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nait sur la besogne qui pressa. Des jours, des semaines s'en vont sans qu'ils se soient déshabillés.
Sais-tu combien ils gagaent? Deux pence à l'heure, peut-être? Il n'y en a pas beaucoup qui arrivent à ce résultat. La plupart mettent de trois à six heures pour y avoir droit, et quand ils se sont fait un shilling ou un shilling et demi avant de tomber de fatigue, ils se considèrent comme très heureux. La façon d'un vêtement qui se vend deux guinées leur est payée cinq shillings, quatre shillings, trois shillings,, parfois môme deux shillings, un shilliog si une grève ^ vient permettre aux patrons d'offrir n'importe quel prix. Veux-tu d'autres chifCres? 11 y a quantité de métiers qui ne sont pas mieux traités. Les ouvrières qui font les boîtes d'allumettes reçoivent deux pence par grosse — c'est un travail de trois à quatre heures; — la douzaine de chemises est cotée de deux pence et demi à quatre pence; le polissage d'une grosse de crayons, deux pence* Et on trouve plus qu'on n'en veut des gens assez bètcs pour travailler dans ces conditions-là...
Auban Tinterrompit, car 11 savait que Trupp, une fois lancé sur ce terrain, ne s'arrêtait plus ; que pendant des heures entières il entasserait document sur document, saignant à chaque ini. quité signalée, n'en éprouvant pas moins unesorte d'&pre jouissance à s'étendre complaisamment
ANABCHIRTgS
sur ces plaies de la société moderae. Et toujours, .ftrtetoiaeBi, ponr en arriver à ce mot : révotan Inlton. A tant de maux Trupp ne voyait qu'un re- 'mède efiicace : la destruction de tout ce qui e&U Bien akHrs ne le retenait plus daiia sa eoniBe ftariboitde; à tout instant il rencontrait de nouveaax obstacles, c'est vrai, mais il savait eu Mre Jaillir autant de sources de ftiits venanteonflmier | ses théories. Si on l'interrompait, il repartait sur on autre terrain, emportait tout ce qui se trou^ ' Tait sur son passage, aTeoglaU Impitoyablment jusqu'au moindre rayon de lumière, écrasait sous le moneeau de ses aoensations Jusqu'au pins i •faible espoir de remédier à la situation par des i moyens paciiiques. Puis, quand il avait entraîné ses auditeurs dans la profbndenr de son propre désespoir, il leur sourflait un mot, toujours le même : Révolution... et les laissait seuls dans la nuit avec cette seule étoile pour guide. Au^ i Trupp était-il un agitateur dont le succ^ n'était I Jamais plus éclatant que dans llmprovisalItHi ; ptts | un ne pouvait rivaliser avec lui dans l'art de * i secouer la torpeur morale des indiiïérents, de 1 fomenter les mécontentements, de faire édaterles ' haines et les révoltes. Jamais il ne s*était adressé eu vain à ceux qui étaient restés apathiques spectateurs, mais Trupp n'était pas un organisateur. On le voyait de moins en moins dans les clubs, il
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évitait volontiers les discussions théoriques, car il n'avait pas le don de convaincre. Dans la monoicK nie des Jours, qui semblait démontrer la BléiUilé de la lutte et Timpossibilité de la victoire, beaueoop de cenx qui s'étaient le plus enUionsiasmés retombaient plus bas dans la résignation à subir • les choses inéluctables : Trupp indiquait la voie à suivre, il ne pouvait y guider personne.
Quand Aubaii l'eût arrôlc dans son élan, il se rejeta âévreusement sur un autre tiième : il parla des enfants procréés dans cette misère, pauvraa êtres qui naissent dans un coin et meurent dans l'autre^ dont nul ne sesoncie —pas même la mère le plus souvent, — qui jamais ne sont ni bien rassasiés ni chaudement couverts : trente sur cent disparaissent dès Tége le plus tendre, li s'appesanlil sur la cherté exorbitante de tout ce que les , *• malheureux parents devaient se procurer : cinq shillings par semaine pour le propriétaire quand la famille entière n'arrivait pas à se faire douze shillings dans le môme laps de temps ; les frais si élevés de Féeole où les trois quarts des petits n'allaient pas par économie. 11 n'eut garde de laisser de côté les embarras eraeis dans lesquels le moindre fait sortant de l'ordinaire les plongeait et il cita pour exemple les cas de décès. Les journaux avaient vaguement parlé en ces derniers temps de choses épouvantables qui se seraient
prodaites, si épouvantables que beaucoup les
avaientprises pour divagations d'un cerveau malade : ces choses existaient,
Ge n'était pas un fait excessivement rare que la présence prolongée d'un mort dans la chambre exiguë où toute la famiile vivait nuit et jour,
— Quand je suis venu demeurer ici, dit Trupp, un jeune homme d'une vingtaine d'années venait de mourir dans une maison voisine. Je ne me souviens plus de quelle maladie; je crois que c'était d'une flèvrescarlatine— en toutcasjesuis sûr que c'était d'une aitection contagieuse. Le père était sans ouvrage; la mère, poitrinaire jusque dans la moelle des os, toussait constamment. Ils avaient quatre enfants mais l'aînée des filles ne rentrait à la maison que quand elle n'avait pas trouvé de gtte ailleurs. Il ne faut pas oublier que la femme a encore sa mère qui est folle et qui ne bouge pas de son coin. Le garçon a été malade une huitaine de jours; naturellement ils n'ont pas fait venir le médecin ; pas de médicaments, pas de soins ; le pauvre diable ne pouvait en revenir, tu comprends. Ils ont laissé le corps sans y toucher et le père, au lieu de chercher du travail, s'est occupé de remplir des formalités. Il s'est promené de bureau en bureau, on l'a renvoyé de district en district - celui-ci n*a pas de cimetière, celui-là ne veut pas l'accepter, le décès n'est pas de sa cir-
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conscription. Le pauvre hère est étranger et n'arrive pas toujours à se faire comprendre. En attendant, le cadavre était encore sur la paillasse dans la chambre. Au bout de trois jours, on en parlait dans la maison, au bout de cinq jours l'odeur était si insupportable que les locataires des chambres voisines commençaient à se plaindre; huit jours s étaient passés quand un policeman entendit parler de Taffaire pour la première fois et on n'enleva que le neuvième jour le corps en pleine décomposition. Les journaux n'en ont pas soufflé mot; à quoi cela aurait-il servi d'ailleurs? Neuf jours, cela est d'un cfîet saisissant dans un faits-divers, mais je parie tout ce que tu • voudras que tu ne peux pas te faire une idée de ce que devait être la chambre pendant ces neuf jours.
