DES DEUX TEXTES ÉGYPTIENS SCULPTES SUR LA PIERRE DE ROSETTE
(H. I. i) '*'. Expression tropique de Tidée argent j le ^hrt copte ^'^
Ce groupe nous offre Texemple de l'emploi simultané de deux procédés différens que les Égyptiens ont employés pour la détermination des signes tropiques de leur écriture : nous allons voir que Tun des caractères qui le composent est employé par métonymie y l'autre par métaphore. Le premier représente une espèce de creuset : isolé , il n'a été ordinairement employé que tropiquement pour exprimer
* La lettre H indique le texte hiéroglyphique de la pieire de Rosette que noiu ayons reproduit dans nos planches nomerote'es 1,6!, etc., jusqu'au no 12 indusÎTement : le chifire romain I, U, HI , IV , etc. indique la Ugne du texte en question, et les numéros arabes , i , 9, 3, etc. , indiquent les différens mots portant les mêmes numéros dans les planches précitées.
J'ai fait usage d'abrériations semUaUes pour les articles relatifs au texte démotique de notre pierre; seulement au lieu de la lettre H , j'ai employé la lettre D. Au reste, quant aux citations des planches en général, je prie le lecteur de relire Farertiasement que j*ai déjà placé en tête de Tlntrodnction (cf. suprà pag. 5).
** Ce passage du texte hiéroglyphique de Rosette correspond aux lignes 33-34 du texte grec, et à la ligne 19 du texte démotique oii il est parlé des dons faits au temple d'Apis par le roi Ptolémée en or , argent} blé, et pierres prédeuses, etc. j^opnyn9aç îtç otvtt xpwcov xt xai apyvpiev xot XiOmv «oXv- TtXaiy, etc.
On ne manquera pas d'obserrer que la ligne du texte hiéroglyphique par laquelle j'ai commencé mon analyse grammaticale n'est pas la première de la partie qui nous reste de ce texte précieux ; mais les fragmens des trois lignes qui précèdent sont si petits, les firactnres de la pierre dans cet endroit sont si fréquentes , qu'il est impossible d'en tirer un sens suivi. Pour lors j'ai cru inutile d'en tenir compte : seulement j'ai eu soin, toutes les fbb que l'occasion s'est présentée, dt rapporter et d'analyser dans le courant du Tolume les parties lisibles des firagmens en question.
(94) ridée de or^ aurum, le ÎYOT& des textes coptes. Des faits nombreux peuvent démontrer ici mon assertion. Je dois citer en première ligne un bas-relief tirée des catacombes de Thèbes et publié à la planche LI {Mon. cw.) des Monumenti delF Egiito e délia Nubia^ etc. : ce basrelief représente une fabrique è! orfèifrerie , la fonderie de Vovy etc. Au-dessus de l'image de \ orfèvre y on voit écrit le groupe phonéticosymbolique mnkh (noub) (planche 41^ i) : le mot mnkh étant une transcription exacte du copte julK^^ ju^KK tra{>aillery fingere, fahricarcy il n'est pas permis de douter que la petite inscription n'exprime le mot composé JU^XtK-î^OYÊ, orfèi^re.
Il existe d'autres preuves non moins évidentes de la signification que je prête au caractère le creuset. Les chapitres lo, 12 et i5 (sect. III) de la troisième partie du grand Rituel funéraire égyptien sont accompagnés chacun d'une vignette différente qui représente divers emblèmes; le chap. 10 se rapporte a l'image d'un objet ordinairement appelé m7omé/r^ , le chap. 1:1 a rimage d'un i;att/oi/r, le chap. i3 a l'image d^m collier. Dans les exemplaires les plus soignés du Rituel ces différentes images se font remarquer par une dorure dont elles sont recouvertes; dans les autres exemplaires on les voit perpétuellement peintes en jaune. Or^ dans Texpression des titres de ces trois différens chapitres, on trouve l'image du creuset (suivie du déterminatif générique àes minéraux**) employée comme qualificatif a la suite du nom propre des trois différentes images que représente la vignette (cf. 41 , 3. ro entât en (nodb), c'est-à-dire chapitre du nilomètre dor; ib. 5, Ro en (noure) en (noub), chapitre du vautour d'or; ib. ^, Ro en osch en (noub), chapitre du collier dor).
Je dois encore faire observer que notre caractère le creuset se rencontre une seconde fois dans le courant du texte hiéroglyphique de Rosette : c'est a la ligne Y, 3 , oii il est question d'une châsse dorée dédiée au roi Ftolemée , et où le texte grec emploie l'expression de vaov xpvKTouv *. Le texte démotique fait usage plusieurs fois de la forme
* Lig. 4^* Voir lei Eclaireissemens sur Ftnscnptian grecque de Roseîte , par M. Ameilhon. ** n consiste dans le caractère trois molécules arrondies.
(95) enchoriale du caractère en question, toujours pour exprimer l'idée de or ovL doré {cï. D. iig. XIX, XXIV, XXV, etc. : Voir plus bas l'analyse grammaticale de ces difTérens passages).
J'ai déjà eu l'occasion^ dans ma Campagne de JRhamsès'le''Grand (Sesostris)^ etc. '*', de démontrer la signification du signe avec lequel nous voyons se grouper notre caractère tropico-métonpnique de l'or. Il représente l'image d'un oignon telle que les grandes inscriptions peintes l'ont fait reconnaître : la Grammaire hiéroglyphique de feu ChampoUion nous apprend que l'image d'un oignon était employée tropiquement pour exprimer Tadjectif 6/a/ic. Comme aucune preuve n'accompagne l'assertion de l'hiérogrammate, j'ai dû la chercher dans la comparaison des textes. Parmi les faits que j'ai cités à cette occasion dans Tou* vrage dont j'ai parlé, je rapporte le suivant. J'ai remarqué, sur les monumens provenant du sol de Memphis, qu'il est fait presque toujours mention, dans les inscriptions qui les accompagnent, d'une région ou partie de cette ville : le nom de la région y est exprimé par l'image d'un mur accompagnée de celle de l'oignon (41 ^ 5). Plusieurs individus dont on a retrouvé le sarcophage dans la nécropole de M em* phis portent le titre de mour , c'est-à-dire attaché à cette région , et le dieuPhtha, dieu éponyme de la ville, reçoit ordinairement le titre de HRAi-HÎT (en copte id.) président de la région dont il s'agit. Je n'ai jamais douté que ce fût là le nom d'une partie quelconque de l'ancienne ville de Memphis **, celle où dut exister le grand temple de Phtha. Maintenant, d'après la valeur que nous accordons à V oignon, cette région se devait donc appeler la région ou le quartier du mur blanc. Ayant réfléchi sur les différentes notions que les auteurs anciens nous ont transmises sur la vieille capitale de la Basse-Egypte , je crois avoir trouvé un passage qui , en confirmant mon opinion , peut en même tems nous offrir une preuve convaincante de la valeur attribuée à Yoignon. Thucydide nous raconte *^* qu'Inarus , fils de Psammeticus,
* Paris, chez Dondey-Dopre , i833y pag. 109.
