‹ Analyse et synthéseChapitre 50 sur 53 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

ASSTRO-BABTLONIENS.

La seconde agglomération qui donna naissance à un grand centre de civilisation fut celle qui se forma au sud de TÂrménie, dans les vallées de VEuphrate et du Tigre.

C'est encore un problème historique que la détermination exacte des populations qui se groupèrent dans cette partie de TÂsie. On retrouve dans ces contrées placées sur le chemin de presque toute les migrations se portant du centre asiatique vers rOccident, quelques traces de chacune des populations qui les traversèrent. La seule lecture récente des écritures cunéiformes jette un certain jour sur cette intéressante question ; et il est permis de conjecturer aujourd'hui, qu'à l'époque où les Kouschites y pénétrèrent, ils trouvèrent établis, comme nous l'avons remarqué précédemment, les représentants du grand rameau touranien que les anciens désignaient indistinctement sous le nom de Scythes, et auxquels très probablement, la Bible attribue la dénomination de fils de Gog et de Magog. Spécialement dans les pays qu'arrosent le Tigre et

TEuphrale, ils portèrent le nom de Soumir. Ce» Soumir semblent avoir occupé, primitivement les vallées entières de ces fleuves; mais ils furent repoussés vers les parties septentrionales lorsque les descendants de Cham de la famille kouschite, s'é* tendant le long des rivages du golfe Persique, occupèrent, sous le nom d*Âccad, la partie méridionale du bassin de ces mômes fleuves.

Les Sémites, à leur tour, lorsqu'ils arrivèrent dans le pays, se superposèrent aux Âccad comme aux Soumir; mais bientôt, noyés, absorbés par eux, ils ne paraissent s'être groupés dans cette région, de manière à former un centre de population homogène, que sur les rives du Tigre au temps d'Assur, où ils devinrent autour de Ninive, la véritable population assyrienne. Il est vraisemblable que peu après leur conquête, les Kouschites du bas Euphrate acceptèrent ou subirent en Chaldée la domination de la race touranienne déjà beaucoup plus civilisée qu'eux, car c'est la langue de cette dernière famille, langue voisine de celle du rameau ouralo- finnois, qui devint celle de tous les Babyloniens. L'écriture aussi de cette famille, l'écriture dite cunéiforme, qui fut adoptée par les Cbaldéens, qu'ils fussent Accad ou Soumir, prouve également l'antiquité de la civilisation touranienne. Cette écriture fut acceptée, à quelques variantes près, par les Sémites Aissyriens^ par une notable portion, des populations de l'Arménie, de la Susiane, de la Médie et de la Perse.»

Le premier empire kouschite du bas Euphrate,

à peu près contemporain du premier empire égyptien, parait avoir duré près de quinze siècles. Il parvint très vite à un degré relativement élevé de civilisation. L'agriculture, secondée par les irrigations, rindustrie et le commerce maritime, aida puissamment à son développement. C'est pendant cette période, à une époque encore indéterminée, que les Sémites, bien que soumis aux Chaldéens, formèrent au nord de la Mésopotamie le centre de leur puissance future. Tant qu'elles dureront, Ninive et Babylone se disputeront le pouvoir ; mais, quoi que fassent, Assyriens ou Chaldéens, ces deux nations élevées ensemble, ayant même culte, mêmes mœurs, même langue, ne formeront qu'une unité parmi les grandes agglomérations asiatiques; et leur empire sera toujours désigné sous le nom de chaldéo-assyrien.

Deux mille cinq cents ans avant notre ère, Tempire chaldéen kouschite fut renversé par la grande invasion du rameau des Âryas ou descendants de Japhet qui peuplèrent la Médie et la Perse; obéissaient déjà à la loi de Zoroastre. Us régnèrent deux siècles à Babylone, sans cependant s'y établir d'une manière définitive. Ils en furent chassés par une invasion susienne ou élamite qui, à son tour, régna deux siècles sur les bassins entiers du Tigre et de l'Euphrate. Chodorlahonor, leur chef, poussa ses conquêtes jusqu'en Palestine, où il fut vaincu par Abraham. Une nouvelle dynastie, qui cette fois parait avoir été chaldéenne, succéda à la dynastie susienne» et l'on pense qu'elle dura jusqu'à

rinvasion des pharaons égyptiens de la dix-huilième dynastie. Cette famille régna avec gloire sur tout l'empire chaldéo-assyrien. Ce fut un de ses membres, Hammourabi, qui creusa le célèbre canal royal de Babylonie servant aux irrigations d'une grande partie de la Chaldée et augmentant, dans une notable proportion, la fertilité de cette région.

