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CHAPITRE II

DU JUSTE, DU VRAI, DU BIEN, DU BEAU, DAJSS l'eSSENCE DE DIEU ET DANS l'aME HUMAINE.

Ce chapitre sera corrélatif du précédent en ce sens qu'on y trouvera la démonstration que le Vrai, le Bien et le Beau sont les trois éléments du Juste dans lequel nous venons de reconnaître Fessence divine. En outre, parti jusqu'à présent d'un raisonnement à priori pour démontrer que l'âme de Thomme est une portion de l'essence de Dieu, nous allons trouver dans l'étude des sens innés, avant d'entrer dans le détail de leurs applications, la preuve à posteriori de la vérité de noire première affirmation, montrer qu'on peut retourner de l'homme à Dieu et dire encore que l'âme humaine est une portion infmitésimale de Dieu.

Le vrai, la perfection d'une chose, physiquement parlant, est le point où cette chose obtient sa plénitude de développement, où elle est vraiment ellemême, ce qui n'existe que lorsqu'elle est en accord parfait avec le Juste. Quiconque admet l'existence de Dieu, être parfait, doit admettre la perfection de son savoir, de sa raison, de ses inclinalions, par

conséquent la perfection aussi des types, des lois dont il s'est servi pour imposer sa volonté à ce qui n'était pas lui, à sa négation, au mouvement de la matière. Il a fait usage d'armes parfaites pour réglementer l'imparfait. Mais il n'y a d'immuable que ce qui fut parfait dès l'origine ; or, les lois qu'il a faites pour l'Univers sont, non seulement ce qu'il est possible d'imaginer de plus parfait, mais encore ce qui n'est parfait que dans les conditions où cela a été, où cela est. Un peu plus, un peu moins, un peu différentes, elles eussent conduit à l'anarchie, au trouble, à l'imperfection. Ces lois n'atteignent leur plénitude qu'en étant exactement ce qu'elles sont; d'où l'on peut déduire qu'elles donnent, pour le but qui a nécessité leur création, la manifestation exacte du Juste. Comment donc nommer l'état d'une chose qui ne pourrait être changée, quelque peu que ce soit, sans qu'elle ne soit plus elle, sinon, le Vrai de cette chose? Donc,[au point de vue physique, le Juste est le Vrai, et le Vrai, tel que l'homme peut le concevoir, est ce qui se trouve en accord parfait avec les lois établies par la Providence. Les lois divines sont le modèle du Vrai; et l'homme n'obtient ce sens inné qu'en s'y conformant. Que fait un maçon qui veut élever un mur? avec un fil à plomb il détermine une perpendiculaire sur laquelle il se règle pour que son mur soit en accord avec la loi de la pesanteur qui veut que le point de gravité soit exactement au centre. C'est qu'en fait de construction, le Juste absolu est là, et, là aussi le Vrai. Sans le respect de relit» loi tout s'écroule.

Le Juste d'une chose n'est l'exacte pondération des éléments qu'autant que le Juste nécessaire à sa création se trouve atteint. Aussi le Créateur a dit : Là où dans tel milieu se réuniront tant de carbone, d'oxygène, d'hydrogène et d'azote, un arbre sera fait. Cette volonté s'étant réalisée, nous avons dans l'arbre une manifestation du Juste. Le Juste est là, les lois en main. Ce n'est pas lui qui est l'arbre, mais c^est lui qui est la permanence savante et constamment agissante qui fait l'arbre en appliquant les lois. Il y a cette différence entre la pensée divine aidée de la volonté et du savoir divin, et la pensée humaine aidée de la volonté et du savoir humain, que toute manifestation de la première ayant rapport à la matière devient une loi ayant des effets universels auxquels la matière obéira indétîniment ; tandis que la seconde n'a que des résultats infiniment petits et toujours éphémères. Donc le Juste a sa manifestation dans les choses qu'il crée. D'un autre côté, qu'est-ce que le vrai sinon une manifestation conforme à l'exécution de son objet? Or, l'arbre que je vois est bien un tronc ligneux avec branches et rameaux en haut, racines et radicelles en bas. C'est bien conforme à une composition donnée de carbone, d'oxygène, d'hydrogène et d'azote qui a nom arbre. Donc c'est le Vrai ; mais nous venons de prouver que c'est aussi le Juste : là encore, le Vrai et le Juste sont identiques.