*^ Les inscriptions d^un grand sarcophage en pierre calcûre du musëe de Leyde noas rapprennent d^one manière formelle : ce sarcophage appartenait à un prêtre du temple d'Arsinoë phUadelphe, qui est a Memphis , dans la région ( le quartier) du mur blanc,
*** Liv, I, chap. io4«
(96) étant allé faire la guerre en Egypte contre les Perses qui occupaient cette contrée , appela a son secours les Athéniens ; ceux-ci se portèrent sur le Nil , et ayant enlevé aux Perses deux quartiers de la ville de Memphis^ les contraignirent à se retirer dans le troisième qui s'appelait le mur blanc , Tpcrov y/poç o xoAecrae Acux^ Tcîjjoç. Je ne doute pas que ce nom de Leuconticos ne soit la traduction grecque du nom
égyptien mur que j'ai cité (41 ^ 5). La circonstance des Perses qui
s'y étaient réfugiés comme dans la partie la plus forte de la ville prouve que c^était là la citadelle {arx) de Mempliis. Gela expliquerait pourquoi ce quartier était , comme nous Pavons remarqué^ la résidence principale de Phtha, dieu éponyme. Quoi qu'il en soit.de la destination de ce quartier de la ville de Memphis^ il suffira, pour notre question» d'admettre que le nom de Leuconticos y que lui donne Thucydide , est la traduction de l'expression égyptienne précitée (41 f 5) , pour qu'il reste démontré que la valeur du caractère Voignon est vérita-* blement celle de blanc.
Le rapprochement que je viens de rapporter , et auquel je me bornais dans ma Campagne de Rhantsès-le-Grand, peut recevoir, pour la conséquence que j'en tirais, la confirmation la plus complète. On rencontre, parmi les inscriptions (habituellement analogues) des tombeaux de Saquarah, de Benihassan et de Thèbes^ une liste de noms d'offrandes. Parmi ces offrandes figurent différentes espèces de vin , p. ex. : le vin de la haute Egypte^ le vïn de vigne, de treillage ^ le vin rouge et le vin blanc ^ îrp-ouobsch (41 > 6) , en copte id. Souvent les inscriptions en question expriment cette dernière espèce de vin parle groupe 41 > 7» oii le mot ouobsch, blanc, est remplacé par l'image de Voignon (cf. Monumenti deW Egitto , etc. Vol. III Mon. cii^., page 376).
Il y a plus : le Rituel gnostique existant au musée de Leyde nous offre, parmi une foule de noms de plantes et de minéraux qu'on y trouve écrits au verso, le groupe n"" 8 , 41 9 traduit interlinéairement par le mot grec composé Acuxondefxov : le qualificatif Aeuxoç, blanc, y est représenté par la forme hiératico -démotique de l'hiéroglyphe l'oignon. Les signes phonétiques k, t ou th, et ô, qui précèdent ce qualificatif, et qui forment un mot dont la signification était celle àeflos ,
âvdcfjiov, font penser au copte JUi£92^10 ou UET^^ICJLT^ qui indique la
fleur d'une plante particulière. La planche XLI (M. R.) des Monu"
menti delT Égitto nous offre Tiniage de quatre veaux de différente
couleur : on yoit le caractère V oignon tracé devant un veau blanc.
A la ligne vit , 9, H ^ où il est parlé du roi Ptolémée qui a illustré la Haute et la Basse-Egypte , l'idée illustrer ^ le ^iroeev e^ e(pocyy) du texte grec i y est rendue par un groupe que je reproduis à la planche 41» 9; notre hiéroglyphe l'oignon en fait partie. Je vais expliquer ici ce groupe dont l'analyse offre encore une confirmation de toutes les doctrines que j'ai exposé jusqu'ici relativement à l'hiéroglyphe en question.
Si l'on applique leur valeur phonétique aux signes qui composent le groupe précité 9 , 41 1^ signification que lui attribue le traducteur grec reçoit une coufirmation formelle , puisqu'on obtient une transcription exacte du mot copte COirc^ COZirc ou CtUT^ qui a, entre autres significations, celle de celebris, insignis; le texte démotique ( D, XXVII, Sa ) porte dans l'endroit correspondant au H, VII, 9, une transcription exacte (41 9 10) du groupe hiéroglyphique en question. Or, j'ai eu l'occasion dans le passage précédemment rapporté de ma Campagne de Rhanisès-le-Grand (page 109, seqq.)^ d'expliquer étymologiquement l'origine de ce mot soeit (41 9 9 et 10) : j'ai démontré ( et j'aurai occasion de reprendre cette question dans la suite de ce volume) , qu'il est dérivé d'un mot perdu dans la langue copte, OIT ou OEiT (41 9 1 1) y qui signifiait, dans l'ancien égyptien , blanc j et par antonomase, clarus, insignis ^ célèbre : au moyen du préfixe s , qui donne aux racines un sens transitif, on en obtient le groupe SOEIT (41 9 9) qui littéralement ne signifie autre chose que foetus clarus , rendu blanc, c'est-à-dire rendu illustre, le iroeiv t^ttpaeirn. Maintenant, si le mot oeit (41 > 1 1)9 qu'on rencontre à chaque pas dans les Rituels funéraires égyptiens, signifiait blanc, tel devait être aussi le sens de l'hiéroglyphe isolé Y oignon, puisque les variantes de ces mêmes Rituels * me l'ont offert très-souvent à la place du mot en question : il est à remarquer que , dans l'orthographe même de pe mot, il %ett perpétuellement et de préférence à tout autre homophone à exprimer la voyelle o initiale.
