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Le seul lien qui unit entre eux les producteurs de marchandises sur le terrain économique, c'est l'échange. Au point de vue juridique, l'échange apparaît comme le rapport de deux volontés. Le rapport des deux volontés trouve son expression dans le Contrat. La production de marchandises dûment constituée est donc le règne de la liberté individuelle « absolue»: en m obligeant, par un contrat, à faire telle ou telle chose, à livrer telle ou telle marchandise, je ne renonce pas a ma liberté ; loin de la ! J'en profite pour entrer en relations avec mon prochain. Mais en même temps le contrat est un régulateur de ma liberté : en remplissant le devoir que je me suis librement imposé par la signature du contrat, je rends justice aux droits d’autrui. C'est ainsi que la liberté « absolue » devient «adéquate à l'ordre ». — Appliquez la notion du contra à la critique-de la « constitution pratique » et vous avez |’ « Anarchie ».
L'idée de contrat est exclusive de celle de gouvernement... Ce qui caractérise le contrat, la convention commutative, c'est qu'en vertu de cette convention la liberté et le bien-être de l’homme augmentent, tandis que par l’institution d'une autorité l’une et l’autre nécessairement diminuent... Que si tel est le contrat dans son acceptation la plus a et dans sa pratique quotidienne, que sera le contrat social, celui qui est censé relier tous les membres d'une nation dans un mêine intérêt.
Le contrat social est l'acte suprême par lequel chaque citoyen engage à la société son amour, Son intelligence, son travail, ses services, ses produits, ses biens, en retour de l'affection, des idées, travaux, produits, services et biens de ses semblables : la mesure du droit pour chacun étant déterminée toujours par l'importance de son apport, et le recouvrement exigible au fur et à mesure des livraisons
Le contrat social doit être librement débattu, individuellement consenti, Signé, Manu propria, par tous ceux qui y participent — ... Le contrat social est de l'essence du contrat connais : Non seulement il laisse le contractant libre, il ajoute à sa liberté : non seulement il lui laisse l'in-
tégralité de ses biens, il ajoute à sa propriété ; il ne prescrit rien à son travail, il ne porte que sur ses échanges... Tel doit être d'après les définitions du droit et de la pratique universelle, le contrat social (1).
Une fois admis, comme principe incontestable et fondamental, que le contrat est le « seul lien moral que puissent accepter des êtres égaux et libres », rien de plus facile que de faire une critique «radicale » de la constitution politique. S'agit-il de la justice du droit pénal, par exemple ? Eh bien ! Proudhon vous demandera en vertu de quel contrat la société s’attribue-telle le droit de punir les criminels.
Là ouilny apas de convention, il ne peut y avoir, au for extérieur, ni crime, ni délit... La loi, c'est l’expression de la souveraineté du peuple, c'est-à-dire, ou je ne m'y connais pas, le contrat social, l'engagement personnel de lhomme et du citoyen. Tant que je ne l’ai pas voulue, cette loi, tant que je ne l'ai pas consentie, votée, signée, elle ne m'oblige point, elle n'existe pas. La préjuger avant que je la reconnaisse et vous en prévaloir contre moi malgré ma protestation, c'est lui donner un effet rétroactif, et la violer elle-même. Tous les jours il vous arrive de casser un jugement pour un vice de forme. Mais il n’est pas un de vos actes qui ne soit entaché de nullité et de la plus monstrueuse des nullités : la supposition de la loi. Soufflard, Lacenaire, tous les scélérats que vous envoyez au supplice s'agitent dans leur fosse et vous accusent de faux judiciaire. Qu’avez-vous à leur répondre ? (2).
S agit-il de l'administration et de la police, Proudhon entonne la même chanson du contrat et du consentement volontaire :
Ne pouvons-nous administrer nos biens, régler nos comptes, transiger nos différends, pourvoir à nos intérêts communs tout aussi bien au moins que nous pouvons veil. ler à notre salul et soigner nos âmes ? Qu'avons-nous affaire et de la législation de l'Etat, et de la justice de
(1) /bid. pages 124-127.
(2) Zbid., pp. 298-299.
