CHAPITRE III
Le cadre de celte étude comprenant, non l'histoire de chaque peuple, mais celle de Thomme et des progrès de Thumanilé, c'est seulement pour en tirer des conclusions pouvant se rapporter à l'histoire générale que nous aurons à puiser dans le^annales des différents pays. A chaque peuple nous demanderons ce qu'il était h son origine, à son apogée, lors de sa décadence; peut-être arriveronsnous à constater l'existence d'une loi de progrès.
Le premier des empires où l'histoire nous révèle l'existence d'une civilisation réelle, bien que la spiritualité y fût toujours primée par la matérialité, est celui que les Kouschites formèrent sur les bords du Nil
De toutes les civilisations nées à la suite de la dispersion des Noachides, celle des Égyptiens est certainement la plus ancienne ; et, sans vouloir assigner de date certaine à la première de ses trente el une dynasties, on peut admettre que cette civilisation a précédé, du moins pour la race blanche, toutes les autres applications de l'intelligence à la formation
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d'un ordre matériel quelconque. Ce qu'il y a de singulier dans l'histoire égyptienne, c'est que dès qu'on peut l'établir, ob constate cette civilisation comme très avancée; aussi est -il évident que les descendants de Misraïm, fils de Cliam, habitèrent l'Egypte bien longtemps avant l'époque assignée à la première dynastie.
Comme toutes les autres nations, les Égyptiens eurent, dans le cours de leur existence, des moments de prospérité e\ des moments d'affaissement. Ainsi, bien que la première grande période de civilisation ' ait été constatée dans la vallée du Nil, sous le règne des quatrième et cinquième dynasties, et que ce sort à c^lte même période qu'Hérodote attribue à Chéops, Chéphren el' Mycerinus qu'il faut lire Koufou, Schrafra el Meukéra, la construction des grandes pyramides et du célèbre sphinx de Gizeh, une première pyramide fut élevée, antérieurement à la «econde dynastie, 4700 ans avant Jésus-Christ. Il y eut donc, entre la seconde et la quatrième fçimille régnantes, un grand espace de temps que l'histoire n'a pas mentionné et qu'aucun monument ne vient nous révéler- La période des quatrième et cinquième dynasties, où ces constructions colossales furent élevées, représente certainement l'époque où l'art égyptien, hbre encore de toutes entraves, est le plus intéressant par sa naïveté même, et partant le plus véridique. Le gouvernement semble avoir été alors entre les mains d'une puissante aristocratie qui, à en juger par les nombreuses scènes sculptées sur les monuments, se
composaient encore des anciens chefs des tribus de pasteurs ou d'agriculteurs^ mais ayant déjà accaparé les fonctions militaires et sacerdotales. L'écriture hiéroglyphique même existait déjà, et, parmi les monuments écrits parvenus jusqu'à nous, se trouve un traité de morale connu sous le nom de son auteur, Phtah-Hotep ; mais cet ouvrage est de morale essentiellement positive et ne révèle aucune grande idée; il est fait uniquement en vue des choses de ce monde, et la suprême récompense qu'ambitionne l'auteur est la faveur du prince.
De la sixième à la onzième dynastie, c'est-à-dire pendant un espace de plus de six cents ans, VÉgypte, pour des causes inconnues, peut-être décadence morale, peut-être guerre civile, peut-être invasion étrangère, peut-être aussi un peu de tout cela, disparaît de l'histoire. C'est une éclipse presque complète, presque absolue; mais avec les onzième et douzième dynasties, l'ancien empire égyptien est remplacé par le moyen empire. A en juger par la grossièreté relative des monuments, par une civilisation nouvelle n'ayant presque rien conservé de l'ancienne, pas même les vieilles capitales où elle s'était concentrée, on voit que le premier empire a été anéanti. Le grand nom de Thèbes parait pour la première fois et remplace Thinis, Éléphantme et Memphis. Les nouveaux princes s'appellent Entef, Montouhotep, Osortasen ou Aménemhé; pour la plupart, grands hommes inconnus jusqu'ici, mais qui méritent que leurs véritables noms remplacent dans l'histoire les noms de fantaisie que leur avaient
donnés les historiens grecs. Avec eux TÉgypte reprend son rang et pousse même ses armes victorieuses, d'une part en Ethiopie, de l'autre dans l'Arabie pétrée. C'est l'époque où l'on creusa le lac Mœris, où l'on bâtit les palais qu'il baignait, où l'on éleva le Labyrinthe. C'est aussi le temps de la création de l'art national égyptien, de cet art que les générations suivantes pourront perfectionner, mais qu'elles ne modifieront plus ; car, devenu art sacerdotal, il ne peut plus varier. 11 se complète évidemment, il s'idéalise; mais il perd du même coup la grâce que sous les premières dynasties il tenait de son indépendance.