(98) Le sens partiel et Temploi des deux caractères^ qui forment le groupe n"" i (Hg. I) du texte hiéroglyphique que nous analysons , étant ainsi démontré, il n'est plus permis de douter que, pour exprimer ridée argent y les anciens Égyptiens , par un procédé tout-à-lait conforme au génie y soit de leur langue parlée , soit de leurs écritures, représentaient celle de or blanc. Il n'est pas rare , dans les inscriptions historiques qui couvrent les grands palais de Thëbes et dlbsambouly et dans lesquels on lit les tributs imposés par les Égyptiens aux nations vaincues, il n'est pas rare, disons-nous, de rencontrer la phrase suivante : « les chefs de la terre étrangère apportent leurs tributs en or , argent (or blanc) , émail y cuivre ^ etc. )> (em mocb, HAT, sscHBT, MOFK ,« ctc. ) *• Il Serait permis, d'après ces exemples, de restituer une partie de la phrase perdue dans l'endroit que nous analysons de rinscription de Rosette , celle qui précédait immédia* tement notre groupe n"" i ( lig. I ) , puisque le texte démotique et le texte grec parlent aussi de dons en or^ en argent ^ etc. Au reste nous verrons que le texte démotique remplace notre groupe hiéroglyphique or blanc par une expression phonétique qui transcrit exactement le copte ^hrx ^ argentum. Je n'ai pas encore rencontré dans
les textes en écriture hiéroglyphique ou hiératique d'exemples d'une semblable transcription : l'idée d'argent y est toujours exprimée par les signés tropiques de l'idée or blanc **•
* Cf. entre autres les inscriptions relatÎTes aax conquêtes de Mœris sur la muraille numérique do grand sanctuaire de Xamak.
** QvC'û me soit permis d'syouter ici on dernier mot relatÎTement an groupe hieroglyphi^e ^e je Tiens dVxpliquer. Quant à la signification argent , que je lui prête, je crois inutile d^en citer d^autres preuves, elle me parait désormais hors de doute ; mais on pourrait tronyer quelque inexactitude dans Texpresakiii or blanc , par laquelle j^ai cru pouvoir traduire les él^mens isolt's.dont il se compose. Au surplus voici la seule modification qu'il serait possible , ii mon avis , d'introduire dans les phrases que j^ai adoptées. En décrivant à la page 66 et cfl le caractère tropique de Tidée Or, je n^al peut-être pas fait usage de Pexpression lapins claire en lui donnant le nom d'une espèce de creuset] il ne. représente qu'un ceuioiroa écuelle à fond percé garnie d^un linge pour couler une matière Uçuide qu^icortque ; les çxtrànités de ce linge retombent des deux côtés de Fécnelle, du fond de laquelle le liquide se distille en gouttes (voir la forme hiéroglyphique ^ure, 2 frû, 41]. Les Égyptiens n'ont adopté dans leur écriture cette image que pour rappeller tropiqnement l'idée àH méianx qu'on coulait ou fondait an cmuet : l'idée dn Tur» W plus précieux des métaux , le métiil par excellence a été exprimée par Timage en question sans qu'aucun antre caractère ou qualificatif l'accompagne ; lorsqu'il s'agissait de rappeler l'idée ài'argent , on la traçait en union avec le caractère tropique blanc.
C 99 ) (Jl, l^ 2). Bà, nOf et, aussi, même: ce mot .est une transcription exacte du copte ^CXI^ qui a une signification identique. Il revient
encore une fois dans le courant de cette même ligne; seulement la feuille de roseau o y est remplacée par son homophone Vavam^bras, (cf. H^ I^ 12). Notre texte hiéroglyphique nous offre plusieurs autres exemples de l'emploi de la conjonction hô, et toujours à la place, soit du grec xar, soit du démo tique aoua , le copte 2>TaT , et (cf. IV, 56;
VIII, ai ; Xll, 16, etc. du texte H). Le mot ^ox avec la signification
de etiam, aussi, même, n'a été primitivement employé dans le copte qu'en union avec les pronoms isolés , qui deviennent alors des pronoms énergiques. Ex. : ^KOK-^CJLI ou i^KOK-^OT, moi aussi, moi^
même y n<TOK-^OK, toi-même ; etc.
Les textes hiéroglyphiques m'ont offert des exemples du mot nd qui nous apprennent sa signification véritablement primitive : il sera au moins curieux de comparer cette signification avec celle de et, etiam , qu'on lui a attribué par la suite. Les textes sculptés de toute espèce , les manuscrits , etc. , ncrus montrent constamment que ce mot y suivi du déterminatif symbolique perpétuel des noms des divers membres du corps humain (41 9 1^)1 sert à exprimer l'idée de membre ou membres. Évidemment le ^a\ des pronoms B.KOK'-^ai,
lt*^OK-^UXlC, etc.yVest qu'un seul et même mot avec l'hiéroglyphique HÔ, les membres (41, 12), et \es pfonoms énergiques coptes précités doivent être traduits à la lettre par moi en personne j toi enper-sonne *j ego ipse, c'est-à-dire, moi aussi. L'emploi dans la langue copte de cette expression , moi en personne^ pour représenter le pronom énergique , est comparable à l'emploi assez fréquent, dans la même langue, du mot poi (ps^persona), pour exprimer le pronom ipse.