De la seconde moitié du dix-septième siècle au quinzième siècle, période qui représente le temps où les grands conquérants égyptiens étendirent leur pouvoir sur les vallées de TEuphrat^ et du Tigre, comme sur toute l'Asie occidentale, l'empire chaldéoassyrien n'existe plus à proprement parler; il s'y est fait un brisement général; chaque grande ville est devenue le centre d'un petit État goiverné par des princes indigènes, vassaux des pharaons. C'est seulement au quinzième siècle avant Jésus-Christ, alors que cet état de choses durait encore dans la Chaldée, que le premier empire assyrien parait avoir été fondé ; et ce n'est qu'en 1314, sous Téglath- Samdan V\ que les Assyriens semblent s'être emparés définitivement de Babylone et de la Chaldée, forçant les vassaux des Égyptiens affaiblis à devenir leurs sujets. Ce furent de tristes vassaux I Toujours en révolte contre leurs suzerains, non seulement tant que dura cette première' dynastie dont Téglathphalasar P', qui inaugura les conquêtes assyriennes au delà de l'Euphrate, fut le plus célèbre représentant, mais encore, sous les grands princes de la dynastie suivante qui élevèrent si haut la gloire de Ninive. Les princes assyriens surent conquérir, mais jamais

ils ne sure&t annexer* Maintes fois ils parcoururent en vainqueurs FAsie oceid^ntale; mais presque derrière eui» le» peuple» vaincus se révoltaient, et tout éliait k refaire. De là une excessive cruauté dans la répression et, comme conséqjuence, une haine extpême qui finit par réunir tous les vaincus dans une même révolte, causa la chute du premier empire assyrien et la ruine absolue de Ninive^

L^déed'une organisation administrative, d'une cour castration: poÙtâquen'existait paa chez lest Assyriens^ Un prince vaincu était presque toujours cruellement mis à mort et remplacé par son compétiteur qui, dès qu'il en trouvait l'occasion, proclamait à nouveau rindépendance du pays qu'ils était appelé à gou** verner. La grande dynastie fut fondée par Belkatirassou (Bélitaras) ; on y trouve les noms célèbres de Teglath-Samdan , d'Âssournazirpal , de Salmanassar IV, de Binlikhous, de la reine Sammouramii, sans doute la Sémiramis des Grecs; elle se termina, comme on le sait, avec Assourlikhous oa Sardanapale. Ces princes orgueilleux dans leur meilleur temps promenèrent leurs armes victorieuses du fond de la Médie aux rivages méditerranéens, de Fem* bouchure de TEuphrate au Pont-Euxin. L'un de ces» souverains, Salmanassar IV, a laissé des inscriptions relatant ses trente et une campagnes. Cette dynastie finit misérablement sous les coups d'Arbace le Mède et de Balazou le Babylonien; ces grands princes n'é* taient en somme que des guerriers pillards qui rapportaient dans leur camp, puis dans leur capitale» le produitde leurs rapines.