L'Egypte devait cependant subir une nouvelle crise, plus cruelle, plus terrible que la précédente : L'élude de ses monuments apprend qu'au temps où ses treizième et quatorzième dynasties se disputaient le pouvoir, une invasion formidable, celle des Hyksos ou Pasteurs, Kouschites nomades de l'Arabie et du pays de Chanaan, se rua sur la vallée du Nil, dévastant, brûlant, détruisant et finissant par régner six ou sept cents ans sur le désert qu'elle avait fait. La Haule- Égypte toutefois leur fut soustraite de bonne heure, •t leur domination s'appesantit surtout sur les parties moyenne et basse de cette contrée, jusqu'au moment où, pacifiquement vaincus par la civilisation supérieure de ceux mêmes dont ils avaient triomphé, leurs débris se confondirent avec eux, et formèrent à leur tour une dynastie apte à relever les monuments qu'ils avaient précédemment détruits. Enfin, Ahmès, pharaon thébain, chasse ou soumet les
Pasteurs, et rend TÉgypte à sa vie nationale. Ce grand événement fut l'origine d'une renaissance complète des arts et des sciences ; c'est d'Ahmès que date le troisième et le plus glorieux des empires égyptiens. De pacifiques, les pharaons devinrent conquérants et portèrent leurs armes, tantôt en Asie pour prévenir de nouvelles invasions, tantôt en Ethiopie dans le but d'étendre leur puissance.
Avec Ahmès commence la célèbre dix-septième dynastie. Il suffit, pour se rendre compte de la justesse de cette qualification, de citer les noms de quelques-uns des souverains qui la composèrent : Amenhotep (l'Aménophis des Grecs), Thoutmès I" (Touthmosis), qui porta ses armes au delà jpôme de l'Euphrate; la reine Hatasou, à qui l'on doit les deux grands obélisques de Karnak et qui soumit le Yémen ; Thoutmès III, qui marque l'apogée de la puissance égyptienne et qui imposait ses lois de la Colchide au fond de l'Ethiopie, du Kurdistan aux rivages grecs et lybiens de la Méditerranée. Chaque conquête fut, pour ce dernier, l'occasion de l'édification d'un monument dont les bas-reliefs devaient en transmettre le souvenir à la postérité. Le règne d'Ame nhotep III ne fut guère moins remarquable que celui de Thoutmès; comme lui, il laissa des monuments nombreux, indices de sa gloire. En Ethiopie, à Syène, àEléphantine, àMemphiset surtout à Thèbes, on retrouve des traces de son règne. On lui doit en partie les temples célèbres de Karnak et de Louxor, et surtout la statue colossale dont l'antiquité a tant parlé, qui le représente sous les traits du dieu Mem-
non. Avec Amenhotep IV la dix-huitième dynastie décline, les querelles religieuses prennent la place des grands intérêts nationaux ; de là des troubles sans cesse renaissants au milieu desquels s'éclipse un instant la grandeur égyptienne. La dix-neuvième dynastie est encore glorieuse; mais en Asie se sont élevés des empires rivaux qui imposent des bornes à sa puissance ; Séti P' doit combattre, mais, sans triompher complètement, les Khétas ou les Héthéens, reste des anciens Pasteurs établis sur les bords de rOronte. Il attaque et soumet les Assyriens révoltés, rétablit son pouvoir danslTémen ; mais il semble avoir renoncé aux conquêtes de Thoutmès III sur les rivages de la Méditerranée. On doit à Séti P' le temple d'Abydos, le palais de Kournah à Thèbes, la continuation du temple de Karnak, et enfin, au dire de M. Kobiou, le fameux canal joignant par le lac Timsah actuel, le Nil à la mer Rouge. Ramsès II, Mériamoun (Sésostris) succède à Séti P'. « Ce fut, dit M. F. Lenormant, le constructeur par excellence ; il est pour ainsi dire impossible de rencontrer en Egypte une ruine, une butte antique, sans y lire son nom. » Parmi ses travaux, ceux qui ont été la cause de sa plus grande illustration, bien que Fart y soit dans une décadence de plus en plus accentuée, on peut citer : Le temple dlbsamboul en Nubie, le Ramesséum à Thèbes. Il termina Karnak et Louxor, et cons- 1 r uisi l le petit temple d' Aby dos. Ramsès II fut un prince guerrier, mais ilne fit aucune desfabuleuses conquêtes que lui attribua Thistoire antique; son rôle, et il ne fut pas sans gloire, se borna au maintien de Pin-
tégrité de Tempire que lui avaient légué ses prédécesseurs. Maître de populations absolument dissemblables que tout tendait à séparer, il passa les soixante-sept années de son règne à réprimer d'incessantes révoltes que ses successeurs ne seront plus assez forts pour empêcher. Ramsès II représente Fapogéede la puissance royale égyptienne, mais non la grandeur de TÉgypte. Avec son despotisme les institutions s'affaiblissent, la force morale de la nation s'évanouit, l'art décline. Après lui, l'Egypte entre dans une ère de décadence qui en fera la proie de qui voudra s'en emparer.
