée que leur apporta la décadence de l'empire. Au moment où les Francs commencèrent à étendre leur puissance, l'anarchie avait repris presque toute sa force ; et, après Dagobert, les querelles des descendants de Mérovée leur livrèrent toute la région,

de la mer du Nord à la Méditerranée, de l'Atlantique aux Alpes et à la vallée du Rhin. La vie intime dans les Gaules eût probablement succombé au milieu des événements de cette période, et la barbarie eût régné en maîtresse, si l'exemple, en toute occasion et particulièrement en administration et en morale, n'eût été offert par l'Église. En administration elle mit en regard des coutumes et des lois barbares ce qui restait des lois romaines. Cette Église se trouvait en présence de querelles sans cesse renouvelées entre les chefs et leurs vassaux ou leudes. Elle s'efforça de calmer les désordres qui amenaient à chaque instant des chefs cherchant à obtenir des rois la propriété, à vie d'abord, puis héréditaire de provinces entières. Pendant que ces bénéfices étaient acquis aux chefs de toutes les classes, les évêques en atténuèrent le résultat, en faisant réserver une portion des terres pour les villes, les institutions populaires et pour eux-mêmes.

L'Église devenue puissante sur les populations des territoires occupés, et conseillée par l'autorité chrétienne de Rome, créa au roi un véritable appui en lui donnant comme soutiens les évêques et les conciles de province. Lorsque les Mérovingiens furent renversés, elle permit et appuya la grande intelligence et l'omnipotence de Charlemagne ; mais il arriva un moment, sous les successeurs du grand empereur, où les Scandinaves, venus de Norvège dans le bassin inférieur de la Seine et portant le nom de Northmans, mirent à feu et à sang toutes les

contrées du nord-ouest des Gaules. À côté de ces sectateurs de la mythologie du nord, les leudes, n'étant plus dirigés par le pouvoir central, reprirent, au milieu des guerres civiles aussi nombreuses que cruelles, une autorité absolue. Les évêques, les abbés furent aussi forcés de se fortifier dans leurs abbayes ou dans leurs villes; et l'anarchie se déclarant dans le territoire entier força la Gaule à retomber dans les conditions néfastes, d'où leur entente des affaires l'avait jadis presque sauvée.

Tout ne fut cependant pas perdu ; car il resta à l'Église les réunions monastiques, où les qualités morales, qu'un jour les évêques ne possédaient même plus, furent conservées. Quelques hommes de mœurs pures établirent, surtout en Occident, dans leurs réunions relativement peu nombreuses, des règles qu'ils respectèrent et une instruction qui permit aux nations modernes de garder une partie des lois et des livres principaux venant de la Rome ancienne. Il y eut au Moyen Age, dans certaines parties de l'Occident, une obéissance à la volonté divine qui voulut, lorsque les effets matériels ont presque tout détruit, qu'il se présentât quelque chose ayant échappé à ses atteintes. On poursuit son chemin en comparant le mal du jour dont on espère sortir, au souvenir du bien qui enfante, à son tour, pour l'humanité, l'espoir d'un progrès réel. La position prise par la tête de l'Église, là où le barbare n'intervenait pas, lui avait donné au point de vue des chefs militaires, par-

tout établis, une autorité supérieure. Dans un grand nombre d'occasions elle les forçait à la respecter, soit en leur donnant de bons conseils, soit en leur imposant d'obéir à la popularité qu'elle avait acquise chez les masses. Ainsi elle enfanta la civilisation moderne en sauvant une partie de la civilisation ancienne.

Tout cela se passa, non seulement en Gaule, mais en Italie, en Allemagne jusqu'aux pays slaves, dans la péninsule ibérique et dans la Grande-Bretagne que jadis les Saxons et les Anglais avaient conquise.

En Orient il en fut bien autrement. Dans ce second empire romain, où l'on acceptait au commencement des conditions analogues à celles de l'Occident, la population changea bientôt ses rapports avec le clergé, et les défauts de ces pays ne tardèrent pas à arrêter le développement que trouvaient également les nations occidentales dans le reste des lois romaines combinées avec les premières ordonnances barbares. On peut dire qu'en Occident, pendant la première partie du Moyen Age, les choses s'améliorèrent, le spiritualisme commença à briller; tandis qu'en Orient, durant la même période, le matérialisme le plus honteux se développait, et les qualités les meilleures s'évanouirent. Ainsi va le monde : ou le matérialisme, réfréné par une législation sage, produit le bien, ou le spiritualisme débordé n'enfante que le mal. Ce n'est pas à dire ici que le matérialisme est bien et le spiritualisme mal. C'est au contraire affirmer que le

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premier, mauvais par lui-même, ne devient possible et bon que lorsque le second le règle; et à condition que le second, qui est la perfection même, ne développe sa valeur que lorsqu'il n'a pas pour l'obscurcir la jouissance du premier.

La vraie condition d'un bon gouvernement est donc d'ouvrir la porte plus grande au spiritualisme qu'au matérialisme ; il s'agit de tirer du spiritualisme les bonnes raisons qui commandent au matérialisme. Voilà la mission de l'homme; et si politiquement on n'a pas la valeur nécessaire pour l'obtenir, tout croule : la puissance comme la religion, la morale comme la science ; c'est ce qui est arrivé à l'empire de Constantinople, résultat de l'assemblage de peuples hétérogènes et échéant à des souverains pris au hasard, depuis un guerrier de valeur ou un législateur éminent, jusqu'au plus vil des ennuques. L'état byzantin en arrivait à ne presque plus pouvoir lutter, soit contre les barbares, soit dans les constantes querelles civiles, autrement que par la concussion et la trahison, l'absence de justice ou les mœurs dégradantes. Constamment attaqué, il eut de la peine à subsister. Souvent la capitale fut en danger! Le règne le moins mauvais de ces annales, c'est celui de l'empereur Justinien; et cependant, malgré les guerres heureuses que Bélisaire ou Narsès conduisirent, malgré ces constructions sans nombre où passaient mal à propos l'argent et la force de l'empire, malgré ces magnifiques recueils dans lesquels les législateurs mirent au service des nations subséquentes une grande

partie des errements de la législation romaine, tous ses actes furent criminels. Très intelligent d'ailleurs, il fut le type de la corruption; et, si l'on examinait de près ses Codes, Institutes, Digestes ou Pandectes et autres, on y trouverait, à côté dénonciations fort utiles à l'humanité, des ordres et des avis impossibles à comprendre ou à exécuter pour des juges véritablement honorables et bons.

Un des successeurs de Juslinien, Héraclius seul, était digne d'être le souverain d'un grand empire, le jour où sa mollesse le lui permettait. Forcé d'agir, il le fit voir en défendant ce que ses précédesseurs lui avaient laissé. Il attaqua ses ennemis nombreux, alliés des Turks, il repoussa les Perses au delà de l'Euphrate et du Tigre ; mais son pouvoir réel fut un moment presque borné à la seule ville de Constantinople. Sous lui, cette capitale, reste du grand empire d'Orient, eut une passe d'agonie. Il essaya comme remède d'y porter la vraie croix, de lui donner un caractère religieux et d'arrêter sa décadence ; mais ce qui fit mieux que lui, dans le sens de la prolongation de la vie de celle seconde Rome, ce fut le peu de territoire qui lui fut réellement soumis et l'oubli que ses ennemis eurent par la suite d'un aussi faible État. La renommée de l'empire romain resla au territoire qu'occupait celle vieille Byzance; mais comme matériellement cet empire ne gênait personne, il subsista tant qu'un vainqueur n'eut pas besoin de lui pour altaquer l'Europe, devenue autrement redoutable.

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Pendant une partie du temps qu'il vécut, l'empire romain de Constantinople eut dans l'Orient de grandes guerres à soutenir contre les Perses. II dut se défendre contre les armées de ce peuple possesseur de tout l'Iran, combattant pour le maintien de sa puissance et pour sa gloire. Après les successeurs d'Alexandre, les Perses s'appelèrent Païthes pendant cinq siècles et Persans ensuite. Le nom seul varia. Soumis d'abord aux Séleucides, ils recouvrèrent leur indépendance sous les Arsacides et la conservèrent malgré les Romains, malgré les Byzantins, sous les Sassanides. Aux Sapors succèdent les Chosroës, jusqu'au jour où les Perses, luttant comme les empereurs d'Orient contre les Arabes, furent vaincus à leur tour.

Pour la seconde fois le peuple arabe reparaît dans ce long travail; et les événements que crée celte nation, mis en présence du judaïsme, du christianisme et des restes de la civilisation antique, donnent cours, et un cours excessivement redoutable et curieux, à l'élude de la vie et des pensées morales de la race de Sem. Chez les Sémiles, comme on a pu s'en rendre compte dans la lecture de la Genèse et de l'histoire biblique, ou dans la constitution générale des populations de la vaste péninsule arabique, on voit l'immense puissance de la vie de famille. Us en ont supporté tous les inconvénients et recueilli tous les avantages. Leurs mœurs onl été le point de départ des nombreuses tribus ; mais, en même temps, elles ont donné la trisle habitude de soutenir et de défendre les auteurs de fautes ou de haines,

c'est-à-dire de faire dégénérer une querelle en guerre civile. Les Sémiles ont trouvé dans leurs pères des types de vertu et de courage qu'il était bon d'imiter et qui, dans les faits généraux, leur ont appris à réunir une quotité d'efforts pour arriver au succès. Aussi, à côté de grands défauts se transmettant d'âge en âge, le patriotisme et d'autres qualités naquirent; et lorsqu'un chef, homme de génie, a su se faire déclarer le maîlre, le législateur et le prophète suprême, tous se sont rangés derrière lui. Sa doctrine est devenue, presque instantanément, la loi et la croyance auxquelles ils ont consacré et leurs corps et leurs âmes.

