‹ Anarchistes; moeurs du jourChapitre 12 sur 17 · LE ROYAUME DE LA FALM · texte numérisé non relu

LE ROYAUME DE LA FALM

laisser passer et, après avoir traversé une YOftte,

Auban et Trupp se trouvèrent dans une cour étroite, à demi-noire, où un autre groupe de eu* rieux stationnait également : deux agents allaient tranquillement de long en large, autant que ce genre d'exercice leur était possible du reste dans un espace aussi restreint.

Auban se disposait déjà à revenir sur ses pas» quand, à la clarté trouble d'une lanterne posée à terre, il aperçut une forme humaine étendue sur une botte de paille. 11 s'approcha et cette fois encore on s'empressa de lui faire place : on le prenait évidemment pour un médecin. Auban se • trouva en présence du corps d'un homme pouvant avoir une cinquantaine d'années, couché sur le dos avec les bras à demi repliés et les yeux retournés. Pour tous vêtements 11 avait une grande redingote noire dont le col relevé cachait le cou et un pantalon noir aussi, élimé, effrangé, crotté, qui laissait voir deux pieds nus bleuis par le Iroid et couverts de boue. Un vieux chapeau haut de forme aux bords déchiquetés avait roulé à quelques pas ; les cheveux gris pendaient sur le front et la main gauche était fermée dans une crispation» Pas de linge sous la redingote qui montrait la peau par une déchirure sur la poi* trine.

Auban se pencha et constata que le mort était

d'une effrayante maigreiir : lea oMea aaittatait

d'une façoti extraordinaire, les poignets et les clieviUea étaient ai minces que des doigta d'ieafant euaaeift pu toa eniènaer ftetlanent dana tour étreinte, les jouea tentrées accusaient énergiquement la proémiaenee dea pommettes^ le nea*a'étail aminci et les lèvres complètement exsangues s entr'ouvraient dans une sorte de rictus douloureux en laiaBant voir dea dents asaez bellea. Mais

ce qui frappa suitoul Auban, ce fut la dépression incroyable des tempes et de la gorge. On eût dit que le corps avait séjourné un certain teœpa dans un Heu à Tair raréiié, tant la peau cireuse se tendait sur les oa.

— Stanfed?.,. dit Auban à demi-voix en relevant la tôle vers Je policeman qui â'était arrêté près de lui.

L'agent ne répondit que par un signe afiirmatif plein de la plus belle indifférence*

Un mouvement ae produisit dana le groupe dea spectateurs et le mot passa de bouche en bouche avec des intonations de secrète ôpoavante : mort de faim... N'était-ce pas le destin qui attendait la plupart d entre eux / Et inslinctivemeat les enfants ae aerraient contre leurs xnèraa et hm femmes contre leurs maris. I n jeune vaurien osa risquer une exclamation ironique ; on slndir* gna et on le chassa. Il s-enauivit un inatut de

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eonfusion dont quelgues-ims profltèrait pour se

rapprocher et mieux voir le mort ; leur exemple ne fut pas perdu : tous voulurent examinex de près les résultats finals de Ia4idm sur rhomme. Cela les intéressait.

Les deux agents reprirent leur faction en laissant tomber de ttmps à autre un regard distrait sur Tassistauce. Aubau qui s était agenouillé se redressa : tout secours était inutile car il ne

! restait plus le moindre indice de vie dans ce

corps inerte. U allait se détourner quand il se sentit saisi au liras par la poigne de fer de Trapp et il vit que les traits de celui-ci étaient boulever-

{ sés. Le mécanicien attaciiait sur le cadavre un regard pénétré d*horreur, connue si de lugubres souvenirs se fussent réveillés en lui.

— Tu le connais ? lui demanda Auban.

' Otto ne répondit pas; il semblait sous le cluirnie

î de quelque diabolique lascinaliou. EL tout à coup l'nn et Vautre crurent voir un dernier flot de vie

I passer dans les prunelles éteintes du mort : ils crurent y lire Tbistoire d'une de ces cbutes mo-

; raies qui précipitent un homme des rangs les plus élevés de la société moderne aux bas-foads les plus honteux..*

' Trupp s'arracIiM brusquement à ce spectacle

laxuenlable et entraina Garrard; les assistants les [ regardèrent s'dloigner, rien n*étant venu les ren-

seigner sur la véritable situation d'Auban. Seuls les policemen ne prêtèrent aucune attention à

celte retraite : ils alteodaient le collègue qui allait reyenir avec ull fourgon. Le lendemain le corps serait sur une table d'amphilhéâlre.

— Je ne l'ai vu qu'une fois, il y a da ça quatre semaines à peu près» disait Trupp d*une voix étranglée par Témolion pendant qu'ils s'éloignaient ; il descendait Fleet-Street, moi je m'en allais dans la direction opposée. H était tel qne tu viens de le voir : il n'avait pas de souliers, pas de linge» mais il portait le tuyau de poôle et des gants. Ce jour-là, il m'a semblé que je rencontrais la mort en personne se promenant dans les rues de Londres : ce n'était plus qu'un squelette, une ombre. Il se glissait le long des murs en regardant toujours tout droit devant lui et en ne voyant sûrement pas les gens qui passaient à c6té de lui. Je ne sais pas pourquoi, j'avais Tenvie de ne pas paraître le voir, puis ç'a été plus fort que moi : Je me figurais qu'il ne devait pas avoir mangé depuis une éternité. Je 1 ai accosté en lui demandant quelque chose ; il n'a pas eu l'air de me comprendre. Je crois bien môme qu'il ne m'avait pas entendu. Quand j'ai voulu iui donner un shilling, il a d'abord regardé mon argent, puis il m'a regardé d'un air méprisant et furieux. Ensuite, sans dire un mot* il a Jeté mon shilling

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