Dea< ruines du premier emfÂre assyrien s'éleva biei^ôt*, uo* ncmve&u grand État^ auquel Thistoire a donné le nùmidë second empire assyrien; c'est< bien i toujours dans les pays du haut Tigre qu'il faut chercher le siège de sa puissance. Babylone^ dont les habitants avaient tant contribué à la chute de Ninive, ne sut, pas maintenir la > prépondérance acquise ; et^ dèsr la mort de Rhul-Balazou, l'empire assyrien» renaît de ses cendres avec Téglathphalasar II, descendant retrouvé de l'acienne dynastie. C'est lui qui emfioienacapiives* en Assyrie les trois tribus d'Israël » Rùbe&^Gad et Manassé et rendit Achaz, roi de Juda, tributaire ; tandis que vers l'Orient il poussait ses conq|iète»«pire6que jusqu'à Ja frontière de l'Inde. Peu de temps aprèë sa mort» le trône échut au grand Saryukin^.qui remplaça Ninive par Khorsabad, dont les monuments aujourd'hui mis au jour sont comme un grand livre oîi l'histoire assyrienne est écrite. Saryukin, vainqueur de Mérodach-Baladan, fit rentrer Babylone sous le joug assyrien, en fit la seconde cfi^)|îtale de l'empire et étendit dans tous les sens les limites de ses Élats; Il donna à ses sujets la plus^ grande somme de gloire qu'ils eussent jamais obtenue; aussi Sennachérib, son successeur et son émule, qui affirma son pouvoir par la reconstruction de Ntmve, put*il dire : « J'ai réduit sous ma puissance tous ceuxv qui portaient' haut la tète. » Mais, telle est l'inanité des; choses humaines que ce même Sennaehérib mourut assassiné par plusieurs de ses fils*

Assaorc^addon; us autre' de ses enfants, vainqueur

des meurtriers, lui succéda, et dans son pouvoir et dans sa gloire. Il poussa ses conquêtes jusque dans la vallée du Nil et dans le fond de TArabie. Ce furent de nouvelles acquisitions dont son fils Âssourbanipal, tout grand guerrier qu'il était aussi, eut bien de la peine à maintenir la soumission. Comme ses prédécesseurs du premier empire assyrien, Assourbanipal passa tout le temps de son règne et usa toute son énergie à vaincre des révoltes sans cesse renaissantes. Ces grands empires assyriens qui ont si longtemps dominé en Asie sont loin d'avoir eu , dans les progrès de l'humanité, la part qui aurait dû leur revenir ! Leur décadence vint du même pas que leur prospérité. Quarante ans après Assourbanipal, Cyaxare, roi des Mèdes et Nabopolassar, roi de Babylone, assiègent Ninive; cette ville succomba, fut définitivement détruite et la monarchie assyrienne avec elle.

Babylone profita de la ruine de Ninive et devint dès lors la capitale incontestée d'un nouvel empire chaldéo-assyrien dont le souverain le plus célèbre fut Nabuchodonosor, qui vainquit Néchao à Karkemisch, conquit et détruisit Jérusalem, emmena les Israélites en captivité, prit et détruisit la superbe Tyr, fît de Babylone la reine de TOrient et finit par la démence. Mais la monarchie des Perses grandissait vers rOrient, et Cyrus avec elle. Babylone était une riche proie pour les barbares de l'Iran; aussi les vitelle, moins de trente ans après la mort de Nabuchodonosor, enceindre ses murailles et venir par le lit desséché de l'Euphrate, égorger au milieu des

festins son roi Belsarossar (Ballhazar), trop confiant dans rinexpugnabilité de ses remparts. Babylone vaincue ne fut pas détruite, mais elle déchut de son rang de capitale, et peu à peu mourut d'anémie. Un jour même on ne la trouva plus dans le désert et les cartographes Foublièrent.

En Chaldée, en Assyrie, comme en Egypte, on retrouve à Torigine de toute notion religieuse, surtout lorsqu'on s'élève au-dessus des superstitions populaires, ridée première de Funilé divine; mais on l'y retrouve immédiatement défigurée par des conclusions panthéistiques qui, amenant la confusion du Créateur avec l'objet créé, enlevèrent à l'imagination humaine toute base dont elle puisse se servir pour acquérir une notion même théorique de la divinité. Dès que l'homme a l'idée de Dieu, il a besoin de donner un corps à cette idée. Les Chaldéo-Assy riens crurent trouver dans ces constellations brillantes dont les belles nuits de leur pays leur fournissent incessamment le spectacle, les manifestations de ce Dieu qu'ils ne pouvaient comprendre. Insensiblement ils les adorèrent. Ce grand Dieu qu'ils vénéraient sans le connaître, duquel tout découlait pour eux, les Chaldéens l'appelaient Ilou et les Assyriens Assour. En dehors de lui on tombait en pleine mythologie. Ses trois premières manifestations étaient Anou (le Chaos), Bel (l'Organisateur), et Ao (l'Intelligence); puis, comme tout masculin doit avoir son féminin], ils admirent trois divinités féminines. C'était l'absurde! Bien d'autres divinités encore avaient au firmament une représentation

446 L'HOMME DANS L'HIStOIRE.

SOUS la forme de laquelle elles étaient généralement adorées.

