APPLICATION DE L'ANATOMIE A L*HISTOIR£ NATURELLE GÉNÉRALE
Bonnet avait porté Thistoire naturelle dans la philosophie : c'est là sa gloire. Mais il restait à porter Tanatomie dans Thistoire naturelle générale, et c'est ce qu'a fait M. Cuvier.
Vanaiomie comparée est le grand ressort par lequel il a, comme nous avons vu, renouvelé la zoologie, et fondé l'étude des ossements fossiles. En introduisant Vanatomie comparée dans Vhistoire naturelle générale, il a rendu un service non moins important peut-être, quoique d'un ordre très-différent.
C'est par là qu'il a soumis à l'empire des faits
positifs et des idées précises toutes ces questions de
'àM) g. cuvier.
YHvUvllv conlimie des êtres, de ïL'nité de structure, (lo In Fixité des espèces , etc., questions pleines (rint^r^t ot qui occupent si fort les esprits depuis un Hii>cln.
i)K i;iî(:iii:lle continue des êtres.
liion n*est plus célèbre en histoire naturelle que Vèvhelie des êtres, iniaginée par Bonnet.
Loibnitz, inspiré par une vue philosophique, semblait avoir prédit la découverte du polype.
« Los hommes, avait-il dit, tiennent aux ani- (( maux, ceux-ci aux plantes, et celles-ci aux fos-
(I silos La ioi de continuité ^ avait-il dit encore,
<i exige que tous les êtres naturels ne forment « qu*une seule chaîne, dans laquelle les différentes « classes, comme autant d'anneaux, tiennent si (I étroitement les unes aux autres, qu'il soit imposer sible de fixer précisément le point ou quelqu'une « commence ou finit, toutes les espèces qui occu- « pent les régions d'inflexion et de rebroussement « devant être équivoques et douées de caractères qui « se rapportent également aux espèces voisines
« Ainsi Texistence de zoophijtes , par exemple , (( ù' animaux-plantes, non-seulement n*a nen de « modstrueux, mais il est même convenable à Tortf dre de la nature qu'il y en ait (\), »
Enfin, il avait ajouté ces paroles remarquables : « Telle est chez moi la force du principe de conti- « nuitéj que non-seulement Je ne serais point étonné « d'apprendre qu'on eût trouvé des êtres qui, par « rapporta plusieurs propriétés, par exemple, celles « de se nourrir ou de se multiplier, pussent passer « pour des végétaux à aussi bon droit que pour des « animaux^ et qui renversassent les règles com- « munes, bâties sur la supposition d'une séparation c( parfaite et absolue des différents ordres des êtres a simultanés qui remplissent l'univers, j'en serais « si peu étonné, dis-je, que même je suis convaincu « qu'il doit y en avoir de tels, et que l'histoire na- « turelle parviendra à les connaître un jour, quand « elle aura étudié davantage cette infinité d'êtres vivants, que leur petitesse dérobe aux observa- « tions communes, et qui se trouvent cachés dans « les entrailles de la terre et dans l'abtme des « eaux (2). »
(1) Lettres de Leibnitz. Voyez VÀppel auptiblicde Kœnig, Appendice, p. 45.
Or, ces êtres annoncés par Leibnitz, ces êtres qui devaient tenir également de Fanimal et du végétal, les expériences de Trembley, bien plus étonnantes que Fespèce de prédiction de Leibnitz, semblèrent enfin les avoir découverts.
IjO poltjpcsx admirablement étudié par Trembley, pousse des bourgeons comme une plante ; il se reproduit par section, par bouture, comme une plante ; il est donc, tout à la fois, animal par sa mobilité, par sa sensibilité, par la manière dont il se nourrit, et végétal par la manière dont il se reproduit et se régénère. Le chatnon qui lie le règne végétal au règne animal, ce chatnon qui jusque-là avait manqué à la chaîne continue des êtres, ce chatnon était donc trouvé.
