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Après cette rupture avec la « Narodnaïa Volia », Plekhanoff et ses amis s'unirent plus étroitement et fondèrent ensemble le groupe de « l'Emancipation du travail », dont la mission était de propager en Russie les idées social-démocratiques. Ils créèrent aussi la « Bibliothèque du socialisme contemporain » dont la première publication fut le Socialisme et la Lulle polilique, de Plékhanoff.
Cetle brochure d'environ 150 pages est une date de l'histoire du mouvement révolutionnaire russe. Elle donne la quintessence des conceptions: marxistes et adapte l'idéologie social-démocratique aux conditions politiques ‘et économiques de la Russie. La question de savoir si la Russie devra passer par la phase capitaliste y est résolue affirmativement. La Russie est déjà entrée dans cette voie : la commune agraire est en pleine décomposition et ne peut Pas servir de base à l'édification socialiste de la Russie fu- Lare. Toutes les forces révolutionnaires doivent se concenrer Sur la propagande parmi les ouvriers des fabriques et des usines et sur leur organisation. Il faut créer ainsi une avant garde de l’armée social-démocratique et révolution-
GEORGES PLÉKHANOFF XX!
naire, dont le premier effort sera dirigé contre le despotisme russe pour conquérir les libertés politiques indispen-
sables au développement économique de la Russie et à la
formation d'un vaste mouvement ouvrier. L'ouvrage était écrit dans un style brillant, et son influence sur [a jeunesse socialiste fut immense. Le désarroi qu'il porta dans le camp des « narodniki » et des partisans de la « Narodnaïa Volia» fut si grand qu'eux-mêmes comparaient son effet
* à l'éclatement d'une bombe.
La « Bibliothèque du Socialisme contemporain » publia ensuite une autre brochure de Plékhanoff, Vos controverses. C'est une critique très approfondie et très documentée du programme de la « Narodnaïa Volia». Cetouvrage
que les connaisseurs de la littérature social démocrati-
que russe considèrent comme remarquable entre tous, eut un effet plus retentissant encore que le précédent. Il souleva des luttes passionnées et fut maintes fois brülé par les révolutionnaires des autres tendances. Plusieurs d'entre eux avouèrent plus tard qu'ils le lisaient avec rage, mais que la beauté de sa forme les obligeait à le lire jus-
qu'au bout, et aussi que cette lecture avait transformé pas
mal de ses ennemis en adeples du nouveau mouvement révolutionnaire. Plékhanoff, quand il parlait de cette épo-
que; aimait à répéter les paroles de” Ferdinand Lassalle :
« Nous étions peu nombreux, mais nous poussions de tels rugissemenis qu'on nous a crus nombreux el nous le sommes devenus ».
En dehors de ses travaux lilléraires, auxquels il apportait beaucoup de soin. Plékhanoff s'occupait très activement de la propagande des idées marxis es parmi la jeunesse intellectuelle et les émigrés politiques qui, de 1883 à 1893, arrivaient en nombre dans torles les grandes villes de la Suisse. Ce pays était devenu une école de la Révolution pour les Russes qui fuyaient le despotisme de leur patrie pour accourir vers cette « Tvrre promise ». Imprégnée des idées nouvelles, la jeunesse révolutionnaire retournail ensuite dans son pays pour les propager à son tour.
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