Telle fut l'histoire de Mahomet. Un jour, au milieu des discordes des Arabes, il parut; son habileté lui permit de prêeher sa doctrine et de prendre le pouvoir de dominateur de tribus. De scheik ordinaire, il devint scheik suprême de presque toutes les portions de la nation arabe, en indiquant aux tribus la beauté de leur organisation patriarcale qui laisse à chacune sa liberté, ne la suspendant que là où le cœur le lui dit. Pour être absolument maître de ce cœur, il en dissimula les erreurs avec tout ce que le christianisme put lui fournir de bon. A ces peuples presque sauvages, il enseigna et prescrivit certaines vertus ; il leur promit une vie qui leur assurait la satisfaction de tous leurs instincts s'ils obéissaient à ces vertus. Il n'alla pas et ne pouvait aller au spiritualisme; mais il copia à peu près le résultat des lois spirituelles et se servit de ce document pour moraliser le matérialisme. Pour ses sectateurs, la con-

quêle, le commerce étaient, ici-bas, la satisfaction de leurs appétits ; et la mort, à côté de leur drapeau, leur promettait la jouissance d'une satisfaction éternelle. Avec ces données, il devait triompher et il triompha ! Ses ordonnances mêmes étaient, au temps où il les imposa, les plus morales de l'Orient ; et son peuple fut le plus sage dans l'Orient tout entier. Elles donnèrent aux scheiks arabes, ses successeurs, un pouvoir et une importance réels de l'Atlantique à Tlnde ; et ils ne succombèrent en Occident, que lorsque, arrivant en Gaule, ils eurent à lutter contre certaines vertus plus grandes que les leurs.

Les qualités des Arabes n'étaient cependant pas constituées pour durer toujours; aussi en Orient devinrent-ils fatigués eux-mêmes d'une jouissance continue. Ils s'amollirent jusqu'à ce qu'ils disparussent devant les nouveaux désirs matériels des populations voisines. Ils sont restés mahométans, ne conservant des instructions du Prophète que la croyance dans un paradis qu'ils espèrent encore atteindre, donnant pour le témoigner, comme dans certaines autres religions, trop de part aux excentricités exallatives, et restant presque partout misérables, mais libres dans la vie d'ici-bas.

Dans le Coran, malgré les erreurs sans nombre qui s'y trouvent, Mahomet fait voir à quel point il se préoccupait de relever l'esprit public des tribus presque sauvages peuplant l'Arabie, et comment il leur inoculait des qualités qu'il croyait nécessaires pour en faire un grand peuple. Heureusement,

d'après son livre, il paraît avoir été convaincu de la grandeur de Dieu et l'adore par ses premiers mots : « Louange à Dieu, maître de l'Univers, le clément, le miséricordieux, souverain au jour de la rétribution. C'est toi que nous adorons, c'est toi dont nous implorons le secours, dirige-nous dans le sentier droit.

« Dieu. Il n'y a pas d'autre Dieu que lui, le Vivant, l'Immuable.

« Rien de ce qui est dans les cieux et sur la terre ne lui est caché. C'est lui qui nous forme comme il lui plaît, dans le sein de nos mères. Il n'y a d'autre Dieu que lui. Il est le puissant, le point sage.

« Si vous mourez ou si vous êtes tués en combattant dans le sentier de Dieu, l'indulgence et la miséricorde de Dieu vous attendent. Ceci vaut mieux que les richesses que vous amassez.

« Pensez-vous que celui qui aura suivi la volonté de Dieu sera traité comme celui qui a mérité sa colère, et dont la demeure sera le feu? »

Dans sa doctrine, peu étendue alors, Mahomet savait que de son temps on ne connaissait presque rien de l'œuvre de Dieu, surtout chez les Arabes ; mais qu'un jour viendrait où cette œuvre serait mieux expliquée, mieux conduite parles générations à venir. Il disait : « Dans la création des cieux et de la terre, dans l'alternalion des nuits et des jours, il y a sans doute des signes pour les hommes doués d'intelligence, qui, debout, assis, couchés, pensent à Dieu et méditent sur la création des cieux et de

la terre. Seigneur, disent-ils, tu n'as pas créé tout cela en vain.

Au chapitre IV du Coran, on trouve :

« 0 hommes ! craignez notre Seigneur, qui nous a créés tous d'un seul individu ; il créa de lui sa compagne, et puis de ces deux êtres il fil sortir tant d'hommes et de femmes. Craignez le Seigneur au nom duquel vous vous faites des demandes mutuelles, et respectez les entrailles qui vous ont portés; certes, Dieu vous observe. » Les passages suivants sont inscrits au même chapitre, mais sur un sujet différent : « Et toi, Mohammed, nous t'avons envoyé vers les hommes avec mission de prophète. Le témoignage de Dieu est suffisant.

« Celui qui obéit au Prophète obéit à Dieu, nous ne t'avons pas envoyé pour être gardien de ceux qui se détournent de toi.

« Dieu est seul Dieu.

« Quiconque prend Satan pour patron plutôt que Dieu, celui-là est perdu d'une perle évidente.

« 0 croyants! Croyez en Dieu, en son apôtre, au livre qu'il lui a envoyé, aux écritures descendues avant lui. Celui qui ne croit pas en Dieu, en ses anges, à ses livres, à ses apôtres et au jour dernier, est dans un égarement lointain.

Certains passages du Coran poussent la pensée des Arabes sur le point de départ de la grande science universelle; car on y remarque le passage suivant : « Tout chez lui a sa mesure. Il connaît ce qui est caché et ce qui est manifeste. Il est grand, le Très-Haut.

« lia créé l'homme d'une goutte de*sperme, et voilà que l'homme dispute ouvertement.

« Dieu commande la justice et la bienfaisance, la libéralité envers ses parents; il défend la turpitude et l'iniquité et l'injustice; il vous avertit afin que vous réfléchissiez.

« Soyez fidèle au pacte de Dieu, vous qui l'avez conclu; ne violez point les serments que vous lui avez faits solennellement. Vous avez pris Dieu pour caution, et il sait ce que vous faites. »

Les Arabes sémitiques se regardaient en somme comme les descendants d'Abraham; aussi n'était-il pas élonnanl que Mahomet ait surtout cherché, dans la morale de la Bible et même dans celle de l'Evangile, les bases de sa doctrine. Il dit dans le. Coran : « Abraham était un homme soumis à Dieu, vrai croyant ; il n'était point du nombre des idolâtres.

« 11 était reconnaissant pour ses bienfaits; Dieu l'avait élu et dirigé dans la voie droite.

« Nous lui accordâmes une belle récompense dans ce monde, et il est au nombre des justes dans l'autre. »

Pour s'assurer la puissance, Mahomet fait même mieux encore, il rapporte celte parole de Dieu : « Nous donnons à Moïse le livre de la loi et nous en avons fait un guide pour les enfants d'Israël. »

Plus loin il parle de Jésus, de la naissance de Jésus; mais il en fait un prophète son prédécesseur, un successeur de Moïse. Un homme de paix par excellence.

Mahomet dit ailleurs que ce que Dieu promet aux

fidèles est une existence parfaite et sans (in. « Ceux qui auront cru et pratiqué de bonnes œuvres habiteront les jardins de délices.

« Ils y demeureront éternellement, en vertu de la promesse de Dieu, de la promesse vraie; il est le Puissant, le Sage. »

Ce créateur de l'Islam fit beaucoup pour l'homme et peu pour la femme; ou, du moins, bannissant l'idée biblique et même chrétienne de la famille, il consentit, pour relever les chefs, à accorder la légitimité à la première épouse; puis, tombant, comme législateur, dans une des passions à laquelle il aurait dû se garder de coopérer, il autorisa le droit d'étendre la légitimité au second ordre, aux femmes prises légalement .dans une autre famille; et enfin, il déclara que pour ce qui est des esclaves qui charmeraient les croyants, ils peuvent les acquérir. Il établissait ainsi la polygamie à laquelle il joignait le concubinage, faisant de la femme, la mère d'enfants mâles, l'égale du père et autorisant celle connexité illégitime lorsque l'homme le désirerait. 11 ôtait ainsi toute valeur à la femme et relirait à son peuple la moitié de son prix. C'est là une des grandes taches de sa loi. Le christianisme était décidément très supérieur au mahomélisme !

En tout, Mahomet fut matériel; c'est ainsi qu'il dit: « Les jardins d'Eden aux vertueux! Ils y entreront et s'y pareront de bracelets d'or et de perles; leurs vêlements y seront de soie.