La découverte des propriétés singulières du polype est assurément une des plus belles que Thistoire naturelle ait jamais faites. Mais ce qui frappa surtout Bonnet dans cette découverte, c*est qu'elle ne semblait être que la conséquence d*un principe déjà posé, du principe de la continuité des êtres.
G*est donc à ce principe que s'attacha Bonnet. Cette échelle^ si je puis ainsi dire, métaphysiquej qu'avait proposée Leibnitz, Bonnet voulut la
transformer en une échelle réelle et matérielle. 11 rangea donc tous les êtres sur une seule ligne, en allant du plus simple au plus compliqué, ou du règne minéral au règne végétal, du règne végétal au règne animal, du règne animal à Thomme; et, cette ligne unique, il voulut, de plus, qu'elle fût partout continue, c'est-à-dire qu'elle n'offrit nulle part des interruptions, des hiatus, des sauts.
Deux idées principales le dirigèrent donc : l'une, que les êtres ne formaient qu'une seule ligne; l'autre, que cette ligne était partout cominue.
Or, de ces deux idées, l'une ne pourrait pas plus être soutenue aujourd'hui que l'autre. Les êtres, et pour nous borner tout de suite au règne animal, qui seul nous occupe ici, les animaux ne forment pas une seule ligne, ils en forment mille.
Si vous remontez des espèces inférieures vers les supérieures, vous trouverez autant de lignes de complication que vous trouverez d'organes. Si vous considérez le système nerveux, vous mettrez les iîisectes au-<lessus des mollusques; si vous considérez la circulation, les sécrétions, etc., vous mettrez les mollusques au-dessus des insectes; si vous considérez la respiration, Voiseau aura le pas sur le mam-
2'i4 G. CDYIER.
rmfkre; %\ vous conâidérez rioteUigeoce, le:
fere aura le pas sur V oiseau; le repnie esl du poUncn par la respiration, il estaa-dessoiis pr la circulation, etc., etc.
Il n*y a donc pas de défeloppement graduel* miforme, de la totalité de» organes. La gradatioii se fait tantôt par une partie, tantôt par une antre. Imaginez une série par les sens, une par la circulation, une par la respiration, etc.; aucune ne sera tout à fait semblable. Si tous prenez la respiratk», ïinsecte et Voiseau remporteront sur toos les antres animaux, car ils ont, Tun et l'autre, la respiration la plus étendue possible, une respiraiion générale, une respiration double; voilà donc Yoiseim placé tout près de ïinsecte : prenez à présent la circulation, et tout cet ordre sera renversé ; Y insecte et Yoisedu seront placés aux deux bouts opposés de Yéchelle, car Tun a la circulation la plus complète possible, et l'autre n'en a point du tout.
Supposer une seule ligne de gradations organiques, c'est supposer un seul plan de structure. Mais il y a plusieurs plans de structure, et c'est pourquoi il, y a plusieurs gradations parallèles.
lly a des plans de structure qui sont inverses. La respiratioïi généraleetla respirationcirconscrite sont, en tout point, des structures inverses, etc., etc.
En cherchant Vuntté dans les organes, les natu ralistes se sont trompés. Ce n*est pas dans les organes que réside V unité, c'est dans les fonctions. Et encore ne faut-il regarder ici que les fonctions générales et essentielles.
Or, les fonctions générales et essentielles sont au nombre de quatre : la sensibilité, le mouvement, la nutrition, la reproduction.
Ces quatre fonctions se retrouvent partout, car il n'y a pas d'animal possible sans elles. Ce sont là, si je puis ainsi dire, les conditions absolues de Tanimalité; mais il y a mille moyens de ssitisfaireà ces conditions.
La question de Vunité de ligne dans Véchelle des êires se résout donc en celle de Viiniié de structure, question dont on s'est beaucoup occupé aussi, et jusque dans ces derniers temps, et dont l'examen fait l'objet d'un autre chapitre.
Je viens à la seconde idée qui a dirigé Bonnet dans la formation de son échelle des êtres. Il veut que cette échelle soit partout continue.
