RAISON DE LA MISSION. IS
infinie immensilé, le Juste peut être, dans Tun, comme dans Fautre balance ; or il se montre icie et là ne se manifeste pas. Il y a donc en Lui, au même moment, deux points immédiatement voisins où il a la faculté d'être et de n'être pas ; il y a donc divisibilité dans la portion de Lui qui se manifeste, et cela, sans nuire à son immensité, puisqu'il est aussi bien dans un lieu que dans l'autre, si vous rendez les poids égaux.
Dieu est si puissant qu'il peut faire, d'une partie de Lui des êtres distincts, et cela, pour un temps immense et défini, ces êtres restant toujours Lui. Ceci est d'autant plus vrai que, dans son essence, il ne peut pas être plusieurs, et cependant, ses prérogatives qui ont besoin d'être toujours agissantes, pour arriver à cette plénitude de développement qui est leur propre nature, réclament la divisibilité. Il est donc d'absolue nécessité que cette divisibilité existe et que ce soit concurremment avec l'Unité.
Ce qui prouve bien que l'homme et Dieu ne font qu'un, c'est que, si l'homme avait une personnalité distincte de celle de Dieu, celte personnalité serait une borne à l'indéfini de Dieu et elle ne jouirait pas elle-même de l'infini. Ce serait absurde.
Notre âme est donc bien une partie infinitésimale de Dieu!
Il demeure donc bien acquis que Dieu étant le Juste absolu ne peut pas ne pas aimer le Vrai, le Bien et le Beau ; et que, par la raison même qu'il est Dieu, cet amour tend à l'infini. Toutefois, cet amour de Dieu ne pouvant être concentré sur lui-
même sous peine de devenir une extase inutile, il était nécessaire qu'il trouvât un autre sujet d'amour infini ; or il n'y a d'infini qu'en lui. C'est donc en lui qu'il devait chercher l'objet de son amour ; mais il fallait aussi que cette portion de lui sur laquelle il le concentrerait acquît une personnalité propre ; car il ne peut y avoir développement d'amour qu'entre deux personnalités. C'est donc alors qu'il dut concevoir l'idée de créer la matière aussi perfectionnée que possible et de mettre en lutte avec elle les parties les plus petites possibles de lui-même. Si, ce que sa toute-puissance lui faisait connaître dès l'abord, ces parties de Lui auxquelles il laissait la liberté de céder aux séductions matérielles triomphaient un jour, ce triomphe serait le summum de sa gloire. De plus, l'amour de Dieu est égal pour tout ce qu'il aime. Il y a donc multiplication infinie d'amour, doublée, pendant la lutte, d'une infinie sollicitude, non pour la fin dernière qu'il connaît, mais pour les soufirances qui résultent du combat; et après la lutte, d'une reconnaissance infinie pour les âmes qui ont su préférer son amour aux jouissances que donne la matière.