« Ils s'y reposeront sur des sièges, faisant circuler la coupe pleine de boisson délicieuse. Ils auront des

vierges au regard modeste, aux grands yeux noirs, et semblables par leur teint aux œufs d'autruche cachés avec soin. »

Les habitants de l'Arabie avaient certaines qualités naturelles, qui, secondées par une telle doctrine, les plaçaient bien au-dessus des civilisations en décadence. L'intelligence, l'audace d'un homme et surtout l'étude que Mahomet a pu faire des croyances et des législations des peuples voisins, ont conduit ce prophète à utiliser le mieux possible ce qu'il apprenait pour tirer parti de sa propre nation, de ses habitudes sauvages, de ses vertus et même de ses désirs, afin de la- lever tout entière, et de la mettre en état d'opérer cette conquête de l'Atlantique à l'Himalaya. Ces gens vivant de rien dans le désert, il les a conduits à acquérir les immenses richesses de l'Asie et de l'Afrique. Il en a fait en un instant des guerriers aussi intrépides que leur espoir de jouissance était grand. Homme extraordinaire, Mahomet, à force de talent, sut utiliser la nature des Arabes. Grand peuple il les fit; mais le désert a été encore plus habile que lui; et, malgré des siècles de grandeur, son peuple est aujourd'hui absolument semblable à ce qu'il était avant lui. Ses tribus parcourent comme jadis des espaces sans fin, n'étant pas plus riches qu'autrefois. Le fond de la croyance qu'il leur a donnée leur est seul resté. Bien d'autres peuples, n'ayant rien d'arabe, se sont convertis à sa religion parce qu'ils ont senti Futilité des jouissances que cette croyance donnait; mais l'autorité souveraine n'ayant plus existé, la division

est venue. Cette religion, suivie sur une étendue immense, compte aujourd'hui cinq cents sectes au moins; et les caravanes seules vont encore un peu plus qu'avant Mahomet à La Mecque ou k Médine.

Dès 632, année de la mort du Prophète, le succès obtenu par lui fut transmis à ses successeurs. La race arabe tout entière se leva derrière le chef qu'elle choisit; et, passionnée d'acquérir les biens dont elle commençait à entrevoir l'existence, elle marcha, soit vers l'est, soit vers l'ouest. Les premiers Khalifes Abou-Bekre, Omer, Othmanel Ali, suivant l'avis émis par Mahomet, donnèrent l'exemple d'une remarquable austérité, ne comblant de richesses que leurs sujets; mais ceux qui vinrent après n'agirent plus de même, et leur fastueuse puissance s'établit avec un despotisme juste parfois, mais autoritaire toujours.

Les Arabes, une fois réunis, le premier succès oblenu, ont agi en bandes immenses, comme celles que conduisait Attila. Elles n'avaient en face d'elles aucune armée puissante et disciplinée ; aussi l'histoire nous fait-elle voir que leurs masses, jouant leurs vies pour une croyance, écrasaient forcément des ennemis ne croyant à rien et par conséquent n'ayant aucune raison de perdre leur existence. En maintes circonstances, les Arabes mettent les nations qu'ils combattent dans celle position d'être massacrées ou d'adopter la religion de Mahomet. Devenir mulsulmans était, pour les populations battues, la marque d'un état nouveau qui les avait

surprises dans le principe, mais qu'ensuite elles avaient parfaitement admis, trouvant qu'un changement d'une religion peu pratiquée, comme c'était alors le sort de tout l'Orient, pour une autre, leur donnait une vie matérielle tout aussi commode, dont les agréments faisaient accepter la discipline.

Sous Abou-Bekre, les Arabes conquirent la Mésopotamie jusqu'aux frontières de la Perse, la Syrie jusqu'au delà de Damas, ayant battu d'un côté les armées des souverains de Clésiphon, de l'autre celles d'Héraclius. Sous Omar, ils s'emparent non seulement du pays, mais de toutes les grandes villes, c'est-à-dire de Jérusalem, Damas, Alep, Antioche, centres de la civilisation orientale. Ils poussent leur marche vers le nord, prennent l'Arménie et la Cappadoce et menacent même Conslantinople. Dans les ports de la Syrie, ils forment une marine et s'emparent des îles de Chypre, de Candie et de Rhodes. En 672, ils entreprennent le siège de la capitale de l'empire d'Orient; mais, en 679, c'està-dire six ans après, ils en sont chassés, non par la bravoure des Grecs, mais par le feu grégeois. Les empereurs byzantins eux-mêmes, qui ne savaient plus gouverner, trahissent, tuent ou expalrient les chrétiens du Liban qui n'étaient pas de la communion de Constantinople; et les Arabes complètent alors leur conquête de la Syrie, en s'emparant du territoire que la population ne peut plus défendre. Pour l'Egypte, les souverains du second empire romain firent de même. Des chrétiens peuplaient ce

pays; mais pour ceux de Constantinople, ils étaient des hérétiques; aussi, lorsqu'Omar envoya son lieutenant Amrou avec une troupe au nombre dérisoire de quatre mille hommes, s'empara-t-ii de Péluse, de Memphis et d'Alexandrie. La plus grande partie de la race égyptienne, appelée les Copies, s'empressa de payer le tribut demandé, plutôt que de rester les sujets des Grecs, chrétiens comme eux. Les querelles d'évêques tuaient, non seulement l'indépendance des peuples, mais leur intelligence; ils firent si bien que, dans tout l'Orient, la religion chrétienne fut remplacée par l'islamisme.

Sous Othman, la Nubie fut conquise, puis la Tripolilaine, la Byzacène furent attaquées et vaincues. Les richesses prises à Sufefula par l'armée arabe font voir à quel degré de prospérité ces pays, à peu près oubliés des empereurs de Constantinople depuis les campagnes de Bélisaire, étaient parvenus. Le général Zobéir donna à chaque cavalier 3,000 pièces d'or et 1000 à chaque fantassin à la suite de la prise de cette ville romaine (1). Peu de temps après, les Arabes, en battant les Romains ou Grecs qui peuplaient tous les pays du nord de l'Afrique, les Maures, population mélangée des ports de la Tunisie, de l'Algérie et du Maroc actuel et, enfin, les Berbères, population stable et déjà adonnée à la culture, étendirent leur marche jusqu'aux bords de l'Atlantique. Vaincus à leur tour par les Berbères, ils retardèrent encore leur conquête du nord de l'Afrique.

(1) Sufetula, nom romain, est située en Tunisie à Test de la ville algérienne de Tebessa. Elle porta sous les Arabes le nom de Sbeitla.

En Orient, les guerres civiles chez les Perses leur avaient ouvert le chemin. Dans ces contrées les chefs arabes, une fois vainqueurs, donnent à leurs soldats des récompenses plus grandes encore qu'en Afrique; et leurs conquêtes s'étendent sans limites. Possesseurs alors de Hira, ils fondèrent Koufah et Bassorah, près du golfe Persique, où la plus grande partie du commerce avec l'Inde se concentrait. Bientôt Ctésiphon et Séleucie leur appartiennent, ils s'emparent de la Médie, de la Susiane, du Khorasan, du Sedjestan, puis, combattant les hordes turques, ils traversent l'Oxus et pénètrent jusqu'à la Sogdiane.

Cette invasion de l'Orient fut enfin arrêtée par les guerres civiles, fruits de l'ambition des uns et des autres. La civilisation, très réelle, des pays conquis, leur grande richesse et l'autorité sur des populations sans énergie depuis le changement religieux, laissèrent les chefs arabes se disputer le pouvoir. Us étaient malheureusement très barbares au fond, et leurs guerres civiles furent souillées d'affreux massacres ; mais l'avantage pour les Arabes, c'est que presque toutes les anciennes populations ayant accepté la religion de Mahomet, les générations suivantes commencèrent à y croire. Transformées ainsi, elles arrivèrent à baser leurs mœurs et leur justice sur une religion qui fut désormais respectée. Outre la civilisation à laquelle les mahomélans sont parvenus sous les principaux Kalifes, ils n'ont jamais augmenté sensiblement leur tendance à des idées meilleures ; mais ce qu'ils étaient, ils sont restés.

La religion a acquis, dans le monde musulman, un fond de moralité que personne ne peut offenser sans être frappé par le public lui-même. Tout cela admis, le système arabe est bien loin d'être parfait, mille défauts lui restent, son système étant matérialiste et absurde ; mais ayant égard à ceux pour lesquels il était fait, on ne peut s'empêcher d'y reconnaître la haute intelligence du prophète.

L'histoire arabe dans le septième siècle montre celte nation se précipitant de nouveau dans le nord de l'Afrique, de la ville de Barca sur celle de Kaïrouan, au pays appelé par eux le Magreb, et prenant possession de la fameuse Carthage , centre incomparable de richesses accumulées par les Grecs encore ses possesseurs. Après ces victoires, les Arabes retournèrent en Egypte serrer leur or, puis ils y revinrent de suite en bien plus grand nombre, espérant tous y conquérir des trésors pareils. A leur retour, les Grecs étaient en fuite! Les Berbères pouvaient seuls défendre l'Afrique et ils le firent; mais ils furent vaincus. Les Kabyles restèrent dans les montagnes de l'Atlas. La culture les attacha au soi. D'autres Berbères, séduits par la vie arabe, se laissèrent convertir et se mêlèrent à leurs en-, vahisseurs.

Les Kalifes ont toujours eu une politique habile, mais peu scrupuleuse. Arrivés au bout de l'Afrique et toujours poussés à aller de l'avant, pour conquérir la vaste péninsule espagnole où commandaient encore les Wisigoths, les Khalifes organisèrent les Berbères en armées et les exposèrent les premiers.

