‹ Anarchisme & socialismeChapitre 4 sur 41 · LEZ · texte numérisé non relu

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Son maître le plus écouté. quoique pas encore entièrement Compris, était G. Plékhanoff. L'éloquence de sa parole, la clarté avec laquelle il exposait les thèmes é-onomiques et philosophiques les plus ardus lui donnaient ne grande popularité. Il ne cessait d’ailleurs pas, malgré de lourdes préoccupations matérielles, de travailler à s'instruire. |

Ce régime de surmenage intellectuel et de privations matérielles, venait à la suite de trois années de vie « illégale », finit par briser sa santé. Dès 1883, il se mit à tousser, M"° Plékhanoff, très inquiète, le conduisit chez un grand Spécialiste de Genève, lé professeur Zahn. L'examen des poumons ne décela rien de grave, et le professeur Zahn les rassura en disant qu'on ne devenait pas phtisique avec une Capacité pulmonaire qui dépassait la moyenne et une cage thoracique bien développée. Il ne s'agissait, d'après lui, que d’une irritation du pharynx due à l'abus du tabac. et il conseilla à Plékhanoff de cesser de fumer. Celui-ci, habitué à la discipline militaire, se conforma aux avis du professeur. Du jour au lendemain, il cessa de fumer. Pendant quelque temps, son état de santé s'améliora:

Ea vie au grand air jusqu'à l’âge de dix ans, les exercices physiques au gymnase militaire et à l'école des Junkers avaient trempé son organisme et préparé sa résistance. à la terrible maladie qui n'attendait qu une occasion propice pour se développer avec une violence qui mit les jours de Plékhanoff en grand danger.

En 1885, année de la publication de son ouvrage Vos controverses, Plékhanoff dut accepter, pour vivre et faire vivre les siens (ses deux enfants en bas âge et sa femme). un poste de-professeur de litilérature russe dans une famille et dans une école de Clarens (Suisse). Cherchant à dépenser le moins possible pour lui-même, il prit pension. pour 40 francs par mois. chez un boucher qui le nourrissait de restes de viande bouillieet de légumes. Plékhanoff, auquel ses leçons causaient un surcroît de fatigue intellectuel, ne larda pas à ressentir les effets de celle nourriture insuffisante. Occupé toute la semaine par ses leçons il ne rentrait chez lui que du samedi au lundi. Dans un de ces

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voyages, traversant le lac Léman en avril par une bise glaciale, il prit froid et tomba gravement malade. On craignait une phtisie galopante eton le transporta à Mornex (en Haute-Savoie). Là. à l'étonnement des médecins, un mieux se dessina, et la maladie, après une période aigüe et grave, prit une forme chronique. Mais il devait rester malade toute sa vie avec des périodes d'accalmie en hiver et en été, et des poussées aigües au printemps et en automne. Cet état de choses devait durer 32 ans. Mais Plékhanoff savait lutter même contre la maladie Devant l'inévitable il chercha à s’y adapter avec la volonté d'arriver à son-but malgré tout. Sa vie était réglée : son travail. méthodique ; il déploya une énergie intellectuelle, morale et physique extraordinaire. Il écrivait, parlait en public, prenait la plus grande part à l'organisalion de son parti et aux réunions de l'Internationale. Il disait quil fallait travailler toujours, que le repos viendrait avec la mort et que tant que le cœur bat dans la poitrine, il faut avoir une tâche et se rendre utile, mais qu'il fallait aussi savoir économiser ses forces. Même une forte élévation de température ne devait pas empêcher un homme de travailler : « Quand on a 39° de fièvre — disait-il — on peut s'occuper de littérature, relire les classiques. Entre 38 et 39°, on peut faire un travail plus absorbant (ethnographie, etc., etc.) Au dessous de 38°, lout travail intellectuel est possible ».

Ces années (1880 à 1890) furent, malgré la maladie, des années de production littéraire et de propagande intenses. Outre les travaux mentionnés plus haut, il écrivit à cette époque son Ælude sur Tchernychevsky, qui parut en allemand chez l'éditeur du parti social-démocrate, le camarade Dietz. Ce travail, écrit n français, avait été traduit en allemand par Clara Zetkine (1),

(1) L'Elude sur Tchernicheusky, considérablement augmentée, fut rééditée en 1909 à Pétrograd (Ed. Chipovnik). Ce volume d'environ 900 pages est considéré comme l'ouvrage le plus complet sur le savant publiciste et économiste russe.