(H, I, 3.) Expression tropique de l'idécyrom^n/ ^ blé, plus exactement le acToç des Grecs ^ comme j'aurai occasion de le démontrer
* Dans la langne copte le mot ^O » vûa^ei est très s ooTent usité dans le sens de persona : éTidem' ment c'est ce mèoie mot qui est efiploy^ en onion arec les pronoms ^t^OK'^ UI 9 <^*
en analysant le passage correspondant du texte démotique (cf. D. XIX, 25) . Le signe principal de notre groupe hiéroglyphique représente la tige ou pédoncule (Tun épi : c'est par synecdoche que ce signe exprime l'idée de hU , froment ^ (tctoç; d'ailleurs on ne peut, dans le cas dont il s'agit, le prendre dans un seusjiguratif, puisqu'aucune des notes grammaticales habituelles^ qui servent à distinguer l'acception au propre des caractères hiéroglyphiques idéographiques ne raccompagne. Isolé, et plus souvent suivi, comme ici, du caractère trois grains f il sert dans les textes de déterminatif tropique à l'expression teuïtôi figuratii^e^ tantôt phonétique **, de l'idée épi^ blé j froment. Dans ce dernier cas, les variantes des Rituels funéraires m'ont souvent offert à sa place l'image d'une charrue j suivie elle-même de trois grains. Telles sont les variantes 1 3 et 14 (41^ que j*ai rencontrées dans les exemplaires R. G. et R. T. au chap. 8, sect. x de la II* partie : tel est aussi le cas des variantes i5 et 16 (41) qui nous sont offertes par les manuscrits R. G. et R. T., chap. 11, sect. vi (II* partie). La variante n^ 16 remplace par le mot bti , botc ou bote l'idée de blé^ que les variantes i3, 14 et 1 5 expriment par le careLCiere figuratif ^ un épi : c'est le copte fiOTE^ SiQ^ ^ far y froment ***.
Ajoutons une remarque relative aux trois grains qui accompagnent, en qualité de déterminatif , notre expression tropique de l'idée ctvoçj bléj froment. Il est nécessaire de ne pas confondre les trois grcuns, [qu'on ne trouve ordinairement qu'à la suite des groupes précités i3, i4, i5 , 16 ****, et du mot wapre (copte id.) grain (19, 41)]» avec les trois molécules arrondies y qui sont le déterminatif perpétuel , dans
* Cf. infrh ; Cf. aaftl met Lettres sur tes expressions qui servent a M netation des dates f eÊt* V Lettre , page aS; H* Lettre, page 56.
^ J^ai rencontre entr^ntres an chap. 3 , ii* aect. (IH* part.) da Ritnel fanëraireR.T. notre caractère, toigours tam des trois grains ^ employé en qualité de déterminatif à la mite dVn mot qni w lit sov :
c'est le copte COYO j frumentum,
^^** Dam la procession des rois peinte an palais de Medinet-babon , on prêtre figoré dans ractton da faire Toffrande d^nne botte d^épis eU accompagné d^nne petite inicription dans laquelle cette hotte on gerbe d*épis porte le nom égyptien de boti , (17,4!), autrefois, dans les inscriptions explicatives da méoie monument, orthographié comme sons le n* iS, 41 , botb.t , ta hotte (déterminatif un boisseau et trois grains).
*^ Les noms de tons les autres végétaux reçoirent pour déterminatif le caractère Croit tiges de fieur
les textes, soit des noms des divers métaux (ef. n^3^ 41 9 supra), soit des noms des gemmes^ des pierreries et des matières précieuses, soit enfin des noms des matières minérales propres à divers usag.es. Il est d'autant plus nécessaire de faire cette distinction que souvent les scribes ont négligé , dans les manuscrits surtout , de tracer la forme exacte des trois grains en question pour les deux cas différens, celui de l'expression de l'idée blé ou grain, qui exige que leur forme soit ovale, et celui des noms des métaux ^ minéraux, etc., qui demande des formes absolument arrondies *.
(H, I, 40 ^^ cherchant a d'établir la valeur alphabétique de /'Airondelle, initiale du groupe hiéroglyphique dont il s'agit ici , j*ai cité d'après deux monumens du musée de Turin (Voir page i5 de l'Introduction) , l'orthographe égyptienne du nom propre d'une déesse représentée par l'image d'un hippopotame, nom que les Grecs ont transcrit par 5ouv]p(c^^, en hiéroglyphes tb-ôbr, c^est-à-dire la grande (cf. pi. B, 46, i). Les monumens égyptiens nous offrent bien plus souvent encore l'expression phonético - symbolique , te-ôbr-mouth (41; ^o) , /a grande mère, titre habituel de la déesse Isis, que les anciens ont transcrit par d'eppoudcç, et qu'ils regardent aussi comme un des surnoms de cette déesse ***. Plusieurs autres faits incontestables ^^^^ démontreraient de même que notre groupe doit se lire ÔBR , si la valeur individuelle précédemment établie des deux signes qui le composent n'autorisait déjà cette lecture.
J'ai eu occasion , à la page 5o seqq. de ma Campagne de Bhamsès-- I le-Grandj etc. , de prouver la signification de ce groupe obr. En rectifiant une opinion de ChampoUion relativement à l'orthographe hiéroglyphique du nom de l'Apollon égyptien , j'ai cité une inscription
* On rencontre ^elqnefbu dans àeê mannicrits pen foîgn^, on appartenant à la batte époqae , les trois grains employât à la place de trois lignes perpenéUadaires ^ marque figuratire dn plnriel des noDt en gênerai.
** Cf. Plntarqne , de Iside et Osiride»
*^ Cf. Jablontkî, Panthéon MgypUorum^ Itb. I, chap. 5.
**^^ lit tont tiret de la trantcriptton greeqne de qnelquct noms propret e'gyptient , cit^ dant des eoatratt dëmotiqnet : an reite, je let ai examina dant Tendrott précité de ma Campagne de Sétostns, et }*nirai oocttion de rerenir là-dcttnt dant le courant de cette Analyse.
grecque *, qui nous apprend d'une manière formelle que dans l'ancien égyptien il existait un mot ôkr, qui signifiait ^ram/. Cette inscription traduit le nom de divinité ofxarnpit par 3tm fuyaXto AiroAAôjvc : on sait que le dieu égyptien hor , har ou <xp , fut de tout tems assimilé par les Grecs à leur Apollon. L'inscription a été gravée , sous le règne de Ptolémée Philometor , sur le listel d'une porte intérieure du grand temple d'Ombos, et les inscriptions de la partie gauche de ce temple , copiées par la commission franco-toscane, nous apprennent que la troisième personne de la. triade qu'on y adorait se nommait har-ôbr (21 , 41) : par ce rapprochement , il est devenu incontestable pour moi que notre groupe ôer est l'orthographe égyptienne de Vtùnp du grec o^xnYipeç, et que par conséquent il était employé dans la signification de prycseAoç, grand.