Ces bandes de soldats africains purs, quoique mahométans, à peine débarqués y gagnèrent la célèbre bataille de Xérès en 711 ; derrière eux débarquèrent sur la côte andalouse les véritables arabes; et, lorsque leurs chefs divisèrent un peu plus tard le pays complètement soumis en quatre provinces, la garde en fut confiée aux troupes de Syrie, de Perse, de lTémen et de Tlrak. Ces Arabes, l'élite de l'Orient, furent relativement faciles pour les chrétiens d'Espagne. Trop dislancés de leurs patries ils avaient à craindre des révoltes et ne voulaient en susciter aucune ; de plus la culture et le commerce de cette contrée leur donnaient de magnifiques profits; aussi s'occupèrent-ils d'y former une civilisation dont le tableau que nous transmet l'histoire est excessivement remarquable. Il n'y eut qu'une chose à laquelle les Khalifes ne donnèrent pas une attention suffisante : c'est que cette civilisation, avec le temps, relèverait le peuple autochtone et en ferait un peuple redoutable qui, ne s' assimilant jamais avec les Arabes, les rejetterait un jour vers l'Afrique.

La péninsule conquise, les Arabes finirent par pénétrer en Gaule ; et leurs succès dans le Midi de cette région sont dus à la terreur qu'ils avaient inspirée en Espagne. Avançant toujours devant eux, ils durent lutter contre les populations plus guerrières et plus unies du Nord ; ils succombèrent à Poitiers^ sous les coups de Charles Martel. Ils retournèrent alors vers le midi et tinrent longtemps encore dans les forteresses voisines des Pyrénées, dans le sud de l'Aquitaine et de la Seplimanie. Surpris par

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les succès de Charlemagne ils durent repasser les montagnes, el furent poursuivis en Espagne jusqu'aux bords de l'Ebre.

Telle est l'histoire de leur conquête en Occident ; mais la partie la plus intéressante de ses annales est le souvenir des bases de la science et de la littérature qu'ils y importèrent. Ces premières idées donnèrent des exemples dont les é ru dits européens ont su profiter.

Dans l'Asie centrale, les Arabes poussèrent leurs conquêtes au delà des limites antérieures. Ayant déjà passé l'Oxus ils parvinrent, dit-on, dans l'Est, à travers le pays élevé de Pamir, jusqu'aux frontières de la Chine; dans le* sud, ayant tourné ou franchi l'Indou-Kouch, ils s'emparèrent de la plus grande partie de l'immense vallée de l'Induset même pénétrèrent dans l'Hindouslan, jusqu'au Gange. Ils ne purent tenir sur les bords de ce dernier fleuve, et la ligne séparative des contrées que parcourent ces deux grands fleuves servit pour longtemps de limite à leurs puissances.

Chez les Arabes, la valeur intellectuelle des maisons régnantes avait une importance de premier ordre. Les Ommiades à qui échut le pouvoir à la suite des premiers successeurs du Prophète ont été les créateurs el les conservateurs de cet immense empire jusqu'en 752. Malgré les crimes qu'une politique heureuse enregistre, mais ne justifie pas, leur famille a été la grande gloire de leur race. Malheureusement, pour la nation arabe tout entière, après eux, ce sont les Abbassides qui s'emparèrent du pou-

voir. Au lieu de commencer leur règne par une série de victoires ou d'ordonnances utiles, leur premier acte fut de répandre des ruisseaux de sang ommiade et de donner lieu dans tout l'empire à des guerres civiles; ils usèrent la vigueur de la race purement arabe et forcèrent un grand nombre de chefs à regagner le désert.

L'Espagne et le nord de l'Afrique cessèrent, sous les Abbassides, de faire partie de l'empire. La grande capitale ne fut plus en Syrie, mais sur les rivages du Tigre. Bagdad remplaça Damas ! Au fur et à mesure que l'omnipotence de ces souverains nou veaux gagnait en gloire et en bons rapports avec leurs peuples et un peu avec leurs voisins, à mesure que la civilisation augmentait, leur pouvoir perdait de son extension. Chaque gouverneur de province finit, à peu près sans guerre civile, par devenir sultan ou possesseur de son gouvernement, en se déclarant toujours le sujet respectueux des khalifes et le vertueux croyant aux grandes doctrines de l'islamisme. Pour les peuples à peu près barbares, chez lesquels ils étaient, ces gouverneurs adoptèrent l'administration établie par les khalifes et favorisèrent le plus possible les relations commerciales. Cette bienveillance était et fut longtemps la source de ces grands trésors dont ils espéraient se servir pour perpétuer leur race; mais de pareils errements surexcitèrent trop de passions et, un jour ou l'autre, provoquèrent de terribles rébellions ou des invasions devant lesquelles les Arabes succombèrent.

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L'administration établie par les khalifes présenta des exemples on ne peut plus intéressants. Non seulement ces princes protégèrent les différentes sortes de propriétés ; mais ils établirent des espèces de juges pour toutes les contestations qui pouvaient se présenter. Us instituèrent même des sortes de commissaires de police chargés de faire exécuter les lois dans la vie civile et de porter secours aux malheureux. Ne connaissant cependant pas l'avantage d'un corps de justice indépendante de toutes relations, dont les décisions devaient mériter d'être particulièrement honorées, ils poussèrent les différentes sortes de négociants à se former en syndicats responsables, c'est-à-dire ayant dans leur partie une certaine autorité. Cette organisation peut avoir son avantage lorsque la composition est bonne, mais elle compromet tout lorsqu'elle est formée de gens peu capables ou trop désireux de bénéfices. Ils oublièrent ce grand axiome : La justice ne peut être rendue dans une chose que si elle ne fait pas partie de cette chose et qu'elle soit ellemême responsable des décisions qu'elle prendra. Les khalifes permirent, dans la suite, des coalitions pouvant être nuisibles à l'État. Elles le furent en effet.

Les premiers khalifes avaient par le fait conquis tout ce qu'ils pouvaient conquérir ; et, en grande partie avec la race arabe dont la force fut consommée dans des proportions tellement considérables, que les populations de cet immense empire, soutenant la famille des Abbassides, repoussèrent l'organisa*

lion purement militaire, c'est-à-dire les Arabes, pour ne plus favoriser que la croissance d'une civilisation nouvelle. Partout ils se levèrent, obéissant à leurs souverains; et la race purement sémique des sectateurs de Mahomet regagna peu à peu et Médine et la Mecque, ne fournissant plus de guerriers que de loin en loin lorsque les khalifes en avaient besoin, ou lorsque l'attaque était trop voisine de leur pays.

Quoi qu'il en soit, le règne des Abbassides atteignit une civilisation de premier ordre. Pour tout l'empire, le khalife resta le chef de la religion de Mahomet, et représenta par conséquent, pour de longues années, le pouvoir suprême. Lasses de combattre, peinées d'être massacrantes ou massacrées, les populations n'aspiraient qu'au repos et ne demandaient qu'à obéir. Elles s'adonnèrent à l'agriculture, un peu en Syrie et beaucoup plus dans les pays fertiles, entre l'Euphrate et les chaînes de l'Himalaya. Les commerçants purent, d'un bout de l'empire à l'autre, s'occuper des transactions et même favoriser d'une façon merveilleuse leurs rapports avec les peuples étrangers. Les caravanes partant de Bagdad montaient au nord-est jusqu'à Samarcande, d'où elles échangeaient leurs marchandises contre des produits chinois; à l'est elles faisaient avec les Indes les mêmes transactions par la vallée de l' Indus; au sud-est, les navires partis de Bassora, non seulement gagnaient la côte de Goromandel, mais presque tous les rivages de la mer des Iodes aussi bien à l'occident qu'à l'orient. Les immenses pro-

duils de ces grands voyages, amenés dans la Mésopotamie, étaient ensuite réexportés dans la Syrie, l'Asie Mineure, l'Arabie ou l'Egypte, pour, de là, par le Magrebh, gagner la péninsule espagnole, leur limite à l'occident. Les îles de la Méditerranée n'étaient pas oubliées dans ces transactions. Des produits considérables gagnaient l'Europe, mettant, comme jadis le faisaient les Phéniciens et les Romains, l'extrême Orient en rapport avec l'extrême Occident.

L'agricullure, le commerce, les fouilles dans le sein de la terre, ne furent pas les seules occupations auxquelles les khalifes entreprirent de pousser leurs sujets. L'architecture, préconisée et protégée par ces souverains, se développa sur une ellipse grandement étendue. On vit bientôt s'élever, dans presque toutes les villes de l'Orient, des palais et des mosquées dont les hauts minarets, s'apercevant au loin dans les campagnes, semblaient, comme les flèches de nos églises, appeler les fidèles à l'adoration du Très-Haut.

Dans ces existences orientales, où l'homme étendu passait les premières heures de la nuit à respirer le frais du soir, l'art de la musique était plein de charmes; aussi est-il resté très populaire dans tout l'Orient. Le Coran ne laissait les Arabes ni sculpter ni peindre les images ; par conséquent le vrai art grec, dans ces deux ordres d'idées, fut malheureusement laissé de côté par des races qui s'en seraient probablement vaillamment servies ; mais, ce que les khalifes n'oublièrent pas de prendre aux Grecs et

aux Romains dégénérés, qui existaient encore en Asie Mineure ou en Syrie, ce fut la connaissance des vieilles traditions et surtout des vieux manuscrits qui, rappelant les âges passés, jetaient dans les esprits des mahométans les bases de sciences dans lesquelles ils se montrèrent bientôt maîtres.

