‹ Anarchisme & socialismeChapitre 34 sur 41 · LL À · texte numérisé non relu

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ANARCHISMIE ET SOCIALISME ments partiels ne servent en aucune facon la classe des travailleurs, mais que les travailleurs, dans la plupart des cas, ne veulent point entendre parler de ces révoltes.

L'erreur à sa logique comme Ja vérité. Dès que vous niez l'action polilique de la classe ouvrière, vous arrivez fatalement, pour peu que vous ne vouliez pas servir les politiciens bourgeois, à accepter la tactique des Vaillant et des Henry. Les soi-disant jeunes du parti socialiste allemand le prouvent par leur propre exemple. IIs commencèrent par altaquer le « par:lementarisme » el, à la tactique « réformisle » des « VIeux », 11IS Opposèrent.. sur le papier, bien entendu, Ja lulle « révolulionnaire », lutte purement « économique ». Mais celte Tulle, en se développant nalurellement, doit inévitablement amener le passage du prolélariat sur l'arène de la politique. Ne voulant pas revenir Juste au point de départ de leur négation, les « jeunes » préconisalent, pendant un certain temps, ce qu'ils appelaient des démonstralions politiques, une nouvelle espèce de vieilles « émeules » bakounisies. Comme les émeutes, de quelque nom qu'on les baptise, arrivent toujours trop tard pour les fougueux « révolulionnaires », il ne resla aux Jeunes qu'une seule voie pour marcher « en avant », c'était de se convertir à lanarchie el de propager. par la langue, la propagande par le fait. Le langage des « Jeunes » Landauer et compagnie est déjà aussi « révolutionnaire » que celui des anarchistes les plus « vieux ».

N'aie que du mépris pour la raison et la science, Suprême force de l'humanité ;

Laisse-toi, dans l’éblouissement et la sorcellerie, Dominer par l'esprit du mensonge :

Ainsi tu im appartiendras tout entier (1).

Quant aux sorcelleries, elles sont innombrables dans l'argumentation des anarchistes contre lactivité politique du prolélariat. Ici la précipitation devient un

(1) Faust, I.

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véritable ensorcellement. Ainsi Kropotkine lourne con- Lre les social-démocrales leur arme propre : Ia conceplion malérialiste de l'histoire.

À chaque nouvelle phase de la vie économique, assuret-il, correspond une nouveile phase politique. La monarchie absolue, le gouvernement de Ia cour, correspond au système du servage, le gouvernement représentatif à la domination du capital. Mais tous deux sont des gouvernements de classe. Dans une société, au contraire, où la différence entre capitaliste et prolétaire aura disparu, il n’est pas besoin d’un pareil gouvernement ; ce serait un anarchropisme (1).

Si les social-démocrales lui disaient qu'ils savent cela au moins aussi bien que lui, Kropotkine répondrait que c'est possible, mais qu'alors ils ne veulent pas tirer de ces prémisses une conclusion logique. Lui, Kropotkine, est un bon logicien. Puisque la constitution politique de chaque pays est déterminée par sa structure économique, raisonne-t-1l, l'action politique des socialistes est un non-sens absolu.

Vouloir arriver au socialisme ou même (!) à la révolution agraire en passant par une révolution politique, c’est de la plus pure utopie, parce que lhistoire tout entière démontre que les changements politiques découlent des grandes révolutions économiques, et non pas le contraire (2).

Le meilleur géomètre du monde a-t-il jamais produit quelque chose de plus rigoureux que cette démonstration ?

En s'appuyant sur cette base inébranlable, Kropotkine conseille aux révolutionnaires russes de renoncer à leur lutte politique contre le tsarisme. Ils doivent poursuivre un but immédiatement économique. « L'éman-

(1) The anarchist Communism, p. 8:

(2) Préface de Kropotkine à l'édition russe de l’opuscule de Bakounine : La Commune de Paris et la notion de l'Elat, Genève, 1892, page 7.

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