CHAPITRE VII
LA CRÉATION DE l'uNIVERS.
Dès l'origine, lorsque le Créateur permit que les atomes d'éther devinssent la proie du mouvement, le grand œuvre commença; la chaleur, la lumière, Féleclricité surgirent; et dans quelles proportions! Dans les masses condensées la chaleur parvint à des millions de degrés; ailleurs, où le vide relatif s'était fait, régnèrent les froids les plus intenses. Ces températures si * dissemblables donnèrent naissance à des fleuves électriques portant, en un temps plus court que la pensée, des milliards de myriades d'atomes à travers l'espace; des clartés surgirent, de variétés et d'intensités telles, qu'aucune définition ne peut en être conçue. Ce fut le chaos, le vrai chaos, dont parle la Bible. Oh oui! celui-là seul qui, après avoir créé la matière, en permit cette épouvantable trituration, celui-là seul est bien Dieu, le vrai Dieu, l'essence suprême d'où part tout le bien, en qui tout le bien se résume. Il s'est dit : « De cet affreux bouleversement sortira l'Univers », et T Univers en sortit! Il avait pensé de la matière : « Qu'elle aille, qu'elle bondisse, mugisse, dévore ; je la veux
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calme, régulière ordonnée; et non seulement au milieu de ses écarts elle m'obéira, mais elle m'obéira d'autant plus que plus grands auront été ses efforts. A la révolte sera proportionnée la soumission. Par ses déchirements, par ses mugissements je créerai. Des atomes je ferai des molécules, des molécules la matière. Plus bouleversés, plus triturés auront été les mélanges, plus grand le désordre, plus suave sera Tharmonie I » Ainsi il voulut, ainsi son vouloir fut, car sa volonté c'est la loi, c'est le Juste en action, ce Juste que tout révère, devant qui tout s'incline !
Quelle immensité entre le chaos et l'univers d'aujourd'hui, et quelle admirable démonstration de l'existence de Dieu que cette lente et régulière transformation dont la science, ignorant encore la plupart des secrets, commence seulement à en saisir les grandes lignes.
On a vu que, d'après la loi de concentration des atomes, précédemment exposée, si l'on suppose l'espace rempli d'atomes élhérés, du moment où deux atomes se sont rapprochés, laissant un tide entre eux, les atomes voisins, poussés de proche en proche par l'action du milieu ambiant, sont en partie venus les joindre. Ce mouvement, lent dans le principe, lorsque la masse formée par les premiers atomes réunis était infiniment petite et laissait peu de vide, s'est accéléré au fur et à mesure de l'accroissement de cette masse, et par conséquent de la zone de vide environnante ; au point que tous les atomes qui, dans les champs de l'espace, n'étaient
Barbie du Bocaoe. 5
pas sollicités par Taction du milieu ambiant à combler un autre vide, sont venus la joindre, quille à en être repoussés si le parallélisme de leurs axes avec les siens ne pouvait s'établir.
Ce fait a dû se passer simultanément sur tous les points de l'espace où, dans le premier instant de la création, des atomes se sont réunis et ont formé des molécules.
La zone comprise entre ces limites de sollicita* lions représente donc la masse des atomes primitifs devenus molécules qui, groupés, ont formé chaque condensation, origine d'un système stellaire. Ces atomes ayant leurs mouvements propres et projetés avec une vitesse croissante jusqu'au point d'être impossible à exprimer, ont communiqué par cette vitesse de leur projection à l'agglomération immense qu'ils formèrent, une chaleur, un mouvement de rotation dont rien ne peut donner l'idée. Ainsi l'espace s'est peuplé de masses atomiques, ou mieux, moléculaires, d'une densité d'autant plus grande que la zone comprise enlre les limiles de sollicitations était plus étendue; ces masses élant animées d'un mouvement de rotation sur elles-mêmes. Mais, par la raison même que les masses ainsi formées étaient de dimensions et de densités différentes, les moins grandes, comme les moins denses, obéissant plus facilement aux pressions du milieu ambiant, auraient dû être projetées, à la façon des atomes, sur les plus grandes et les plus denses, au point de ne former qu'une seule masse dans lout l'univers. Si dans d'autres sens, des vides causés par d'autres groupes
voisins n'avaient fait sentir leur action inversement et dans des proportions équivalentes à leurs dimensions, comme à leur densité, comme à leur distance. Dès lors est né, pour chacune des masses dont il s'agit, un mouvement qui sera désormais la résultante des deux mouvements qui la sollicitent : celui de translation et celui qu'on nomme attractif, bien qu'il ne soit qu'un effet de pression de l'éther ambiant dans le sens où s'est fait le plus grand vide, c'est àdire dans la direction du centre de la masse voisine la plus puissante. Mouvements qui, agissant séparément, eussent été rectilignes, mais qui, par leur action simultanée sur une même masse, donnent lieu à un mode de mouvement nouveau, le mouvement elliptique, qui est un de ceux qui incombent à toutes les planètes du système solaire, et vraisemblablement, à toutes celles qui peuplent l'espace.
