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ANARCHISME ET SOCIALISMI ‘63

Nous verrons plus bas à quoi devait aboutir la théorie bakounienne des « émeutes ». Pour le moment, résumons ce que nous avons dit sur Bakounine. Dans cette besogne, 1l va nous aider lui-même.

Sur le drapeau pangermanique (c'est-à-dire aussi sur le drapeau de la-démocralie socialiste allemande et, par conséquent, de celle du monde civilisé tout entier. — G. P.) est écrit : {a conservalion et la fortification de l'Etat à tout prix au contraire, sur le drapeau socialiste-révolutionnaire (lisez : bakouniste. — G. P.) est inscrit en caracières de sang, en lettres de feu : l’abolilion de tous les Etats, la destruclion de la civilisation bourgeoise, la libre organisation de -bas en haut à l’aide des libres associations, — l'organisation de la populace (sic!) ouvriére délivrée de loute bride, — l’organisalion de l’humanilé émancipée tout entière, la création d’un nouveau monde humain.

C'est par ces mots que Bakounine termine sa principale œuvre : l'Etatisme et l'Anarchie (en russe). Nous laissons au lecteurs le soin d'apprécier la. rhétorique de ce morceau. Quant à nous, nous nous bornerons à dire qu'il n'y à là aucun sens humain. |

L'absurde, l'absurde tout pur et tout nu, voilà ce qui est inscrit sur le « drapeau » bakouniste, et il n'y a pas besoin de caractères « de feu et de sang» pour que cela saute aux yeux de quiconque n'est pas encore hypnotisé par une phraséologie plus ou moins sonore mais loujours vide de sens. :

L'anarchisme de Stirner et de Proudhon était complètement individualiste. Bakounine ne « voulait » pas de l'individualisme ; pour mieux dire, il ne « voulait »

qu'un seul côté de l'individualisme. Il a inventé le Collectivisme anarchiste. Cette invention, il la fit à peu

de frais. Il compléta l'utopie libertaire par l'utopie éga-

litaire. Comme ces deux utopies ne voulaient point

tendues scissions dans l’Inlernationale et l'Alliance de la démocralle Socialiste ; comparer aussi l'article d'Engels : Die Ba-

kounisien an der Arbeii, reproduit dans le recueil récem-

ment paru : Aus dem Volkssiaat (1873-1875), Berlin, 1894.

vivre en paix, comme elles hurlaient d’être collées

ensemble, il les jeta toutes les deux dans-le haut four-

neau de [a «révolution en permanence », où elles furent

forcées de se taire pour cette simple raison qu’elles

s'évaporèrent, l’une aussi complètement que l’autre, Bakounine est le. décadent de l'utopisme.

Les Epigones

Parmi les anarchistes de nos jours, les uns tiennent à l’individualisme comme John Henry Mackay, auteur du livre : Les Anarchistes, mœurs de la fin du XIX°* siecle ; les autres, beaucoup plus nombreux, se disent communistes. C'est la lignée bakouniste dans l’anarchisme. Elle a créé, dans diverses langues, une assez riche littérature, et c’est elle qui fait tant de bruit à l'aide de sa : propagande par le fait ». L'ange de cette école est le réfugié russe Pierre Kropotkine.

Nous ne nous arrêterons pas à apprécier la doctrine des anarchistes-individualistes d'aujourd'hui, que même leurs confrères, les anarchistes « communistes », traitent de bourgeois (1). Nous passerons droit au « communisme » anarchiste.

Quel est le point de vue de cette nouvelle espèce: du communisme ?

(1) « Les quelques individualistes que l’on rencontre par-ci par-là ne sont forts que dans leur critique de l'Etat et de: la loi. Quant à leur idéal constructif, les uns tombent dans. une idylle qu'eux-mêmes ne voudraient jamais pratiquer, tandis que les autres, comme les éditeurs de la Liberty, de Boston, versent en plein dans le système bourgeois actuel. Pour défendre leur individualisme, ils reconstituent l'Etat avec tous ses attributs (loi, police et le reste), après les. avoir niés Courageusement. D'autres enfin, comme Auberon Herbert, échouent dans une Property Defense League, — la. Ligue pour la défense de la propriété seigneuriale. » La Révolle, n° 38, 1893. « Une conférence sur l’anarchie ».

ANARCHISMEH ET SOCIALISME 62:

En ce qui concerne la méthode suivie par le penseuranarchiste, elle diffère complètement de celle des utopistes nous assure Kropotkine.

Le penseur anarchiste n'a pas recours aux conceptions métaphysiques (comme « droits naturels », « devoirs de Etat, » etc.) pour établir quelles sont, à son avis, les conditions les plus favorables à la réalisation de la plus grande somme de bonheur pour l'humanité. I] suit au contraire la voie tracée par la philosophie moderne de l'évolution.. Il étudie la société humaine dans son présent et dans son passé, et sans attribuer à l'humanité en général ou aux individus particuliers des qualités supérieures qu'ils ne possèdent pas, il ne voit dans la société qu’une agrégation d'organismes et cherche les meilleurs moyens de con-

cilier les besoins de l'individu et ceux de la collectivité:

dans l'intérêt de l'espèce. 11 étudie la société et Æherche à découvrir Ses {endances anciennes et actuelles, ses besoins. urgents, intellectuels et économiques et ne fait qu'indiquer la direction de son évolution (1).

Ainsi, les anarchisies communistes n’ont plus rien de commun avec les ulopistes. Is sont loin de s'appuyer, dans l'élaboration de leur «idéal », sur des conceptions métaphysiques, telles que les droits naturels, les devoirs de l'Etat, etc. Est-ce exact ?

En ce qui concerne «les devoirs de l'Etat », Kropotkine à parfaitement raison : il serait trop ridicule si les anarchistes invilaient l'Etat à disparaître au nom de ses propres « devoirs». Mais quant aux. « droits nalurels », il se trompe totalement. Quelques citations suffiront à le prouver.

Déjà, dans le Bulletin de la Fédération Jurassienne (N° 3, 1877), nous trouvons cette déclaration bien significative : « La souveraineté populaire ne peût exister: que moyennant Ja plus complète autonomie des individus et des groupes ». Cette. autonomie la plus complète, n'est-elle pas une « conception métaphysique »

(1) Anarchisi communism, its basis and principles, Londres, 1887,

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