Les deux textes égyptiens que nous analysons de l'inscription de Rosette confirment pleinement l'exactitude de cette conséquence. Dans le texte htérogljrphique ^ notre mot ôer , toujours exprimé par les mêmes homophones , reparaît plusieurs fois, entre autres à la ligne V, ^3 , dans la phrase ne hbai ôer , les grandes panégyries , que le grec traduit a la lettre par roue itœrnyrjpnTv^ fuyaiXouç. Le texte démotique n'emploie pas toujours de même le mot ôer, mais il le remplace quelquefois par le mot naschî ou naschb (le copte îtBojti beaucoup) y circonstance qui ne peut servir qu'à démontrer encore mieux l'exactitude de la signification de grand j luyaXoç, que je lui prête. Un pareil remplacement a lieu justement à l'endroit correspondant à celui que nous analysons ici (cf. D. XIX , si6) : dans d'autres endroits , comme dans celui oii il s'agit d'exprimer la phrase précitée de la ligne V, 28i du texte hiéroglyphique (les grandes panégjrries) , le texte démotique emploie le même mot ôer, mais orthographié au moyen de signes démotiques qui, quant à leur forme, ne sont pas le correspondant enchorial soit de l'hirondelle, soit de la bouche ^^ : c'est dans la suite de
* Cf. Recherchée pour tervir h PhUtoire ^Egypte; par M. Letronne. Vol. Iv, page 78.
**^ S*9i ea occaaîon da dter , à la page 5a de au Campagae de Rhtâm$è»4e^rand , le corraipoDdant démoHqae exact da groape hiéroglyphî<jiie, V hirondelle et la boache, 6»a, mais d^aprèa d^aotiea textes que celui de Roiette. Je ne Tai jamau leaooatré trament que par abcériation, ai talit att qa^on doite
( io3)
ce volume que j'aurai occasion d'exposer TanalyBe des différens groupes démotiques dont je viens de parler; j'y renvoie mes lecteurs.
Le mot ÔER, quelquefois employé substantivement^ exprime l'idée de chef*; on le voit alors généralement déterminé par l'image d'un Égyptien debout , tenant d'une main une canne ou un sceptre , de l'autre parfois une sorte débourse (aG, 41)^^ : cette image employée isolément sert à expi*imer à elle seule l'idée de domincUion^ seigneurie^ commandemepi. Notre mot était employé dans des acceptions bien plus variées^ en qualité d'adjectif: les variantes des Rituels funéraires ne permettent pas de douter qu'il n'exprimât également les idées de principal y puissant ^ éleçép c^né, etc.; je l'ai même vu s'échanger avec le motMOX (nj, 41), celui qui règle , qui dirige, foi'me primitive du copte A^iOKtJtEK , penser , combiner. La ligne XXII , a5 du texte démotique va nous montrer l'orthographe enchorial du mot ÔER dont j'ai précédemment parlé (page loa) dans la signification du grec eiroufecv, augmenter, accroitre : nous pouvons donc en toute confiance traduire notre groupe hiéroglyphique , qualificatif du substantif tropique qui le précède 9 blé^ où froment,, par nombreux, en quantité (par analogie grand).
Une circonstance nous reste à expliquer ici , relativement a l'or-
regarder comme uie abréTUtion rimage iaolée de YhirondeUe employée poar exprimer le mot ôba. C^ett le fameux contrat bOiogna de Gasati , conaerrë aa Gabinet des mëdaillet, qui en ofl&e les exemples les ph» inconteftables dans Torthographe d^moti^oe des deux noms propres dliomme Ovopo«ip(( Qig. X) , et Sivircviptç (lig. VII, VII et XI ) : la syllabe emp y est constamment rendue par an seul et même signe , le n* 33, 41 , qni n*est qn^nue reproduction exacte de la forme hiératique (a3, 41) de lliiëroglypbe Vkirondeile. Tn rencontré an verso dn ailnel gnostiqne do mnsêe de Loyde un fait cnrienx qui se rapporte à Tortbograpbe démotiqoe dn mot ôaa en qôestâon. Parmi la foolo de noms propres de génies ou divinités qne renferme ce Rituel, on troare les soivans (^4 > 41 ) pi (dsa) ( routi ) pa-oaa (roots) , Poèris dieu , Poiris dieu» Cest la répétition d^nn seol et même nom , mais dans le premier cas il est représenté par une obvénation (on cxpramon tropique) dn mot ôia , la même qne dans le papyrus Gasati, précédée de rarticle*da genre mascnlin p on pb ; dans le second câs le mot 6»a y est exprimé en tontes lettres. Or , dans le manuscrit original, cette seconde orthographe a été, interlinéairement, et par une main antre qne celle qui a tracé le texte entier , transcrite an moyen des signes 35, 41 , xs , (ôia) (routb) , traduises c'està-dire 9 oër dieu» iTidemmentle scribe qni a igonté une pareille transcription a Tooln indiquer par Ui quMl s'agissait ici de la répétition d'un seul et même nom : le mot xs, bjs on bjoi est le copte *>enç . dixi^
''^ et les inscriptions de l'obélisque de Luxor, et alibi passim. ** Gf. Campagne de Rhamsès4e'Grand , etc. , p. 4^. seqq.