Cultiver son intelligence était la plus grande flatterie qu'un sujet pût faire à son khalife; des milliers d'élèves fréquentèrent les bibliothèques considérables formées par les souverains dans presque toutes les grandes villes. Les mathématiques, Tas* tronomie, la chimie, la médecine et enfin la philosophie, malheureusement presque toujours faussée par leurs érudits, se développèrent avec une vitesse et une profondeur que le monde n'avait encore jamais vues.

N'ayant plus besoin d'étendre leur empire, les peuples dits arabes, trouvant pour faire leurs services, des masses d'esclaves d'autant plus dociles qu'ils étaient recrutés dans tous les pays, jouissaient non seulement de la vie, mais des richesses immenses qu'ils avaient rassemblées et de la bienveillance témoignée aux vaincus, ce qui en faisait des sujets fidèles. Cet heureux état dura surtout sous les règnes d'Haroun-al-Raschid et d'AImamoun, khalifes profondément remarquables, qui avaient mis tous leurs soins à consacrer et à soutenir cette civilisation superbe ; mais le temps marchait, après eux la décadence augmenta, amenée qu'elle était paç les ambitions des différents gouverneurs ou par des sectes religieuses que le luxe exorbitant dévia de leurs. origines.

Si Ton contemple l'histoire des nations qui ont jeté dans le monde un grand éclat, on est forcé d'arriver à des conclusions qui menacent singulièrement de se répéter à la suite des temps, mais qui, grâce à Dieu, laissent toujours un progrès derrière elles. Une civilisation monte généralement pour des peuples que des guerres heureuses ont rendus puissants ; les arts, l'industrie, le commerce, les sciences, croissent avec leur pouvoir, donnent une brillante époque où, par l'autorité des chefs régnants, des découvertes intéressantes sont faites et amènent la grande prospérité intellectuelle aussi bien que matérielle. Puis, la jouissance des détenteurs du pouvoir finit par les entraîner à des fautes qui, plus les jours s'écoulent, d'inconsidérées deviennent graves et nuisibles. La puissance commence à échapper aux maîtres, d'abord aux extrémités de l'empire, puis elle en arrive à se perdre au centre même. L'ambition, fruit d'une trop grande jouissance, n'étant pas contenue par des lois générales, se produit partout et en toute matière. L'homme n'obéit plus, et, dans les occasions les plus perfides et les plus criminelles, en arrive à disputer chaque lambeau de l'autorité. Cette ambition atteint même ceux qui s'occupent des sciences. De l'habitude de chercher en tout le Créateur, en scrutant son œuvre on parvient souvent, pour se faire une place dans ce monde, à trouver que tout ne s'y passe pas le mieux possible. On tâche d'arracher chaque chose au divin maître et même à le nier. Les écoles de philosophie générale divaguent; et, ayant perdu le principe des

principes, voient les causes et les effets, absolument dissemblables de ce qui faisait la prospérité de tous. Ils commencent à dire que Dieu esl une fable, que la propriété est un vol, qu'il ne faut pas manger d'animaux parce que l'animal est semblable à l'homme intellectuellement parlant. Le plus abject matérialisme prend tout, l'athéisme domine et, en dominant, ne laisse plus subsister que la guerre incessante, partout répétée, qui, faisant ressembler l'homme à la brute, le conduit tout droit à la plus infecte des barbaries.

L'empire arabe a eu tout cela ! A sa grande prospérité, sa décadence a promptement succédé au physique comme au moral. Ce vaste État, né dans le septième siècle, au dixième s'en allait en lambeaux. Non seulement, chaque jour ses provinces lui étaient enlevées , et ses chefs périssaient dans les plus affreux supplices, mais la théorie de Mahomet qui avait compris une partie réelle du caractère humain, en faisant honorer le Créateur et en promettant une vie future agréable à ses croyants, se trouva sapée par des écoles qui, rejetant ce qu'il avait. conçu comme la vérité, ou suscitant les passions insensées, employèrent mille moyens pour le démolir. Heureusement, pour la gloire du prophète, une parlie des mahométans n'a pas été capable de s'occuper des sciences; ils ont seulement conservé de ses doctrines ce qui leur appartenait bien et ce que le prophète leur avait enseigné : un respect des uns pour les autres et surtout l'adoration de leur Dieu I C'était pour une vaste partie du monde un grand

progrès ; souhaitons qu'en tous temps cet exemple •oit suivi 1

Un peu avant Tan mil de Jésus-Christ, les restes de la puissance arabe disparaissent de l'Asie, et les empires qui s'élaient déjà élevés sur leurs débris, comme ceux des Ghaznévides, successeurs des Samanides à l'Orient, des Bouides en Perse qui régnaient du Khorassan au golfe Persique au sud de Bagdad, furent détruits et ravagés par la première grande incursion des Turks seldjoukides, qui, ayant passé POxus, pénétrèrent dans l'Asie occidentale. Celte grande armée, résultat du rassemblement, sous une même autorité, de toutes les tribus habitant le pays au nord de l'Oxus jusqu'au sud de la Sibérie, était en partie hunnique, en partie kirghiz, et la masse fortement mongole. Quelle que soit du reste son origine, elle était beaucoup trop nombreuse pour le territoire peu fertile, qu'on a nommé plus tard le Turkestan ; aussi cherchait-elle à s'introduire sur un terrain nouveau en se convertissant à l'islamisme, ce qui lui ouvrit forcément le passage de l'Oxus, et lui permit d'entraîner avec elle des populations déjà soumises et converties par les Arabes. Les Turks seldjoukides, abusant de leur sorte de victoire, se firent tellement craindre, depuis le Khorassan jusqu'au tiers de l'Asie Mineure, qu'à Bagdad, le dernier des Abbassides se démit, en faveur de leur chef, du titre de commandeur des croyants et fit de ce 9auvage le chef suprême, le sultan matériellement comme spirituellement, de tous les musulmans. Cet État victorieux, du reste, de l'invasion des Turks

dans l'ouest et le sud, dura peu ; et l'immense empire qu'ils formèrent finit avec Malek-Schah, et les khalifes abbassides purent reprendre momentanément le pouvoir. L'autorité était du reste si mal et si peu établie chez les Turks seldjoukides, qu'à la mort de Malek-Schah, chaque province réclama sa liberté. La Perse, le Kermah, la Syrie et l'Asie Mineure se formèrent en États indépendants.

Dans l'Orient, au delà de l'Indus, à la fin du douzième siècle, bien des événements s'étaient passés. Des guerres incessantes avaient été entreprises sur les frontières de ces contrées par les Arabes ou les gouverneurs des provinces voisines, comme jadis entre les Aryas, les Mélaniens, les Dravidiens et les Kouschites. Les musulmans y combattaient les adorateurs de Brahma et de Vichnou; et cette fois encore, ceux venant du nord l'emportèrent, et la loi, comme la religion de Mahomet, prêchées par les Gourides de la vallée de l'Indus, devinrent celles d'une partie des habitants au nord du Gange.

A la fin du onzième siècle, lorsque commencèrent les croisades des nations de l'Occident contre le monde mahométan, ce fut dans des pays déjà détachés de l'empire des Arabes, qu'elles eurent lieu. L'Asie Mineure d'abord, puis la Syrie, furent les théâtres de ces glorieux combats. Emad-Eddyn et ensuite Nour-Eddyn, qui commandaient les musulmans, étaient les maîtres de toutes les villes célèbres entre l'Asie Mineure et l'Egypte; et lorsqu'ils cessèrent d'exister, ce fut le sultan Saladin qui, combattant les croisés, établit son autorité, de la fron-

tière orientale de la Tripolitaine à l'ancienne Susiane. Homme, dit l'histoire, de qualités incontestables, il copia Haroun-al-Raschid , il fit de TÉgypte et surtout du Caire un séjour élégant et dans lequel il s'efforça de faire séjourner et les savants et les artistes; mais, et ce fut là un des grands défauts du monde musulman, les qualités du père passent rarement à ses enfants. Leur éducation n'est presque jamais qu'un effet du hasard. Il est bien rare de la trouver sérieuse. Les fils d'ailleurs ne succèdent que peu souvent à leur père; à peu près inconnus les uns aux autres, après avoir lutté, ils finissent par s'égorger. C'est ce qui arriva en Egypte après la mort de Saladin. Son empire fut divisé et son pouvoir eût été perdu pour ses descendants, les princes ayoubites, si les croisades avaient été régulièrement et sagement conduites. Les guerriers de l'Europe féodale n'étaient malheureusement pas en état, ni comme nombre, ni comme unité de commandement et d'opérations, de relever une civilisation qui ne leur appartenait pas. Le grand avantage dont les Croisades ont été l'origine, pour les Francs en particulier, exisle dans les rapports qu'elles leur ont procurés avec la civilisation arabe, autrement avancée que la leur. Les sciences, les arts, l'industrie dont ils n'avaient qu'à peine l'idée, les ont étonnés à leur arrivée en Asie; et beaucoup, revenant ensuite en Europe, en ont rapporté les principes. Ce que les croisés ont gagné là est venu se joindre aux éléments de données à peu près semblables qui, de l'Espagne, commençaient à monter jusqu'à eux.