Il ne faudrait pas chercher dans ce fait la preave que les Noachides n'avaient jms, avant leur dbpersion, la connaissance de la vérité; maison doit en conclure qu^ la civilisation des TouMniens de la Mésopotamie et delà Chaldée était une civilisation toute matérielle et très antérieure à celle des Noachides. Ces derniers, en se confondant avec eux, séduits par un bien-être inconnu jusqu'alors, perdirent les notions du vrai qui furent celles de leurs ancêtres et que leurs chefs avaient bien apportées sur les rives de l'Euphrate et du Tigre puisque les Kouschites qui poussèrent au delà, les conservèrent jusqu'en Egypte et que le Sémite Abraham sut les transmettre à ses descendants.

Si les ÂssyrO'Babyloniens peuplèrent leur Olympe jusqu'à l'exagération, ils ne rendirentdu moins aucun culte aux rois, soit avant, soit après leur mort. Pour eux, tous les hommes, même les rois, étaient enclins au péché et soumis aux dieux; mais le roi, vicaire des dieux, avait sur terre pouvoir spirituel et pouvoir temporel. Aussi les monarchies assyrienne et babylonienne représentent-t-elles les types les plus complets de l'omnipotence du pouvoir ceiltral. C'est l'épanouissement du despotisme. Des peuples vaincus, des despotes soumis remplaçaiit des despotes insoumis; des chefs militaires sans résidences fixes n'étant responsables qu'envers 'leur ^souverain, chef lui-même d'un peuple qui n'est qu'une mrmée victorieuse. Il dispose du spirituel connne du tem-

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porel envers ses sujets, tous égaux devant lui. Toutes les richesses extorquées aux peuples vaincus, que ses représentants n*ont pas jugé convenable de garder, lui viennent ; et ce sont ces richesses qu'il déverse à son tour sur des courtisans qu'elles amollissent. Ces souverains établissent ainsi un cycle dans lequel les biens arrachés au vaincu finissent par triompher du vainqueur. Tel est, on ne saurait trop le redire, le tableau qu'offraient ces premiers grands empires de l'Asie occidentale. On est toutefois forcé de reconnaître que cet état de choses est fatal. Le pouvoir despotique n'est-il pas le seul qui puisse maintenir sous des lois communes des peuples aussi différents de mœurs, de langue et d'habitudes que l'étaient l'Arabe nomade du sud, du montagnard arménien, le cultivateur juif ou le commerçant phénicien, du Kourde indomptable ? Un gouvernement régulier et libéral ne peut exister que chez un peuple homogène. La monarchie absolue est la condition inéluctable des grands empires échafaudés par la conquête ; mais comme la conquête est nécessaire pour faire les grands Étals, le despotisme se retrouve, bien que sous différentes formes, à l'origine d'agglomérations dont la civilisation a commencé à éclairer le monde.

L'Assyrie et la Babylonie étaient les terres classiques de la polygamie et de l'esclavage. Le chef de famille n'y jouissait pas envers les siens d'un pouvoir moins absolu que celui que le monarque exerçait sur ses sujets.

Malgré leur manie de déification qui allait jus-

qu'à placer toutes les circonstauces de la vie sous le patronage de génies particuliers, on peut dire que les Assyro-Chaldéens ont été une race grande, intelligente et brave. S'ils ont été viciés par l'élément touranien, ils ont au point de vue moral laissé dans le monde des traces moins profondes que les Égyptiens comme civilisation matérielle et comme culture intellectuelle, grâce au mélange des aptitudes des trois races qui les ont formés ; ils ont donc été plus utiles à l'humanité. Plus que les Égyptiens ils se sont frottés aux peuples voisins, et ils leur ont inoculé plus de germes de progrès.

