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CHAPITRE II

Il y a dans Fensemble de Fêtre humain quatre choses. Les trois premières appartiennent à la matérialité, ce sont : la matière, création inerte, le mouvement -chaleur qui est en même temps la vie; enfin les lois, créations divines qui réglementent le mouvement, la chaleur et font durer la vie. La quatrième constitue sa spiritualité, c'est Tâme. Elle quitte le corps quand cesse le mouvement. De là ressortent deux sciences qu'aujourd'hui leurs adeptes confondent trop souvent : la physiologie ou l'étude de la description des organes et la psychologie ou le traité de l'âme. La philosophie les doit scruter l'une en même temps que l'autre ; car les facultés de l'âme se révèlent souvent par celles du corps, et les sens transmettent à l'âme la notion des faits extérieurs. Nous avons donc en nous deux natures, l'une matérielle, l'autre spirituelle. Leurs limites ou leurs attributions sont parfaitement définies. La première éprouve et, dans certains cas, après avoir éprouvé, agit par elle-même ; l'action, toute matérielle, est irréfléchie et se nomme l'instinct. Elle transmet

toujours Teffet des sensations qu'elle éprouve. La seconde, ayant reçu cet effet qui porte alors le titre d'impressions, donne, après réflexion, ses ordres à la première qui les exécute. Il y a donc entre elles rapports constants, avec action accidentelle et fatale chez la première, indépendance absolue de la seconde, au sujet des sollicitations de la première.

La perfection que l'organisateur suprême a donnée, chez l'homme, à' la matière, ferait presque excuser ceux qui lui ont attribué une indépendance et certaines qualités qui n'appartiennent qu'à la spiritualité. La matière est une création de Dieu, que Dieu a faite inerte. Si elle semble agir d'ellemême, c'est en vertu du mouvement dont elle est la proie, et surtout des lois qui la régissent. La peau d'un tambour est matière ; frappée elle vibre et résonne. Est-ce parce qu'elle est matière? — Non, c'est parce qu'elle est placée dans un milieu, l'air, qu'étant agitée, elle fait vibrer. Dans le vide aucun son ne se produirait. La matière n'a donc d'action que parce qu'elle est subordonnée au mouvement, et de régularité dans l'action que par le fait des lois sous l'empire desquelles elle est placée, mais qu'elle ne peut employer. L'âme humaine, au contraire, peut se servir des lois qui régissent la matière ; elle ne les fait pas, mais, dans certaines limites, elle peut les utiliser. De nos deux natures, l'une subit donc les lois, tandis que l'autre s'en sert. L'âme unie au corps n'a pas en effet de lois à créer, elle n'a qu'à utiliser celles auxquelles la matière est soumise. Il semblerait cependant qu'elle dût faire

des lois puisqu'elle est une portion infinitésimale du Juste ; et que l'essence du Juste est de ne pouvoir, en aucune façon, différer de lui-même, c'est-à-dire, perdre quoi que ce soit de sa toute-puissance ; or cette apparente anomalie tient à la toute-puissance elle-même. Si ma nature est d'être tout-puissant, bien que je ne puisse abandonner pour toujours cette puissance, je puis, de moi-même, m'en priver pour un temps dont seul je puis fixer les limites. Or, en créant l'homme, Dieu voulant donner cours à son infini besoin d'aimer par une division excessive d'une partie de son être, ces fractions ont, en vertu même de leur puissance, accepté les conditions qu'elles-mêmes ont faites, étant parties du tout. D*oti il ressort que l'âme, en se laissant enchaîner par la matérialité, a fait l'acte le plus grand de volonté qu'il soit possible de concevoir ; elle a ac* cepté de ne plus jouir dans leur plénitude des prérogatives de sa propre essence, avant d'avoir assuré le triomphe du Juste sur le non Juste.

Ainsi, l'âme, portion infinitésimale du Juste, jouissait de toutes les prérogatives du Juste ; mais, au moment de s'unir au corps, elle a fait abandon de ses prérogatives, se soumettant à toutes les obstructions de la matérialité et acceptant de ne voir que si ces obstructions sont soulevées et dans la mesure qu'elles le sont. Acceptant aussi de n'employer sa volonté à décider que dans les limites des impressions que la matérialité lui communique, de n'avoir de rapports entre ses propres facultés que par l'intermédiaire du corps, et de ne conserver de son état

premier que la conscience de son individualité et le vague souvenir de son origine, c'esl-à-dire les notions de rinfini, du Vrai, du Beau et du Bien dont Tensemble est Dieu.

Chaque cause a son efîel tant qu'une cause plus puissante ne vient pas y mettre obstacle. Chez les êtres organisés, les sensations éprouvées par la matière deviennent des causes, tant que la volonté ne les annihile pas. Chacune d'elles a son résultat qui est toujours et irrévocablement le même et auquel la réflexion ne prend aucune part. Ainsi, le nerf optique reçoit-il une sensation, il la transmet au cerveau, une vibration se produit dans celui-ci et à cette vibration répond de suite le mouvement de la partie du corps qu'elle doit affecter. Tout cela est purement matériel et l'âme n'y a aucune part. Appuyez sur le clavier d'un piano, un son est produit. Le piano a-t-il réfléchi pour produire ce son? Non. Par votre toucher, il a reçu une sensation dont l'effet s'est communiqué à des cordes qui ont aussitôt rendu un son correspondant aux notes que vous avez touchées. Eh bien, notre matérialité n'est qu'un piano organisé par le Souverain Constructeur !

Parmi les effets naturels, on peut nommer instinct la perception par les sens connus et inconnus. C'est une disposition qui tend à recevoir d'un même fait des sensations auxquelles répondent des actes différents pour chaque espèce, mais toujours les mêmes pour une même espèce. Ainsi, à la voix des chiens, le lapin fuit dans son terrier, tandis que le lièvre gagne la plaine. C'est aussi l'instinct qui fait

qu'un chien qui n'hésilerail pas à attaquer un renard ou un loup blessé, recule précipitamment à la vue d'une vipère, sans avoir cependant jamais été mordu. •Il éprouve, dans ce cas, une répulsion qu'on a justement nommée instinctive, la pensée ou la mémoire n'y ayant aucune part. Mieux encore : des œufs d'oies ont été couvés par une poule ; dès que les petits peuvent marcher seuls, ils suivent la poule qui s'en va, mangeant les grains qu'on lui donne et les vers qu'elle rencontre ; eux, que font-ils ? Ils paissent l'herbe. Pourquoi? Ils ne savent pas ce qui leur convient le mieux, mais leur espèce a été faite pour paître et l'instinct fait qu'ils paissent. La poule ellemême ne couve-t-elle pas indifféremment les œufs de plusieurs sortes de volatiles, prouvant ainsi qu'elle le fait par instinct et non par amour? Elle va même plus loin : au moment où cet instinct se produit, elle essaye de couver et reste ainsi des jours entiers sans avoir d'œufs sous elle.

Les petites pintades, dès qu'elles peuvent courir, quittent la poule qui les a élevées pour suivre d'autres pintades. L'instinct les y force et les rend même cruelles pour les jeunes poules.

