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AMARCHISME ET SOCIALISME 39:
jours la même chose. Le principal, c'est que l'organi-
sation anarchiste « sociale » n’a pu être découverte: « qu’à la suite de longues expériences ». Le lecteur voit.
combien c’est regrettable.
La constitution politique a une influence incontes-
table sur l’organisation sociale ;. elle la provoque au:
moins, et c'est là sa « destinée », révélée par Proudhon, maître en philosophie kantienne et en organi-
sation sociale. La conclusion la plus logique qui en.
découle, c'est que les partisans de l'organisation
sociale doivent s'appuyer sur l’organisation politique-
our arriver à leur but. Mais, toute logique qu'elle P ,
est, elle n’est pas du goût de notre auteur. Elle n'est
pour lui qu’une fantasmagorie de notre esprit. S'appuyer sur la constitution politique, c'est faire des
offrandes au Dieu terrible de l'autorité, c'est prendre.
part à la lutte des partis. Proudhon ne veut rien de
cela : « Plus de partis ; plus d’autorilé ; liberté absolue: de l’homme et du ciloyen : en trois mots, voilà notre:
profession de foi politique et sociale » (1).
Toule lulte de classe est une lutte polilique. Celui qui ne veut pas entendre parler de lutte politique renonce par cela même à prendre une part quelconque à la
lutte de classe. C’est bien le cas de Proudhon. Dès le: commencement de la Révolution de 1848, il prêchait la couciliation des classes. Voici, par exemple, un pas-
sage de la ciculaire qu'il adressa à ses électeurs du:
Doubs et qui date du 3 avril de la même année :
La question sociale est posée. Vous n'y échappez pas. Pour la résoudre, il faut des hommes qui unissent à l’ex-. trême de l'esprit radical l'extrême de l'esprit conservateur. Travailleurs, tendez la main à vos patrons : et vous, patrons, . ne repoussez pas l'avance de ceux qui furent vos salariés.
L'homme qui, dans l’idée de Proudhon, unissait l'extrême de l'esprit radical et l'extrême de l'esprit con-
servateur, c'était lui-même, P.:-J. Proudhon. Il y a là.
(1) Confessions, pp. 25-26.
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d'un côté une fiction commune à tous les utopistes qui ‘S'imaginaient pouvoir s'élever au-dessus des classes et de leurs luttes, et qui croyaient naïvement que toute l'histoire ultérieure de l'humanité devait se réduire à la propagande pacifique de leur nouvel évangile. Mais d’un autre côté cette tendance à réunir le radicalisme et le conservatisme révèle on ne peut plus clairement Ÿ «essence » même du « père de l'anarchie ». Proudhon était le représentant le plus typique du Socialisme des petils bourgeois. Or, la « destinée » du petit bourgeois — tant qu'il ue se place pas au point de vue du prolétariat — est d'osciller sans cesse entre le radicalisme et le conservatisme. Pour rendre plus compréhensible ce que nous venons de dire, 1l faut se rappeler en quoi consistait l'organisation sociale proposée par Proudhon.
Laissons notre auteur parler lui-même. Il va sans dire qu'en lui laissant la parole nous ne pouvons avoir affaire qu'à un Kant plus ou moins authentique.
Ainsi, la marche que nous nous proposons de suivre, en traitant la question politique et en préparant les matériaux d’une revision constitutionnelle, sera la même que nous avons suivie jusqu à ce jour en traitant la question sociale, La Voix du Peuple, en complétant l'œuvre des deux journaux, ses prédécesseurs, sera fidèle à leurs errements (1),
Que disions-nous dans ces «eux feuilles, tombées l’une après l’autre sous Îles coups de la réaction et de l'état de siège ? — Nous ne demandions point, comme l'avaient fait jusqu'alors nos devanciers et nos confrères : Quel est le meilleur système de communauté ? la meilleure organisation de la propriété ? Ou bien encore : lequel vaut mieux de la propriété ou de la communauté * de la théorie de Saint-Simon ou de celle de Fourier ? du système de Louis Blanc ou de celui de Cabet ?
À l'exemple de Kant nous posions ainsi la question : Comment est-ce que l'homme possède ? comment s'acquiert
(1) I parle des journaux le Peuple et le Représentant du Peuple, qu'il publia avant la Voix du Peuple, en 1848-1849.