Pour passer d^une espèce à l'autre, d*un groupe à Tautre, d'une nature à l'autre, sans saut, sans hiatus, il lui faiit donc des espèces qui tiennent des deux espèces, des deux groupes, des deux natures qu'il veut rapprocher. C'est ce que Leibnitz avait appelé espèces équivoques, et que Bonnet lui-même appelle, tour à tour, espèces mitoyennes ou passages.
Or, ces passages proposés par Bonnet, ces passages qui sont le point fondamental de sa théorie (et de quelle théorie? de la théorie qui a le plus exercé, peut-être, d'influence sur la partie philosophique de l'histoire naturelle pendant un siècle), ces passages peuvent à peine être rappelés aujourd'hui d'une manière sérieuse.
« Le polype, dit Bonnet (I), unit les plantes aux « insectes. Le ver à tuyau conduit des insectes aux « coquillages. La limace touche aux coquillages et <( aux reptiles. L'anguille forme un passage des « reptiles aux poissons. Le poisson volant est un
{\ ) Je m'en tiens toujours a la seule partie de son échelle des fitret qui concerne le règne animal. Il convient d'ailleurs luinicnic que : a si le polype nous montre le passage du végétal à <' ranimai, on ne découvre pas également celui du minéral aa <r végétal. » Considérations sur les corps organitét, p. 475. OEuvrcs de Bonnet, Neuchâtel, 4779. '
« milieu entre les poissons et les oiseaux. La chauve- « souris enchaine les oiseaux avec les quadru- « pèdes(4). »
Le polype, selon Bonnet, fait donc le passage du règne végétal au règne animal. Or, si Ton entend dire par là que le polype, à ne considérer que ISL.simpH" cité de structure, est Tanimal qui se rapproche le plus de la plante, on a raison. Mais si Ton entend dire que le polype est une espèce mitoyenne, équi-vogue, qu'il est moitié animal, moitié végétal, on se trompe. Le polype est animal et n'est qu'animal, il sent, il se meut, il mange, il digère, etc. il se reproduit, à la vérité, par bouture, comme la plante ; mais cette propriété même il la partage avec des animaux d'une structure bien plus compliquée, et dont le caractère exclusif d*animalité ne saurait être mis en question, par exemple, avec des vers ( le lombric ou ver de terrcy les naïdes ou vers dHeau douce], animaux qui ont un estomac, des intestins, une circulation complète, des artères, des veines, un système nerveux distinct, etc., etc. La salamandre, qui est un animal vertébré, un
(4 ) Principe philosophiques sur la cause première et sur son effet y p. 226. Voyez aussi sa Contemplation de la nature, 5' partie.
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reptile^ reproduit sa queue et ses pattes, et les reproduit autant de fois qu*on les coupe. Le polype n'est donc pas un être équivoque; c'est un animal dont la structure est plus simple que celle des autres, et voilà tout.
11 est curieux de voir sur quelles bases fragiles Bonnet se fonde pour établir les autres passages.
Ainsi, par exemple , la limace fait passage des coquillages aux reptiles, parce qu'elle rampe; Vanguille, des reptiles aux poissons, parce qu'elle a un corps allongé; le poisson volant {Vhtrondelle de mer, etc.), des poissons àux oiseaux^ parce qu'il peut s'élever et se soutenir dans l'air; la chauvesouris, de Voiseau au mammifèrcy parce qu'elle vole, etc.
C'est donc toujours par une circonstance extérieure, et qui ne fait rien au fond des structures, à la nature intime de l'animal, que Bonnet se décide.
Toute la structure intérieure, profonde, sépare la limace^ qui est un mollusque, du reptile, qui est un animal vertébré: même cette action de ramper* qui leur est commune, se fait par des nioyens trèsdifférents dans le reptile et dans la limace ; la limace rampe par la simple contraction d'un disque charnu placé sous le ventre, le reptile par le jeu
de vertèbres à facettes articulaires très-compliquées, etc. L'anguille, qui a les nageoires, les branchies, les vertèbres, etc., des poissons, n'a rien du reptile; le poisson volant, qui est un vrai poisson, n'a rien de V oiseau; la chauve-souris^ qui est vivipare, qui a des mamelles, qui allaite ses petits, qui a une respiration simple, etc., vole, il est vrai, et n'en est pas plus otsec^u pour cela, car elle vole par des moyens tout différents de ceux de Voiseau (1).