thographe hiéroglyphique du mot ôer ; elle consiste en ce que son initiale est constamment exprimée au moyen de Vhirondelle. Souvent niéme^ comme par exemple sur les coudées égyptiennes ^ oii Ton a tracé l'expression des idées grande coudée et petite coudée ^ cette hiron* délie seule a été employée à la place du groupe entier ôer ^. Une circonstance de ce genre n'a lieu généralement que lorsqu'un caractère admis dans l'expression phonétique d'une idée a été d'abord le symbole de cette idée ; il a été alors particulièrement affecté a représenter Tinitiale du mot exprimant l'idée, dont il était lui-même le signe tropique (voyez ce que j'ai dit à propos de cette espèce de caractères phonétiques dans Flntroduction). Je suis d'autant plus porté k croire que le caractère isolé Y hirondelle a été primitivement le symbole de l'idée grande élevé, etc., que la valeur alphabétique ô de ce caractère ne me paraît être en rapport qu'avec le mot ôbr, qui remplaçait dans la langue parlée ce symbole **. Au reste^ il ne me serait pas facile d'indiquer avec précision les motifs de ]a signification primitive que je suppose avoir été attribuée pai* les Égyptiens au caractère isolé Vhirondelle : très-probablement cet oiseau servait à rappeler les idées d'éléi^ationj et par suite celle de grandeur, etc., k cause de l'élévation de son vol. Il est à remarquer a ce propos que les mots qui dans la laugue copte expriment Tidée de s^ élever , élévation , ciî?< ^ EX ^ &A , ou tnp, Ep, «►Pj etc., emporter, toUere, par analogie s'élever, sont les seuls qu'on peut comparer à l'égyptien ôer, élevé, etc.
Les trois petites barres qui terminent notre groupe nous indiquent qu'il doit être, ainsi que le substantif dont il dépend | traduit au pluriel. L'emploi de cette marque particulière, tout évident qu'il est par lui-même, réclame quelques éclaircissemens relativement à son origine dans les écritures sacrées* Obligé d'entrer pour cela dans des détails, je vais faire connaître ici, une fob pour toutes , les diffé-* rentes terminaisons par lesquelles les Égyptiens caractérisaient le passage d'un nom du nombre singulier au nombre pluriel. La Gram^
^ Un exemple ■cmMaHe nom ett offert par le pap. R. T. comparé an pap. R. G. an chap. 33 , t** Mct. (Impart).
*"- Cf. L'article 46 dans rintrodoction.
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maire hiéroglyphique nous en fait connaître une partie ; j'exposerai ici les preuves que l'étude comparative des manuscrits égyptiens m'a offertes de leur existence réelle : j'ajouterai en même tems l'analyse de différentes marques du pluriel que ChampoUion n'a pas indiquées , à ce que je sache , et dont l'étude des textes m*a aussi révélé Texistence.
L'usage des articles est peu fréquent dans les écrits des Égyptiens : à leur défaut, on a le plus souvent employé des marques particulières ajoutées aux caractères ou groupes exprimant des noms. Cependant la forme la plus ancienne pour exprimer le pluriel de ces noms (soit figurcUifs , soit symboliques , soit phonétiques ) consiste dans la triple répétition du caractère ou groupe qui constituait le nom au singulier. Nous avons un exemple, entre autres ', de cette forme de pluriel, à la ligne II, 4 ^^ ^ ^^ notre texte hiéroglyphique, où les idées dieux et déesses ont été exprimées par la triplication du caractère symbo* lique dieu et déesse. Des exemples de cette méthode pour représenter le pluriel , quoique dus au procédé primitif des écritures hiéroglyphiques, se rencontrent dans les textes de toutes les époques.
Le besoin de ménager l'espace , et même celui de' rendre l'écriture plus expéditive , fit songer de bonne heure à une manière d'abréger cette forme primitive. Au lieu de répéter trois fois le caractère ou groupe exprimant le nom , on prit l'habitude de tracer le chiffre froû immédiatement après le nom. Les variantes des Rituels funéraires ne permettent pas de douter de la véritable existence de cette espèce d'abréviation; on trouve, par exemple, au chap. 19, sect. i (IT partie) , pap. T. P., le groupe n** 28, 41, que le pap. R. T. remplace par le n^ ^9 , ibid. Telle est l'origine de la marque du pluriel dont on a fait usage après notre adjectif ôbr. ChampoUion distingue les deux sortes de pluriels que je viens de signaler par le nom de pluriels figuratifs. Lorsque le nom reçoit un déterminatif , on voit les trois barres tracées après ce déterminatif: cependant je connais quelques exemples de cette marque employée après le nom , en même tems qu'après le déterminatif : on doit regarder ces exemples comme des anomalies tout-à-fait dépendantes du caprice des scribes.
Je range sous la dénomination de pluriels figuratifs , deux ou
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troië autres différentes manières .d!exprimer le nombre pluriel, auxquelles Ghampollion ne m'a pas paru avoir fait attention ; ce sont les suivantes. Lorsque le nom était exprimé phonétiquement, les scribes se sont plu à répéter trois fois la seule, consonne initiale du mot, en n'écri* vant qu'une/bis les autres signes ou syllabes dont il se compose. On lit, par exemple, sur une stèle du musée du Louvre, rexpreasion rrran-f {^Oj 41)9 sin lieu de ran«ran-ran-*f ses noms (3 1, 41)> orthographe qu'on rencontre quelquefois parmi les inscriptions. Il arrive bien plus souvent que c'est la consonne finale qui a été au contraire triplée pour exprimer le pluriel d'un nom phonétique : cela a lieu sm*tout pour les noms terminés en n ou en r ^. Ainsi, je trouve, par exemple > au chap 6, sect. ix (IPpart.), pap. R. G. le mot schmbnun (32, 41) à la place de l'orthographe n** 33 ibid. que porte le pap. R. T. iies inscriptions dédicatoires des grands édifices, les inscriptions des obélisques , etc. , nous offrent souvent le groupe n** 34^ 41 1 mknnn , au lieu de mbn-ou (copte id.) , les édifices ou constructions. Je connais des exemples de pluriels fi ffuratifs bien plus étranges encore, toujours formés au moyen du triplement : les uns consistent dans la triple répétition du déterminatif: je trouve, par ex. , parmi les inscriptions du temple d'Esné l'expression n** 34 hisp 41 mise-f (en copte ttEcii Jt^LSCB) , ses enfans; le déteiminatif un enfant portant sa main à la bouche y a été trois fois répété à la suite du nom mise , pour lui donner un sens pluriel. Les autres consistent dans la triple répétition du caractère exprimant V article ^ cet article se trouvant rejeté à la suite du mot, et le mot même appartenant au genre féminin **•
* J'ai remarqué que cette forme de pluriel , par la triplîcation de l^Jinale , est uniée ansii dans le cas où Yinitiaie consiste dans une Toyelle.
