XVI PRÉFACE
genre faussent Tesprit el conduisent à une sorte d'incrédulité. Comme catholique, sincèrement persuadé de la bonté et de la beauté de ma religion, je pourrais fermer les yeux et, la foi dans Tâme, attendre de Dieu tout salut. Si ces personnes veulent bien me permettre de leur répondre, je leur dirai que le Créateur ne nous a pas faits pour cela. S'il nous a donné certaines forces, c'est pour que nous soutenions la spiritualité contre la matérialité, la justice contre la barbarie. C'est pour que nous prouvions que la religion est le fond de la moralité publique, de la civilisation et de la lumière. C'est à nous d'indiquer et de défendre le progrès immense que cette religion réalise sur les temps antérieurs; c'est à nous de montrer qu'elle a en elle assez de grandeur pour porter en son sein le germe des progrès futurs et qu'elle donne assez de vertueux enseignements pour offrir du baume à toutes les blessures. Aussi j'ai toujours pensé que vivant dans un des siècles les plus tristes peut-être, comme intelligence morale, qu'ait traversés l'humanité, il était du devoir de tout homme de cœur, de chercher en lui, et même autour de lui, le moyen de cicatriser nos hideuses plaies sociales.
Couvert d'abord par des pensées politiques, c'est le scepticisme, père de tous les appétits et source de tous les vices, qui a pris naissance ; c'est l'incrédulité banale, gangrène qui dévore, c'est l'incrédulité béte, celle de l'homme qui ne sait pas. Souffrant
PRÉFACE. XVH
moralement il croît sa souffrance être une valeur, ne s'apercevant pas qu'elle est au contraire l'effet de rupture avec la qualité secourable . de son prochain. C'est celte incrédulité qui fait que, rejetant le bien, on voit partout l'injuste l'emportant sur le juste, le crime dominant la vertu. Mon but (et je pense me montrer véritablement chrétien) est de prouver à ceux qui croient aux errements des théories médiocres, nouvelles et ambitieuses, qu'on les trompe en leur disant que la religion est un mensonge. Rien n'est plus beau, plus pur, plus vrai que l'amour de Dieu. C'est ce que je m'efforce de démontrer !
En 1869 j'ai lu, je ne sais plus dans quel livre^ les lignes suivantes : « Tant qu'il y aura un Dieu, il y aura un culte pour lui. Tant qu'il y aura un culte, il y aura des prêtres. Tant qu'il y aura des prêtres, il y aura une église.
« En voulant donc se débarrasser de toute église, de tout prêtre, de tout culte, il faut se débarrasser de Dieu.
« Travaillons donc à démolir l'idée de l'existence de Dieu. »
Telles sont les doctrines froidement énoncées qui m'ont mis la plume à la main. J'ai pensé que s'il était des gens assez niais pour attaquer Dieu, il y aurait forfaiture à ne pas le défendre. Si j'élève la voix en faveur d'un ami calomnié, pourquoi n'en ferais-je pas autant pour ce divin Créateur dont je ne puis me