Les prêtres de Babylone et de Ninive représentent certainement le groupe le plus érudit de l'extrême antiquité. Ainsi, la nécessité d*élablir des moyens de communications intellectuelles, écrites ou verbales, entre des populations d'origines différentes qui, mêlées les unes aux autres, étaient en rapports constants, enfanta parmi elles, de nombreux adeptes de la science grammaticale. Il fallut établir les synonymies nombreuses des différents dialectes, classer et indiquer les valeurs phonétiques des différents signes. Ces prêtres s'en tirèrent à leur honneur; et les ouvrages aujourd'hui retrouvés dans la bibliothèque d'Assourbanipal en font foi.

On a exhumé, encore gravés sur les tablettes en terre, feuillets des livres assyro-chaldéens, quelques contrats particuliers qui prouvent que les riverains de l'Euphrate et du Tigre avaient quelques notions de droit, des listes chronologiques d'un prix inestimable pour ceux de nos savants qui cher-

chent à rétablir Thistoirede TAsie occidentale, des ouvrages religieux ; et enfin, de précieux fragments géographiques et statistiques, documents qui servirent évidemment de base aux ébauches de Tadministration de ces vastes empires.

La médecine parait avoir été absolument inconnue à ces peuples pour lesquels toute maladie était due à Taclion d'un génie malfaisant ou hostile; la seule médication était de chasser ce génie par des exorcismes ou par Tintervention d'un génie plus puissant. L'histoire naturelle, en tant que purement descriptive, ne leur était pas inconnue; mais les sciences qui aussi bien à Ninive qu'à Babylone primèrent toutes les autres, celles que les Assyro-Babyloniens poussèrent assez loin pour que certaines de leurs découvertes aient été l'origine très réelle de progrès modernes, ou que, conservées d'âge en âge elles soient encore utilisées aujourd'hui, ce sont les mathématiques et l'astronomie. Pythagore parait leur avoir emprunté le système de multiplication qui fut l'une des causes de sa célébrité ; ils surent calculer le mouvement moyen journalier de la lune et prédire les éclipses de cet astre. Les premiers, divisant l'écliptique en douze parties égales, ils créèrent le zodiaque. On leur doit : la division du grand cercle en 360 degrés, du degré en 60 minutes, de la minute en 60 secondes ; la division de la semaine en 7 jours, de la journée en 24 heures, de l'heure en 60 minutes, de la minute en 60 secondes. Ils avaient calculé une période de précession des équinoxes qui leur donnait une division cosmique dont

Barbie du Bocaos. 29

60 était aussi le dernier terme. Ayant adopté le système sexagésimal, multiple à la fois de 10 et de 12, ils eurent le talent de ramener toutes les mesures à Tunité linéaire qu'ils s'étaient choisie; et leur méthode, bien que dénaturée d'âge en âge, eut cette gloire insigne d'avoir présenté, presque à l'origine de l'histoire, un ensemble si admirablemenl coordonné qu'il faut se reporter au système métrique français pour trouver son similaire. Ce qu'il y a d'étonnant, c'est que les Phéniciens, les Grecs et plus tard les Romains qui cherchaient évidemment toutes les occasions d'étendre leur domaine intellectuel, n'aient saisi que quelques parcelles de ces découvertes, de ce merveilleux agent de la civilisation.

Dans le domaine intellectuel l'art tient une grande place après la science et, dans cet ordre d'idées, les Assyriens ne doivent pas être oubliés. Moins religieux que les Égyptiens ils n'ont pas su, comme eux, idéaliser leurs œuvres; mais ils ont laissé, des gens et des choses, une représentation, si l'on peut employer celte expression en parlant d'une antiquité si lointaine, plus réaliste. Ils n'eurent pas à leur disposition, comme les Égyptiens, ces admirables matériaux dont la dureté n'était égalée que par la patience, par le dévouement de l'ouvrier; ils travaillaient sur une pierre relativement tendre qui se fût mal prêtée à la statuaire et qui ne pouvait être employée qu'à la confection de bas-reliefs ou ée statues aux traits énormes. Aussi est-ce dans les seuls bas-reliefs qu'il faut chercher les pages véri-

ASSYRO-BABYLONIENS. kM

tablemenl belles de la sculpture assyrienne, celles qui, transmises aux Grecs par les populations de TAsie Mineure, leur fournirent des modèles dont les remarquables dissemblances avec ce qu'ils avaient pu prendre à l'art trop raide et trop conventionnel de rÉgypte, leur permirent, ne tombant ni dans un excès, ni dans Taulre, mais en prenant à l'un son fini, à l'autre sa vie, de créer ces œuvres qui, encore aujourd'hui peuvent passer, à juste titre, pour le dernier mot de la statuaire.

