‹ Anarchisme & socialismeChapitre 18 sur 41 · TEA ES FRET · texte numérisé non relu

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30 ANARCHISME ET SOCIALISME parfaite des religions, prise au sens littéral, est une idée contradictoire. Le problème n'est pas de savoir comment nous serons le mieux gouvernés, mais comment nous serons le plus libres. La liberté adéquate et identique à l'ordre, voilà tout ce que contiennent de réel le pouvoir et la politique. Comment se constitue cette liberté absolue, synonyme d'ordre ? Voilà ce que nous enseignera l'analyse des différentes formules de l'autorité. Pour tout le reste, nous n'admettons pas plus le gouvernement de l’homme par l'homme que l'exploitation de l'homme par l'homme (1).

Nous nous trouvons maintenant au sommet de la philosophie politique de Proudhon. C'est d'ici que coule le frais et vivifiant ruisseau de sa pensée anarchiste. Avant de suivre la course un peu tortueuse de ce ruisseau, jetons un coup d'œil sur le sentier par lequel nous sommes montés.

Nous nous imaginions suivre Kant. Nous nous trompions. Dans sa Crilique de la Raison pure,

Kant a démontré qu'il est impossible de prouver

(1) Voir la préface de la troisième édition des Confessions d’un Révolutionnaire, pour toutes les citations ci-dessus. Cette préface n'est qu'un article extrait de la Voix du Peuple du 5 novembre 1849. Ce n’est qu'en 1849 que Proudhon commence à «exposer» la théorie anarchiste. En 1848, n'en déplaise à Kropotkine, il n'exposait que sa théorie de l'échange, comme on peut s’en convaincre en lisant le tome sixième de ses œuvres complètes (Paris 1868). La critique de la « Démocratie », qui date de mars 1848, n'est pas encore une exposition de la théorie anarchiste. Cette critique constitue une partie de l’opuscule Solution du problème social, et cette solution, Proudhon la veut sans impôt, sans emprunt, sans numéraire, sans papier-monnaie, sans maximum, Sans réquisition, sans banqueroute, sans 101 agraire, sans taxe des pauvres, sans ateliérs nationaux, sans association (!)}, sans participation, sans intervention de l'Etat, sans entrave à la liberté du commerce et de l'industrie, sans atteinte à la propriété, bref et surtout, Sans aucune lutte de classe. Idée vraiment «immottelle » et digne de l'admiration de tous ces bourgeois pacifiques, sentimentaux ou farouches, blancs, bleus ou rouges !

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l'existence de Dieu, parce que tout ce qui n’est pas du domaine de l'expérience nous échappe absolument. Dans sa Crilique de la Raison pratique, Kant a admis l'existence de Dieu au nom de la morale. Mais ilna

jamais dit que Dieu n'est qu'une image renversée de

notre propre âme. Ce que Proudhon lui attribue appartient, comme une propriété incontestable, à Feuei:-

‘bach. C’est donc l'exemple de celui-ci qu'il a suivi en

tracant, dans ses grandes lignes, la « biographie » de l'idée politique. Proudhon nous ramène par conséquent juste au point ou commença, avec Slirner, notre voyage, très peu « sentimental ». N'importe, raisonnons encore une fois d’après Feuerbach.

Ce n’est qu’elle-même que l'humanité cherche dans la religion. Ce n’est que lui-même, c'est la liberté que le citoyen cherche dans le gouvernement... Donc l'essence du citoyen, c’est la liberté ! Supposons qu'il en soit ainsi, mais constatons en même temps que notre Kant français, n’a rien, absolument rien fait pour prouver la « légimilé » d’une pareille « idée ». Et ce nest pas tout. Quelle est cette liberté que nous supposons être l'essence du citoyen? Est-ce la liberté politique qui devrait le plus naturellement être l’objet principal de ses soins ? Pasle moins du monde! Supposer cela ce serait faire du «citoyen » un démocrate « autoritaire ». C’est la liberté « absolue » de l'individu, laquelle est en même temps « adéquate et identique à l'ordre », que notre citoyen « cherche » dans le gouvernement. En d’autres termes, c'est l'anarchie de Proudhon qui est l'essence du « citoyen ». On ne saurait faire une découverte plus agréable, mais la « biographie » de cette découverte donne à réfléchir. En effet. nous avons voulu détruire tous les arguments en faveur de l'Autorité, comme Kant a détruit toutes les preuves de l'existence de Dieu. Pour arriver à ce but, nous avons supposé que c'est la liberté que le citoyen cherche dans le gouvernement, en imitant un peu Feuerbach, d'après qui l'homme adore en Dieu sa propre essence. EL pour

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