**^ Tel est Texen^le que nons offire nue petite maeription tracée devmt Hniage d^all iodifîAi «pî trempe dans un rase d^eau des échereaux d^ Un ou d^autres scdbstances semblables. Dans cette inscription reproduite à la planche XLI des MonumenU del£ Egitio, etc. {Mon, ciV.) , on trouTC Texpression égyptienne des idées : cuisson des échei^eaux ; Tidée ê^éche\^eaux est rendue an moyen des ngnes figuratifs a« htim do fil, et on éçhtveau , suîtîs par VarUeU du ge^^re féminin > v » trois fi>ia fépété. fi est élonnant que M. Rosrllioi ait seulement pu soupçonner qu^an lieu de la jrepcoduction de la forme la pins ordinaire de Farticle féminin, il s*agissait ici de Texpression égyptienne qui désigne le coton! ! (Voirie toI. Il qui explique les 3fon, ciV. , pag. t5.) .
La langue copte possède plusieurs termiDaisons pour la formation du pluriel des noms , terminaisons qui se réduisent au fond à une ou deux syllabes ou letti*es différentes : ce sont les suivantes :
Théb. t, YE, ETj T, OYE, OT,
Memph« x, ors, T, OY, OYi, OY.
Les textes hiéroglyphiques m'ont offert des exemples nombreux de ces mêmes terminaisons. Parmi les variantes des différons exemplaires du Rituel funéraire, on rencontre soit le groupe n. 35 (41)» Vt , soit le
groupe 36 (ibid.), OY» soit le signe isolé 87 (ibid.), y, oy, ou ses homophones employés à la place des trois barres dont nous avons parlé précédeniipent. Ces diverses variantes m'ont été offertes par les papyrus R. C. et R. T. (chap. iS, sect. viii, IP part.) , par les pap. T. l. et R. C. (chap. sS, sect. i. II' partie), et par les papyrus R. C. et R. T. (chap. 4 9 scct* viii/ II* partie).
Une désinence plurielle employée non moins fréquemment dans les textes hiéroglyphiques consiste dans la voyelle longue t (38, 4|), que Ghampollion regardait comme une abréviation de la forme IO0 (3g^ ibid.) . Quant à moi, je dois avouer que cette derkiiëre terminaison (iou), qu'on ne rencontre qu'assez rarement dans les textes sculptés , ne m'a presque jamais été offerte par les manuscrits. Les Rituels funérairesr n'emploient que Torthographe 1 (38), que j'ai remarquée^ par exemple, dans les exemples suivans : schar-ou (40, 41)9 chap. g, sect. x (IP part.), pap. R. T.; schak-I (4i, 41) > var. du pap. T. T. : 0001111- -ou (4i 9 ibid.) , chap. g, sect. x (II* partie), pap. R. T. ; ouoNif-t (43, ibid.)j var. du pap. R. C, etc., etc. J'ai trouvé la désinence 1 employée même à la suite des noms exprimés troj»quement : cf. l'exemple 44 f 41 j tirée du chapitre 8, sect. x (II* part.) , pap. R. T. ; (45 , 41) , var. du pap. R. C. On ne manquera pas de remarquer dans ces différons exemples que l'on a fait usage quelquefois simultanément de la désinence 1 et des trois barres ( cf. les n""' 4^ ^t 41 ) 9 ce qui prouve bien , comme nous l'avons avancé, que ces trois barres ne sont qu'une manière ^g'uro/iV^, tout aussi bien que le tnpîement du nom , pour indiquer le pluriel. Les trois barres sont aussi très-souvent employées
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simultanément avec les désinences t^ OY, t, etc. Dans tous ces cas, il est à remarquer que si le- nom reçoit un déterminaiif, la désinence suit immédiatement le nom même, et se place oQont le déterminatif , tandis que les (rois barres sont tracées après (cf. le n** 44)'
Nous aurons occasion de parler d'une autre espèce de pluriel dans l'article qui se rapporte au groupe n^ 6 de cette même ligne ^ que nous analysons du texte hiéroglyphique de Rôs>ette.
(H, I, 5.) HRA, et, avec. La signification que j'accorde k ce mot peut être justifiée par la seule collation des difierens passages de notre inscription hiéroglyphique oii on le voit souvent reproduit. Cf. lignes II, 9. III, 3. IV, i5 et 33. V, 14 et Sg. Ce mot y remplit toujours les fonctions de conjonction :' nous verrons que le texte démotique le remplace dans ces difierens endroits par une tiifinscription exacte du copte OTO^ , STW 9 etc., que Ton sait avoir précisément la signification de et, avec, etc. Cf. D. XI, 2, %t passim.