42 ANARCHISME ET SOCIALISMEH
Etat, et de la police de l'Etat, et de l'administration de État, plus que de la religion de l'Etat ? (1).
Quant au ministère des Finances, il est évident que sa raison d'être est tout entière dans les autres ministères... Supprimez l'attelage politique, vous n'avez que faire d'une administration dont l'unique objet est de lui procurer et distribuer la subsistance (2).
C'est logique et c’est « radical », d'autant plus radical que la formule de Proudhon, la valeur constituée, le contrat libre est une formule universelle, facilement et même nécessairement applicable à tous les peuples.
Il en est, ea effet, de l'économie politique comme des autres sciences : elle est fatalement la mème ‘par toute la terre ; elle ne dépend pas des convenances des hommes et des nations, elle ne se soumet au caprice de personne. Il n'y a pas une économie politique russe, anglaisé, autrichienne, tartare ou hindoue, pas plus qu’une physique ou une géométrie hongroise, allemande ou américaine. La vérité est égale partout à elle-même... Si donc la science — non plus la religion ni l’autorité — est prise en chaque pays pour règle de la société, arbitre souverain des intérêts, le gouvernement devenant nul, toutes les législations de l’univers sont d'accord (3).
En voilà assez. La « biographie » de ce que Proudhon appelait son programme nous est maintenant bien connue. Dans la partie économique, il n’est qu’une utopie de petit bourgeois fermement convaincu que la production de marchandises est le plus «juste» de tous les modes de production possibles et qui veut éliminer ses mauvais côtés{(de là son « radicalisme ») en conservant pour toute l'éternité ses avantages (de là son « conservatisme »). Dans sa partie politique, ce programme nest que l'application aux rapports publics d'une notion {le « contrat ») puisée dans le domaine du droit privé de la société des producteurs de
(1) Jbid., p. 304.
(2; Ibid., p. 324.
(3) Zbid., p. 328.
marchandises. La « valeur constituée » en économie, le « contral » en politique, — voilà toute Ia « vérité » scientifique de Proudhon. Il a beau combattre les ‘utopistes, il est utopiste lui-même Jusqu'au bout des onoles. Ce qui le distingue des hommes comme Saint- Simon, Fourier et R. Owen, c'est Ia pauvreté et Fétroitesse extrême de l'esprit, c'est la haine de tout mouvement et de toute idée vraiment révolulionnaire.
Proudhon ceritiquait la constitulion politique au point de vue du dr'oit privé. Il voulait éterniser Ia propriété privée et détruire à Jamais l'Etat, la « fiction » pernicieuse. Déjà, Guizot disait que la constitution politique d’un pays à sa racine dans l’élal des propriélés de ce pays. Pour Proudhon, la constitution politique ne doit son origine qu'à l'ignorance humaine, elle n'a été « imaginéé » qu à défaut de « l'organisation -sociale » inventée enfin par lui Proudhon, anno domini, etc. Il juge de l'histoire politique de l'humanité comme un utopiste.
Mais la négation utopiste de la réalité ne nous préserve point de son influence. Niée sur une page d'une œuvre utopiste, elle prend sa revanche sur une autre, où elle apparaît parfois dans toute sa nudité. Ainsi, Proudhon nie » l'Elat. « Non, non, je ne veux pas de l'Etat, même pour serviteur ; je repousse le gouvernement, même direct », répète-t-1l à satiété. Mais, à 1ironie de la réalité ! Savez-vous comment 1l s'imagine la « constitution de la valeur ? » C’est curieux !
La constitution de la valeur, c'est /a vente à juste prix, à prix de revient (1). Si le négociant refuse de livrer sa marchandise à prix de revient, c'est qu’il n’a pas de certitude de vendre en quantité suffisante pour se former un revenu ; en second lieu, rien ne lui garantit qu'il obtiendra la réciproque pour ses achats. Il lui faut donc des garanties. Et ces garanties, elles peuvent « exister de plusieurs manières ». En voici une :
(1) Ibid. p. 266.
mu !+
Supposons que le gouvernement provisoire où l'Assemblée Constituante... æeût voulu sérieusement faire reprendre les affaires, relever le commerce, lindustrie, l’agriculture, arrêter la dépréciation de la propriété, assurer du travail aux ouvriers.