Il est bien entendu que les planètes ne sont citées ici que comme exemple du mouvement elliptique, et que les masses dont il s'agit sont les masses primitives de chaque système stellaire. Chacune de ces masses peut être considérée du reste comme un système ; d'où il résulte que chaque système solaire est animé d'un mouvement de translation autour d'un autre système plus considérable, dont la distance se perd dans les profondeurs de l'inconnu. Système qui, lui-même, pourrait tourner autour d'un autre, et cela, nombre de fois, jusqu'à ce qu'enfin on arrive à supposer tout Tunivers tournant autour d'une masse unique, centre d'une chaleur qui dépasse toutes les limites de l'imagination. Cette masse n'est plus animée que
d'un mouvement de rotation sur elle-même; et sa masse et sa densité équivalent à toutes les masses et à toutes les densités réunies des mondes qui peuplent l'univers. Ce n'est pas l'infini, car, lorsqu'on parle de faits réels, l'infini n'existe pas; mais c'est du moins l'indéfini. C'est au delà de ce que l'homme peut penser et nombrer. Ce ne peut être que la conception, que l'œuvre d'un Dieu, et c'est surtout en y songeant qu'on peut s'écrier : Cœli enarrant gloriam Deil
Étant donnée cette idée générale de l'ensemble des mouvements de la matière, il devient moins difficile de comprendre les phénomènes qui durent se passer dans chaque système solaire en partiï^ulier.
La masse, ou mieux la nébuleuse qui fut le système solaire, n'avait pas moins d'un milliard de lieues en tous sens; mais son état de raréfaction était extrême et de beaucoup supérieur à celui qu'au sujet de l'air donnent les meilleures machines pneumatiques. Ce n'est qu'à la suite des temps, par le mouvement rotatoire des atomes et par l'action incessante du milieu ambiant, beaucoup moins dense que celui de la nébuleuse, mais d'une étendue infiniment plus considérable, que s'établit peu à peu le parallélisme des axes, et par suite la condensation. Le père Secchi (1) a décrit cette naissance des astres du système solaire dans des termes qu'on ne pourrait qu'atVaiblir en les commentant : « Cette nébuleuse était primitivement douée d'un mouvement de
(1) Le So/et7. Paris, Gaulhier-Villars, 1870. 2« partie, p. 322.
rotation 1res lent, qui devait s'accélérer plus tard. D'après une loi mécanique connue sous le nom de lois des aires, chaque particule libre doit se mouvoir de manière que son rayon vecteur décrive des aires égales dans des temps égaux; de là il suit que, le rayon diminuant constamment par la concentration progressive, Tare décrit pendant Tunité de temps a dû s'accroître, afin que Taire restât constante. De cet accroissement de vitesse il résuite une augmen< tation de force centrifuge, et lorsque celle-ci est devenue égale à la force de gravitation, il s'est formé des anneaux qui sont demeurés librement suspendus autour de la masse centrale. La vitesse augmentant toujours, ces anneaux se sont brisés, et les différents fragments, obéissant individuellement aux lois, ont à leur tour formé de nouvelles masses isolées les unes des autres, et qui sont devenues des centres d'action semblables au centre principal. Ces masses à leur tour ont pu s'environner d'anneaux de second ordre, dont quelques-uns ont persisté jusqu'à nos jours, tandis que les autres, en se brisant, ont formé des satellites.