L animal ne réfléchit pas aux faits qui se produisent autour de lui. Il n'y a aucun raisonnement dans son cerveau ; il s'y trouve simplement un réceptacle où les faits naturels, venant directement, produisent les effets suivant sa constitution et causent un agissement nerveux qui se transmet aux muscles de la série réfractante dont le résultat est un acte. Chaque animal a ses instincts propres. Il est même

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certaines espèces chez lesquelles ils prennent un incroyable développement ; mais, là même où ils sont le plus perfectionnés, il faut se garder d'y voir autre chose que la force des lois imposées à la matière, les' animaux étant essentiellement matière, rien que matière ! Leurs actes, ils ne peuvent d'eux-mêmes les faire différemment, ils sont fatals! L'hydrogène, l'azote et le carbone peuvent se combiner de mille manières, et dans les proportions les plus dissemblables. Souvent le résultat de leurs combinaisons pourra être une des choses qui se trouvent dans la nature; or, pour former celle chose dès que ces gaz se sont trouvés dans les proportions voulues, leurs molécules se sont rapprochées, elles ont couru les unes après les autres et ont eu l'instinct de se rejoindre. Pourquoi, elles ne pensent absolument pas? C'est parce qu'il leur était nécessaire de courir à une position d'axe qu'elles agissaient ainsi, parce qu'elles ont été créées pour cela, parce que Dieu est intervenu dans la création par des lois qu'il a imposées à la matière; et ce sont justement ces lois qui forment les inslincl s auxquels la matière , fût-elle organique dans ses premiers effets, ne peut refuser d'obéir. ■ Si l'on veut énoncer ici une pensée figurative, on peut dire : Il est reconnu qu'en minéralogie, un même minéral cristallise toujours de la même manière. (Test souvent à la forme des cristaux qu'on reconnaît quelle matière on a devant soi. Eh bien, il en est de même en botanique et en zoologie. Les espèces, si l'on peut employer cette expression, cristallisent toujours de la même manière. Le chêne et le pin, le

bœuf elle cheval, affectent encore les mêmes formes qu'ils possédaient au premier jour de leur apparition sur le globe; ils n'ont ni progressé ni baissé dans les échelles végétales ou animales. Ils étaient des cristallisations organiques à tant de pans, ils sont restés cristallisations organiques sans avoir acquis ou perdu un seul pan. Ces lois, ou pour dire autrement, ces combinaisons de chimie organique, fruits des lois chez les végétaux ou les animaux, sont des sujets qui ont une manière d'être ; et cette manière d'être ne peut être autre que ce qu'elle est. Maintenant, ces combinaisons sont infiniment variées, parce que Dieu est infiniment puissant, infiniment savant; c'est lui qui a fait la loi qui force la belle-de-jour à s'épanouir au malin, qui a combiné la belle-de-nuit pour qu'elle ouvrît son calice aux effluves du soir ; il a fait le chien pour chasser, le renard pour ruser, le singe pour imiter, le chevreuil pour fuir, mais il n'a pas plus donné d'âme à l'un qu'à l'autre. Tous font de même depuis que le monde est monde et feront de même tant que leur espèce existera. Pour les animaux en liberté, aucun perfectionnement n'est possible, et l'homme ne parvient, dans certains cas, à développer chez eux, ce que par comparaison on nomme intelligence, lorsqu'il les a domeslîqués, qu'en opposant instinct à instinct.

Si nous percevions les objets extérieurs avé(! des sens plus développés que ceux que la nature nous a départis, nous reconnaîtrions que bien des faits que l'on regarde comme des marques d'intelligence données par les animaux ne sont que des effets

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d'instinct. On est toujours porté à comparer ce qui, chez les animaux, dépasse la perception que nous avons de leurs fonctions naturelles, à noire intelligence propre, ne remarquant pas qu'il y a un monde de distance entre ces faits et les productions de notre intelligence.

Chez l'homme, le résultat de la perception extérieure est fait par les organes naturels pour la transmission à l'àme. L'objet visible apporte à l'organe de la vue, aux liquides qui le forment, une modificalion d'ordinaire passagère, dont le système nerveux porte la notion à son centre, à la partie grise, puis à la partie blanche du cerveau où l'âme paraît saisir l'impression qu'il a reçue.

Cette impression ouvre en même temps à l'idée de l'âme le goulet par lequel cette idée doit passer. Cette idée alors ordonne, dans le sens inverse, aux organes matériels de quelle manière ils doivent la traduire pour rendre à l'extérieur ce que l'âme a reçu. En parlant plus brièvement : Les fai ts exté rieurs viennent à nous, causant une sensation, une modification à nos organes, puis passent à Tâme l'impression que cette sensation leur cause, et l'âme leur répond. Chez l'animal, au contraire, la sensation amène des faits du dehors dans les zones grise et blanche du cerveau ; mais c'est tout ce qu'elle y trouve. Il se produit tout simplement là une action réflexe à laquelle un instinct matériel répond et vers laquelle aussi se dirige sa réponse.

Chez les animaux, il n'y a pas perception, il n'y a pas traduction. Les parties affectées du cerveau ne

sont pas en correspondance avec une âme qui n'existe pas, mais avec d'autres parties du même cerveau qui, bien qu'aussi inconscientes que les premières, sont forcément chargées des réponses dans le sens que la nature indique. On peut être persuadé que la physiologie, poussée à ses limites extrêmes, établira que, dans le cerveau des animaux, tout nerf venant des organes est intimement uni par des séries d'autres nerfs d'une ténuité excessive à ceux des nerfs principaux qui, du cerveau, retournent aux organes et produisent les mouvements répondant à l'objet, cause première de la sensation. Il y a chez les animaux, entre la sensation reçue et l'effet dont cette sensation est la cause, un circuit non interrompu, dont l'âme n'est pas plus un des termes qu'elle n'en est un dans la circulation du sang. On peut même dire de plus que cette correspondance qui se fait par des nerfs capillaires, comme celle du sang par les vaisseaux capillaires, qu'elle est relativement simple ; car, à presque toutes les sensations, l'animal répond d'une manière identique. Elle serait impossible chezl'homme, où les réponses à une sensation éprouvée varient presque à l'inRni, parce que l'âme est là.

Un taureau qui voit une étoffe rouge se précipite dessus pour la détruire. Ce n'est pas qu'il y reconnaisse la couleur de son sang ou toute autre cause qu'une intelligence fournit; non, c'est que le rouge apporte un trouble, une douleur peut-être, soit à son organe visuel, comme celle que cause un soleil trop ardent, soit à ses nerfs, comme des fausses notes dans

une exécution musicale ; la correspondance immédiate à cette douleur fait qu'il se précipite de suite sur l'objet qui la caiise. Donc il y a, par le cerveau, une correspondance immédiate entre les nerfs affectés d'une certaine manière et ceux qui, dans ce cas particulier, obéissent instantanément.