Au milieu de toutes ces discordes civiles ou morales qui frappaient les musulmans à la (in du onzième siècle, il importe de citer une secte cruellement dévergondée, dite du Vieux de la mon* tagne. Elle imposa pendant près de deux cents ans sa volonté à une grande partie de l'Asie occidentale; et sa renommée fut telle, qu'elle parvint jusque en Europe. Ce ne fut jamais que ce qu'on appelle une bande de voleurs. Prendre tout ce qu'avaient les autres pour augmenter leurs jouissances, tel était leur but. Les crimes furent leur élément; et, lorsque par hasard ils ne voulaient pas tuer, ils employaient la terreur. Excités les uns contre les autres, ils se combattirent, et finirent par disparaître sous une invasion bien plus forte qu'eux, où leurs cruautés aussi stupides que féroces n'étaient pas comprises.

Les Mongols, peuple immense, qui, vers le commencement du treizième siècle après Jésus-Christ, apparurent vers le nord de la Tartarie et le sud de la Sibérie, d'où les Turks étaient sortis, venaient des contrées orientales comprises au delà des montagnes de Thian-Chan, entre l'Altaï, le pays de Kachkgar et le désert de Gobi, jusqu'au fleuve Amour, au nord de la Mandchourie. Cette immense conlrée entourée presque partout de chaînes de montagnes si difficiles à franchir, forme le territoire d'où sont parties, à l'origine, plusieurs des invasions qui, à des époques indéterminables, se sont portées vers l'ouest. Le seul côté où des défilés peuvent être franchis par des populations devenues trop nombreuses, est celui

où s'ouvrent les vallées situées entre le Thian-Chan et l'Altaï. Elles conduisent au nord du Syr Daria, dans le pays appelé aujourd'hui celui des Kirghiz vers le lac Aral, au centre du Turkeslan. C'est là que se précipitèrent les Mongols commandés par G en gis- Khan, et c'est là aussi qu'ils parvinrent au Khorassan et au nord de la Perse, en battant les Turks et les Arabes, rejetant les uns et les autres, partie vers l'ouest, partie vers Test par la vallée de l'Indus. En 1258, les Mongols prirent et ravagèrent Bagdad, pour se butter ensuite contre les Mamelouks, milice très brave créée par les sultans d'Egypte et composée d'esclaves circassiens. Ces Mamelouks restèrent à peu près les maîtres dans l'Asie occidentale, jusqu'au delà de l'année 1500, où ils furent exterminés par le sultan des Turks, maître de Constantinople et devenu le chef suprême de l'islamisme.

Depuis la prise de cette grande puissance jusqu'à sa perte, les Mamelouks eurent à lutter contre de terribles événements. Tamerlan ou mieux Timour, le descendant de Gengis-Kan, maître à peu près, en 1370, de tout l'empire mongol, se précipita vers le Khorassan; et, barbare sauvage, il saisit les contrées au sud de la mer Caspienne, près de la Géorgie. Puis il conquit la Perse, passa le Tigre et reçut la soumission de Bassora et de Mossoul. 11 va ensuite dans le nord, ravage.la Russie du sud, puis revient en Asie, court vers l'Inde où il s'empare de tout le nord du fleuve le Gange. De là il retourne en Occident, combat le chef des Turks Bajazet I,f, passe dans la Syrie, s'empare d'Alep, bat les Ma-

melouks, prend Damas, puis Bagdad où il construit cent vingt tours sur les remparts avec 90,000 têtes. Il rasa même la ville de Smyrne que défendaient les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem. De là, retournant à Samarcande, il voulait conquérir la Chine, lorsqu'en 1405, un refroidissement le tua. Ainsi avait passé cet affreux orage. Timour fut, diton, une bête fauve rusée pour préparer son manger, mais dont la digestion difficile compromettait le résultat. La seule chose intéressante qu'il saisit dès le principe, fut l'intérêt de la religion mahométane, surtout pour ses sujets qui n'avaient à peu près aucune croyance. Il protégea cette religion partout ; mais, sauf Bajazet, il tua presque tous les mahométans dont il put s'emparer. Quarante-huit ans après sa mort (1453), les Mamelouks vaincus définitivement, les Turks ottomans s'emparèrent de Constantinople, terminant en Asie l'histoire dite du Moyen Age.

Tandis que se passaient en Orient tant d'événements redoutables et nuisibles, comme ceux qui viennent d'être simplement indiqués, les populations de toute la partie de l'empire de Mahomet, de l'Egypte jusqu'à l'océan Atlantique et celles de l'État que ces souverains arabes créèrent dans la péninsule espagnole, sentirent un jour, et même assez promptement, le besoin de ne plus obéir en tout et pour tout à ces khalifes, dont les nouvelles mettaient un temps tellement long à leur parvenir. D'aulres événements les avaient peut-être remplacées après le départ, et ce retard nuisait considérablement à

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l'union de ces deux parties de l'empire. Les séparer était nécessaire. En 756, l'État formé en Espagne par les Arabes appela et accueillit le seul des Ommiades échappé au terrible massacre de cette famille. 11 le prit pour son khalife, et la péninsule ibérique échappa ainsi aux khalifes abbassides. Dans le Magrebh, pendant les années qui suivirent la conquête, les deux partis des Arabes et des Berbères, ayant des mœurs différentes, se combattirent longuement et cruellement jusqu'au moment où, fatigués les uns et les autres, ils s'accordèrent à peu près pour régner dans des contrées voisines. Ils se divisèrent en deux parties, non comme populations de races diverses, mais comme étendue des pays occupés. La conlrée dont il s'agissait borde la Méditerranée, de TÉgypte àTlemcen, vaste surface laissée sous l'autorité spirituelle des Abbassides, et qui fut gouvernée par la dynastie arabe des Aglabites. De Tlemcen à l'océan Atlantique, c'est-à-dire le vrai Magrebh où les khalifes alides s'emparèrent complètement du pouvoir, ils formèrent un État indépendant, ayant pour longtemps tous ses rapports avec les Arabes sujets des Ommiades d'Espagne. Ils construisirent et prirent comme capitale la ville de Fez.

Les Aglabites attirèrent et fixèrent pour un moment, dans leurs villes de Tripoli, de Kairouan et de Tunis, une partie des sciences et des arts dont les éléments leur vinrent de Bagdad et que releva encore le spectacle des ruines sans nombre dues aux Romains et aux Grecs. Comme les Arabes

LE MOYEN AGE EN ORIENT. 33b

d'Espagne, ils créèrent une marine qui, malheureusement, fit souvent la loi sur la mer Méditerranée; leurs troupes débarquaient sous le nom de Sarrasins et le cimeterre au poing, sur les côtes de France et d'Italie, sur les rivages de la Corse, de la Sardaigne et surtout de la Sicile. De celte dernière île ils chassèrent les armées envoyées de Constantinople, et dans le neuvième siècle s'en emparèrent. Leur civilisation suivit de près leur conquête; et leur long séjour, au lieu de nuire à ce pays, le transforma en une contrée plus riche et plus peuplée qu'au temps où les Grecs de Constantinople en étaient les maîtres.

Avec la fin de la dynastie des Aglabiles, la gloire des Arabes du nord de l'Afrique cessa, la décadence commença dans cette contrée et dans le grand État antérieur ; des principautés musulmanes peu étendues s'y formèrent. Le Magrebh seul résista à cette division. Les khalifes, vivant suri ou t en dehors des autres, y ont maintenu ce vaste Etat qui prend aujourd'hui le nom d'empire du Maroc.

En Espagne, cette même race arabe avait aussi obtenu de merveilleux succès dans la civilisation qu'elle y introduisit ; mais là, comme ailleurs, le désir de jouissance fit naître des divisions, et dans le onzième siècle, la décadence eut aussi son tour. L'empire, commencé dans la péninsule en 711, par la bataille de Xérès, finit en 1492 par la prise de Grenade. Ferdinand le Catholique et Isabelle furent bien alors les maîtres de l'Espagne; et, dans le siècle suivant, tous les Arabes, Berbères ou Maures qui

s'y étaient établis, en furent chassés et rejoignirent leurs races en Afrique.

Cette expulsion des Arabes d'Espagne est bien, au Moyen Age, la fin de leur histoire; mais la partie qui, pendant ce long et si intéressant récit, mérite encore d'être indiquée, c'est celle des découvertes qu'ils firent en bien des genres et qui représentent l'immense amélioration apportée par eux à la civilisation générale. Ce qu'ils créèrent fut loin de périr tout à fait avec eux, ils furent, soit par les Croisades, soit par la Sicile, soit même par l'Espagne, les propagateurs en Europe de sciences et de pensées extrêmement remarquables.

Leur histoire se ressentit évidemment de l'excessif matérialisme dû au Coran; mais en même temps les Arabes furent conduits par les doctrines de ce même livre à l'étude de la nature. Cette manière d'envisager les choses leur fit prendre une philosophie dont le matérialisme était la base. Tout, dans leur existence, les ramenait à combiner et à chercher ce que les choses seraient le lendemain ; tandis que chez les chrétiens, tout ce que l'Évangile leur avait indiqué était établi sur la pensée d'une vie future, où rame devait recueillir les bénéfices si elle avait bien rempli sa mission. L'Arabe fait tout pour jouir ici bas et continuer les mêmes jouissances dans l'autre monde; tandis que le chrétien négligeait et même martyrisait sa vie matérielle, pour en obtenir une parfaite au delà. L'un a succombé quand le matérialisme a tout anéanti ; l'autre, partant du matérialisme le plus affreux, a rendu la spiritualité meilleure et

augmenté le désir de gagner le ciel. La doctrine du Coran, malgré toute sa valeur, a conduit à la mort, tandis que les enseignements du christianisme ont conduit à la vie!