On le pouvait en garantissant, par exemple, aux dix mille premiers entrepreneurs, fabricants, manufacturiers, commerçants, etc., de toute la République, lintérêt à 5 p. 100 des capitaux que chacun d'eux engagerait dans les affaires jusqu à concurrence, en moyenne, de 100.000 francs. I est évident que l'Etat... (1).
I suffit ! « 11 est évident que l'Etat» s'impose à Proudhon, au moins « Comme serviteur... », et cela avec une force si irrésistible que notre auteur finit par se rendre et 1l le proclame solennellement :
Oui, je le dis bien haut : les associations ouvrières de Paris et des départements tiennent en leurs mains le salut du peuple, l'avenir de la révolution. Elles peuvent tout, si elles savent manœuvrer avec habileté. Il faut qu'une recrudescence d'énergie de leur part porte la lumière dans leg intelligences les plus épaisses et fasse mettre à l'ordre du jour, aux élections de 1852, et en première ligne, la Constilulion de la valeur (2).
Ainsi, plus de partis! Pas de politique ! quand il s agit de la lutte de classe, et : Vive la politique ! Vive l'agitation électorale ! Vive l'action de l'Etat ! quand il s’agit de la réalisation de la plate et maigre utopie de Proudhon.
Destruam et œdificabo, dit Proudhon. Il y a là beaucoup. de cette vanité trompeuse qui lui ‘est si propre. Mais d'un autre côté, c’est, pour nous servir de cette expression de Figaro, la vérité la plus vraie de tout ce qu'il a dit dans sa vie. 77 détruit et édifie. Seulement le
(1) C'est ainsi que Proudhon comprenait la détermination: de la valeur par le travail. Il n’a jamais pu comprendre un Ricardo. |
(2) Idée générale, etc., p. 268.
«mystère » de sa destruction se révèle entièrement par la formule : « Le contrat résoud tous les problèmes. » Le mystère de son ædificabo est dansla force de la réaiité bourgeoise, sociale et politique, avec laquelle il Se concilie d'autant plus facilement qu'il ne réussit à lui « arracher » aucun de ses « secrets ».
Proudhon ne veut pas entendre parler de l'Etat. Et
pourtant, — abstraction faite des propositions pratiques dans le genre de la constitution de la valeur pour lesquelles 1l s'adresse à l’odieuse « fiction », — méme
en Théorie; 11 « édifie » l'Etat aussitôt après l'avoir «détruit ». Ce qu'il enlève à l'Etat, il en gratifie les «communes » et les « déparlements ». A la place d’une grande « fiction », une quantité de petites. A la fin du compte, « l'anarchie » se réduit au Fédéralisme qui, entre autres avantages, a celui de rendre beaucoup
plus difficile que dans un Etat centralisé le succès des.
mouvements révolutionniires (1). Ainsi finit « l'idée générale de Ja Révolution » de Proudhon.
Chose curieuse ! C'est Saint-Simon qui est le «père» de l'anarchie de Proudhon. Saint-Simon a dit que le but de l’organisation sociale, c’est la production et que, par conséquent, la science politique doit se réduire à l'économie, l'art de gouverner les hommes doit céder la place à celui d’administrer les choses. Il a comparé l'espèce humaine à l'individu qui, obéissant à ses parents pendant son enfance, finit par n obéir qu’à lui même à l’âge mûr. Proudhon s’empara de cette idée et de cette comparaison, et; la constitution dela valeur aidant, « édifia » l'anarchie. Mais l'homme au génie fécond, Saint-Simon, serait le pre-
mier à s'effrayer de ce que fit de sa théorie politique.
le socialiste petit-bourgeois. Le Socialisme scientifique moderne a su bien autrement développer la théorie de Saint-Simon. En expliquant l’origine historique
de l'Etat, il indique par cela méme, les conditions de sa.
dnilion future.
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(1) Voir le livre Du principe fédératif.
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Scientifique.
