‹ Anarchistes; moeurs du jourChapitre 14 sur 17 · LE ROYASMK IM LA FAIM · texte numérisé non relu

LE ROYASMK IM LA FAIM

tement de la rue; cette constructioa lourde et laida n'incaniait-eUe paa irte bien use époqueolr ^industrie prenait le pas surtout le reste?

Quand Auban atteignit le carrefour^ une re- «radeoeenoe de Tie semUait se produira* dans Ibbdeux grandes voies de Whitechapel. Le moment «^procbait d'ailleurs où tout ce mouvement allait s'apaiser ; Theurè de la fermeture des publie^ hauses n'était plus éloignée, déjà les rues laté»^ raies se aillonuaient de nœtambulea qui têgà^ gnaient le gîte: le repos et le calme obligatoire du dimanche tomberaient bientôt et la foule se b&tait de Jouir fléinreusomatt de set dernière instmteâe! plaisir.

La station était à cinq minutes de là*

Aubaaairaft encore nue demi-heure à lui a^nt le départ de son train et il ne put résister à l'envie d'errer dans l'ineonnu de ces régions. Il s'enfonça dans le silence d'une voie à peu près déserte.

De rares becs de gaz trouaient l'obscurité de loin en lein; de rares paesants pressaient le pas dans cette pénombre incertaine; Auban quitta la rue qu'il suivait pour s'engager dans une^nie . transversale pointant à Fouest*

Il rencontra une bande déjeunes gens qui paraiaaaient se quereller mais en mettant nnesoup^ dine à leurs voix pour éviter d'attirer sur eux y attention des polioemen : ils ne ^rent même pat-

Gamrd qui marchaii dans Fombre des maisons.

Tout à coup un flot de lumière tombant d'une fenêtre grillée le frappa au visage ; il regarda et reoonnnU à travers des Titres sales et ternes» la common kitchen, la cuisine d'un lodgîng-house; c*est dans cette pièce qne les clients se tiennent avant de gagner la chambre ou le dortoir où ils passeront la nuit. Il y avait là plus de soixante personnes formant différents groupes; les uns étaient assis, les autres debout, quelques-uns encore accroupis dans les coins. Un certaia nombre se bonscnlaient an bont de la cheminée pour y faire leur thé ou cuire un poisson, un morceau de basse viande représentant leur souper. Dès qu'un récipient était enlevé du feu un autre récipient l'y remplaçait. Le feu ne devait être que d*une ardeur excessivement modérée d'ailleurs, car, malgré la quantité des individus entassés là, beaucoup d'entre eux grelottaient sous leurs guenilles.

Sur les bancs qui s'adossaient aux murs bien peu avaient pris place ; par contrOt la table occupant le centre de la cuisine était accaparée par des dormeurs de tout âge etde tout sexe: hommes, femmes» enfants s*7 serraient étroitement. Le sol était couvert de détritus et des bambins échappés aux mains lasses des mères s'y traînaient avec la gaucherie de petits chiens qui ne yoient pas en-

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core. Le feu ne donnait plus qu'une flamme bien maigre et les deux lampes accrochées aux parois n'allaient sans doute pas tarder à s'éteindre. Auban avait vu daus cette journée bien des choses lamentables, mais aucune n'avait produit sur lui une impression aussi saisissante que la vue de ce common kitchen silencieux et morne. Subissaitil inconsciemment Tinfluence de l'heure? Son cerveau surchauHé élait-il devenu plus irritable? Car ce n'était certes pas la première fois qu'il se trouvait en présence de ce spectacle désolant.

LlmagiaatioQ la plus fantasque n'eût pas créé de lieu plus nn et plus froid, de poses ni de rap* procheraents plus burlesques : un vieux à cheveux blancs avait laissé tomber son bâton et dormait ^ demi replié snr lui-même, nne fille encore jeune se faisait toute petite devant son souteneur qui l'injuriait d'un air féroce^ une famille tout entière se tenait à Técart — le père; sans ouvrage, la mère dévorée par les soucis» les entants jouant avec un tesson. Les autres avaient cédé à nn sommeil si pesant qu'ils semblaient morts. Leur sort à tous était le même : vivre ainsi tous les Jours de leur vie dans l'ordure et dans la famine. . Pas une joie, pas une espérance et ainsi les jours succéderaient aux jours, les nuits succéderaient aux nuits...

Âuban fit un effort sur lui-même et passa.