C'est sous le règne de Mérenphtah, fils et successeur de Ramsès II, que les Israélites sortirent de l'Egypte, enlevant à ce pays trois millions d'âmes qui représentaient une force réelle.
De la vingtième à la vingt-cinquième dynastie, c'est-à-dire de 1300 ans à 700 ans avant Jésus- Christ, la puissance égyptienne continue de décroître au point que la vingt-cinquième dynastie est représentée par des princes éthiopiens qui, vainqueurs à leur tour, font peser leur joug sur la terre des Osortasen, des Thoutmès et des Ramsès. Les empires hébraïques et assyriens se sont élevés ; ils ont porté de rudes coups à l'empire d'Egypte. Ce ne sont plus les Égyptiens qui vont en Mésopotamie et font trembler Babylone et Ninive, ce sont les Assyriens qui pénètrent en Egypte et promènent leurs armées victorieuses jusqu'à Thèbes, dont ils font un monceau de ruines. Bientôt cependant, avec une dynastie nouvelle, la vingt-sixième dont Psamétik fut le fondateur,
rÉgypte, comme la flamme de ces lampes où Thuile vient à manquer, se relève et brille un instant seulement. Alliés des Grecs qui descendent en Egypte pour la première fois, Psamétik et, après lui, son fils Néchao, conçoivent la pensée de reprendre en Asie la politique de conquête des anciens pharaons; Psamétik, vaincuàKarkémisch par Nabuchodonosor, dut renoncer à ses rêves de gloire. Cependant on doit à Psamétik comme à Néchao une tentative sérieuse qui, si elle n'avait pas été basée sur une fausse entente du caractère national, eût pu donner à rÉgyple une nouvelle période de prospérité. Ces princes, abandonnant la politique d'isolement qui avait toujours été celle de leur pays, cherchèrent à faire entrer leurs sujets dans le concert général des peuples. Ils s'efforcèrent d'établir des relations commerciales suivies entre TÉgypte et les pays les plus lointains. C'est à cette grande pensée qu'on d(Ht la tentative infructueuse de Néchao pour rouvrir \ê oanal dspuis longtemps obstrué, par lequel Séti avait réuni le Nil à la mer Rouge. Les Égyptiens lui durent encore le célèbre voyage de circumnavigation de l'Afrique. Psamétik comme Néchao s'étaient fait illusion; toutes les institutions égyptiennes étaient combinées, comme on vient de le dire, en vue d'un peuple isolé dont l'obéissance était excessive, mais l'initiative nulle. Après eux, Apriès et l'aventurier Amasis peuvent encore être cités; mais l'ancienne Egypte, TÉgypte fermée, la seule à laquelle ses institutions religieuses et civiles pussent donner quelque éclat, est bien morte!
Cambyse, le Perse féroce, peut, sans éprouver de résistance, y promener le fer et la flamme. Toujours admirablement fertile, car l'œuvre de la nature se rit des efforts humains, FÉgyple, tour à tour soumise aux peuples les plus puissants, eut pour eux les mêmes sourires qu'elle avait eus pour ses pharaons et devint leur première et leur plus riche colonie; mais pour les Égyptiens c'en était fait d'une existence nationale.