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la propriété ? comment se perd-elle ? Quelle est la loi de son évolution et de sa transformation ? Où va-t-elle ? Que veutelle ? Que représente-t-elle enfin ?... Comment ensuite est-ce que l’homme travaille ? (Comment s'établit la comparaison des produits ? Comment s opère la circulation dans la s0ciété ? À quelles conditions ? Suivant quelles lois ?.
Et la conclusion de toute cétte monagraphie de la propriété a été celle-ci : La propriété indique fonction ou attribution ; la communauté, réciprocité d'action ; l'usure toujours décroissante, identité du travail et du capital (sic ?). Pour opérer le dégagement et la réalisation de tous ces termes jusqu'à présent enveloppés sous les vieux symboles propriétaires, que faut-il ? Que les travailleurs se garantissent les uns aux autres Île travail et le débouché ; à cette fin qu'il acceptent comme monnaie leurs obligations réciproques.
Eh bien ! nous disons aujourd'hui : la liberté politique résultera pour nous, comme la liberté industrielle, de notre mutuelle garantie. C'est en nous garantissant les uns aux autres la liberté que nous nous passerons de ce gouvernement dont la destination est de symboliser la devise républicaine : Liberté, Egalité, Eraternité, laissant à notre intelligence le soin d'en trouver la réalisation. Or, quelle est la formule de cette garantie politique et libérale ? Présentement le suffrage universel ; plus tard, le libre contrat...
Réforme économique et sociale par la garantie mutuelle du crédit ; réforme politique par la transaction des libertés individuelles : tel est le programme de la Voix du Peuple (2)
Nous ajouterons à cela qu'il n’est pas difficile de faire la « biographie » de ce programme.
- Dans une société de producteurs de marchandises, l'échange des produits se fait d’après le travail socialement nécessaire pour leur préparation. Le travail est la source et la mesure de la valeur d'échange. Cela paraît on ne peut plus « Juste » à tout homme imbu des idées engendrées par la société des producteurs de marchandises. Malheureusement, cette « justice » n'est pas « éternelle », pas plus que rien ici-bas. Le dévelop-
(1) Confessions, pp. 7-8.
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pement de la production des marchandises entraîne nécessairement la transformation de la plus grande partie de la société en prolétaires, ne possédant que leur force de travail et d’une autre partie en capitalistes qui, achetant cette force, l'unique marchandise des prolétaires, en font la source de leur propre enrichissement. En travaillant pour le compte du capitaliste, le prolétaire produit le revenu de son exploiteur, en même temps que sa propre misère, sa propre dépendance sociale. Est-ce assez injuste, cela ? Le partisan de la «Justice » des producteurs de marchandises déplore le sort des prolétaires, il tonne contre le capital. Mais il tonne en même temps contre les tendances révolutionnaires des prolétaires qui parlent de l'expropriation des exploiteurs et de l’organisation communiste de la production. Le communisme, c'est l'injustice, c'est la tyrannie la plus odieuse ! Ce qu'il faut organiser, ce n’est pas la production, c’est l'échange, assure-t-il. Mais comment organiser l'échange ? C'est très facile, et ce qui se passe Journellement sous nos yeux affligés peut nous servir d'indice. Le travail est la source et la mesure de la valeur des marchandises. Mais le prix des marchandises est-il toujours déterminé par la valeur ? Est-ce que les prix ne varient pas continuellement selon la rareté ou l’abondance des produits ? La valeur d'une marchandise et son prix ne sont pas identiques et c est là le malheur, notre grand malheur à nous tous, pauvres et honnêtes gens, qui ne voulons que la justice, qui n'aspirons à avoir que ce qui est à nous. Pour résoudre la question sociale, il faut donc mettre fin à l’'« arbitraire du prix », à l’« anomalie de la valeur ». (expressions propres de Proudhon). Et pour cela, il faut «consliluer la valeur», c'est-à-dire faire en sorte que chaque producteur reçoive, en échange de sa marchandise, toujours juste ce qu’elle coûte. Alors la propriété privée, non seulement cessera d'être le vo/, mais elle deviendra l'expression la plus adéquate de la Justice. Constituer la valeur, c’est constituer la petite pro-
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