Il n'est pas possible d'être taxé d'erreur si l'on affirme que le Bien est également le Juste, J'ai démontré que les lois émanées de Dieu étaient la per-

fectioD pour chacune de leurs applications et que seules elles jouissaient de cet avantage; or, Tensemble de toutes les perfections imaginables, que peut-il être sinon Texcellemment parfait, le bien? Ces lois sont le Juste aussi, puisqu'en dehors d'elles le Juste, c'est-à-dire la pensée, l'action créatrice ne se rencontreraient pas; donc le Bien et le Juste sont identiques comme le sont le Vrai et le Juste. Elles ne sont que les qualités d'un même être envisagées à différents points de vue, elles sont ensemble, aussi bien que séparément, l'essence de Dieu ! Seulement, tandis que le Vrai est l'essence de Dieu appliquée aux faits, le Bien est la même essence appliquée aux sentiments. Il n'est pas possible de supposer que Dieu ne soit pas conscient de lui-même comme de ses qualités ; or, les sentiments d'un être conscient de sa qualité absolument vraie ne peuvent qu'être d'accord avec cette qualité sous peine de la renier, de la détruire ; ils ne peuvent que constituer l'absolument bien, l'accord parfait des sentiments avec les actes.

On ne peut rien supposer de plus admirable que le Vrai ou le Bien, et, à fortiori^ que le Vrai uni au Bien; car ce quelque chose serait le véritable Vrai, le véritable Bien puisque ce qui est le plus admirable ne peut être que ce qui est le plus parfait. Donc le Vrai et le Bien sont la quintessence du Beau, le modèle du Beau, le Beau lui-même. Mais ils sont le Juste : donc le Beau est le Juste aussi, donc le Beau est aussi l'essence de Dieu.

Le Beau réside dans les faits lorsqu'il émane du

Vrai^ dans les sentiments lorsqu'il ressort du Bien : d'où se produisent, quoi qu'il soit immatériel, toujours le même et toujours une émanation de Tétre divin, un Beau physique et un Beau moral. îl demeure donc bien acquis que le Vrai, le Bien et le Beau pris ensemble ou séparément sont le Juste absolu ; or nous savons que le Juste absolu, c'est Dieul

Maintenant, cherchons dans notre cœur, dans rintimité de notre âme, dans notre conscience, nous y reconnaîtrons, quand ce ne serait que parles frôlements que nous éprouvons dans certains cas, la présence du Vrai, du Bien, du Beau. Le Vrai, le Bien et le Beau ne sont que là où Dieu est ; puisque Dieu c'est eux. Mais le Vrai, le Bien et le Beau avec leurs attributs de volonté libre, de savoir, de conscience et d'amour, c'est toute notre âme ; nos autres facultés n'étant que des nécessités de leurs applications à notre matérialité. Donc nous sommes bien de l'essence même de Dieu, tout en ne pouvant en être qu'une partie presque infinitésimale, en même temps que Dieu conserve assez de son essence pour en être la presque plénitude.

Une autre faculté inconnue doit être dégagée de l'étude des sens innés : c'est la connaissance de notre moi conscient.

Nous venons d'établir que l'essence de Dieu étant le Juste, était aussi le Vrai, le Beau et le Bien, et que ces qualités se trouvant dans notre âme, celte dernière était une portion du Juste, par conséquent, de l'essence Divine. C'est donc le Vrai, le Bien et le

Beau avec les facultés de savoir, de conscience el d'amour qui constituent noire moi. Nous avons en nous tout cela, en quantités infinitésimales, je le veux bien, mais ne difTérant de ce que cela est en Dieu que par les obstructions de la matière à sa production, par les séparations, cloisons matérielles, qui isolent chacun des résultats de cet ensemble. Nous avons en nous, en diminutif, une presque totalité des qualités que Dieu nous a données; mais ces qualités n'agissent plus réunies qu'en un seul point, celui où viennent se grouper toutes les sensations acquises et toutes celles venant au moment de l'extérieur. Il est donc une faculté qu'on ne peut retirer à cet ensemble, c'est d'être conscient; sans elle, il ne serait pas, et aucune de ses fractions ne serait, il ne formerait pas d'individualités.

Que serait notre corps sans ses sens ? Une masse de chair inerte. Eh bien ! Tâme, sans les qualités qui sont son essence à la fois et ses sens, sans leurs rapports entre elles dans la proportion influencée par l'extérieur, sans la conscience, serait moins encore. Ketranchez-lui le Vrai, le Bien, le Beau, et par suite ce qui en découle, que restera-t-il? Un moi imbécile et inconscient, une fumée ! Peut-être ne restera-t-il rien ; car le moi conscient c'est l'ensemble de ces qualités, parce que la faculté d'être conscient est leur conséquence et que, sans cela, il est impossible de jouir d'elles ou de les pratiquer. Les qualités de Dieu étant donc en nous, bien que séparées dans les agissements humains, n'en constituent pas moins cet ensemble qui

n'est autre que FÊlre et TÊlre conscient, notre moi. C'est parce qu'il est ainsi, que nous avons conscience, non seulement de notre existence comme individualité, mais de ce que nous savons de Féternelle durée de notre âme, de notre volonté, de notre raison, de nos bons sentiments, de notre amour et de ce qui est bien plus grande de tout ce que nous sommes, de celui qui est la totalité de nos qualités, du Juste, de Dieu I