De cette grande civilisation que resta-t-il debout en Egypte au profit de Fhumanité? La religion? On pourrait le supposer en envisageant ce que cette religion fut dans le principe; mais on est forcé d'écarter cette pensée en se rappelant que les rap- " ports de TÉgypte avec les étrangers ne vinrent que bien tardivement. La religion des bords du Nil était un secret même pour les Égyptiens, et mucun des écrivains grecs ne nous apprend que ses compatriotes aient emprunté à la religion égyptienne, sauf peulr être rimmortalité de Tâme, d'autres dc^ées que quelques mythes fabuleux, qui n'ont aucun rapjtort avec une religion véritablement digne de ce nom.
Au contraire de ce qu'ont dit les Grecs, les premières données religieuses des Égyptiens avaient été véritablement sublimes; les fils de Misraïm auraient apporté, presque intactes, en Egypte, les saines révélations qui furent l'honneur de quelques-uns des descendants de Noé. Ces premiers Égyptiens adoraient un Dieu unique dont leurs textes sacrés disaient : « Il est le seul générateur dans le ciel et sur la terre, il n'est point engendré Il est le seul
Dieu vivant en vérité, celui qui s'engendre luimême... celui qui existe depuis le commencement... qui a tout fait et qui n'a pas été fait. » Il est parfait, (loué d'une science et d'une intelligence certaines, incompréhensible à ce point qu'on ne peut dire en quoi il est incompréhensible. « Toujours égal, dit M. Maspéro dans son résumé des croyances égyptiennes, toujours immuable dans son immuable perfection, toujours présent au passé comme àl'avenir, il remplit l'Univers sans qu'image au monde puisse donner une idée de son immensité : on le sent partout, on ne le saisit nulle part !
« Unique en essence, il n'est pas unique en personne. Il est père par cela seul qu'il est, et la puissance de sa nature est telle qu'il engendre éternellement sans jamais s'affaiblir ou s'épuiser. II n'a pas be-aoin (Je sortir de lui-même pour devenir fécond ; il trolive en son propre sein la matière de son eiffairtement perpétuel. Seul, par la plénitude de son être, il conçoit son fruit, et comme en lui la conception ne saurait être distinguée de l'enfantement, de toute éternité il produit en lui-même un autre luimême. Il est à la fois le père, la mère el le fils de Dieu. Engendrées de Dieu, enfantées de Dieu, ces trois personnes sont Dieu en Dieu, et, loin de diviser la nature divine, concourent toutes trois à son infînie perfection. »
A part des erreurs inévitables, que de merveilleuses révélations dans cette conception de la divinité! Il semble qu'on y sente le germe des définitions chrétiennes. Est-ce la doctrine qu'ont connue les Noa-
chides avant leur dispersion? Cette vérité que nous croyons avoir entrevue et dont ce livre n'est que le développement difTéremment compris, nous étions loin d'en soupçonner Texislence dans la théogonie antique.
Mais, hélas! celte sublime doctrine, si elle se conserva longtemps dans les hautes sphères sacerdotales, elle fut vite oubliée par le peuple; mal comprise, elle disparut en peu de temps, sous les quatrième et cinquième dynasties, noyée dans un polythéisme effréné. La divinité fut vite confondue avec ses attributs déifiés. Puis ce furent les objets eux-mêmes, emblèmes ou créations de ces attribuis, qui le furent à leur tour. Enfin les rois, les grands, les illustres, formèrent la population ridicule de roiympe égyptien.
Une seule grande idée, autant religieuse que philosophique, bien que faussée, défigurée, survécut à tout : ce fut la notion de Timm^rtalité de Tàme que les Grecs empruntèrent vraisemblablement à rÉgypte et qu'à leur tour ils transmirent aux Romains. Là encore, bien qu'entourées d'erreurs,, se • retrouvent des pensées sublimes qui prouvent incontefltablement que la vérité absolue était connir^ des Jiommes des vieux âges. « Dans le principe, la partie d'intelligence qui fait l'être de l'homme, revêtue d'une lumière subtile, est en liberté de parcourir les mondes, d'agir sur les éléments, de les ordonner et de les féconder selon qu'il lui semble expédient. Mais à l'entrée dans une prison de terre elle dépouille cet habit de feu dont le seul contact suffirait
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à détruire les grossiers éléments dont nous sommes pétris, et se glisse dans une substance moins excellente quoique divine encore L'intelligence entrée
dans une âme humaine essaye de Tarracher à la tyrannie du corps et de l'élever jusqu'à soi; mais comme elle est dépouillée de son vêtement de feu, elle n'est plus assez forte pour mettre à néant les passions et les désirs grossiers que la chair nous inspire. Le corps, contrarié dans ses inclinations, s'insurge, les mauvais instincts se réveillent, la guerre s'engage et se prolonge avec des chances variées. Souvent l'intelligence, trahie par l'âme qui ne peut pas ou ne veut pas rompre ses attachements au monde, se retire du combat pour n'y plus revenir. L'homme privé de l'étincelle divine, ne vit plus que par machine et s'abaisse à la brute. Souvent aussi, à force.de patience et de courage, elle triomphe : les passions dominées deviennent vertus, les vertus s'affermissent et s'exaltent; l'âme dégagée de ses liens, aspire ai bien et devine les splendeurs éternelles, à travers le voile de matière qui obscurdt sa vue. » Que dire de mieux, que dire de plus?
