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3° lient cette propriété pour « une institution de l'Etat » ;
4° na rien contre la propriété individuelle, si elle n'est pas héréditaire ; rien contre le droit d'héritage, s'il n’est pas individuel.
En d'autres termes :
1° Bakounine est parfaitement d'accord avec Proudhon en ce qui concerne la & négation » de l'Etat et du COMMUNISNE ; :
2° à celte négation, il en ajoute une autre, «celle de: la propriélé individuellement héréditaire :
3° son programme n'est qu'une somme obtenue par l'addition des deux principes abstraits : celui de la liberlé et celug de l'égalité ; ces deux principes, il les applique à la critique de l’ordre de choses existant, l'un après l’autre et l’un indépendamment de l’autre : il ne se demande point si les résultats d’une de ces négations peuvent se concilier avec ceux de l'autre
4° 1] comprend aussi peu que Proudhon l'origine de la propriété privée et le rapport de cause qui existe entre son évolution et le développement des formes poliliques ;
9° 1l ne se rend pas un compte exact de ce que signifient les mots « individuellement héréditaire ».
51 Proudhon était ulopiste, Bakounine l'était deux fois, puisque son programme n'était qu'une utopie libertaire, doublée d’une ulopie égalitaire. Si Proudhon, au moins dans une grande mesure, restait fidèle à son principe du contrat, Bakounine, partagé entre la liberté et l'égalité, est forcé, dès les premiers pas de son raiïisonnement, de sacrifier sans cesse la première à la seconde et la seconde à la première. Si Proudhon est un proudhonien sans reproche. Bakounine est un proudhonien sophistiqué par le détestable communisme, voire même par le marxisme.
En effet, Bakounine n'a plus cette foi no dans le génie du « maître » Proudhon, que Tolain semble avoir conservée intacte. D'après ie
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Proudhon, malgré tous ses efforts pour mettre le pied sur un terrain réel, restait idéaliste et métaphysicien. Son point de départ, c'est l’idée abstraite du droit : c'est du droit qu'il part pour arriver aux faits économiques, tandis que Marx, au contraire, a émis et prouvé cette vérité, démontrée par toute l’histoire ancienne et moderne des sociétés humaines, des peuples et des Etats, que les faits économiques ont précédé et précèdent les faits du droit civil et politique. Dans la découverte et la démonstration de cette vérité consiste un des plus grands mérites de M. Marx (1).
Dans un autre- de ses écrits, 1l dit avec une conviction complète :
Toutes les religions et tous les systèmes de morale qui règnent dans une société sont loujours l'expression idéale de sa situation réelle, matérielle, c'est-à-dire de son organisation économique surtout, mais aussi de son organisation politique, cette dernière n'étant d’ailleurs jamais autre chose que Ia conséquence juridique et violente de la première.
Et il cite de nouveau Marx comme l'homme à qui revient le mérite d'avoir découvert et démontré cette vérité (2). — On se demande avec étonnement comment ce même Bakounine à pu avancer que la propriété privée n'est qu une conséquence du principe autoritaire. Mais le mot de l'énigme est dans ce fait qu'il n’a pas compris la conception matérialisle de l'histoire ; il n’a été que sophistiqué par elle.
En voici une preuve des plus frappantes. Dans son ouvrage russe déjà cilé, l'Etalisme et l’Anarchie, il assure que, dans la situation du peuple russe, deux éléments constituent les conditions nécessaires de la révolution sociale (il veut dire socialiste) :
(1) Z’Elatisme el l'Anarchie, 1873, pp. 233-234 (en russe). Nous savons bier que le mot étatisme est tout à fait barbare, mais Bakounine s’en sert, et la plasticité de la langue russe s'y prête facilement. ù
(2) La Théologie politique de Mazzini ei l'Internationale, Neuchâtel 1871, pp. 69 et 78.