Pascal nous dit (1) : « N'est-ce pas traiter indignement la raison de l'homme et la mettre en parallèle avec l'instinct des animaux, puisqu'on en ôte la principale différence, qui consiste en ce que les effets du raisonnement augmentent sans cesse, au lieu que l'instinct demeure toujours dans un état égal? Les ruches des abeilles étaient aussi bien mesurées il y a mille ans qu'aujourd'hui, et chacune d'elles forme cet hexagone aussi exactement la première fois que la dernière. »

La religion est, et a élé partout le besoin causé par la crainte de tout ce qui entoure ; et l'homme étant sans puissance devant les changements ou les événements qui le touchent, éprouve la nécessité de prier celui qu'il regarde forcément comme l'auteur de ce que lui-même ne peut ni comprendre ni faire. Tous les peuples du monde, quelque sauvages qu'ils soient, sentent le besoin de s'adresser à ce qu'ils regardent comme l'être suprême ; mais la religion, la vraie religion, c'est la vue du Juste, du Vrai, du Bien, du Beau, qui fait qu'on recherche l'auteur de ces merveilles, qu'on l'adore et qu'on l'implore. Si jamais les animaux avaient pensé, ils auraient

(1) Pensées, 1" partie, art. I".

distingué ce qui est mal de ce qui est bien, ils auraient eu leur religion. Sans religion Thomme serait une sorte de singe, et avec elle, le singe une variété de Thomme; or, comme partout Thomme a une religion, il peut être regardé comme le (ils de Dieu, tandis que le singe n'a jamais pu sortir du genre animal.

Il y aurait des volumes à écrire si Ton voulait rassemblerions les faits qui prouvent que les actions des animaux sont un produit de Tinslinct et non de rintelligence ; mais une preuve des plus probantes est certainement Texpérience faite par M. Claude Bernard pour démontrer à ses élèves les effets des mouvements réflexes : il prend une grenouille ayani la tête coupée, il lui pince la patte. Immédiatement il se produit une rétraction de cette patte échappant à l'instrument qui la blesse, w On trouve là, dit le savant expérimentateur, un circuit complet : un nerf sensitif irrité mécaniquement par la pince ; un centre, la moelle épinière qui transmet celte irritation à la cellule motrice; enfin un nerf moteur, irrité à son tour, qui agit sur la fibre musculaire pour la faire se contracter. » On ne dira pas qu'il y ait ici réflexion intellectuelle et que la grenouille, comprenant qu'elle avait mal, a retiré sa patte, parce qu'elle se rend compte qu'en la retirant elle ne subira plus le même mal. Le retrait de la patte a lieu parce qu'à une sensation donnée répond chez l'animal un mouvement donné. C'est une conséquence de l'organisme, c'est une loi de la nature, c'est une volonté de Dieu.

Il est peu de mots qui, surtout de notre temps, aient été plus mal employés, ou prostitués si Ton peut s'exprimer ainsi, que le mot intelligence {inlelligerey connaître, comprendre, de intus^ en dedans et legei^e, choisir) ou plutôt, nous lui avons donné un double sens pour remplacer un mot qui nous manquait. Nous avons dans le langage vulgaire traduit instinct par intelligence. Qu'on dise d'un homme qu'il est intelligent, rien de mieux ; mais qu'on ne dise pas, et surtout qu'on n'écrive pas d'un animal, qu'il l'est aussi. L'homme, en tant que spiritualité, est évidemment intelligent, c'est-à-dire qu'il comprend, puisque comprendre est le propre de la spiritualité et qu'on ne pourrait imaginer une spiritualité qui ne comprendrait pas, qui ne serait pas capable de faire un choix en dedans d'elle, dans son for intérieur ; mais à côté de la spiritualité, il y a chez l'homme la matérialité qui, elle, est incapable de comprendre. Si elle comprenait, elle serait identique à la spiritualité, ce qui n'a aucun sens. Or, notre matérialité, c'est notre animalité, semblable, quant à sa constitution générale, à celle de toutes les autres espèces d'animaux. L'animal est donc incapable d'un développement intellectuel. L'instinct, l'instinct fatal, c'est-à-dire une loi préétablie, se manifestant par suite d'une excitation causée par des faits extérieurs, est la seule base de ses actes ; il serait donc juste de créer un mot qui désignât la plus grande perfection de ce phénomène. Ne pourrait-on pas dire que tel ou tel animal jouit d'une nervosité plus ou moins développée, suivant qu'il obéit plus ou moins aux sen-

salions qu'il reçoit? — Ce ne serait pas encore une expression satisfaisante. Elle ne s'applique qu'à une parlie dé l'organisation. Stimulation serait mieux. Ce mot agit sur toules les parties de l'organisme suivant les sensations reçues.

Le ver est fait d'un petit ramassis de matières organiques causé par la rencontre de toutes petites parties de plusieurs gaz dans un milieu particulier. Ces gaz étaient tels (la chaleur, la lumière et l'électricité aidant) que ce petit ensemble organique, gélatineux ou autre, remuait à l'origine, comme la chaleur, la lumière et l'éleclricité font remuer ce qu'elles atteignent, même dans les infiniment petits. Or, pour remuer, dans la constitution que ces ensembles si minces possédaient, ils étaient forcément, par suite même de ces effets, devenus rampants, c'est-à-dire des vers. Mais ces vers n'ont d'autre facilité que celle de remuer suivant les instincts que leur constitution a fait naître. Et pour que ce mouvement de ramper ait lieu, il se trouve, entre les parties contractées et celles dilatées, de faibles zones poussant ou retirant ce qui est près d'elles. Par suite, ces zones bougeant moins que le reste deviendront cartilagineuses d'abord, puis ossifiées plus tard ; et ayant besoin de se former, ce qui veut dire de se nourrir, ces zones pousseront l'ensemble vers les points où se trouvent les gaz qui leur sont nécessaires. C'est là l'instinct du reptile. Cet animal n'a donc d'instinct que ce que sa matière lui fait avoir, par cela même qu'elle est matière et soumise à toutes les lois qui l'ont créée ou constituée. Ce qui se passe

ici chez le reptile est de même chez tous les animaux. L'animal est une matière se nourrissant, respirant, rampant, courant même plus tard. L'eau qui se change en vapeur, on ne lui a jamais donné Tintelligence pour s'échapper ; eh bien, il en est de même de tout ce qui vit et de tout ce qui n'a pas d'âme.

L'animal n'a aucune intelligence. Dire le contraire c'est commettre une erreur dont la nature a seule droit de se plaindre. L'animal, nous venons de le dire, est un composé de gaz très nombreux, très variés, dans des combinaisons proportionnelles très différentes, dont les effets des unes sur les autres produisent certaines combinaisons nouvelles auxquelles le corps, les muscles et les nerfs obéissent. Il est tel animal qu'une cause fera caressant et doux et qu'une cause d'une autre espèce rendrait féroce, parce que dans le premier cas la combinaison avec la cause a remué sympathiquement sa composition. Les molécules de ses muscles et de ses nerfs ont été touchées dans un sens agréable à leurs axes, l'animal en a joui. Dans le second cas cette cause a troublé les combinaisons intérieures, elle a brusqué les molécules de tel ou tel organe, la sensation qu elle a causée a été douloureuse et la bête est devenue féroce. Elle n'a rien pensé de ce qu'elle a fait. Excitée en dedans, elle a mordu.

Cette sensation moléculaire non réfléchie e$t vraie pour tous les animaux, et de quelque façon qu'elle se produise. Ma chienne de garde attachée dans le jour n'est jamais sortie de la cour de ma maison.