Il se tut un instant ; Auban, secoué par un frisson, se serra dans son manteau. La bougie étai pour ainsi dire usée et menaçait de s'éteindre
avant peu.
Cependant Trupp n'avait pas tout dit et il reprit :
— Quelquefois ils font moins de façons ; ils jet* tentle cadavre dans un coin de la cour et ne s'en inquiètent pas davantage. Ilya tout près d'ici une rue qui n'est habitée que par des voleurs, de^ souteneurs ou des assassins — tous gens de sac
▲NARCBISTëS
on de corde. Ta ne peux te figûm^ nombre d'taK
lants qu'on y trouve. Dernièrement un de ces pauvres petiift y est mort : on Talaieié là oà il Sf ail rendo Tàme parce qu*on ne servait pas à qui c'était. Tiens, un autre lail encore. Dans la mai- «m même, nons avone nn ivrogne qui est marié et qui a sept enfants ; la femme tmvaiDe ponr iiourrir toute la lamille. L'autre jour, un des nûoehes meort de cette maladie si eomnrane dm» le
quartier : insutlisance de nourriture. La mère fait argent de tout, de tout absolnmaat, pour lui avoir un eereneil et une médianle petite couronne; inutile de te dire que cela n'a pas marché tout seul et qu'il lui a fallu plus de vingt-quatre iieures pour y réussir. Un soir le père rentre saoûl • à ne plus tenir debout ; il trébuche sur le cercueil et, sans plus de gène, il le lance par la fenêtre, contenant et contenu, du haut d'un troisième. Le lendemain matin les lemmes ont i'ailU le met- Ire en pièces, mais les hommes riaient du tour en prenant leur mesure de gin et appelaient cette ignoble brute un «amartfellow». Voilà VEmir End.
Auban se leva.
— Gela suffit, Otto. Penx-tn me montrer la me
dont tu nie parlais tout à l'heure?
— Le soir ? Je m'en garderais bten : nous 7 lelsserione notre pean»
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-i^idon» aIIoii8<*iiim8*eii... J'espère qite ta- ne
Tas pas te loger longtemps ici ? reprit-il en regap* ilanl ûxemeni son ami.
— Ponrqaoi pas? EMh» qnt ie vanx mfbmL 1 qu'eux? Est-ce que je mérite d'être mieux traité
qu'eux t Ya» un de plus ou un ida moins, qu'estrce que ça peut Mm ?
— Tu te trompes ; mieux vaut un de moins qutiu dte plus dans la fonge.
Gomme ils sortaient, la porte der la chtimbre situéeenfaœ de<;elle de Trupp s'ouvrit également et un minée fllei de lumière raya Tobscurilé du corridor : une jeune femme avait paru qui murmura quelques mots au mécanicien en lui désignant du gesfte rintérieur de son galetas. Ils s'avancèrent sans entrer toutefois, car il s'échappait de ce taudis une odeur abominable, grftce & la malpropreté insigne qui y régnait. Une sorte 4e buée remplissait, bien que cette pièce ne fût , pas dianfEÔe, et pérmettaitr à peine de découTrir un lit qui occupait l'un des côtés dans presque ' toute la longueur ; sur ce lit se démenait comme un fbu ftirieux un ôtre dans lequel on n'eût eer-^ j iainement pas deviné un homme s'il n'avait vomi ! ds»^ torrents de propos orduriers dans la direction de la perte. Les irafts étaient ravagés par le iFice et la maladie, ie front bandé d'un chiffon ensan- | te^nlév las membres iraBuement couverts ûb \
loques ; quand il fut retombé sur son grabat, épuisé par son accès de rage imbécile, cet être ressemblait plus à un moribond qu'à toute autre chose. Auban crut comprendre qu'il était question de le faire admettre dans un hôpital, ce paradis des pauvres. Gomme il se sentait accablé par la fatigue, Garrard passa et son compagnon ne tarda pas h le rejoindre ; le plancher était si mauvais et si fréquemment défoncé qu'Otto le prit par le bras pour lui éviter une chute fort possible.
— En voilà encore un que la police pourra diriger quand elle voudra sur un dépôt, dit Trupp ; je lui défends bien de justifier de ses moyens d'existence. Le dépôt, il en a une peur...
La cour était toujours déserte : si silencieuse qu'on eût été tenté de croire que toutes ces maisons qui l'entouraient étaient inhabitées.
— G'est toujours comme ça, ajouta encore l'ouvrier^ même pendant la Journée. Les enfants s'arrangent de manière à Jouer sans faire de bruit.
Au tournant de la première rue, ils vinrent
donner dans un rassemblement. Des hommes et des femmes causaient avec animation et quelquesuns paraissaient en proie à une vive émotion. Une femme s'avança à la rencontre des deux promeneurs nocturnes «n poussant de véritables hurlements, les hommes s'écartèrent pour les
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