En science comme en philosophie, les Arabes adoptèrent toujours cette combinaison qui se rapporte essentiellement au matérialisme, qui consiste à étudier l'effet et de partir de cet effet pour remonter h la cause. C'est ce qu'ils firent en tout et dans toutes les sciences; aussi leur histoire finitelle plus promptement ! Les sectateurs des théories de Mahomet ont employé mille points de départ pour remonter à la perfection; mais ils ont eu en cela un inconvénient qu'on y rencontre forcément, celui de ne savoir, pour monter, qu'ajouter à leur première marche. Si parfois ils améliorent un moment leur principe, presque toujours ils se perdent. Il leur faudrait inventer un augmentatif; or l'ombre d'une différence fait quitter la vraie voie. Au contraire, en parlant du plus haut, on ne s'égare jamais. Si l'on fait une erreur, on revient sur ses pas et l'on finit toujours par se placer dans la voie droite. Si vous remontez un fleuve, vous trouverez toujours ses sources; si au contraire vous partez d'une source quelconque dans un pays que vous ne connaissez pas, vous avez grande chance, même bien orienté, de ne jamais arriver à l'embouchure. Souvent , ce petit cours d'eau se perd en route. Comme chez les Arabes une partie de la science actuelle a été construite sur la même idée que, concluant d'une saine étude de la nature, elle mènerait à Dieu; mais parfois, la nature

Barbi- du Bocaob. II. — 22

bifurque en tant de points que ces sciences ne savent plus où aller. C'est ce qui arrive chaque jour. Du plus petit on n'enjambe pas le plus grand; les jambes pour qu'on le fasse n'ont pas encore assez poussé; tandis que du plus grand on peut toujours enjamber le plus petit.

Les Arabes, conduits par la doctrine qui se trouve inscrite au Coran, éprouvèrent un immense besoin de connaître comment tout se passait dans l'univers. A la suite de leurs conquêtes et de la grande gloire qui fut leur partage, leur intelligence se développa, et ils cherchèrent autour d'eux ce que les savants des autres peuples avaient déjà énoncé sur les faits naturels. Ce fut surtout aux Grecs qu'ils s'adressèrent. Désireux d'apprendre, leurs praticiens s'empressèrent de traduire les anciens ouvrages; ils fixèrent leur attention sur les matières qui y étaient traitées, et particulièrement sur l'astronomie. Savoir ce qui se passait dans le ciel fut un de leurs premiers désirs; mais ils sentirent en même temps l'importance qu'avaient les mathématiques pour qu'on puisse avancer dans cette science, et firent mille efforts pour mener leurs études l'une à côté de l'autre. La mécanique même eut une part dans leurs travaux; aussi les voit-on faire de sensibles progrès scientifiques sous les souverains Almanzor, Harounal-Raschid et Almamoun. Dans ce temps on remarque Mashallah, l'astronome, et Hegia-ben-Yousef, le mathématicien, le traducteur d'Euclyde. Harounal-Raschid, dit l'histoire, fit don à Charlemagne d'une fameuse horloge et Almamoun fit réviser l'Ai-

mageste de Ptolémée. Ce dernier khalife fit même mesurer un degré du méridien, évaluer l'obliquité de l'écliptique qui fut fixée au nombre de 23°, 33', 52', touchant de bien près celle reconnue aujourd'hui de 23°, 27', 37"; il fit entrevoir certaines questions se rapportant aux éclipses, aux comètes, aux équinoxes et même aux taches du soleil.

Au fur el à mesure de l'écoulement des années, les grands noms arabes ou mieux mahométans qui s'occupèrent de ces sciences sont : Àlkendi, qui composa deux cents ouvrages de tous genres, Albategni, le Ptolémée arabe, Alkuhi et Aboul-wéfa, mathématiciens tous deux en même temps qu'astronomes, ils cultivèrent la trigonométrie. Ils trouvèrent les sinus, les cosinus, les tangentes et les cotangentes ; puis vint le célèbre Avicenne et, à la cour de Mahmoud le Ghaznévide, le glorieux Albirouni. Des écoles astronomiques, des observatoires pour mieux dire, s'élevaient dans le dixième siècle à Damas, à Schiraz et durèrent même, à Samarcande, jusqu'au petit-fils de Tamerlan. Ce n'est pas seulement en Asie que ces sciences prirent un pareil développement, c'est en Afrique, au Caire, à Kairouan, à Ceuta, à Tanger et à Fez ; c'est en Espagne, où Cordoue, Grenade el Tolède possédaient de grandes bibliothèques scientifiques, que s'instruisaient les Arzachel et les Averroës.

Lorsque les Arabes commencèrent à apporter leur concours à l'inslruclion générale, la cartographie n'était guère connue de l'humanité que par les travaux très curieux et même très intéressants,

faits dans les sociétés grecques ou romaines par les Eratoslhène, les Hipparque, les Posidonius, les Marius de Tyr et les Ptolémée. Ces travaux élaient plus ou moins faux au point de vue des distances. Jusqu'à la seconde période du Moyen Age, les quelques notions, sorties de ces érudits, dans la représentation de la terre, ne furent guère conservées en Occident que par l'Église catholique, qui, pour empêcher leur disparition, les renferma dans le fond des couvents ; mais ce sont surtout les Arabes qui, dans les neuvième et dixième siècles, en traduisant les auteurs grecs et en corrigeant leurs erreurs, lorsque les progrès de leur astronomie leur donnèrent un meilleur point de départ, bonifièrent sensiblement la cartographie.

Non seulement les mesures furent améliorées, mais les voyages, donnant chaque jour des faits géographiques nouveaux, les caries se corrigèrent sensiblement sous le rapport de la reproduction des formes, soit générales, soit de différente pays et des distances des centres de populations de chaque contrée. Les savants arabes, outre leur nombre, étaient des voyageurs éminents. Parcourant tous les pays où avaient lieu des relations commerciales, ils étendirent, soit par écrit, soit sur leurs cartes, les notions déjà acquises de la géographie générale. Que de voyageurs onl lentement parcouru ces inmenses chemins de Cordoue à Bagdad, à Delhi ou à Samarcande, laissant au monde à venir de bien curieux travaux! A partir du dixième siècle, les Ibn-Haukal, les Al-Istakhri, lesMacoudi, les Edrisi,

les Abou 1- H a sari, les Abou'1-Féda et tant d'autres encore ont laissé des descriptions bien intéressantes et bien complètes du monde arabe ; mais, vers le quatorzième siècle, les divisions survenues partout commencèrent à les arrêter dans leurs voyages et, malgré le grand mérite des lbn-Batoûlha, des Ibnal-Ouerdi, leurs sucesseurs décroissent rapidement, et comme énonciateurs des faits et surtout comme diseurs de la vérité. Les traditions non justifiées commencent à prendre trop d'empire et à compromettre l'histoire.

L'appétence des voyageurs était de trouver quelque chose qui amenât une jouissance, une satisfaction, sinon pour eux, au moins pour leurs contemporains ; aussi firent-ils attention à tout ce qui les entourait; dans le sol ils découvrirent des métaux, ils examinèrent attentivement la botanique et se firent, en chaque endroit, les négociants des produits naturels dont ils avaient pu reconnaître l'utilité, encourageant même la production animale sur tous les points nécessaires. Partout leur grande intelligence se manifesta; et le résultat fut un développement de l'activité commerciale. Leur marine elle-même, soit dans la Méditerranée, soit dans les mers de l'Inde, y gagna sensiblement.

La pharmacie et surtout la médecine firent de grands progrès, malgré l'alchimie et l'astrologie qui y furent trop souvent mêlées ; la pharmacie conduisit aux notions de la chimie élémentaire. En médecine, science excellente, mais pour les Arabes essentiellement matérialiste, puisqu'elle vit de la

constatation d'une chose sur une autre, ils eurent encore comme base, outre ce que les latiludes des différents pays leur permirent de découvrir et d'observer, la traduction des travaux qu'avaient laissés les Grecs. Leurs noms les plus sérieusement connus dans l'étude de cette science furent : Mesué, le médecin d'Haroun-al-Raschid, Honain,qui refusait à son khalife de combattre un mal par l'usage d'un poison et qui voulait que ses remèdes ne donnassent que du bien aux malades. Plus elle avançait, plus celte science comptait de noms justement célèbres : les Rhazès, les Avicenne, les Averroës dont les ouvrages traduits furent, à côté des Grecs, le point de départ de la médecine en Europe.

Si de ce savoir, si utile à l'humanité, on passe à une sorte de médecine spirituelle qui s'appelle la philosophie, et qu'on tienne à savoir à quels progrès elle parvint, on est très étonné de la marche adoptée. Ce fut la doctrine absolument matérialiste, sur laquelle le Coran était établi, qui prédomina. Elle est encore, chez les islamiles, celle de tous les croyants; et c'est justement l'intelligence supérieure qui, partout où elle s'est produite, ne voulant plus admettre le fond de cette doctrine destinée à exciter les masses, a donné lieu à toutes les sectes qui ont tant et si malheureusement divisé les populations de l'empire arabe. L'intelligence a eu très fortement raison de sortir du matérialisme; mais, se trouvant trop souvent seule et trop restreinte , elle n'a pu lutter avantageusement. Elle a commencé à chercher à se faire des points de départ en traduisant Pytha-

gore, Socrate, Platon, Aristote; mais elle s'est perdue par ses oppositions à la doctrine des masses et par la multiplicité des voies qu'elles a suivies. Partie de théories nombreuses, elle enfanta des sectes absolument divergentes et toujours prêtes à se contrecarrer, dont les premières données ne furent bientôt plus que des divagations. Au lieu de rassembler l'intelligence pour en faire usage, elles ne groupèrent que la bêtise humaine ; et, au lieu d'être de grandes écoles philosophiques, elles ne rassemblèrent que des bandes humaines se combattant. Faire comprendre la suprême spiritualité à des êtres croyant à la matérialité, et n'avoir pas d'origines sérieuses et solides, c'est les faire divaguer.

