‹ Analyse raisonnée des travaux de Georges Cuvier: précédée de son éloge historiqueChapitre 9 sur 19 · DU GENRE · texte numérisé non relu

DU GENRE

Buffon définit Vespèce « une succession constante « d'individussemblablesetquise reproduisent (^ ] : » par où il méie deux choses distinctes, le fait de la reproduction et celui de la ressemblance. Or, il avait déjà remarqué, et fort judicieusement, que la cornparaison de la ressemblance n'est qu'une idée accessoire (2). Reste donc le fait de la reprodtution, et par conséquent Vespèce n'est, pour lui, que la succession des individu^s qui se reproduisent.

(1) OEuvret de Buffon, t. 8, {». 44 deréditton inf 2 de llmprimerie royale.

(2) « La comparaison du nombre ou de la ressemblance des « individus n'est, dit Buffon, qu'une id<^e accessoire et souvent « indépendante de la première (la succession constante des '• individus par la génération); car l'âne ressemble an cheval (( plus que le barbet au lévrier, et cependant le barbet et le tf lévrier ne sont qu'une même espèce, piiisqu^U produisent « ensemble des individus qui peuvent eux-mêmes sn reproduire « d'autres; au lieu que le cheval et l'âne sont certainement de, « différentes espèces, puisqu'ils i.e produisent ensemble que « des individus viciés et inféconds. » Ibid., p. 45.

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M. CuVier définit aussi Tespèce: « la réunion des individus descendus Tun de Tautre ou de parents communs(l).» L'espèce n'est donc pour M. Cuvier, comme pour BufTon, que la succession des individus T/ui se reproduisent cl se perpétuent.

Voilà donc V espèce définie parle fait : Vespece est \iï suctession des individus qui se reproduisent. Mais n'y a-t-il pas aussi quelque fait par lequel on puisse définir le genre ? C'est cette définition que je cherche.

Que deux individus mâle et femelle, semblables entre eux, se mêlent, produisent, et que leur produit soit susceptible à son tour de se reproduire, et voilà Tespèce : la succession des individus qui se reproduisent et se perpétuent. A cfttédece premier fait, que deux individus, mâle et femelle,

(4) Il ajoute : c et de ceux qui leur tcssemblentautint qu*iU » se ressemblent entre eux. » Mais ce n'est là encore, et pour liii-méme, qu'*unc idée accessoire, car il dit ailleurs : a Les dif • «r réremes apparentes d'un mâtin et d'un barbet, d'un lévrier « et d'un dogliin sont plus fortes que celles d'aucune-« espéccM «r sauvages du même genre » L^idée fondamentale de l'espèce est donc la succesfion par la génération,* Ce caractère seul, dit a encore Buffon, constitue la rcaiitc et l'uniic de ce que l'on < doit appeler espèce. » T. 9, p. 85.

moins semblables entre eux que n*étaient les deux précédents, se mêlent, produisent, et que leur produit soit infécond, ou immédiatement, ou après quelques générations, et voilà le genre. Le caractère de Tespèce est la fécondité qui se perpétue, le caractère du genre est la fécondité bornée. La génération donne donc ainsi les espèces par la fécondité qui se perpétue^ et les genres par la fécondité bornée.

Je sais bien que le groupe que je propose, et qui résulterait du croixem^nt fécond des espèces, ne répondrait plus exactement aux genres ordinaires des naturalistes, formés par la seule comparaison des ressemblances; mais on pourrait donner à ce groupe tel nom qu'on voudrait, le point essentiel ici est de le constater. Je sais bien encore que les expériences nécessaires pour en généraliser rétablissement sont loin d'être faites et ne le seront peut-^tre jamais : « Le plus grand obsta- « cle qu'il y ait à l'avancement de nos connais- (( sances, disait BufTon, est l'ignorance presque « forcée dans laquelle nous sommes d'un très- (I grand nombre d'efTets que le temps seul n'a pu « présenter à nos yeux, et qui ne se dévoileront

« même à ceux de la postérité que par des expé^ (( riences et des observations combinées. En atten- « dant, nous errons dans les ténèbres, ou nous « marchons avec perplexité entre des préjugés et « des probabilités Jgnorant même jusqu'à la possi- « bilité des choses, etconfondant atout moment les « opinions des hommes avec les actes de la nature (I). »

Toutefois on a déjà quelques faits. On sait que les espèces du cheval, de Tâne, du zèbre, peuvent se mêler et produire ensemble ; celles du loup et du chien se mêlent et produisent aussi ; il en est de même de celles de la chèvre et de la brebis, de la vache et du bison. Le tigre et le lion ont produit à Londres, fait remarquable et qui renverse ce principe que Ton s'était trop hâté de poser, savoir, que, pour que le croisement de deux espèces fût fécond, il fallait au moins que Tune d'elles fût domestique.

Je m'en tiens à ces exemples certains, tirés de la classe des mammifères. On connaît, dans celle des oiseaux, les unions croisées de plusieurs espè-

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ces, du serin avec le chardonneret, ayec la linotte, avec le verdier, etc., des faisans dorés, argentés et communs, soit entre eux, soit avec la poole, etc.

Au milieu de tous les autres groupes de la niéikode^ Vespèce et le genre se distinguent donc en ce qu*ils ne se fondent pas seulement sur la comparaison des ressemblances, mais sur des rapports directs et effectifs de génération et de fécondité.

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