LE ROÏAUMS DE LA FAIM
sans relilche contre les exigences de la faim.
Us prirent la ruelle du milieu et la suivireot lentement. De plaee en place une fenêtre s'entrebâillait, une lôte échevelée se penchait, des yeux curieux attachaient un regard mélangé de haine et de crainte sur ces inconnus. Un homme répa* rait une charrette qui obstruait complètement le passage; il ne répondit pas quand ils le saluèrent et se borna à leur montrer un visage ahuri autant que s il se lût trouvé inopinément en présence de deux revenants. Une femme accroupie dans Tencoignure d'une porte se leva précipitamment à. leur approche et serra instinctivement son jeune enfant contre sa poitrine mal protégée par quelques guenilles; instinctivement aussi elle sarcbouta sans les perdre un seul instant de vue, comme prête à se défendre. Seuls, des gamins qui jouaient avec de la terre ne parurent pas remarquer la présence des étrangers : ils faisaient si peu de brait qu'on eût été tenté de les prendre pour de pauvres petits idiots.
Auban et Trupp pressèrent involontairement le pas; ils se sentaient tombés en intrus dans les secrets de ces existences pitoyables et ils avaient hâte de se soustraire à tons ces regards chargés de haine, de terreur ou de convoitises.
A Textrémité de la ruelle, une autre troupe d'enfants s*amusait des convulsions suprêmes
d'ua chat auquel ils ayaient crevé les yeux et qu'ils avaient pendu par la queue. Cruels comme
ceux de leur âge qui se délectent volontiers du spectacle des souffrances physiques, ils tapaient sur la malheureuse bête quand elle se débattait désespérément pour essayer de se dégager.
«— Voulez-vous le l&cher, cria Trupp en s*avançant au milieu d'eux.
Ils ne parurent pas l'avoir compris plus que s'il eût parlé allemand ; ils tournèrent vers lui leurs faces stupéfaites sans faire mine d'obéir, de sorte qull fut obligé de rendre lui-même la liberté à l'animal martyrisé. Et comme il revenait à Auban en donnant cours h son indignation, Garrard eut un haussement d'épaules plein de tristesse en répliquant :
— Qu'on les élève dans de meilleures conditions et ils feront preuve de meilleurs sentiments. Tout le reste sera inutile.
Trupp semblait connaître jusqu'aux moindres recoins de ce quartier si singulier*: tantôt il' signalait à l'attention de son compagnon des masures en si lamentable état que, malgré soi, on devait éviter â*en frôler les murs percés à jour par crainte de les jeter bas; tantôt il le promenait par de longs et noirs couloirs où dormaient des flaques aux odeurs nauséabondes. ïrupp semblait connaître jusque dans les moindres recoins