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66 ANARCHISME ET SOCIALISMEH
Le Bulletin de la Fédération Jurassienne était un organe de l’anarchisme collectiviste. Au fond, il n'y a aucune différence avec le collectivisme et le communisme anarchistes. Pourtant, puisqu'on pourrait prétendre que nous faisons répondre les communistes pour les collectivistes, jetons un coup d'œil sur les publications « communistes ». Examinons non seulement l'esprit, mais aussi Za lettre.
En juillet 1892, quelques « compagnons » figuraient devant la Cour d’Assises de Versailles à la suite du vol de dynamite de. Soisy-sous-Etiolles, entre autres un nommé G. Eliévant. Celui-ci rédigea une déclaration de principes anarchistes-communistes. Le tribunal lui enleva la parole. Le moniteur de l'anarchie, {a Révolte, se chargea de Ja publication de celte déclaration, apres s être procuré avec un grand soin une copie tout à fait conforme à l'original. Les Déclarations de G. Etiévant firent sensation dans le monde anarchiste, et même des hommes «instruits », comme Octave Mirbeau, les citent avec respect à côté des œuvres des « théoriciens », — Bakounine, Kropotkine, « l’inégal Proudhon » et « l’aristocratique Spencer » (!). Or, voici la marche du raisonnement d'Etiévant.
« Aucune idée n'est innée en nous ; » chacune naît des sensations infiniment diverses et multiples que nous recevons à l'aide de nos organes. Tout acte de Pindividu « est le résultat d’une ou plusieurs idées ». L'homme n'est donc pas résponsable. « Pour que Ja responsabilité existât, il faudrait que la volonté déterminât les sensations, de même que celles-ci déterminent l'idée, et celle-ci l'acte.» Mais comme ce sont, au contraire, les sensations qui déterminent la volonté, «tout jugement est impossible et toute récompense, comme toute punition, est injusle, si minime soit-elle, et quelque grand que puisse être le bienfait ou le méfait».
On ne peut donc pas juger les hommes, n1 même les actes, à moins d'avoir un critérium suffisant. Or; ce crité-
rium nexiste pas. En tout cas, ce n’est pas dans les lois qu'on pourrait le trouver, car la vraie justice est immuable et les lois Sont changeantes. Il en est des lois comme de tout le reste (!)}. Car, si ces lois sont bonnes, à quoi bon des députés et des sénateurs pour les changer ? Et, si elles
Sont mauvaises, à quoi bon des magistrats pour les appli-
quer ?
Ayant «démontré» ainsi la liberté, Etiévant passe à l’'égalite. |
« Depuis les zoophytes jusqu'aux hommes», tous les êtres sont pourvus d'organes plus ou moins parfaits destinés à les servir. Tous les êtres ont donc /e droit de se servir de leurs organes d'après la volonté évidente de la mère nature.
Ainsi, par nos jambes avons-nous droit à tout l’espace que nous pouvons parcourir ; par nos poumons à tout l'air que nous pouvons respirer ; par notre estomac, à toute la nourriture que nous pouvons digérer ; par notre cerveau, à tout Ce que nous pouvons penser et nous assimiler des pensées des autres ; par notre faculté d'élocution, à tout ce que nous pouvons dire ; par nos oreilles, à tout ce que nous pouvons entendre, et nous avons droit à tout cela parce que nous avons droit à la vie et que tout cela constitue la vie. Ce sont là les vrais droits de l'homme ! Nul besoin de les décréter ; ils existent comme existe le soleil.
IIS ne sont écrits dans aucune constitution, dans aucune 101, mais 1ls sont incrits en caractères ineffacables dañs le grand-livre de la nature et imprescriptibles.
Depuis le ciron jusqu’à l'éléphant, depuis le brin d'herbe jusqu'au chêne, depuis l'atome jusqu’à l'étoile, tout le proclame.
Si ce ne sont pas là des «conceplions mélaphysiques », et de pire la espèce, une caricature cruelle du matérialisme métaphysique du dix-huitième siècle, — si c'est de la «philosophie évolutionniste », il faut avouer qu'elle n’a rien de commun avec le mouvement scientifique de notre temps.
Ecoutons une autre autorité, citons le livre dorénavant fameux de Jean Grave, Za Sociélé mourante et
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