LIVRE XI
« Quel charme vainqueur du monde Vers Dieu m'élève aujourd'hui?
Malheureux l'homme qui fonde Sur les hommes son appui !
Leur gloire fuit et s'efface En moins de temps que la trace Du vaisseau qui fend les mers, Ou de la flèche rapide Qui, loin de l'œil qui la guide, Cherche l'oiseau dans les airs. »
Racine, Cantique.
« Si vous avez des larmes, préparez-vous maintenant à en répandre. (Soulevant le manteau qui couvre le corps.) Vous connaissez tous ce manteau t Je me souviens du jour où il le porta pour la première fois ; c'était un soir d'été, dans sa tente ; ce jour-là, il vainquit les Nerviens ; — Regardez : à cet endroit a pénétré le poignard de Cassius : voyez quelle déchirure a faite celui de l'implacable Casca ; c'est ici qu'a frappé le bien-aimé Brutus ; et quand sa main a retiré l'infernal acier, voyez la trace de sang qu'il a laissée à sa suite ; comme si le sang de César se fût hâté de sortir pour s'assurer si c'était bien Brutus qui avait frappé ce coup inhumain; car Brutus, vous le savez, était le bien-aimé de César! Jugez, ô dieux, avec quelle tendresse César l'aimait! De tous les coups qui lui furent portés, celui-là lui fut le plus cruel ; car sitôt que le noble César vit s'avancer le poignard de Brutus, l'ingratitude, plus forte que les bras des traîtres, le terrassa: alors son cœur magnanime se brisa, et, se couvrant la face de son manteau, aux pieds de la statue de Pompée toute ruisselante de son sang, le grand César tomba. O quelle chute, mes concitoyens! »
Shakspeare, trad. nouvelle par Benjamin Laroche, Julei César, acte III, •cène u.