‹ Anarchisme & socialismeChapitre 40 sur 41 · LE SET ETS RE · texte numérisé non relu

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‘100 FORCE ET VIOLENCGE

entre les buts et les moyens est un des côtés les plus Taibles du socialisme utopique.

Notre socialisme ne mériterait pas ce nom de scientifique que lui reconnaissent ses adversaires eux-mémes, si nous retombions dans la même erreur, si entre nos buts et nos moyens existait même l'ombre d'une contradiction.

C’est trop peu de dire simplement : notre but est révolutionnaire. Notre but en réalité est le plus révolutionnaire de tous ceux que l'humanité a connus jusqu'ici; mais il est indispensable que les’ moyens ‘correspondent à la nature intime du plus révolutionnaire des buts, qu’ils soient, eux aussi, les plus révolutionnaires de tous les moyens qu’'aient jamais “employés des novateurs.

Donc, quels doivent être ces moyens ? Les anarchistes répondent : « Les seuls moyens révolutionnaires sont les moyens illégaux. Tant que vous insisterez ‘Sur la participation aux élections et tant que vos élus ‘s’emploieront exclusivement à arracher à la bourgeoisie telle ou telle réforme dans l'intérêt de la classe ‘ouvrière ; tant que vous compterez avec les lois qui vous privent de la liberté de parler et d'agir, vous n'aurez rien de commun avec la révolution. Vous ne serez que des législateurs et de pacifiques réformistes.

« L'activité révolutionnaire ne commence que là ou la loi est enfreinte; elle commence donc avec l’émeute, ‘avec l’acte de violence d’une personnalité isolée ou de toute une masse. Et plus vous inclinerez à l’émeute et aux actes de violence et plus vous deviendrez des révolutionnaires ». |

La réponse est très claire. Voyons jusqu’à quel point elle est juste.

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Et tout d’abord il saute aux yeux que, pour les anarchistes, les moyens révolutionnaires et les actes de violence ne sont qu'une seule et même chose. Mais sur quoi donc se fonde cette identification ?

Le plus révolutionnaire des moyens est celui qui, plus rapidement que tout autre, nous rapproche de notre but final, la révoluion. Si l’on admet cela, et dans le cas particulier aucun doute n’est possible, on peut en tirer les conclusions suivantes

1° Qu'il peut exister aussi des actes des plus révolutionnaires n'ayant pas la moindre analogie avec l'insurrection, avec les actes de violence ;

20 Que l'insurrection et les actes de violence sont toujours antirévolutionnaires lorsque, au lieu de nous rapprocher de-notre but, ils nous en éloignent.

Un aveugle seul pourrait ne pas voir que les actes anarchistes de violence amènent justement à cela.

Que les anarchistes lancent une bombe ici ou là, qu'ils excitent les orévistes à la violence, qu'ils commettent des attentats — le résultat est le même : renforcément de la réaction, c’est-à-dire création de nouveaux obstacles pour le mouvement ouvrier. L'acte anarchiste, quelque violent qu’il soit, n’est autre chose qu'un moyen antirévolutionnaire.

Il est facile de comprendre en quoi consiste l'erreur de cette vérité qui permet aux anarchistes de voir dans leurs actes de violence le contraire de ce que ces actes sont en réalité.

Prenons comme exemple une révolution : la révolution anglaise du XVII® siècle ou l’une des révolutions françaises de 1789, de 1834 et de 1848. Dans chacune d'elle nous découvrons toute une suite longue et sanglante de violences, d’émeutes, de barricades, de

conflits armés et de tueries. Ce sont ces violences justement qui provoquent l'erreur des anarchistes, erreur que nous pouvons formuler à peu près ainsi

« Puisque dans chaque révolution se produisent des violences, il suffit de recourir à la violence pour provoquer où hâter la révolution ».

Les anarchistes raisonnent comme un homme qui dirait : « Puisqu’il faut, chaque fois qu'il pleut, ouvrir un parapluie, il suffit, pour qu’il pleuve, d’ouvrir cet utile instrument ».

Toute la tactique des anarchistes tourne autour de cet étrange sophisme. Et cette tactique a ce seul bon côté qu’elle est la meilleure preuve de l’extrême naïveté qu'il y a à assimiler les moyens violents aux moyens révolutionnaires.

Nous avons dit déjà que le moyen le plus révolutionnaire est celui qui, plus rapidement que les autres, nous rapproche de notre but final, la révolution. Il faut donc compter comme activité révolutionnaire toute activité qui affaiblit les forces soutenant l’ordre politique et social existant et augmente les forces des partisans du futur régime social.

Les rapports réciproques de ces deux forces dépendent en fin de compte des rapports économiques de chaque nation prise en particulier. Toute action qui modifie ces rapports dans le sens d’une augmenta-

tion de la force des partisans du nouvel ordre social :

est révolutionnaire par ses conséquences.

.. Mais dire qu'un moyen est révolutionnaire par ses conséquences ne veut pas dire encore qu’il doit être employé par les révolutionnaires.

En pratique, il arrive très souvent que des mesures réactionnaires, par lesquelles nos ennemis espéraient

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nous anénatir, se retournent contre eux et nous rendent plus forts encore qu'auparavant. Ce qui ne veut pas dire que nous devions appuyer une telle activité réactionnaire. |

Il est hors de doute que là où règne le capitalisme, il entraîne à sa suite, tôt au tard, un soulèvement contre l’ordre existant, qu’il prépare en même temps les facteurs économiques de la société future et que, créant une classe de prolétaires, il crée en même temps ses propres fossoyeurs. Pourtant il ne nous vient point à l’esprit d'appeler révolutionnaires messieurs les capitalistes.

Quand les capitalistes poussent le développement économique dans une direction fatale pour lordre existant, quand ils préparent les éléments de la révolution future, ils font cela malgré eux, 2nconsciemment.Leur activité consciente se distingue au contraire par un extrême conservatisme; autant que cela est en leur pouvoir, ils font absolument tout pour défendre l’ordre actuel contre les attaques des mécontents, et souvent le prolétariat paie chèrement ces attaques. Il est évident qu’une activité de ce genre n'a rien de commun avec l’action révolutionnaire.

Autre exemple. Les anarchistes — nous parlons des véritables anarchistes — les anarchistes sont, par leurs tendances, pour la révolution. Mais en réalité, ils ne servent que les buts de la réaction.

Les capitalistes, qui sont pour le Sfatu quo pour le maintien de l’ordre actuel, en réalité hâtent, malgré eux, la venue de la révolution. Les uns sont des révoltés, les autres des conservateurs. Les uns et les autres sont également loin d’être des révolutionnaires.

Seule est révolutionnaire une activité qui, d'une part, augmente les forces de la révolution, et, d'autre

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