L'Etat était la représentation officielle de toute la 60-
.ciété, son incarnation dans un corps visible, mais il ne
l'était que tant qu'il était l'Etat de la classe qui, pour son temps, représentait la société tout entière. Mais du mo-
-ment qu’il devient réellement le représentant de Ja société
tout entière, il devient inutile. Dès qu'il n'existe plus de classe à maintenir dans l'oppression, dès que la domination de classe, la lutte pour l'existence basée sur l'anarchie de la production, les collisions et les excès qui en découlent sont balayés, il n'y a plus rien à réprimer, un Etat devient inutile. Le premier acte par lequel l'Etat se constituera réélleinent le représentant de toute la société, — la prise de possession des moyens de production au nom de la société — sera en même temps son dernier acte comme Etat. Le gouvernement des personnes fait place à l'administration des choses et à la direction des procédés de production. La société libre ne peut tolérer l'existence d'un Etat entre elle et ses membres (1).
Bakounine.
Nous avons vu que, dans leur critique de la « constitution politique », les « pères » de l'anarchie restaient toujours sur le point de vue uiopiste. Ils s'appuyaient
-chacun sur un principe abstrait : Stirner sur celui du .&« Moi », Proudhon sur celui du « Contrat ». Le lecteur
a également vu ‘que les deux « pères » étaient des individualistes de la plus belle eau.
L'influence de l’individualisme proudhonien fut, pendant un certain temps, très forte dans les pays de jangue latine (France, Belgique, Italie Espagne) et
Slaves (surtout Russie). L'histoire intérieure de Z’Asso-
ciation Internationale des Travailleurs, c'est l'histoire de la lutte entre le proudhonisme et le socialisme moderne de Marx. Non seulement des hommes comme Tolain, Chemalé ou Murat, mais des gens de beaucoup
supérieurs à eux, comme de Paepe, par exemple,
(1) Frédéric Engels, Socialisme ulopique el socialisme
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n'étaient. que des « muluellistes » plus ou moins opiniâtres, plus où moins conséquents ; mais plus le mouvement ouvrier se développait, et plus il devenait évident que le « mutuellisme » ne pouvait être son expression théorique. Aux Congrès internationaux, les mutuellistes ont été forcés, par la logique des choses, de voter des résolutions communistes. C'est ce qui arriva, par exemple, à Bruxelles, à propos de la discussion sur la propriété foncière (1). Peu à peu, l'aile gauche de l’armée proudhonienne abandonna le terrain de l'individualisme pour se retrancher sur celui du collectivise. |
Le mot colleclivisme était employé, en ce temps-là, dans un sens tout à fait opposé à celui qu'il à maintenant dans la bouche des maræistes français, comme
(1) « ... Parmi ceux qui se disent mutuellistes et dont les idées économiques se ‘rattachent généralement aux théories de Proudhon, en ce sens qu'ils veulent, comme legrand révolutionnaire. la suppression de tous les prélèvements. du capital sur le travail, la suppression de l'intérêt, la réciprocité des services, légal échange des produits sur la base du prix de revient, le crédit gratuit réciproque, plusieurs ont voté pour l'entrée du sol à Ia propriété collective. Tels sont les quatre délégués français : Aubry, de- Rouen ; Delacour, de Paris ; Richard, de Lyon et Lemonnier, de Marseille ; et parmi les Belges : les compagnons Ch. Maetens, Verrycken, de Paepe, Maréchal, etc. Pour eux, il ny a point de contradiction entre le mutuellisme applicable à l'échange des services et des produits en prenant pour base le prix de revient, c'est-à-dire la quantité de travail contenue dans les services et produits, et la propriété collective applicable au sol, lequel n’est pas un produit du travail, et, par suite, ne leur paraît pas devoir tomber sous. la loi de l'échange, sous la loi de la circulation ». (Réponse. faite à un article du D’ Coullery dans la Foix de l'Avenir, par les Belges : Vandenhouten, de Paepe, Delesalle, Hermann, Delplanque, Roetandts, Guill, Brasseur, imprimée dans le même journal (18 octobre 1869) et reproduite dans le. Mémoire de la Fédération Jurassienne, Sonviller 1873, p. 19-20.
Jules Guesde et ses amis. Le champion le plus marquant du collectivisme était alors Michel Bskounine.