Qu'elle devieDDe en chaleur, le soir même (el je demeure dans les bois, loin de toute habitation), des chiens arrivent parfois de plusieurs lieues de distance. Ils ne connaissent pas ma chienne et cependant ils passent toute la nuit à chercher à entrer, geignant, hurlant, mangeant même les portes. Le matin dès qu'on paraît ils s'enfuient dans le bois voisin, où ils restent plusieurs jours el presque sans manger, revenant passer la nuit à la porte jusqu'il ce que la chaleur de la chienne ait cessé. Ces chiens sont venus sans savoir pourquoi, poussés seulement par leurs instincts, c'est-à-dire par une combinaison tendant à une autre.

Si l'animal pensait, la moindre chose ferait tourner sa pensée de façon à troubler non seulement les événements de sa vie, mais encore elle anéantirait son organisation, la pensée ne pouvant exister que pour des éléments différents. Des choses absolument semblables ne lui donneraient pas le droit d'être. Or, comme dans des choses différentes, pour se décider, il faut le libre arbitre, une décision serait bonne, l'autre serait mauvaise. Quelle gabegie alors! Rien ne pourrait plus marcher. Si la fourmi ou l'abeille pensaient, elles changeraient sous une influence quelconque la vie qu'elles mènent depuis que leurs espèces existent; or nous avons beau nous perdre dans la nuit des temps, pas une fourmi, pas une abeille n'a varié dans ses habitudes, dans les ordres auxquels elle obéit et qui sont des effets essentiellement naturels. Mais, si le castor avait pensé, il fût devenu architecte; et, depuis qu'il édifle, il aurait

construit des Panthéons. Non, Tanîmal quel qu'il soit suit les lois que la nature a données aux éléments de sa constitution, de ses organes. Il n'en est jamais sorti et n'en sortira jamais. C'est la nature qui en lui agit: c'est la création qui continue ou mieux s'entretient. Les animaux sont ici-bas une émanation de mouvement-chaleur qui est la véritable nature dans tout l'univers. Ils sont tous, comme matière, compris dans ce cyclone immense qui fait, emporte; et lorsque l'opération à laquelle chacun d'eux sert sera arrivée à son terme, ôtera le mouvement qui les anime, pour rejeter ce qui restera d'eux, dans le grand tout où il les emploiera à former et de nouvelles plantes et de nouveaux animaux.

Oui, tout cela est vrai, absolument vrai ; de l'animal mort rien ne reste que des membranes que la pourriture change en fumier ; rien ne s'échappe, car il n'y avait rien en dehors des matières organiques.

On s'étonne lorsqu'on dit que l'intelligence n'existe pas chez les animaux, et que tous les actes de leur existence sont basés uniquement sur la multiple correspondance nerveuse ou musculaire qu'on a nommée l'instinct ; on a tort de se révolter contre celte pensée. Un animal, lorsque son instinct le pousse à atteindre un résultat, ne s'inquiète nullement de ce que son action pourra faire. En prenant ce qu'il voit, et ce que ses appétences le sollicitent à prendre, son corps est satisfait. Dans la nature, tout se produit de cette façon. L'instinct est une correspondance de fil à fil que des faits fortuits font vibrer, mais

dont les effets n'ont jamais été prévus par ceux qui portent ces fils. Par un usage fréquent, ces fils deviennent plus sensibles, ils le deviennent même plus encore si le fait qui les excite, comme la faim, se présente périodiquement. Dans l'estomac leur valeur se démontre chez tous les animaux où cet organe développe tous les instincts qui peuvent le satisfaire. 11 est même souvent tellement actif que le chien, que Ton cite volontiers comme exemple, est, par la nécessité de satisfaire son estomac, par l'habitude de cette muqueuse de recevoir ce qui fait travailler ses papilles ou ses parties musculeuses, poussé à venir demander de la nourriture à son maître ou de se coucher à une heure dite, à la porte de la salle à manger. Son besoin stomacal n'étant pas satisfait, cet animal s'en ira, pour le même motif, chercher à d'autres places de quoi apaiser sa faim.

Un autre animal, le polype, en mer étend de tous les côtés ses tentacules pour saisir sa nourriture, ne pouvant quitter la même place. Il se compose d'une gélatine à organes plus ou moins compliqués; est-ce qu'il pense? Evidemment non. La gélatine ne pense pas. Il faudrait que dans son organisation si simple il se mêlât une portion de spiritualisme ; or, comme là, l'usage à en faire est nul, le spiritua- Usme ne peut pas à la fois être et n'être pas. Non : une des membranes de cet animal ayant besoin d'être pénétrée par ce qui la fait vivre est cause qu'une fibre s'allonge dans le sens où cette nourriture semble devoir être proie prise et d'où elle est

amenée dans l'organe intérieur où se fait la décomposition. M. Alfred Fredol, dans son ouvrage sur le Monde de mer y dit : « Lorsqu'une lumière éclaire, dans Teau, une anémone, elle épanouit ses tentacules comme un capitule de pâquerette qui étale ses demi- fleurons... Pendant que l'anémone étale sa brillante collerette, si un petit ver, un crustacé, un poisson nouvellement éclos, viennent s'y heurter étourdiment, aussitôt, par un brusque mouvement, l'animal vorace pousse l'imprudente victime vers sa gueule bé8^lte et la précipite dans sa bourse, c'est-àdire, dans son estomac et consummatum est! La

vie des anémones est un affût continuel 1 » Penset-elle l'anémone, et que deviendrait la pensée employée ainsi?

Mais, chez les mammifères, chez les hommes même, n'est-il pas certaines combinaisons naturelles dont on ne saisit pas la raison? Dans notre nature, le nerf, le grand sympathique agit; et nous ne pouvons pas nous rendre compte de son agisscment dont les actes ne sont pas pensés, décidés; il agit sans que l'intelligence le guide, et cependant sa marche est bonne. C'est le même etîet qui se présente chez tous les animaux, à quelque degré qu'ils soient. La tension des tentacules du polype est la même chose; par conséquent, chez l'animal, quel qu'il soit, jamais d'intelligence. L'emploi du spiritualisme n'existe que là où le spiritualisme est; et le divin Créateur n'en a donné qu'à l'homme!

Un cheval n'a jamais vu de loup, par conséquent n'a jamais été mordu par un animal de cette

espèce; s'en Irouve-l-îl un dans les environs, il hennit, devient inquiet, se cabre, veul fuir, et finalement s'emporte. Il ne sait pas ce qui le menace; mais il flaire, et les papilles de ses muqueuses sont irritées par l'élément qu'apporle ce flair. A cette irrilalion violente répond un état de trouble excessif dont la fuite est la conséquence immédiate, et que nous autres hommes, comparant à ce que nous éprouvons dans des circonstances analogues, et faisant entrer notre intelligence comme un des facteurs du problème, nous nommons la peur; mais pour le cheval, ce n'est que de l'angoisse.

Un animal qui, dans certains cas, prend la fuite pour ce que nous appelons la peur, pour d'autres formes de la peur, pour lesquelles il devrait également se sauver, ne fuit pas. C'est alors un mouvement réflexe tellement violent qu'il y a comme une paralysie momentanée du mouvement. L'oiseau, qui peut si facilement se sauver, se laisse souvent fasciner par le serpent. Non, l'animal ne pense pas, ne réfléchit pas. Ce qui fait que nous le croyons intelligent, c'est que nous mettons toujours notre intelligence à la place oîi nous supposons que devrait être la sienne !