A considérer la nature intime des choses, il n'y a donc nulle espèce mitoyenne, équivoque, nul être mi^parti de deux natures diverses. Les prétendus passages de Bonnet n'en soYit donc point ; et si Bonnet les propose pour tels, c'est qu'il s'en tieat à Vexlérieur, à la surface des êtres ; c'est que, comme il le ditMui-méme, « il se borne à contempler et « n'entreprend pas de disséquer (2) . » Et ce dernier mot dit tout : c'est qu'il n'est pas anatomiste, ou qu'il néglige de l'être.
(1) Uoiteau vole par tout son bras, et n'a de doigts qu'en vestige ; la ehauve-tourii vole par des doip,ts trés-développés, au contraire, et réunis l'un à l^autre par des membranes.
(2) Contemplation de la nature, 2* partie, p. 57.
240 G. GIJVIER.
UNITÉ DE STRUCTURE, — UNITÉ DE COMPOSI- TION.— UNITÉ DE TYPE.— UNITÉ DE PLAN.
Y a-t-ll unité de structure? En d'autres termes, en termes plus simples et dégagés de toute abstraction, tous les animaux ont-ils la même structure? Évidemment non.
Le polype [\ ) , qui n*a pas un seul organe distinct, dont Testomac n*est qu'une simple cavité, creusée dans la substance commune et homogène de son corps, le polype n'a pas la structure du mollusque (2)^ lequel a des organes des sens, des yeux, des oreilles, un système nerveux, un cerveau, une circulation complète, des artères, des veines, plusieurs cœurs, des glandes sécrétoires, etc. Le mollusque, qui n'a pas de moelle épinière, dont le cerveau n'est qu'une petite masse de substance nerveuse, etc., le mollusque n'a pas la structure de l'animal vertébré, qui a une moelle épinière, un cerveau com-
( I ) Le polype à bras, par exemple.
(2) Du poulpe, de la seiche, par exemple. /
posé de plusieurs masses distinctes, et, dont chaque masse a sa fonction propre, l'une étant le siège de rintelligence, Fautre du principe qui règle les mouvements de locomotion, une troisième du principe qui règle le mécanisme de la respiration, etc. (H; le mollusque qui n*a pas de squelette n*a pas la structure dé ranimai vertébré qui a un squelette; l'insecte qui n*a pas de circulation n'a pas la structure des animaux qui ont une circulation, etc., etc.
Y a-t-il unité de composition? Pas plus qu'unité de structure.
Il y a des animaux (2) qui n'ont point d'organes distincts, dont toutes les fonctions, la nutrition, la sensibilité, le mouvement, se font par une substance homogène et commune. Tout est si homogène dans le polype, que chaque partie de l'animal reproduit l'animal entier, que l'animal, retourné comme un doigt de gant, continue à vivre : dans son état ordinaire, il respirait par sa face externe, il digérait par sa face interne ; dans ce nouvel état,
(4) Voyez mes Recherches expérimentatet sur les propriétés et les fonctions du système nerveux dans les animau,x vertébrés. Paris, 4 824.
(2) Par exemple, le polype, etc.
qui est l^inyerse de l'autre, il respire par sa face interne qui est devenue Texterne, il digère par sa face externe qui est devenue Tinterne.
11 y a des animaux, au contraire, les animaux vertébrés, par exemple, dont toutes les fonctions, jusqu'aux plus délicates, se spécialisent et se localisent. La sensibilité se localise dans le nerf, la contractilité dans le muscle; chaque sensibilité spéciale dans chaque nerf des sens ; rintelligence elle-même se localise dans une partie déterminée de Tencéphale, etc.
