DU GENRE
BufTon définit Vespèce « une succession constante « d'individus semblables etqui se reproduisent (4): » par où il mêle deux choses distinctes, le fait de la reproduction et celui de la ressemblance. Or, il avait déjà remarqué, et fort judicieusement, que la comparaison de la ressemblance n'est qu'une idée acces-^ soire (2). Reste donc le fait de la reproduction, et par conséquent l'espèce n*est, pour lui, que la smcession des ind'widtis qui se reproduisent.
0) (ouvres de Buffon, t. 8, p. 44 de l'édition in- 12 de l'Imprimerie royale.
(2) ff La comparaison du nombre on de la ressemblance des « individus n'est, dit Baffon, qu'une idée accessoire et souvent « indépendante de la première (la succession constante des •• individus par la génération); car Tlne ressemble an cheval M plus que le barbet au lévrier, et cependant le barbet et le « lévrier ne sont qu'une même espèce» puisquMs produisent a ensemble des individus qui peuvent eux-mêmes en reproduire a d'autres; au lieu que le cheval et l'âne sont certainement de « différente» espèces, puisqu'ils ne produisent ensemble que « des individus viciés et inféconds. » ibid,, p. 45.
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M. Cuvier définit aussi Fespèce: « la réunion des individus descendus l'un de Faulre ou de parents communs (l).» L'espèce n'est donc pour M. Cuvier, comme pour BufTon, que la succession des individus qui se reproduisent et se perpétuent.
Voilà donc Vespèce définie par le fait : ïespèce est la succession des individus qui se reproduisent. Mais n'y a-t-il pas aussi quelque fait par lequel on puisse définir le genre ? C'est cette définition que je cherche.
Que deux individus mâle et femelle, semblables entre eux, se mêlent, produisent, et que leur produit soit susceptible à son tour de se reproduire, et voilà Tespèce : la succession des individus qui se reproduisent et se perpétuent. A côté déco premier fait, que deux individus, mâle et femelle.
(4) Il ajoute : c et de ceux qui leur ressemblent autant quMrt * se ressemblent entre eux. > Mais ce n'est là encore, et poar lui-même, qu^anc idée accessoire, car il dit ailleurs : a Les difa férences apparentes d'un mâtin et d'un barbet, d'un lévrier « et d'un doguin sont plus fortes que celles d'aucunes espèces <r s\iuvages du même genre » LMdée fondamentale de l'espèce est donc la succetfton par la génération,ti Ce caractère seul, dit a encore Buffon, constitue ta réalité et t'unilc de ce que l'on c doit appeler espèce. » T. 9, p. 85.
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moins semblables entre eux que n'étaient les deux précédents, se mêlent, produisent, et que leur produit soit infécond, ou immédiatement, ou après quelques générations, et voilà le genre. Le caractère de Tcspèce est la fécondité qui se perpétue, le caractère du genre est la fécondité bornée. La génération donne donc ainsi les espèces par la fécondité qui se perpétue^ et les genres par la fécondité bornée.
Je sais bien que le groupe que je propose, et qui résulterait du croisement fécond des espèces, ne répondrait plus exactement aux genres ordinaires des naturalistes, formés par la seule comparaison des ressemblances; mais on pourrait donner ii ce groupe tel nom qu'on voudrait, le point essentiel ici est de le constater. Je sais bien encore que les expériences nécessaires pour en généraliser rétablissement sont loin d'être faites et ne le seront peut-être jamais : « Le plus grand obsta- « de qu'il y ait à l'avancement de nos connais- (1 sances, disait Buflbn, est l'ignorance presque « forcée dans laquelle nous sommes d'un très- « grand nombre d'effets que le temps seul n'a pu « présenter à nos yeux, et qui ne se dévoileront
« même à ceux de la postérité que par des expé- « rietices et des observations combinées. En atten- <i dant, nous .errons dans les ténèbres, ou noua « marchons avec perplexité entre des préjugés et • des probabilités, ignorant même jusqu*àla possi- « bilité des choses, etconfondant atout moment les « opinions des hommes avec les actes de la nature (I). »
Toutefois on a déjà quelques faits. On sait que les espèces du cheval, de Tânc, du zèbre, peuvent se mêler et produire ensemble ; celles du loup et du chien se mêlent et produisent aussi ; il en est de même de celles de la chèvre et de la.brebis, de la vache et du bison. Le tigre et le lion ont produit à Londres, fait remarquable et qui renverse ce principe que Ton s'était trop hâté de poser, savoir, que, pour que le croisement de deux espèces fût fécond, il fallait au moins que Tune d'elles fût domestique.
Je m'en tiens à ces exemples certains, tirés de la classe des mammifères. On connaît, dans celle des oiseaux, les unions croisées de plusieurs espè-
ces, du serin avec le chardonneret, avec la linotte, avec le verdier, etc., des faisans dorés, argentés et communs, soit entre eux, soit avec la poule, etc.
Au milieu de tous les autres groupes de la niéthade, Vespèce et le genre se distinguent donc en ce qu'ils ne se fondent pas seulement sur la comparaison (les ressemblances, mais sur des rapports directs et effectifs de génération et de fécondité.