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Il peut se vanter d’une excessive misère et d'un esclavage sans égal. Ses souffrances sont innombrables, et il les subit non pas avec patience, mais avec un désespoir: profond et passionné qui, deux fois déjà, se fit jour dans notre histoire, par deux explosions terribles : par Ia ré: volte de Stenka Razine et par celle de Pougatchev (1).
Voilà ce que Bakounine entend par les conditions matérielles d'une révolulion socialiste ! Est-il besoin: de dire que c'est d’un maræisme un peu trop:sui generis.
En comptant Mazzini du point de vue de Ja conception matérialiste de l'histoire, Bakounine est si loin de comprendre la véritable portée de cette conception que, dans le même écrit où il réfute la théologie maz- Zinienne, il parle, en vrai proudhonien qu'il est, de la morale humaine « absolue », et cette morale, la morale de la « solidarité », il l'appuie sur des considérations. de ce genre :
Chaque être réel, tant qu'il existe, n'existe qu'en: vertu: d'un principe qui lui est inhérent et qui détermine sa nature particulière ; principe qui ne lui est pas imposé par un législateur divin quelconque (C'est là le matérialisme de notre auteur ! — G. P.), mais qui est la résultante prolongée et constante d’une combinaison de causes et d'effets naturels ; et qui n’est pas renfermée en Jui comme une ame dans son corps selon l'imagination saugrenue des idéalistes, mais qui n’est en effet que le mode fatal et constant de son existence réelle.
L'espèce humaine, comme toutes les autres espèces, a des principes inhérents qui lui sont particulièrement propres, et tous ces principes se résument ou se réduisent à un Seul principe que nous appelons la solidarilé. Ce principe peut être formulé ainsi: Aucun individu humain ne peut reconnaitre sa propre humanité, ni par conséquent la réaliser dans sa vie, qu’en la reconnaissant en autrui et quen Coopérant à sa réalisation pour autrui. Aucun homme ne peut s'émanciper qu'en émancipant avec lui tous les hommes qui l'entourent. Ma liberté est la liberté de tout le monde, car.je ne suis réellement libre, libre non
(1) L’Elatisme el l’Anarchie, Appendice A, Der
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seulement dans l'idée, mais dans le fait. que lorsque ma liberté et mon droit trouvent leur confirmation, leur sanction, dans la liberté et dans le droit de tous les hommes “D:
Comme précepte de morale, la solidarité, interprétée par Bakounine, est une bonne chose. Mais vouloir ériger cette morale, du reste pas du tout absolue, en un principe qui est inhérent à l'humanité et qui détermine la nature humaine, c’est se jouer des mots et cest complètement ignorer ce qu'est le malérialisme. — L'humanité n'existe « qu'en vertu » du principe de solidarilé.. C'est une assertion par trop hardie. Et la lutte des classes, el le maudit « Elat », et la propriété «individuellement héréditaire », — seraient-ce IJà des manifestations de la solidarilé, inhérente à l'humanité, déterminant sa nature particulière, etc. etc. ? Si oui, — tout va donc bien, et Bskounine perdait son temps en révant une révolution sociale. Si non, cela prouve que l'humanité a pu exister « en vertu » d’autres principes que celui de la solidarité, et que ce dernier principe ne lui est pas du tout Qinhérent ». En réalité, Bakounine n’a avancé son principe « absolu » que pour arriver à cette conclusion qu'« aucun peuple ne saurait être complètement et solidairement libre dans le sens humain de ce mot, si l'humanité tout entière ne l’est pas » (2). |
Cela vise la tactique du prolétariat moderne et cela est Juste dans ce sens que, comme le disent les statuts de l'Association internationale des travailleurs, — «l'émancipation des travailleurs n’est pas un problème Simplement local ou national, qu’au contraire, ce problème intéresse toutes les nations civilisées, sa solution étant nécessairement subordonnée à leur concours théorique et pratique.» Rien de plus facile que de prouver cette vérité en se basant sur la situation économique actuelle de l'humanité civilisée. Mais rien de
(1) La Théologie politique de Mazzini, p. 91. (2) Jbic., pp. 110-115.
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