Si, par unité de composition, vous entendez un même nombre de matériaux, c'est-à-dire, de parties constitutives de chaque appareil ou de chaque organe, ce même nombre de matériaux ne se retrouve nulle part.
Les animaux dont tous les sens se réduisent au toucher n'ont pas le même nombre de matériaux que ceux qui ont des yeux, des oreilles, un organe pour l'odorat, un pour le goût ; les animaux qui n'ont pas de squelette n'ont pas le même nombre de matériaux que ceux qui en ont un : et parmi ceux qui ont un squelette, ceux qui n'ont que quelques vertèbres (^), n'ont pas le même nombre dema-
{!) La grenouille, qui n'en a que neuf.
tériaux que ceux qui en ont des centaines ( I ) ; ceux qui n*ont pas de membres (2) n'ont pas le même nombre de matériaux que ceux qui en ont» etc., etc.
Y a-t-il uni«é de type? Dire qu'il n'y a qu'un seul type, c'est dire qu'il n'y a qu'une seule forme du système nerveux, car c'est la forme du système nerveux qui décide du type (5), c'est-à-dire de la forme générale de l'animal.
Or, peut-on dire qu'il n'y ait qu'une seule forme du système nerveux? Peut-on dire que le système nerveux du zoophijte soit le même que celui du mollusque; le système nerveux du mollusque, le même que celui de Variiculé ; le système nerveux de l'artïculé, le même que celui du vertébré? Et si l'on ne peut pas dire qu'il n'y ait qu'un système nerveux, peut-on dire qu'il n'y ait qu'un seul typt ?
Enfin, y a-t-il unité de plan?
(1) Le 60 a, \g python, etc.
(2) Les eétacéSt pitrini les mammifèret^ n'ont pas de membres postérieurs ; les serpents, parmi les reptiles, n'en ont point du tout.
(3) Le système nerveuv est proprement le modèle primitif, \eiype du corps eniier. Voy. ci-dessus VÊloge histoiique, p. 49.
1.0 plan est la poMon relative des parties. On conçoit très-bien V unité de plan sans Vunuéde nomhre : il suflit que les parties, quel qu*en soit le nombre, gardent toujours, les unes par rapport aux autres, les mêmes positions données. Mais peut-on dire que le vertébré, dont le système nerveux est placé sur le canal digestif, soit fait sur le même plnn que le mollusque, dont le canal digestif est placé sur le système nerveux? Peut-on dire que le cruHacé, dont le cœur est placé par-dessus la moelle épinière, soit fait sur le même plan que le vertébré, dont la moelle épinière est placée par-dessus le cœur, etc.? La position relative des parties est-elle gardée? N*est-elle pas, au contraire, évidemment renversée? Et s'il y a renversement dans la position des parties» y a-t-il unité de plan?
Tous les vertébrés forment un seul pian. Le nombre des parties a beau varier, les parties subsistantes conservent toujours leur position relative, leur ordre.
Le cœur est double dans le quadrupède, dans Yoiseau ;\\ se compose d*un seul ventricule et de deux oreillettes dans la plupart des reptiles; il ne se compose que d*un seul ventricule et d'une seule oreil-
lette dans les poissons. Mais ce cœur, dont le nombre des cavités varie, et varie du double au simple, conserve toujours sa position donnée; il est toujours placé sous le canal digestif: le canal digestif est toujours placé sous la moelle épinière.
Rien ne varie plus, dans les animaux vertébrés, que le nombre dos os, mais les os subsistants conservent toujours leur ordre. Le crâne a toujours la même position par rapport au rachis, le rachis par rapport aux membres, toutes les parties des membres les unes par rapport aux autres . Le nombre total des vertèbres, la forme particulière de chaque vertèbre, tout cela peut varier, et varie en effet, et varie beaucoup; mais les vertèbres, quel qu'en soit le nombre, se rangent toujours en série, en suite, forment toujours un rachis, une épine du dos, une colonne vertébrale, un ensemble de parties, enfin, dont la disposition générale est toujours la même.