XXIV GEORGES PLÉKHANOFF

L'année 1889 fut une année marquante dans la vie de Plékhanoff. Au mois de Juillet, il fut délégué avec P. A xelrod, par le groupe de l’ « Emancipation du Travail» et d'autres organisations socialistes russes, au congrès d'ouverture de la Il° Internationale. C'était une- époque heureuse dans la vie de Plékhanoff. Il s'y rendit plein d'’espoir et d'enthousiasme ; il avait bien des choses à dire au Congrès, et en effet, il y prononca le célèbre discours dans lequel, pour la première fois, la voix du prolétariat russe se faisait entendre aux représentants du prolétariat universel, et où élait formulée cette pensée prophétique que la révolution triompherait en Russie comme « révolution ouvrière ou ne triompherait pas ». À cette époque, c'étaient là des paroles fort hardies. Le prolétariat russe était encore peu nombreux et le mouvement ouvrier ne faisait que commencer. Les précisions de Plékhanoff soulevèrent une tempête d'indignation au sein de l’ « Intelliguentzia » populiste (narodnitchestvo) qui y voyait une dangereuse hérésie. Pour les représentants du prolétariat international, elles étaient une révélation.

C'est à ce congrès que Plékhanoff rencontra pour la première fois Bebel, Liebknecht, Victor Adler. II y retrouva son ami très cher. Jules Guesde.

Il fut élu membre du Bureau de la Il° Internationale. et malgré sa mauvaise santé, prit une part active à ses travaux. Un autre événement important de la vie de Plékhanoff fut sa participalion au Congrès socialiste international de Zurich en 1893. Il était rapporteur de la commission militaire et défendit dans son rapport la motion allemande contre la motion hollandaise que présentait le citoyen Domela-Nieuwenhuis délégué du parti anarchiste hollandais. On sait que ce dernier préconisait la grève sénérale en cas de guerre. Plékhanoff trouvait qu'à cette époque c'était là une utopie dangereuse à cause du développement inégal du mouvement social-démocratique dans les différents pays. Il disait que par suite de cette inégalilé. les pays aYant une grande force militaire et une classe ouvrière peu consciente (par exemple, la Russie) pourraient écraser:

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les pays disposant, comme l'Allemagne, d'une force militaire moindre, mais ayant une classe ouvrière plus consciente.

Ce discours fit grand bruit ; il souleva à la fois de vives protestations et de chaudes approbations, mais Plékhanoff sut se faire écouter jusqu'au bout et, au dire des auditeurs. cette intervention marqua l'apogée de son talent d'orateur,

C'est à ce Congrès de Zurich que Plékhanoff rencontra pour la première fois Engels, el c'est de cette époque que date leur rapprochement.” |

Rappelons encore le rôle de Plékhanoff au Congrès d'Amsterdam en 1904. C'était en pleme guerre russo-japonaise. Dans une séance à jamais célèbre, Plékhanolf serra la main de Katayama, qui représentait le Japon, symbolisant ainsi la fraternité des deux peuples. Dans un discours vibrant il protesta en termes violents contre l'aventure tsariste.

Aux Congrès de Stuttgart (1907) et de Copenhague (4910), il défendit, comme rapporteur des commissions S'0Ccupant des organisations ouvrières, ce point de vue marxiste orthodoxe que les syndicats sont des organisations indépendantes des partis, politiques et des nationalités el qu'ils doivent, suivant l'expression de Marx, être des écoles du socialisme. Plékhanoff se posait ainsi en adversaire du représentant du parti social-démocrate (chéco-slovaque, et aussi de Lounatcharsky, imprégné des idées bolchevistes sur le rôle des syndicats ouvriers.

Plékhanoff resta membre du Bureau de l'Internationale jusqu'en 1909, époque à laquelle, mécontent de la-scission qui s'était produite au sein de la fraction social-démocratique de la Douma, il démissionna malgré l'insistance des deux tronçons.

En 1592, il avait écrit sa brochure : Anarchisme el Socialisme, qui parut en plusieurs édilions d'abord, en allemand, puis dans plusieurs langues européennes, et toute une série de travaux de critique littéraire et d'études sociales.

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