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U les connaissait depuis longtemps ces garnis où roQ couchaii 4 la.nuii ei TiaseripUoii ea leUres bluches sur la façade peinte m fouge m Ud ap* prenait rien. Bons lits à 3 pence^ k 4 penca^. t 6 ptnee... Pour ce dernier prix ou avait ime chambre avec un lit et des drape qwî étaient ohan^ géa toua les quinze jours peut-être aprè» avoic lié)^igé une iringtaine de corps difiérenie : pour 4 pence, c'était déjà la nuitée en commun, mais pour 3 pence, ce n'était plus qa'un abri préser* vanl du contact hnmide de lame-— den de plua» ni paillasse, ni couverture- Un homme venait de sortir du lodginghonse en trébuchant : il n'avait plus sans doute l'argent nécessaire pour payer sa nuit et on le mettait 4leli0r8 tout aimpiemenL Auban yoolut VarcMee et lui venir en aide, mais l'autre était tellement ivre qu'il parut ne rien voir, ni rien entendra, et • a^en alla en décrivant des zigsags faticaatiquee : bientôt il se perdit dans les profondeurs de la nuit

Carrard reprit sa marche; il s'était laissé emporter pas ses rédexions au point d'en oublier la . lien et rheore. Le souvenir de la réalité loi reitet brusquement; il rebroussa chemin et s'orienta : . il crut reconnaître la rue qui l'avait amené là et 11 la remonta, se disant qu'en allanttoujoars teot droit devant lui il ne pouvait s'égarer*

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Les réverbères étaient éloignés d*une centaine é».^»» lôfi uoa das aiUres, la rua a& Eéicâewail €omtaniHMnt, le pavé devenaii deploa- ai.ilii8 mauvais, les mares de plus en plus fréquentes^ les tas^ dlmmondices de plus eu plus uombiaax. Au*» ban oontinuail à s'aTaneer, biea léacdu. à ne pas se décûujcagei:.

' n passa devant une porte ouverte — eneore on

garni mais d'un genre tout particulier : c'était ce que le peuple appelait une roûkerle. Ce que le piétcm attardé put voir d'un esealier très raide el très étroit était littéralement couvert de corps humains recroquevillés dans Tombre. Cet entassement de membres et de torses faisait penser à no monceau de cadavres jetés là au petit bonheur. U 9: en avait jusque sur le seuil, aearoiqûs dan» les

positions les plus impossibles, si sales que la cbair visible entre les trous des baillons était de la méma couleur torrense que eeux^.

Auban pressa le pas avec un frisson de dégoût. U traversa une rue et vint se beurter à. une colossale construetion, quelque maison de rappoTSt k sept étages; il la longea, persistant à.maintenir la direction qui lui avait paru la bonne. Plue loin, il rencontra cinq ou six formes vagues qu'à leur silhouette on reconnaissait pour des bommes, mais k cela seulement, car ils ne faisaient ni le plus lè> ger mouvement, ni la moindre bruit : un silence

de mort pesait sur ce coin de Lonrires. Auban commençait à perdre de son assurance; ce fut pis encore quand il se retrouva par des Toies absolument désertes. Cependant il croyait bien connaître le quartier» il y était venu à différentes reprises en plein jour, mais dans cesténèbres la physionomie en était toute changée. Il ne se souvenait pas d'avoir jamais remarqué cette muraille qu'il avait mainleiiant à sa gauche; il s'était donc égaré? C'était impossible, complément impossible. £t il 8*arr6ta, le cerveau envahi par une telle anxiété qu'il se figurait le sentir bouillonner sous son crâne, il réfléchit pendant quelques instants; non, décidément il ne devait pas s'être trompé : en prenant à gauche, il devait se trouver en trois minutes dans Wbitecbapel High Street; en allant toujours tout droit, le môme temps devait lui suffire pour atteindre Commercial Road. Donc il marcherait sans dévier ni à droite ni à gauche.

Il repartit, mais en s'apercevant cette lois combien la lassitude le gagnait; sa mauvaise Jambe s'endolorissait : pour un peu il se fAt laissé glis* ser à terre pour dormir. 11 se secoua toutefois, car une pensée nouvelle avait surgi en lui : si on l'at» ^ taquait, s'il appelait au secours, qui entendrait cet appel dans une solitude aussi grande? Personne certainement, et il devait s'attendre à être fatalement attaqué par le premier escarpe qui

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