Le plan, c'est-à-dire la position relative des parties, se conserve donc dans les vertébrés : il se conserve de même dans les mollusques^ dans les ariicu-
240 G. CUVIËR.
léH^ (lanH les zoophyies; mais il change da verUbrè nu moUnnque, du moUu$que à ïarticuU^ de rartivulé au znophiie; et c*est pour cela qa^il y a quatre plam^ comme il y a quatre types dans le règne unlmnl, et non un seul plan, un seul type.
IMPOSSIBlLlll' DE CERTAINES œMBINAIS(KSS ()1U;ANIQ11ES. — NÉCESSITÉ DE CERTAINES INTERRUPTIONS DANS L'ÉCHELLE DES ÊTRES.
Ceux qui veulent une échelle continue des êtres supposent toutes les combinaisons organiques possibles.
« Toutes les combinaisons, dit Bonnet, qui ont « pu s'exécuter avec les mêmes particules de la N matière, ont été exécutées et ont produit autant N d*espèces différentes. D'autres particules, jointes <• à celles-là, ont donné naissance à de nouvelles (( combinaisons, et conséquemment à de nouvelles M espèces. Par là tous les vides ont été remplis, « toutes les places ont été occupées (i). »
{\ ) l'rincipes phitotophiquet iur la catue première et twr son effet, p. 227.
UIST. NAT. PHILOSOPHIQUE. 247
La limite des combinaisons ne dépend donc, selon Bonnet, que du nombre des particules. Et la cause de son erreur est ici évidente. C*est qu'il veut combiner les parties organiques d'après un calcul abstrait.
Mais les combinaisons organiques ne sont pas libres ; tous les rapports y sont déterminés, nécessaires. Certaines parties s'appellent, d'autres s'excluent : tout ce qui est incompatible ou contradictoire s'exclut nécessairement.
Toutes les combinaisons, possibles pour l'esprit, ne le sont donc pas physiologiquement ou physiquement.
L'instinct qui pousse un animal à se nourrir de chair et de sang exclut un canal digestif d'herbivore; un estomac simple, et fait pour digérer la chair, exclut des dents à couronne plate et faites pour broyer des substances végétales, etc.
Et si, d'une part, toutes les combinaisons ne sont pas possibles, il y a, d'autre part, des combinaisons obligées. Des dents d'une certaine espèce appellent nécessairement des intestins d'une certaine espèce ; des dents à couronne plate appellent nécessairement un estomac et des intestins d'her-
bivore ; un estomac et des intestins de Carnivore appellent nécessairement des dents tranchantes^etc.
Je Fai déjà dil , un estomac de Carnivore appelle nécessairement un cerveau fait pour être le siège d'un certain instinct, de Vinstinct qui porte Fanimal à se nourrir de chair. Mais, ce n*est pas pas tout : il faut, de plus, que ce cerveau ait un certain développement, car il faut à ranimai Carnivore, et qui doit se rendre mattre de l'herbivore, un certain degré d'intelligence dont l'animal herbivore peut, à la rigueur, se passer. Le cerveau d'un carnassier, qui serait réduit aux proportions du cerveau d'un rongeur, serait un cerveau qui ne suffirait pas.
11 y a donc des combinaisons impossibles, et il y a des combinaisons nécessaires.
Par conséquent toutes les complications n'existent réellement pas, puisqu'il y a des combinaisons impossibles^ ni toutes les simplifications, puisqu'il y a des combinaisons nécessaires.
Par conséquent encore, si les combinaisons sont bornées, il y a nécessairement des interruptions, des hijitm.
Encore une fois, vouloir qu'il n*y ait pas des interruptions, des hiatus, c*est vouloir que toutes les combinaisons soient possibles.
Or, de cela seul que certains organes s'excluait, il y a des combinaisons impossibles; et de cela seul qu*il y a des combinaisons impossibles, il y a des hiatus (1).