II. — Appareils dispersifs. — Mesures
Un spectroscope ordinaire de laboratoire à un prisme, est parfaitement suffisant pour le simple examen des raies caractéristiques des métaux, et des corps formant les éléments principaux des minéraux. J'avais commencé mes recherches {!) avec un appareil de ce genre, à un prisme
(1) Comples-Rendus. Séances des 12 mars, 2 avril, 2 juillet 1894.
en flint lourd de densité 4,72 et d'indice pour la raie D égal à 1.756.
Ces conditions sont très voisines de celles où avaient été étudiés les spectres du bel ouvrage de M. Lecoq de Boisbaudran (1) et ceux des métalloïdes qui avaient fait l’objet de la thèse de M. Salet (?). J'aurai souvent à citer ces deux ouvrages, précieux surtout au point de vue de la certitude de la provenance des raies, les substances qui y sont étudiées ayant été purifiées avec grand soin.
Ayant résolu de faire la description complète du spectre des principaux minéraux, en y recherchant les éléments accessoires contenus en faible quantité, j'ai dû recourir à une plus forte dispersion. Je tenais en même temps à faire usage d'un appareil facile à régler et à transporter qui pût permettre à la méthode de se généraliser et d’être employée dans les laboratoires de chimie et de minéralogie.
Je me suis arrêté au choix du spectroscope à vision directe à deux prismes composés, construit par M. Ph. Pellin sur les indications de M. Cornu. Chacun des prismes composés est formé d’un prisme en flint de densité 4.476, d'angle de 106° compris entre deux prismes en crown de densité 2.521. L'indice pour la raie D est pour le flint 1.5157, et celui du crown 1.7285.
L'ensemble de ces deux systèmes de prismes est très dispersif pour une combinaison de ce genre. L'écartement des deux raies D (ou si l’on préfère, du Sodium, Na, et Nac,) est supérieur à 04’ d'arc, près de 0°1 1/2, ou de une division de micromètre, ce qui permettait d'apprécier sur celui-ci avec un peu d'habitude, la dixième partie de cet écartement.
(1) Spectres lumineux. Paris, 1874.
2) Sur les spectres des métalloïdes. Paris 1872.
HT
Malheureusement l'absorption de la lumière dans ce genre d'appareils croît rapidement avec la réfrangibilité, à partir du violet. J'ai donc été forcé d'arrêter mes mesures à À — 420.0 dans cette couleur. Pour la partie plus réfrangible, c’est-à-dire entre À — 420.0 et À — 394.0, limite de mes recherches, j'étais forcé d'enlever un des systèmes de prismes. L'appareil ainsi réduit était cependant notablement plus dispersif que mon spectroscope ordinaire à un prisme, puisqu'il dédoublait facilement la raie du sodium avec un écartement d'environ un tiers de division du micromètre. Le micromètre divisé en 250 parties est, dans cet appareil, porté par une lunette mobile au moyen d'une vis sans fin, qui permet de le transporter dans les parties du spectre à mesurer. L’oculaire, dont j'avais fait augmenter le grossissement, porte un réticule, et la lunette se meut aussi par une vis sans fin. Le déplacement de celle-ci peut être lu au moyen d’un vernier donnant la minute, sur une fraction de cercle divisé dont elle est solidaire au moyen d'un prisonnier. Le collimateur porte une fente variable qu'il est utile de protéger par une glace, et devant laquelle se trouve un prisme mobile à réflexion totale, au moyen duquel étaient juxtaposés dans le champ de l’oculaire, le spectre du minéral et celui de l'élément à lui comparer. On à avantage à faire adapter à l’oculaire du spectroscope, quelle que soitsa dispersion, des volets à coulisse permettant de restreindre le champ et d'isoler une faible partie du spectre.