« Cette théorie, proposée par Kant, Herschel et Laplace, a été confirmée par les ingénieuses expériences de M. Plateau. Une masse d'huile étant mise en suspension dans un liquide de même densité, formé d'un mélange d'eau et d'alcool, on la voit prendre spontanément la forme sphérique que tend à lui donner l'attraction moléculaire. Si on la fait tourner autour de son diamètre vertical avec une vitesse croissante, on voit d'abord la sphère s'aplatir;
puis vient un moment oii il se détache un anneau semblable à celui de Saturne ; enfin, la vitesse croissant toujours, un moment vient où Tanneau se brise, et il se forme de petites sphères qui tournent sur elles-mêmes en tournant autour de la masse principale. »
Ainsi, dans cette nébuleuse stellaire immense, qui fut le système solaire, d'abord l'atome se joignit à l'atome, puis la molécule à la molécule. Associés ici, dissociés là, sous l'influence de températures incalculables, de courants invisibles, d'explosions épouvantables où des mondes entiers éclataient et se dispersaient vers des distances sans limites, soit en gaz, soit en éther, pour se rejoindre et se recondenser ensuite, il arrivèrent à des mélanges sans nom. La chimie est impuissante à en révéler la constitution, et ces atomes et molécules, à force de s'amalgamer pour se volatiliser après, finirent par former des combinaisons ne pouvant plus dans la période suivante se dissocier; chaque partie de la matière, par une sorte d'élection voulue, finissant par s'adjoindre toutes les autres parties matérielles qui lui étaient sympathiques. Mille gaz en naquirent qui contenaient les éléments des astres, et qui, à la suite des temps, en partie condensés, se changèrent en une masse liquide en fusion, masse animée du mouvement rotatoire, résultat et accumul|ition de tous les mouvements rotatoires des atomes qui la formaient. Dans cette masse liquide, immense, tournant sur son axe, les matières qui, par suite de combinaisons san nombre, n'étaie;it plus semblables à l'ensemble,
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(ombërenl parallèlement à Taxe de chacun des pôles dans la zone équatoriale, dont elles augmentèrent le drainage au delà des limites que la loi natureUe exige. Aussi ces matières formèrent-elles tout autour de la masse une boursouflure ne pouvant y rester, et dont successivement des anneaux se détachèrent. En s'éloignant de Féquateur de la masse, les éléments des anneaux se ratatinèrent; puis, par les mêmes raisons, à un moment, se brisèrent. Leurs fragments ne sont autres que des planètes lancées dans Tespace, qui toujours dominées par le mouvement rotatoire, prirent leurs courses régulières autour de la masse centrale devenue le soleil.
Pour un observateur placé au centre de l'univers, (( de cette sphère immense, au dire de Socrate et de Platon, au centre de laquelle la terre, sous la forme d'un globe, reste suspendue et dans un parfait équilibre, par l'égale pression des espaces environnants (1) », la nébuleuse solaire ou, si l'on veut le soleil, ne serait pas visible, tellement il serait éloigné ou, du moins, sa lumière ne serait pas encore arrivée. Cependant l'astre qui nous éclaire est vieux, bien vieux et la lumière va vite, bien vite ! Eh bien, qu'on juge par là ce qu'est le gbbe que nous habitons par rapport à l'easémble de l'univers et à Dieu à qui il a suffi de vouloir cet univers pour que cet univers fût. Qu*ô.n se souvienne désormais que la terre n'est qu'une goutte solaire séparée
(!) Vivien de Sainl-Martin| Bist, delà Géographie, p. 96.
de notre nébuleuse comme dans Texpérience donl il était question tout à l'heure, une goutte d'huile Tétait de la masse centrale !
Quel tableau plus splendide de la grandeur de Dieu l'imagination peut-elle rêver? La nature déchaînée, la matière en furie obéissant à la loi du Juste, à une force invisible, se sépare, et les masses isolées qu'elle forme, animées d'un mouvement propre, restent suspendues dans l'espace malgré leur densilé sans cesse croissante. Une chose si admirable viendrait-elle de la nature elle-même? Mais l'origine de toute loi est un vouloir auquel obéit ce qui subit la loi; or, dans l'univers, c'est la matière qui subit la loi, donc c'est elle qui obéit, et c'est à l'être personnel qui dispose du vouloir et qui est forcément Dieu, qu'elle obéit. Donc dans la création, le Créateur se révèle far les lois auxquelles obéit la matière.
Cette preuve manifeste de la grandeur de Dieu que donne la création des mondes, on la retrouve à chaque pas en étudiant la formation de la terre, de cette terre que nous habitons et oii nous sommes si peu de chose. Il s'agit d'expliquer maintenant ses lentes transformations, en se rappelant que l'histoire de sa formation n'est qu'une variation de ce qui a été ou de ce qui sera pour toutes les planètes de tous les systèmes solaires.