L'éducation a sur la stimulation une action qu'on ne peut nier, parfois même elle lui donne un développement considérable; mais jamais elle ne la fera sortir de son centre d'actions matérielles. Quelque excitée qu'on la suppose, jamais la stimulation n'atteindra Tintelligence; un monde les sépare. L'une est fatale, l'autre a pour elle la liberté!

L'animal ne comprend donc pas. Il n'a au service de riiomme, comme au sien propre, que des habitudes d'inslincls. Domestiquer un animai, c'est lui donner ces habitudes. L'hérédité est un grand secours en ces matières; habilement suivie, elle se maintient. On obtiendra d'un animal, sorti d'une espèce dès longtemps employée à un certain usage, ce qu'on ne fera faire qu'avec les plus grandes difficultés à un autre individu de même espèce, mais de race différente. Croisez de beaux épagneuls d'arrêt avec des caniches, vous aurez des produits qui n'arrêteront que par hasard et fort mal. Ce n'est pas ce qu'on a appelé jusqu'ici l'intelligence qui leur manquera, puisque dans ce croisement, c'est le caniche qui, dit-on, en apporte la plus grande somme; c'est l'instinct qui aura été perdu. Si la compréhension existait chez l'animal, elle compenserait cette perte; or il n'en est rien. Un architecte qui construit une maison sait parfaitement que soti œuvre doit être d'accord avec les lois de l'équilibre ; le castor édifie la sienne sans rien savoir de cela. Il construit ainsi parce que sa nature le force à le faire. Il ne le pourrait autrement. Mon chien ne pense pas au lapin quand il rencontre dans la bruyère le fumet de cet animal, il sent le goût lapin.

Lorsque les sens reçoivent une sensation, elle est transmise au cerveau sous forme d'impression. Pour que l'âme pense cette impression, il faut qu'elle se la désigne, qu'elle se la nomme. Le langage est donc la condition sine qna ?ion de la pensée. Sans lui on éprouve, on ne pense pas. Or la création du langage

demande, outre la facilité physique de produire des sons auxquels les mots doivent se rapporter, de la réflexion, de la logique, qualités qui n'appartiennent ni à la matière, puisqu'elle est inerte, ni au mouvement, puisque sans guide il est essentiellement désordonné. Le langage est une nécessité à laquelle la pensée a donné un corps et des lois spéciales. Ses concordances comme ses modifications sont œuvres de la spiritualité humaine. La seule part de la nature dans les sons que nous émettons, c'est leur bruit, ce sont les cris que nous n'avons pas pensés et que nous arrachent la joie ou la douleur. Les animaux, étant une portion de la matière mise en mouvement suivant certaines lois, n'ont pas de langage, parce qu'ils n'ont pas de pensées. Ils chantent, mugissent, hurlent, non d'après ce qu'ils pensent, mais suivant ce qu'ils éprouvent. Ils expriment leurs sensations sans le savoir. Le son qu'ils émettent est une conséquence fatale, irraisonnée; autre il est pour la douleur, autre il est pour la joie. Jamais le rossignol blessé ne donnera son chant d'amour; c'est nous, qui attribuons à leurs accents leur véritable signification. Le perroquet ne parle pas lorsqu'il babille, il chante des termes dont l'un de ses instincts favorise l'expression. Il n'a du langage que la faculté d'imiter la voix humaine.

Si la matière animée pensait, les animaux recevraient en dehors d'eux-mêmes certaines impressions qui se traduiraient par des faits ; or, quel chasseur courant les bois avec plusieurs chiens de la même famille, élevés dans le même chenil, devant par

Barbie dd Bocage. 14

conséquent avoir les uns pour les autres une certaine affeclion, n'a vu Tun d'eux s'étant pris dans un collet, crier de détresse jusqu'à son étranglement, sans que ses camarades daignent se retourner ? Aucun ne reviendra sur ses pas couper avec les dents le léger fil de laiton qui retient le prisonnier. C'est que tout est personnel chez eux; ils n'agissent que d'après ce qu'ils sentent, et le mal qui arrive à leur voisin leur est absolument non avenu.

La femme conserve toute sa vie son amour pour ses enfants ; la femelle, dès que ses petits ont passé la première enfance, ne les regarde plus comme siens. C'est par nécessité personnelle qu'elle les allaite , c'est par inslinct qu'elle les défend, jamais par raisonnement. Si les animaux pensaient à un degré quelconque, quelque infime que soit cette pensée, elle entraînerait celte conclusion : que les animaux sont une portion de l'êlre, qu'ils sont des êtres. Qr, qu'en résulterait-il, si ce n'est que Dieu aurait créé des êtres pour qu'ils fussent dévorés par d'autres êtres? Il n'y aurait plus dans la vie que deux buts : lâcher de ne pas être mangé et manger les autres, le mieux et le plus possible. C'est l'intérêt personnel déifié dans ce qu'il a d'odieux. C'est le ^concept d'un dieu absurde qui n'aurait fait le monde que pour lui-même, pour que les êtres se détruisissent. Pleins de cette idée, que les animaux sont des êtres, certains Indous paraissent rationnels, ils ne les mangent pas ; mais cette échappatoire même n'est pas sensée, car si les animaux sont des êtres, on ne voit pas pourquoi les végétaux n'en seraient pas

aussi. Les limites des deux genres sont presque

impossibles à reconnaître : Les végétaux naissent, vivent et meurent comme les animaux; comme eux ils semblent avoir certains instincts. Les plantes cherchent la chaleur et la lumière, et, pour les trouver, se tournent vers le soleil. Le chêne qu'on écorce crie comme un enfant ; sous le couteau la sève coule d'une plante comme le sang du corps d'un animal. 11 n'y a donc pas plus de raisons pour manger les végétaux que les animaux ; si les seconds pensent, les premiers peuvent bien penser aussi et l'homme, mangeant et pensant, serait leur égal. J'ai lieu de croire que nous ne réalisons pas cette absurdité!

Dans la naiure, l'homme seul a un langage, seul il pense; c'est donc qu'il a quelque chose de plus que les autres animaux, c'est donc qu'il a une âme!