Après la mort, l'âme est jugée, c'est-à-dire récompensée ou punie suivant ses actes. Bien que ce jugement soit entièrement basé sur les actions boines ou mauvaises, exclusivement au point de vue des choses humaines, et que la grande pensée du bien accompli en vue de plaire à Dieu, pour le bien luimfrme, en soit totalement absente, cette donnée de l'âme immortelle récompensée ou punie ponr ses actes pendant la vie, n'en est pas moins une des plus
ÉGYnnSNS. «5
éclatantes manifestations de la vérité que nous ait transmise > le inonde ant^ien . C^est en même temps, le legs4e plus (moralisateur, le plus réel élément de progrè» que. les Égyptiens aient laissé aux cÎTilisa- * tiens à venir.
Cela seul 'safftrait pour que la place occupée ^par
Vhiâtenre 'égyptienne dans les annales humaines
n'ait pas été perdue; mais, dans 'un ordre moins
^ élevé, rhnmanité doit encore à ta vieille ^Egypte la
base de progrès réels.
Les Égyptiens tivarent en nombre immense sur on territoire essentiellement restreint et que d'infranchissables déserts environnaient. Leur pays était tributaire d'un fleuve dont les débordements assuraient la fertilité ; aussi sentirent-ils plus et plus vite qu'aucun peuple de l'antiquité, le besoin d'une réglementation établissant les droits de chacun au respect des droits des autres. La nécessité seule, qui fut facilement comprise, d'irrigations réglées, habitua les esprits à subir la loi d'un pouviir central, sans lequel cette réglementation n'eût pas été possible. De Tacceptation des conséquences de cette nécessité à celle de tout autre règlement administratif, il n'y avait qu'un pas; aussi la civilisation surgit-elle 1 presque instantanément et l'obéissance à la règle (itelle des Égyptiens de tous les temps, le peuple le plus 'facile à gouverner. Par la perfection de son «dminiétrcltion, elle devient le modèle où puiseront bien des législateurs.
iQnant à la poésie, bien que cultivée en Egypte, 'elle apeu'transmis aux générations futures; d^abord
parce qu'elle était conservée en textes hiéroglyphiques indéchiffrables pour les masses et inconnus des étrangers; ensuite parce que la poésie, essentiellement fille deTindépendance, varie avec chaque peuple, avec chaque contrée. Ses élans contenus par la réglementation administrative ou sacerdotale, se seraient mal accordés sur les rivages de FAttique ou du Péloponèse. Diane la gracieuse chasseresse et Timmobile Osiris, froid comme le basalte dans lequel il est sculpté, ne pouvaient prêter à l'inspiration d'une même race. Il en fut de même des arts. Ces grands arts égyptiens qui eussent pu servir de base à tous les arts futurs s'ils avaient conservé leur indépendance, succombèrent sous la réglementation sacerdotale. Les modèles, beaux à certains moments, mais souvent compassés, ne purent transmettre aux autres peuples frappés par leur grandeur, que le désir d'avoir un art, mais un art qui ne fût pas celui-là, tout en fournissant aux Phéniciens et aux Grecs de bons exemples à suivre.
Ainsi, l'actif de l'Egypte dans la somme des progrès de l'humanité est, nous n'osons le dire, la connaissance du vrai Dieu, mais du moins celle de pensées qui s'y rapportent; puis la doctrine de l'immortalité et de la responsabilité de l'âme, des données de législation et d'administration supérieures à celles que pouvait alors offrir tout autre peuple, une splendeur artistique qui, malgré ses fautes, avait assez de points remarquables pour exciter l'émulation et, enfin, une industrie très avancée où bien des nations puisèrent les éléments de leur bien-être
matériel. L'existence de Tempire égyptien n'a donc pas été sans utilité, il tient une grande place dans rhistoire des progrès humains.