La véritable conscience ne ressort pas seulement du savoir, bien que la notion de sa nature et de ses effels s'y burine comme celle des facultés. Elle est rimpression bonne ou mauvaise que ressentent, s'ils sont satisfaits ou froissés, le Vrai, le Bien et le Beau, qui constituent l'essence de notre âme. Elle est une faculté découlant des qualités d'un être émané de l'Être suprême. Elle est l'ensemble des tressaillements qu'éprouve notre partie divine; elle domine nos facultés, car elle est sensible par ellemême, car elle éprouve, souffre et jouit.

Notre moi est la personnalité d'une partie prodigieusement petite du Juste, du Vrai, du Bien, du Beau ; il a cela en lui, il est cela; il est impossible de supposer lui sans cela, et cela sans lui. Que serait le Juste sans une personnalité qui le puisse distinguer du non Juste? Pour que le Juste existe, et c'est là une grande démonstration de la nécessité d'un Dieu, il faut une personnalité qui le veuille, qui le fasse, qui le soutienne, sans cela il y aurait : ou l'anarchie matérielle que rien ne pourrait réfréner ou le repos complet, c'est-à-dire l'absence

Barbie du Bocage. 11)

de création; un état qui serait le rien dont rien ne peut naître, la réalisation du fameux nihil ex nihilo des matérialistes. Mais il n'en est pas ainsi. Le Juste n'est pas un eiïel, une combinaison de la matérialité; il est Tessence de la spiritualité, il constitue l'Être, la suprême manifestation de l'Être; et, nous autres hommes, ne sommes des Êtres que dans la proportion que nous avons du Juste en nous. Le Juste agit matériellement sur les plateaux de la balance ; mais ce n'est pas une raison de nier sa personnalité, sa spiritualité. Moi qui ai bien certainement, comme tous mes semblables, une personnalité, une spiritualité petite ou grande, je puis, au moyen de ma spiritualité, créer un fait matériel, un fait tangible. Le roi qui déclare la guerre donne naissance, au moyen de sa spiritualité, à un fait matériel dont l'action peut n'avoir lieu qu'au bout du monde. Il y a donc dans l'homme une essence spirituelle à laquelle la matière est soumise, une spiritualité qui est un moi dominateur de la matière et dont le Juste forme le fond. Le Juste est donc bien un moi, et le moi humain démontre sa similitude parfaite avec le moi suprême auteur et régulateur du monde.

Si le Juste peut se décomposer en Vrai, Bien et Beau, c'est encore une preuve qu'il est une personnalité ; et le Vrai, le Bien et le Beau seraient vides de sens s'ils n'étaient en même temps une personnalité capable de porter un jugement à fortiori j sur eux-mêmes. Pour distinguer le Vrai du faux, le Bien du mal, le Beau du laid, il faut quelqu'un* Si

VOUS supprimez toute la personnalilé, voyez où vous tombez : Il n'y a plus ni Vrai, ni Bien, ni Beau. Or, ce n*esl pas dans la matière qu'on cherchera uae personnalité; il faut donc la trouver dans le Vrai, le Bien et le Beau, c'est-à-dire dans le Juste, dont ijjr^ sont les composants. Donc notre moi, formé de Juste, de Vrai, de Bien, de Beau dans la mesure que cet ensemble d'essences lui a répartie, est en même temps la personnalité du Juste, du Vrai, du Bien et du Beau. — Mon Dieu, que se trouve-t-il dans l'immensité ? — Un Créateur qui est loi, l'Être, la totalité de l'Être; mais moi aussi je suis un Être; or, il ne peut y avoir d'Être en dehors de la totalité de l'Être qui est foi ; donc je suis de ton Être, une portion de toi. Il n'y a pas de milieu : Ou je suis quelque chose de toi ou je suis créé par toi ; mais tu ne peux créer un Être, ce serait un pur esprit comme toi, et tu ne peux ni te créer toi-même ni créer ton semblable qui serait un second toutpuissant à côté de toi. Il faut donc, si je suis un Être, que je sois une portion de toi. Or, je suis bien un Être, puisque je suis conscient de toi, de moi, de l'Univers, puisque j'ai sur tes créations une portion de puissance qui n'empiète pas sur la tienne !

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