Si la pensée n est pas une prérogative de notre animalité, d fortiori la volonté, dont l'origine est une pensée, n'appartient pas à la matérialité. Ce serait une erreur grave de croire que l'animal jouit du libre arbitre parce qu'il semble, parfois, prendre une décision. L'animal ne se décide pas, il est décidé entre deux impressions par la plus vive. Il jouit d'une cerlaine mémoire qui est comme une vibration nouvelle d'une impression autrefois reçue, mais qui ne se produit jamais qu'en présence d'un fait analogue à celui qui l'a causé ou en rapport direct avec lui. Cette mémoire, ou plutôt ce tressaillement rétrospectif de sa chair, est un des éléments qui entrent dans les agissements qu'il est forcé de produire. Ainsi, mon chien s'emporte sur le

gibier partant sous son arrêt. C'est une faute. Je Tai corrigé maintes fois, et j'ai pu remarquer qu'à la suite des corrections, et en proportion de leur importance, il s'emportait de moins en moins. Son instinct le poussait à courir après le gibier ; mais la sensation désagréable que la correction lui avait causée l'arrêtait. Quand le désagrément a dépassé l'agrément, il n'a plus couru. L'homme, au contraire, qui juge en dehors de ses impressions, qui a sa conscience, arrête souvent ses instincts au mépris de toutes leurs satisfactions. Un malheureux trouve une grosse somme qui pourrait lui procurer toutes les jouissances; il n'a rien à craindre s'il la garde; mais, il est honnête, et il ne le fait pas. C'est qu'il y a, en dedans de lui, quelque chose qui s'appelle l'âme, qui n'est pas chez l'animal. Certains enfants sont comme les animaux ; ils ont besoin de corrections. Ce fait ne se rapporte pas à leur âme, mais à leur matérialité, où on alaissé les obstructions encore trop grandes pour que le pouvoir de l'âme se fasse sentir. Dans ce cas, on dit à tort que l'enfant est volontaire. Ce n'est cependant pas lui qu'il faut blâmer, mais les parents qui, ne saisissant pas le mal à sa racine, ont laissé dominer la matérialité. Les enfants sont, plus qu'on ne le croit, capables de raisonnement. Que dans les moments où leur matérialité reprend le dessus, une volonté supérieure les domine, non en les frappant, ce qui donne souvent un résultat diamétralement opposé, mais en leur montrant sérieusement et intelligiblement la vérité, la leçon portera fruit.

On ne doit pas s'étonner que Tanimal agisse sans que la volonté soit venue guider ses actes, lorsqu'on se rappelle que la volonté de F homme elle-même n'a d'action que sur une partie de ses organes; ce qui n'empêche pas les autres d'agir, suivant les lois que leur a imposées le Créateur. Nous ne pensons ni les fonctions de noire estomac ou de nos poumons, ni la circulation de notre sang ou de nos humeurs, et cependant nous digérons, nous aspirons ou expirons, nous vivons. Il est certains aliments qui répugnent à notre estomac ; il les rejette. Avons-nous pensé la nécessité de cette action de notre organe, OU l'a-t-il pensée lui-même? Evidemment non! Une des lois qui régissent l'estomac était attaquée par l'aliment, il y a eu expulsion par un des effets matériels qui lui sont propres, absolument en dehors de la volonté qu'il n'a pas, ou de la volonté qui est bien et dûment la nôtre. Autrement dit, l'animal est tout entier ce qu'est notre estomac, sa nature n'a que des effets matériels répondant à des causes matérielles. Pour changer ces effets, il faut une cause plus puissante que celle qui les avait engendrés, mais matérielle aussi. L'âme intervient dans les sensations en ce qu'elle les sait, en ce qu'elle les pense une fois qu'elles ont été transmises sous forme d'impression ; mais la sensation n'est pas à l'âme, elle est à la chair, rien qu'à la chair.

La faculté motrice est la propriété qu'a le corps de se mouvoir suivant les sensations qu'il reçoit, soil du dehors par les sens, soit par l'effet réflexe du cerveau chez les animaux, soit enfin pour l'homme

dans un grand nombre de cas, par les ordres de Fâme. C'est à tort que certains promoteurs inconscients ont voulu faire de la force motrice une facullé absolue de Tâme. Elle est simplement une branche du mouvement qui agit par la matérialité organique, et qui est mise au service de Tâme. Cette dernière serait, sans cela, placée en face d'une véritable borne. Le sang en est un exemple; il se meut avec une grande vitesse sans que l'âme intervienne; mais il est d'autres organes dont Tagissement est réservé à l'âme et dont la spiritualité peut accélérer ou arrêter les effets, sans que celte âme fasse partie de ces organes. Dans une scierie la faculté qu'a la vapeur de mettre les scies en mouvement est évidemment la faculté moirice. La vapeur est-elle, pour cela, l'âme de la machine? Nullement, l'âme véritable c'est celle de l'ingénieur qui règle les efforts de la vapeur suivant les nécessités du travail, et qui ne fait pas plus partie de la force motrice que celle-ci ne fait partie de lui.

Il est tellement vrai que la faculté motrice ne réside pas dans l'âme, que la matérialité seule agit dans le rêve et entraîne ses conséquences de travers.

La nourriture du soir pèse sur l'estomac d'un dormeur, il en résulte un réveil de l'appareil digestif; et pour les fibres de cet organe une certaine irritation. Celte irritation se communique aux nerfs voisins qui, eux-mêmes, étirant peut-être les conduits, les élargissant, permettent aux émanations parties au hasard de l'habitat spirituel de les pénétrer. Ils font entrevoir ce qu'on appelle un rêve.

que souvent rien ne justifie et qui, d'autres fois, reporte à de vieux souvenirs mêlés les uns aux autres. Comparez, pour un instant, le cerveau à un orgue : En appuyant au hasard sur quelques touches du clavier, vous allez ouvrir un certain nombre de soupapes et le son va s'échapper d'un nombre égal de tuyaux ; mais, comme vous avez appuyé au hasard, vous aurez une cacophonie de sons et non un air régulier. Dans le rêve, les pensées de l'âme sont comme le son ; elles ne peuvent se produire que par les fibres qui leur sont ouvertes, et comme ces ouvertures proviennent de troubles dans les fonctions et de vibrations antérieures, elles sont nécessairement incohérentes. Souvent le dormeur se réveille par suite d'un cauchemar. Ce réveil n'est pas la force motrice venue de l'âme; il coïncide simplement avec la vigueur beaucoup trop grande des crispations, sensation toute matérielle qui en arrive à une intensité agissant sur toutes les portions endormies du corps.

Rien ne prouve donc mieux l'indépendance de Tâme et du corps. L'âme ne sent rien du sommeil ; elle continue h rester ce qu'elle est. Le corps ne peut Timiler, les nerfs se reposent en partie, le sang va moins vite ; il est enchaîné, sa force moirice est annihilée. L'animal malade a des impressions nerveuses lorsqu'il dorl, je les ai souvent observées, mais il ne rêve pas. Il n'a pas de pensées dans son sommeil, même agité. S'il souffre, son corps tressaille.

Le somnambulisme est, chez l'homme, un état de maladie dans lequel les nerfs d'une partie du corps

se réveillent, la grande fatigue du jour une fois passée. On marche alors, on agit, mais sans en avoir conscience. La force motrice se déclare et pousse le somnambule à faire une action qui lui est dictée par le tuyau de quelques fibres qu'il ouvre. Une femme dans cet état se lève en pleine nuit et va préparer le feu dans la cheminée, comme elle le ferait en plein jour, puis elle revient se coucher et redort complètement jusqu'au matin. On a vu des somnambules accomplir des miracles d'équilibre. Ils n'eussent certainement pas fait cela si, le cerveau étant éveillé, l'âme eût pu mesurer le danger. Les cas de cette maladie peuvent varier à l'infini, mais le fond est toujours le même : réveil d'une partie du corps seulement et sans communication générale entre l'âme et les membres qui doivent lui obéir.