En parlant de ce personnage, nous passerons sous silence et sa propagande en faveur de la philosophie hégélienne, tant bien que mal comprise par lui, et son rôle dans le mouvement révolutionnaire de 1848, et ses écrits panslavistes du commencement, et sa brochure Romanov, Pougalchev ou Pestel (1) (Londres, 1862), où il promettait de se ranger du côté d'Alexandre Il, si celui-ci consentait à devenir un {sar des moujiks ; — ce qui nous concerne ici, c'est exclusivement sa théorie du collectivisme anarchite.
Menbre de la Ligue de la Paix et de la Liberté, Bakounine proposa à cette association parfaitement bourgeoise, à son congrès de Berne, 1868, de se prononcer pour «légalisation économique et sociale des classes el des individus ». D'autres délégués, entre autres Chaudey, lui reprochèrent de préconiser le « communisme ». Voici en quels termes indignés il protesta contre cette accusation :
Parce que je demande légalisation économique et sociale des classes et des individus, parce qu'avec le Congrès des travailleurs de Bruxelles, je me suis déclaré partisan de la propriété collective, on m'a reproché d'être communiste. Quelle différence m'a-t-on dit, faites-vous entre le communisime et la collectivité ? Je suis étonné vraiment que M. Chaudey ne le comprenne pas cette différence, lui, l'exécuteur testamentaire de Proudhon ! Je déteste le communisme. parce qu'il est la négation de la liberté et que je ne puis concevoir rien d'humain sans la liberté. Je ne suis point communiste, parce que le communisme concentre et fait
(1) Romanov, nom que se donne la dynastie régnante de Russie, qui provient, — abstraction faite de l’adultère avoué par Catherine II elle-même dans ses Mémoires, — de Pierre IIT, mari de Catherine IL et prince de Holstein-Gottorp; Pougatchev, le faux Pierre III, cosaque qui se mit à la tête d'une Jacquerie russe, en 1773 : Pestel, républicain conspirateur, pendu par Nicolas 1* en 1826.
absorber toutes les puissances de la société dans l'Etat, parce qu'il aboutit nécessairement à la centralisation de la propriété entre les mains de l'Etat, tandis que moi, je veux l'abolition de l'Etat, — l’extirpation radicale de ce principe de l'autorité et de la tutelle de l'Etat, qui, sous le prétexte de moraliser et de civiliser les hommes, les à jusqu’à ce jour asservis, opprimés, exploités et dépravés. Je veux l'or. ganisation de la Société et de la propriété collective ou so- Ciale de bas en haut, par la voie de la libre associstion et non de haut en bas par le moyen de quelque autorité que ce Soit. Woulant l'abolition de l'Etat, je veux l'abolition de Ia propriété individuellement héréditaire, qui n’est qu'une institution de l'Etat, une conséquence même du principe de l'Etat. Voilà dans quel sens, Messieurs, je suis collectiviste et pas du tout communiste !
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Ce n'est pas bien clair comme exposition de principes. Mais c'est assez significatif au point de vue «biographique ».
Nous n'insisterons pas sur ce qu'il y a d’inepte dans ces mois «légalisation économique ef sociale des classes », le Conseil général de l'Internationale en a fait justice 1l y a longtemps (1). Nous remarquerons ce qui suit.
Les citations ci-dessus font voir que Bakounine :
1° combat l'Etat et le « communisme » au nom de « Ia plus entière liberté de tout le monde » :
2° combat la propriété « individuellement héréditaire » au nom de l'égalité économique ;
(1) « L'égalisation des classes — écrivait-il à l'Alliance de Bakounine, qui voulant ètre admis dans l'Internationale lui avait envoyé son programme où figurait cette fameuse égalHisation — interprétée littéralement, aboutit à l’harmonie du capital el du fravail, si importunément prêchée par les so- Cialistes bourgeois ; ce n'est pas l'égalisation des classes, contre-sens logique,impossible à réaliser, mais au contraire l'abolition des classes, ce véritable secret du mouvement prolétaire, qui forme le grand but de l'Association Internationale des Travailleurs », etc... À