Les textes égyptiens de toute espèce m'ont offert des exemples nom-^ breux et évidens de l'emploi du mot hra dans le sens que je viens de lui prêter-, je me contenterai de citer le suivant (46, 41); c'est un cartouche impérial romain sculpté sur le temple au nord d'Esné ; il se lit ANTNiNS HR UR8, c'est-à-dire , a Antoninus et Yerus». J'ai rencontré non moins souvent la conjonction hra avec les pronoms en affixes : elle devient alors préposition. Ex. hra-f ai^ec lui (47 , 41) (Litanies de Chnouphis à Esné) ; hra-sen , ai^ec eux (43, ibid.) (Ombos, plafond du pronàos), etc.,, etc. Nous rencontrerons un exemple de cette dernière forme à la ligne V, 5g. J'ai cité cette circonstance de l'union de la conjonction hra avec les pronoms affixes , parce qu'elle nous per^ met de fixer nos idées sur son véritable correspondant dans la langue copte. Les formes que je viens de rappoter hra-f, hra-ser, etc. , font naturellement penser aux formes copto-thébaines ^p£>-^, ^p5>-K j
^p&-q, etc. , ai^ec moi, ai^ec toi, ai^ec lui. En supprimant dans ces
formes les pronoms affixes 5, K9 q^ etc. , il nous reste la syllabe ^ pz^, entièrement identique k notre hra hiéroglyphique ; mais le copte ^ p& ne se trouve jamais employé isolément en qualité de mot con-
jonctif , il n'a d'autre acception que celle du substantif ^acii^^ , W^uj,
( »09 ) le visage. Un examen comparatif approfondi des formes et de l'emploi de ce mot dans les textes égyptiens et dans les textes coptes nous conduit pourtant h reconnaître que le copte ^p^^ visus, et notre expression hiéroglyphique hrA| ei^ avecj ne sont en origine ' qu'un seul et même mot. Je commencerai par faire observer que les expressions copto-thébainesquej'ai précédemment citées, ^pM, ^p&K, ^ p&q^ etc., identiques aux expressions hiéroglyphiques hra-f, etc.,
n* 47, 48 (41), ne sont qu'une abréviation orthographique des formes È^pMy B^Oi'K, ^^p2>q> etc., conservées dans les textes coptomemphitiques. Or , È^pM^ B^P2>q, etc., se traduiraient à la lettre par adfaciem iuam, etc., (È-^ p5^S, ^"^ P^*^)* ^^^ exemples de cette
forme orthographique complète que les textes memphitiques nous ont conservé ne manquent pas dans les textes hiéroglyphiques : au lieu de l'orthographe hra que nous lisons ici dans le texte de Rosette, j'ai rencontré plusieurs fois parmi des inscriptions de toute espèce Tor* thographe erhra (49, 41)^ parfaitement identique au copte C^D&y È^pE, adte^ tecwn*. Je puis en citer un exemple dans les inscriptions du temple d'Hator à Philé , ou l'empereur Tibère est Cguré dans * l'action d'offrir des miroirs à la déesse Saté et Anouké : il est censé dire : « Recois (Saté) ces miroirs , et contemple ta belle face , ainsi que ta soeur (Anouké) qui est ai^ec toi ». La préposition aç^ec y est exprimée au moyen de l'orthographe précitée 49 > 41 • U résulte de ce rapprochement que la véritable prononciation de notre groupe hra est celle deER-HRA, c'est-à-dire adfaciem^ par analogie, cum, wec^ qui est bien Je sens que je lui prête.
L'identité de l'hiéroglyphique hra avec le copte ^ p& ou È^ p5>
deviendra bien plus évidente si nous suivons le rapprochement des différons cas de leur emploi particulier. On rencontre très-souvent dans les textes égyptiens le mot hra, ayecla signification de super y
* Plrobablemeiit Torthographe buaa (49i 41) m prononçait bbia; la consonne a parait aroir joué chez kt Egyptiens le même r^le que Vesprii chez les Grecs. An reste , j^anrai Toccasîon de faire Toir tootà-llieare , à Tarticle H , I» 8 » et je Tai d^à demoatre' à U page 79, se^q. de ma Campagne de BhÊmsèt" le^Grand, que la préposition copte %, ad , versus , a gihMMement ctc' écrite dans les textes égjpliens par 1 , sa.
au-dessus : j'ai observé que^ dans ce cas^ il est Gonstammeat exprimé par les caractères ti^5o^ 41* Souvent cette même préposition prend la signification Ae de j super ^ i^à^ aurdessous , en adoptant pour son initiale un homophone encore différent : son orthographe est alors celle du n** 5i^ 41? qvi se lit toujours par hrà. Maintenant on remarquera que lorsque notre mot doit être interprété par suprà , sur^ au-dessus , on a choisi parmi les homophones de son initiale h , le caractère une tête vue de face, et que pour les cas ou il doit expriiaer l'idée de oii* dessous, infrày oette même initiale est exprimée au moyen de Timage d'un siège, scamnum , sedile. Je dois ajouter ici que l'orthographe habituelle dans les textes hiéroglyphiques de notre mot hra , lorsqu'il signifie et, açec , porte Tîmage d'une chaîne pour initiale (cf. n''47> 410 U ^^^ indubitable pour moi que la préférence donnée dans ces différens cas aux divers homophones que je viens de signaler, dérive de l'intention évidente d'exprimer d'une manière symbolique les différentes modifications que subit le sens de la préposition en question. Maintenant , que l'on compare les formes coptes , celle , par exemple, qui exprime l'idée de super, B^jpHS È^^^ttUS^ È^DRX E^ctUK ^ etc., qui signifie k la lettre suprà caput meum, suprà capui tuum f ou plus exactement en /ace de ma tête , en /ace de ta tête , etc. ; et Ton se convaincra que c'est une traduction toute phonétique dc^ notre forme tropico-phonétique n* 5o , 41* Mon opinion par rapport au sens tropique que je crois être caché sous l'orthographe de ce dernier groupe et des autres, 4?^ 4^ ^^ ^^9 reçoit une pleine confirmation par la circonstance suivante : il est arrivé quelquefois des cas où les scribes n'ont pu choisir, parmi les homophones de la consonne h ini-* tiale du mot hra , un caractère dont l'image fût en rapport avec Tidée précise qu'il s'agissait d'exprimer : ils ont alors ajouté k l'orthographe phonétique habituelle de la préposition hra un signe hiéroglyphique qui rappelât, soà directement , soit indirectement y cette idée. Ainsi, pour exprimer l'adverbe intiis , inter , ou a fait usage ordinairement du groupe n* ^5 (41) f dans lequel la forme abrégée h de la préposition n^ 5o se trouve accompagnée de l'image du cœur; c'est le copte È^pM H ^H*T, intùs , inter ^ k la lettre, en face du cœur^ auprès
du cœur. Pour exprimer l'adverbe devant, les scribes ont fait usage
( Ili )
du groupe n*" 53^ où la prépositioii hra est suivie du caractère la partie dudevant^un lion : cet adverbe^ on l'exprimerait en copte par È^pM K^K ou %^ p&S K9H9 c'estrà-dire en face de la partie du deQOfit.
Maintenant il sera curieux de rassembler le tableau de cette filiation d'idées que nous venons d'indiquer.