M. Jouffroy, dans ses Mélanges philosophiques^ a énoncé un problème qui se rapporte à cette question générale : « C'est 1' âme qui éveille le corps dans le moment qu'on s'est fixé pour se réveiller le lendemain. » C'est une erreur. M. Jouffroy se trompe en ne se rendant pas compte que ce réveil est Teffet d'une décision prise par l'âme au moment où le corps est éveillé, décision qui a son importance et que Tâme ordonne d'avance au corps. Tout dans la vie se plie à la volonté de l'âme, et lorsque l'action est ulile, le corps prend l'habitude de s'y conformer sans avoir recours, dans le sommeil, à un nouvel ordre.

Un mouvement prolongé engendre une fatigue qui nécessite le repos. Tout ce qui vit dépense, pour se mouvoir, une certaine quantité de force que peu-

vent seuls lui rendre le sommeil et la nourriture. Il est donc un moment où Thomme qui n'a pas dormi ne peut plus marcher. Il veut arriver cependant ; un puissant intérêt le guide, sa volonté, toutes ses facultés sont tendues vers ce but. Il veut forcer ses membres à se mouvoir, il ne peut plus, il tombe. S'arrêter, pour lui, c'est plus que la mort, et cependant il lui est impossible d'avancer. Son âme commande, son corps n'obéit plus. Qu'il dorme, la force motrice reviendra ; il pourra continuer sa course. La force motrice est donc bien un attribut du corps, une corrélation de la vie organique. L'âme n'y a aucune part, elle donne des ordres, voilà lout. Elle peut aider par l'énergie ; mais où la force motrice a disparu, l'énergie ne la rendra pas. Si cette énergie résidait dans l'âme, cette force ne diminuerail pas par l'usage, l'âme étant une essence spirituelle, sans dégagement de chaleur, sans frottement provoquant l'usure, sans engourdissement des tissus. Elle agirait d'une manière continue, ce qui n'est pas. Quand vient le sommeil, il se produit un ralentissement dans la circulation du sang, et les organes s'endorment, le cerveau comme les autres; alors, plus de pensées, plus de communications entre les diverses facultés de l'âme. Cette dernière veille dans toutes ses parties, mais chacune d'elles, entourée de cloisons matérielles devenues inertes ou réfractaires, ne peut communiquer, soit avec le corps, soit avec ses autres parties. Que quelques-unes seulement des cloisons reprennent parfois vie, soit par une surexcitation nerveuse, soit par un afflux plus

vif du sang, et vous aurez, comme on l'a dit, le rêve, parce que l'âme est toujours prête à produire ses effets suivant que la porte est ouverte. Si le corps ne se fatiguait pas à s'ouvrir et obéissait sans cesse à l'âme, la lame userait trop vite le fourreau. Il faut au corps des repos fréquent s, des périodes de réparation.

J'étais en Irain de faire ce travail, et je croyais suivre ma ligne d'un bout à l'autre, lorsque certaines données, très répandues dans le public, se sont fait sentir. Je parle ici du magnétisme.

Dans le commencement de mon labeur, où je prenais quelque peu connaissance de la vie, les magnétiseurs, pour donner plus d'intérêt aux idées qu'ils répandaient, se servaient, comme articles de foi, et de leurs élucubrations et de leurs soi-disant découvertes. En employant mille ruses plus ou moins honnêtes avec les magnétisés, et plus tard avec les somnambules, ils finirent par attirer l'argent. Une popularité médiocrement acquise en faisait presque des personnages sacrés. De loin même ce genre d'étude frappait un peu l'imagination générale. Pour moi, ne cherchanl dans la suite de mon œuvre que la vérité , j'ai laissé d'abord complètement de côté les prédications magnétisantes. Cependant, en voyant mon travail à peu près terminé, la popularité de ce qu'on est convenu d'appeler l'hypnotisme , c'est-à-dire le magnétisme uni au somnambulisme, m'a frappé. J'ai craint de laisser subsister une preuve contre mon travail, si je refusais de m'en occuper. J'ai dès lors essayé d'en connaître l'ensemble, et de répondre à des amis con-

vaincus. Ceux-ci sont rares ; mais j'ai trouvé en bien des points, dans le monde, des gens qui n'osaient pas se déclarer pour ou contre. J'avoue que cela m'a étonné, inquiété même. Alors j'ai essayé d'entrevoir ces questions dont les études, et certains noms qui s'y mêlent, m'ont fait une peur très réelle. Je le répèle, j'ai eu bien peur, lorsqu'il m'a semblé que ces théories détruisaient mon œuvre. Mon intérêt de savoir à quoi m'en tenir était donc assez gros pour que je m'attachasse à les étudier : c'est ce que j'ai fait en prenant les travaux les plus capables de m'instruire, et en particulier ceux d'éminenls docteurs.

Voici le résultat auquel je suis arrivé : Hypnotiser, c'est domestiquer l'homme comme un animal, mais l'âme est absolument en dehors. On crée des instincts par l'usage, mais avec Thomme on s'en sert absolument de travers.

Lorsque la civilisation parvint à un certain degré et que les chercheurs crurent avoir connaissance entière de tout ce qui est matériel et même une autorité sur la matérialité, il en est qui se lancèrent loyalement dans la recherche de l'inconnu, et qui, surtout dans le mysticisme, firent ce qu'ils purent pour trouver un rapport de la matérialité avec la spiritualité. S'ils croient réussir, ils renoncent au bon Dieu et mettent à leur disposition, dans l'ensemble des choses, le but profitable. Sont-ils malins, ils s'emparent d'un fait, le changent en croyance, propagent leur idée et en tirent popularité. J'ai fait des efforts pour comprendre ce que les

vrais savants étudiaient, elj'en ai conclu, avec eux, qu'il faut d'abord rejeter tous ceux qui veulent en tirer profit; ensuite, si ni eux ni moi ne sommes d'accord avec quelques docteurs, c'est que je pense que ces docteurs donnent à l'hypnotisme un côté relativement sérieux qu'il faut peser, examiner pour empêcher les maux qu'il peut causer, et surtout avant de l'employer dans la médecine légale. Son usage mis en de mauvaises mains peut, comme le disent les experts, mener à des crimes, parce que la domestication sert à l'instigateur contre le domestiqué innocent. Cet usage est en outre défectueux, car il peut nuire à la constitution du patient ou rendre compte de faits dont rien ne peut affirmer la vérité; les docteurs eux-mêmes ne peuvent, avec l'hypnotisme, trouver le suggestionneur. En un mot, il résulte de tout ce qui a été fait jusqu'ici que, si les réponses sont vraies parfois, elles le sont bien rarement; et tout porte à croire qu'il faudrait des praticiens plus que spéciaux, pour admettre, devant la justice, les réponses de tant d'hommes, et surtout de femmes de constitutions maladives, presque toujours différentes entre elles, et naturellement, par la vie passée, produisant d'une suggestion semblable un résultat tout à fait anormal.