Les philosophes arabes ont été très forts, très savants ; mais ils ne sont jamais arrivés à rien : le matérialisme général les a toujours vaincus, soit en les anéantissant, soit en les divisant à l'infini. Le christianisme était bien autre chose que le mahométisme ; et, chaque fois qu'une intelligence se développe, il lui enseigne qu'elle se rapproche de Dieu. Le Coran, au contraire, dit à ses croyants: Voici ce que Dieu ordonne ; obéir à sa loi sur la terre, c'est mériter la récompense qu'il s'est engagé à donner. Or il était bien facile d'entretenir la jouissance bornée et matérielle de cette récompense, tandis qu'il est encore presque impossible de soupçonner l'excessive béatitude de l'âme rapprochée de Dieu. Le matérialisme se fera sentir sur terre, chez les chrétiens comme chez les islam il es; mais les uns ont l'ordre de le vaincre, et les autres ont la liberté

de s'y abandonner dans une certaine mesure; au de là de la mort, pour les seconds, il continuera d'exister et disparaîtra pour les premiers. C'est ce qui, jusqu'ici, a conservé l'humanité, c'est ce qui, un jour ou l'autre, la sauvera!

Malgré la foule d'erreurs qu'ils émirent et l'absolue insignifiance dans laquelle ils ont fini par tomber, les philosophes arabes eurent un grand mérite. Plus la lutte était rude, plus elle fut soutenue par des savants perspicaces, plus elle compta dans ses soldats des organisations de premier rang. Leur nombre a été grand; partout de bonnes écoles, partout des maîtres d'écoles érudits. Partout des hommes d'autant plus remarquables que leurs noms s'attachent à des masses de sciences malheureusement diverses, et qu'ils y ont gagné, en corrigeant, lorsque c'était possible, une doctrine par l'autre, la facilité de grands progrès dans chacune des parties. Les plus célèbres s'appelaient : Al-Gazali, Ayicenne et Averroës ! Hélas, ce furent de grands hommes, mais ils ne purent conclure de même et leur savoir leur a permis de reconnaître les lacunes de leurs conclusions. Us ont proposé des doctrines plus ou moins élucidées par Platon et Aristote, sans déclarer qu'ils les croyaient vraies. Ces savants, qui font honneur à l'humanité, n'ont pas été des révélateurs; mais d'excellents chercheurs. Ils ont dit ce qui leur avait semblé à peu près vrai ; mais ils n'ont pas dit : le Vrai, c'est cela! Al-Gazali a mis quelque part : «Il existe des principes inconnus à l'homme, qui sont la manifestation divine » ; Avicenne a vivement prôné

le panthéisme oriental et, enfin, Averroës a écrit : « Dans Thomme il doit y avoir deux intelligences qui se corrigent Tune l'autre. La première est l'intellect universel, la seconde est l'intellect humain actif; Tune modifie l'autre et la raison est celte modification. » Ce sont là de grandes et intéressantes philosophies, sans qu'aucune soit la vérité. Averroés seul la soupçonne!

Les musulmans nous ont laissé un bien curieux ouvrage, dont l'intérêt montre comment ils comprenaient la vie humaine. On y voit que le spiritualisme en est absent, mais l'auteur tire de son intelligence une façon charmante de recommander la vertu en se servant du matérialisme poussé à ses dernières limites. Il s'agit de l'ouvrage intitulé : Le livre des pensées jaillissantes par le savant distingué, le client de Dieu Abou'l-Kaçem Mahmoud ben Omar, surnommé ZamaJchschari. Ces quelques versets, pris au hasard, sont empruntés à la traduction de M. Barbier de Meynard.

« Méfie-toi du dévot qui t'excuse, mais ne néglige pas le fidèle qui te blâme.

« La pureté du cœur est un vêtement plus sûr que la meilleure cuirasse; quiconque s'en dépouille ne rencontre que le malheur.

« Le sot ne goûte pas plus les douceurs de la sagesse que l'homme enrhumé n'apprécie le parfum de la rose.

« La mémoire la plus sûre a ses moments d'oubli ; le cœur le plus tendre ses aspérités.

« Que chacune de tes actions ait pour but de

plaire à Dieu ; sinon toutes tes œuvres seront stériles.

« Les signes de la chute prochaine d'un État sont le développement de la peste et l'amoindrissement de l'agriculture.

« Les cadeaux (faits aux juges) favorisent l'injustice.

« Les blessures que fait la langue sont quelquefois plus cruelles que celles de l'épée. On guérit les blessures de la lame ; celles que fait la langue sont inguérissables.

« Récompense un bienfait par un bienfait. Que Sirius est brillant à la suite d'Orion !

« La science est une montagne dont la montée est rude et la descente douce et aisée. L'ignorance est une citerne où l'on arrive facilement, mais d'où l'on sort avec peine.

« Ne dépose pas ton secret dans un autre coffre que le cœur d'un ami noble et sincère.

« Un peuple, lorsqu'il méprise la religion, est balayé par le mépris et moissonné par la destinée comme l'ivraie.

« L'orgueil n'ajoute rien à la grandeur, ce n'est rien de plus que le vent qui gonfle un tambour.

<( Homme avide de richesses, assez longtemps tu as été semblable à un enfant à la mamelle; à quand le sevrage? »

Cette manière d'exprimer à quel degré l'intelligence s'est développée en philosophie morale prouve que, non seulement dans le monde arabe, mais dans toutes les nations soumises à la loi musulmane, le

Coran a été, par suite certainement de sa constitution essentiellement matérielle, le trait d'union qui a joint l'Espagnol, le Syriaque, le Mongol et l'Indien. Cette influence qu'eut le Coran sur la philosophie, il l'eut aussi sur la littérature. Il fournit un modèle, et fut la base dont partit le style oriental pour tous les usages sérieux, soit en science, soit en poésie. En fait d'histoire pure, les siècles où a brillé la civilisation arabe ont laissé des souvenirs très curieux, mais loin encore, bien loin de Tacite. La curiosité se satisfait en parcourant leurs œuvres, et c'est avec un grand plaisir qu'on ouvre les Abou'l- Féda, les Ibn-Khaldoun, les Makrisi, les Macoûdi et les Hadji-Khalfa. Bien d'autres aussi ont laissé des œuvres remarquables; mais les tyrannies sous lesquelles vivaient leurs auteurs ne leur ont pas permis de développer leurs pensées. C'est plus sur les faits acquis que s'étendent les historiens arabes que sur des appréciations , fruit du raisonnement ; ils sont surtout remarquables par les détails qui font pénétrer dans la vie. Tout ce qui est matériel remplit leurs récils; mais ils oublient généralement de parler de ce qui est spirituel.

Les Arabes se sont servis de la poésie pour exprimer les pensées qui frappaient leur esprit; mais elle aussi, ils l'ont toujours concentrée sur le fait qu'ils voyaient. Chez ce peuple à vie simple mais nomade et guerrière, c'est, comme chez tous les Orientaux des pays chauds, surtout le soir, dans le calme de la nature, que la poésie se produit. Les traditions, l'orgueil des tribus, l'honneur des

défunts, firent de leurs œuvres des annales glorieuses où, malgré leurs couleurs différentes, les historiens modernes trouvent des masses de renseignements précieux. Faites ou dites entre le dernier repas et le premier sommeil, chez les vrais Arabes changeant sans cesse de place, ces poésies étaient forcément très courtes et ne se rapprochaient en rien des chants sans fin des poètes tranquilles de Flnde.

Là où le commerce accumulait les richesses, l'architecture augmentait considérablement de valeur. Ce que les mahométans, se faisant aider par les Grecs, construisirent de mosquées ou de palais, est impossible à énumérer. De Cordoue, de Séville, de l'Alhambra, de Kairouan à Damas, à Bagdad, à Samarcande et dans le nord de l'Inde, que de monuments scientifiques sont nés de leur art! On peut encore juger aujourd'hui de la beauté et de la majesté de ceux que les guerres civiles ou les invasions n'ont pas détruits.

Ce qu'il y a de plus curieux et de plus intéressant dans cette grande civilisation arabe, c'est le rôle qu'elle a joué dans le reste du monde. Tandis que l'Europe, désolée par le Moyen Age, ne pratiquait plus qu'en secret ce que lui avait légué la civilisation romaine et que les guerres écartaient heureusement les Grecs, les Arabes prenant, outre leurs qualités personnelles, ce que Constantinople put leur fournir, mirent l'Occident en contact avec l'Orient, portant jusqu'en Espagne ce qu'ils avaient récolté chez les empereurs byzantins, comme sur les frontières

de la Chine et de l'Inde. Représentant la vie matérielle, ils en rassemblèrent les avantages, en donnèrent connaissance aux pays chrétiens dont les populations encore plongées dans une existence presque sauvage, soutenues par leur religion essentiellement spirituelle, purent unir les matérialités Tune avec l'autre et les corriger Tune par l'autre.

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