La gravure sur les pierres dures qu'ils prenaient à leurs ennemis fut très en honneur en Assyrie; mais de toutes les parties de l'art, l'architecture fut plus franchement originale, chez les Assyro-Babyloniens. Là, au contraire de ce qui se passe ordinairement pour la sculpture, ce sont les premiers monuments chaldéens qui servirent de type aux célèbres et colossales constructions de Khorsabad et de Ninive, et qui plus tard furent, dans une certaine mesure, le modèle adopté par bien des peuples de l'Asie occidentale. Mieux que tous les autres, ce type s'adaptait au climat brûlant de ces contrées. La pyramide carrée ou parallélogrammatique formée par une colline factice, enveloppée de la base au sommet, de murailles en briques cuites ou crues, sèches ou humides, en retrait les unes sur les autres, surmontées de terrasses recouvrant des salles de toutes grandeurs qui ne recevaient de jour que par le haut : tel était le type admis qui semble avoir été conservé à Babylone. Les Assyriens apportèrent à cette combinaison de nombreuses modifi •

cations, entre autres celle de recouvrir ces mêmes murailles à Texlérieur, de bas-reliefs en pierre et à l'intérieur, de colonnes, de peintures ou de briques émaillées.

Ce n'est pas en vain que le sang de Cham était largement représenté dans la population chaidéenne; les Kouschites établis en Mésopotamie, malgré leur mélange avec les Touraniens, avaient non seulement conservé, mais développé leurs qualités natives. Ils donnèrent dans cette contrée, à l'industrie et au commerce, qui semblent, parmi les descendants de Noé, avoir été l'expression particulière de leur génie, un prodigieux essor; aussi les grandes villes de la Chaldée, et particulièrement Babylone, qui par l'Euphrate déversait ses produits sur tout le littoral du golfe Persique et jusque dans l'Inde, devinrent-elles les grands centres industriels et commerçants de l'Asie occidentale.

Les Chaldéens et, dans une moindre mesure, les Assyriens, durent dès l'origine cultiver les vallées de leurs grands fleuves; mais, voisins de déserts arides, ils comprirent bientôt, en Chaldée comme en Assyrie, que la condition première de toute végétation, est l'humidité. C'est par elle qu'on empiète sur le désert. Aussi, les uns comme les autres, passèrent-ils maîtres dans l'art de l'irrigation; el leurs travaux, en augmentant considérablement la surface cultivable, en ont fait, dans ce genre, les émules des Égyptiens. En étudiant leur histoire, on y rencontre un fait remarquable entre tous, qu'on ne peut passer sous silence et que ne doit jamais

oublier Thomme d'État, à quelque temps, à quelque nation qu'il appartienne ; lorsque les premières migrations parvinrent dans les pays assyro-chaldéens, elles trouvèrent le vaste demi-cercle formé par les montagnes de TÂmanus, celles du plateau arménien, de la Médie occidentale et de la Susiane, couvert de vastes forêts qui, conservant l'humidité, donnaient à TEuphrate, au Tigre, et à leurs affluents, un débit considérable, qu'il fut relativement facile d'employer à l'irrigation des parties brûlantes de la Mésopotamie et des contrées voisines ; d'où, pour ces peuples, une ère de prospérité et de grandeur.

Mais plus tard, lorsqu'à la suite de guerres sans cesse renaissantes, de révoltes étouffées par la dévastation, ces montagnes perdirent leur couronne de verdure, la destruction allant sans cesse en grandissant, comme la boule de neige qui grossit lorsqu'elle roule, des plaies sans nombre frappèrent ces régions. Les sources se tarirent, le niveau des fleuves baissa, les canaux servant, soit aux transports , soit à l'irrigation, séchèrent, les sables reprirent leur empire, la richesse disparut, la population diminua, la prépondérance politique s'évanouît, et sur ces grands États, s'étendit le linceul du désert!

Tel sera toujours le sort des pays dans lesquels on aura laissé détruire la richesse forestière !

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