Après avoir été endormis par le magnétisme, que quelques parties se réveillent par le somnambulisme chezlesconstitutionsdéfectueuses,c'estpossible;mais l'étude de ces états doit prouver aux recherches de nos éminents docteurs que ces effets peuvent être atténués par certains remèdes, et que leurs recher-

ches doivent agir, dans ce but seulement, sur ceux qu'on détériore ainsi. Ils devraient regarder comme une mauvaise action de laisser des malades prendre ce pli-là; ils ne devraient se servir des traitements de ce genre que pour se rendre compte des progrès scientifiques à réaliser. La répétition d'un fait qu'on ne connaissait pas peut indiquer, suivant ce qu'il est, l'antidote tant désiré. Cela est difficile, plus que difficile; cependant, c'est le seul avantage matériel qu'on puisse recueillir chez le patient. Que personne n'affirme que l'hypnotisme va être la panacée universelle en prédisant l'avenir, en annonçant ce qui se passe au loin; cela placerait les individus au service du premier suggestionneur venu. Ah non! Cela n'est pas : L'hypnotisme doit se comprendre tout autrement.

Dans une très courte limite, les instincts matériels se plient à ce qu'on leur demande. Or, le magnétisme, le somnambulisme ou l'hypnotisme ne se rapportent qu'à cela.

Pour moi, n'étant pas médecin, je ne puis dire comment le magnétisme, en calmant un peu le mouvement du sang, endort le patient ; non, je ne le sais pas, et le moindre docteur est cent fois plus capable que moi de décider cette question. On explique même au gré général comment pendant le sommeil on peut arrêter assez les mouvements de certains organes pour amener le patient en catalepsie ; mais moi qui, je le répète, ne suis pas médecin et qui ne puis parler en rien de la physiologie savante, j'essayerai de vous dire qu'interroger les effets de

rhypnolisme sur un hypnotisé, ce ne doit être que rechercher chez le malade le palliatif de son mal, mais cela seulement. Si en outre vous voulez faire dire quelque chose à l'hypnotisé, c'est vous qui le dites. Ce sont les effets de votre intelligence, à vous qui êtes éveillé, que vous introduisez dans votre victime, dont les instincts agissent alors en partie, pour ce que vous lui avez fait entendre. Vous en démontrer le détail, je ne le sais pas; mais ce qu'il y a de bien certain, c'est que, étudier cela, est une charge que le public vous confie.

J'essaye de dire simplement que la catalepsie se distingue par l'absence de fièvre, la perte instantanée du sentiment, de l'entendement, par une raideur générale ou partielle des muscles. C'est surtout chez les individus dits nerveux qu'elle s'observe. Dans ce cas elle démontre la puissance des nerfs. Peutêtre en est- il de même pour l'épilepsie. Or, comme ce sont les personnes qui sont affectées de la catalepsie ou de l'épilepsie qui font les plus faciles sujets de l'hypnotisme, il y a plus qu'une erreur à entretenir en employant ces défectuosités.

Les nerfs traités seuls sont une des parties, la partie peut-être la plus sensible à tout attouchement, la voie la plus prompte et la plus directe dans l'espèce humaine. Sur eux l'électricité doit agir facilement, et, excités par elle, à des titres que nous ne voyons pas, elle arrive à en faire des espèces d'électrodes qui, nombreux, d'une vivacité inouïe et placés dans bien des sens, ne peuvent même pas conduire une dépêche à son but. Bien des matières, dit-

on, amènent les chargements éleclriques de ces conduits, mais comme elles les apportent en masse, elles déterminent ce phénomène d'en trop ouvrir. Pour obtenir ce qu'il faut, c'est-à-dire livrer régulièrement passage aux émanations de l'âme, il faudrait que ces pétales allassent instantanément, comme la pensée de l'instigateur, et encore le défaut de correspondance entre ces actions et d'autres ne donnerait pas la mémoire; de là jamais d'autres réponses que celles indiquées par le suggestionneur. Un chien se dresse à force d'habitude à obéir au penchant d'un instinct. Il sent un lapin parce que cette bête a sur ses muqueuses un odorat agréable et que son appétit le pousse à s'en nourrir ; aussi l'arréte-t-il comme chien couchant, le poursuit-il comme chien courant. Mais il l'arrête d'autant mieux, il court d'autant plus après, que l'homme, dont il remplit le désir, l'avait dressé dans ses idées à lui. Il en est de même de l'hypnotisme. Parfois l'influence d'une personne en endort une autre, et aussitôt l'influence de la première est d'amener la seconde à faire ce qu'elle lui dit, ce qu'elle lui conseille ; elle lui apprend, après des leçons cent fois répétées, soit à arrêter, soit à courir. C'est l'idée que le suggestionneur a eue, lorsque la victime n'ayant plus ni volonté ni communication avec son âme, il fail faire à celte victime ce qu'on croit qu'elle sait, mais rien que cela. Mon chien a des instincts de soumission, la magnétisée en a d'autres aussi matériels que les siens ; mais c'est tout ! Elle ne sortira jamais de cela. Allez donc habituer votre

chien à prendre astronomiquement un point dans le ciel, il ne comprendra rien; la malheureuse victime en ferait tout autant. Seulement, lorsque vous Tavez habituée longtemps à ce service, lorsque pour y arriver vous profilez de la faiblesse de son organisme, vous la tuez. Voilà tout !

Ce qu'on appelle aujourd'hui une science est la destruction d'une science. En pratiquant l'hypnotisme, on se sert d'affections matérialistes pour saisir le spiritualisme, ne songeant pas que c'est au contraire détruire l'usage de ce dernier que de le soumettre au premier. A tout instant, même avec une science énorme, l'hypnotiseur, sans s'en douter, changera sa manière d'agir matériellement ; car il ne peut hypnotiser régulièrement que s'il connaît parfaitement la constitution de ses sujets. Dans ce cas, son merveilleux serait tel que, sachant tout, il n'aurait plus rien à demander à ses victimes. Ceux qui se figurent apprendre par le somnambulisme veulent se mettre à la place de Dieu ; et, pour cela, ils n'emploient justement que l'œuvre matérielle de Dieu.

On peut le dire hardiment, Dieu es! plus fort que les magnétiseurs, quelles que soient leurs qualités. Il nous a donné, en soumettant tous nos progrès matériels à une spiritualité qui est la sienne, une ligne de conduite à suivre pour mener la vie suivant les lois qu'il a faites. Comment aurait-il donc décrété en même temps, que la spiritualité obéissant à la matérialité est une bonne existence qui élève l'humanité, la civilisation et la science? c'eût été absurde. Dans l'hypnotisme ce sont les découvertes

des attributs delà matérialité qui veulent conduire ou dérober la spiritualité ; et en brouillant presque toujours les instincts, arriver à une foule d'erreurs contraires les unes des autres. Brusquant Tune avec l'autre, les anéantissant mutuellement en ouvrant des conduits de travers; espérant parfois arriver à quoi, si ce n'est à indiquer la manière de sauver les coupables en faisant souffrir ou exécuter des innocents.

Vous le voyez, lecteurs, devant ces considérations, je puis continuer mon œuvre.

Ainsi, hommes studieux qui avez bien voulu me suivre : Ni la matière, puisque sans mouvement elle est inerte, ni le mouvement représenté, en partie, chez les êtres organisés par la force motrice, ni les lois qui réglementent les effets du mouvement agissant sur les matières, qu'on les considère ou seules ou combinées, n'ont quelque chose de commun avec l'âme. La psychologie est une science entièrement différente de la physiologie. L'âme et le corps sont bien chez l'homme les représentants des deux grandes classifications de ce qui existe : le spirituel et le matériel.

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